Le Journal dde.crisis de Philippe Grasset, qui a commencé le 11 septembre 2015 avec la nouvelle formule de dedefensa.org, l’accompagne et la commente en même temps qu’il tient la fonction d’être effectivement un “Journal” pour l’éditeur et directeur de la rédaction de ce site.

Nietzsche et la bataille du Nutella

  mercredi 28 février 2018

28 février 2018 – Pardonnez-moi de paraître un instant après d’autres à court de sujet alors que le monde s’écroule autour de nous, – mais qu’importe, je reviens, – ou plutôt j’en viens puisque je n’ai rien dit là-dessus, à une affaire déjà vieille d’un petit peu plus d’un mois, du 25 janvier 2018 , – une éternité, par les temps qui courent, – et dont il ne fut d’ailleurs pas fait état sur ce site.

Cela se passe de la sorte : « Une véritable “catastrophe“, affirment les employés de différents supermarchés Intermarché de la Loire. L’enseigne proposait ce matin des pots de Nutella de 950 grammes à 1,41 euro seulement, soit près de 70 % de réduction. Une baisse de prix qui a créé l’émeute, comme le rapporte Le Progrès.

» Dans le magasin de L’Horme, tout est parti en un quart d’heure. “On essayait de se mettre entre les clients, mais ils nous poussaient”, se plaint une employée qui assure qu’un client a eu un œil au beurre noir dans la cohue. Même chose pour celui Saint-Chamond. “Ça se battait. On a vendu ce qu’on vend en trois mois. Sur les tapis des caisses, il n’y avait que du Nutella”, témoigne une salariée, qui assure n’avoir jamais connu ça en seize ans.

(Suite)

Kiev, quatre ans plus tard

  dimanche 25 février 2018

25 février 2018 – Cela fait donc quatre années à peine passées que nous sommes entrés dans ce que l’on peut et doit décrire comme une “ère nouvelle”, où la réalité achève d’être pulvérisée jusqu’à la néantisation à cause de l’allure et du contenu (informations) du système de la communication. Ces quatre années nous séparent du “coup de Kiev“ (21-22 février 2014), à partir duquel s’est déchaîné le déferlement de la communication issue du Système pour tenter d’imposer une narrative conforme à la représentation initiale (au sens théâtral) de l’événement. Les conditions même du “coup de Kiev” ont été totalement obscurcies et déformées, malgré des “fuites” de vérités-de-situation à cet égard, – la principale, c’est bien connu, étant celle de George Friedman, alors président du groupe Stratfor et depuis débarrassé de cette lourde charge, – sans doute, justement, pour en avoir un peu trop dit...

Ce changement fondamental dans la communication, avec le triomphe du côté du Système de la méthode de la narrative construite et développée hors de toute nécessité de se référer à quelque vérité ou réalité que ce soit, – comme si la réalité objective était devenue définitivement contingente et jetable par conséquent, – ce changement a engendré logiquement différentes attitudes et habitudes psychologiques ; ou plutôt, dirais-je, a “imposé décisivement” ces attitudes et ces habitudes. Le phénomène dominant à cet égard est celui pour lequel j’ai proposé l’expression de déterminisme-narrativiste. Il s’agit de ce phénomène d’abord psychologique puis infectant la pensée, qui emprisonne la pensée de celui qui est tombé sous l’empire de la narrative et ne lui donne aucune autre possibilité que de suivre à marche forcée la logique de cette narrative jusqu’à son terme s’il y a un terme, dans la plus complète fantasy-fiction, en refusant absolument tout signe de la réalité, en anesthésiant sa perception avec un certain ravissement puisque ce serait comme sous l’effet d’une drogue que dispenserait la narrative.

(Suite)

Full circle

  samedi 24 février 2018

24 février 2018 – Full Circle, dit dans ce cas de l’expression anglaise, est ce moment où l’on a complètement accompli sa “révolution”, complètement revenu à son point de départ à partir duquel l’on avait lancé toute cette entreprise dont on constate le vice et l'échec, mais peut-être méditant un nouvel envol à partir de ce même point de départ ; on pourrait y voir le “cercle vicieux”, ou “comment j’ai découvert le mouvement perpétuel de l’échec”. (Mais en vérité, dans cette définition, le mot “perpétuel” me paraît inopportun comme l’on verra plus loin...) Exemple de l’emploi du terme full circle, d’ailleurs dans le domaine que j’aborde ici, extrait d’un texte de Justin Raimondo qui tient bien la barre malgré son cancer, courageusement, et continue par conséquent sa tâche de commentateur sur l’internet, d’un des plus anciens sites politiques, l’Antiwar.com apparu en 1995 :

« In the beginning [...], I wrote a daily column, “Wartime Diary,” that chronicled the folly of the Kosovo war [1999] and exposed the media’s partnership with the Pentagon. Looking back on that time, what strikes me is that Bill Clinton’s Balkan adventure was cheered on by the same liberal-neocon alliance demanding what could turn out to be a military confrontation with Vladimir Putin’s Russia. So here we are, come full circle. »

(Suite)

Le sourire de Woolsey

  lundi 19 février 2018

19 février 2018 – Présentant la vidéo de James Woolsey qu’on a reprise hier, où l’ancien directeur de la CIA ne cache pas une seconde que les USA (la CIA) continuent à intervenir dans les élections d’autres pays, comme ils reprochent hystériquement aux Russes de faire depuis deux ans, Alex Christoforou commente avec une sévérité indignée : « Leur hybris est stupéfiant », « Leur hypocrisie est si grossière que lorsque Laura Ingraham demande à Woolsey si les USA n’ont jamais interféré dans des élections [d’autres pays], la réponse (et les rires de tous) en dit énormément... »

Je trouve bonne ici l’occasion de m’attarder à une question fondamentale, que j’hésite fortement à expédier, ou mieux encore à court-circuiter par des mots définitifs tels que “hybris” et “hypocrisie”. Sans nul doute, l’hybris et l’hypocrisie ont évidemment leurs places dans un caractère américaniste, surtout d’êtres occupant les fonctions que nos deux héros occupent. (J’ai tendance à mettre Ingraham, la présentatrice, dans le même sac que Woolsey.) Sans nul doute également, d’autres caractères que l’américaniste, et d’une façon générale le caractère humain, et donc le mien également, ont tous quelque chose de l’hybris et de l’hypocrisie en eux ; c’est un peu du même domaine de la standardisation que nous présentait le philosophe-Johnny, et encore plus puisqu’il s’agit de l’American Dream de son cru assez bas, lorsqu’il chantonnait : « On a tous quelque chose en nous de Tennessee ».

(Suite)

Le JSF m’importune

  vendredi 16 février 2018

16 février 2018 – In illo tempore j’aurais bondi là-dessus, et d’ailleurs l’idée m’en avait traversé ironiquement l’esprit lors de l’affaire du F-16 israélien abattu : pourquoi les Israéliens n’utilisent-ils pas leurs JSF pour effectuer leurs virées en Syrie, s’interroge le Spoutnik-français ? Et j’avais, moi, une réponse évidente, avant de passer à une revue critique de plus du monstre américaniste au cas où la question aurait été traitée : parce qu’il y est déjà allé une fois (en octobre 2017) et qu’il a failli se faire descendre, qu’il est rentré bien amoché, qu’il a pu ainsi prouver opérationnellement que c’est un siting duck comme ils disent, absolument catastrophique, et qu’une merde pareille ne doit surtout pas tomber entre les mains de l’ennemi, même en mille morceaux... Bref, ils le gardent précieusement chez eux pour n’en rien faire qui ne soit de sa noblesse technologique et de sa hauteur bordélique, mais visites du public organisées le dimanche sur la tarmac des bases israéliennes, où il trône, immobile et inutile.

(Sputnik-français écrit comiquement, parce qu’il est entendu qu’aucun adversaire n’aura jamais de “systèmes aériens plus performants” nécessitant l’action du JSF qui est tellement au-dessus de tout cela, comme l’“estiment les experts” : « Dans le même temps, il se peut que Tsahal garde les F-35 en réserve stratégique au cas où elle viendrait à mener une opération contre un adversaire disposant de systèmes antiaériens plus performants, estiment des experts... »)

(Suite)

A propos de PCG et de Poutine

  mercredi 14 février 2018

14 février 2018 – Paul Craig Roberts, qui a été cité hier, le fut pour la première fois sur ce site en 2005 ; faits rarissime pour dedefensa.org, il a aussitôt suscité (hier) deux commentaires (à peu près et raisonnablement inverses). Mon intérêt pour lui (PCG) n’a pas été systématique jusqu’à une certaine période dont je situe très précisément le début au “coup de Kiev“ (21 février 2014). Pour moi, là commence sa période que je nommerais “vitupératoire” si l’on me permet ce que je crois être un néologisme... La vitupération-PCG post-Kiev porte sur deux thèmes, apparus l’un après l’autre mais l’un ne remplaçant pas l’autre et les deux se poursuivant parallèlement et complèmentairement.

• Le premier thème est que la direction US au sens le plus large est faite de fous-criminels (avec son lot de corrompu universels) qui n’hésiterons pas à nous conduire à la guerre nucléaire, et même peut-être la recherchent-ils comme inconsciemment. (La direction US au sens le plus large, avec interchangeabilité des identités et des moyens, que ce soit le président, le Pentagone, la CIA, le complexe militaro-industriel [CMI], le DeepState, les neocons, Israël soi-même, Gladio, etc.)

(Suite)

La girouette et la Reine-Christine

  dimanche 11 février 2018

11 février 2018 – Dans notre analyse de première page des évènements en cours tels qu’ils ont été traités par dedefensa.org durant la quinzaine précédente, on termine par cette phrase : « Pour le reste, il convient aux esprits restés libres de continuer à observer la seule chose qui importe aujourd’hui, qui n’est rien de moins que l’effondrement en cours de ce Système qui a complètement transformé notre civilisation en contre-civilisation. »

Plus facile à écrire qu’à faire, comme l’on voit avec certains évènements courants, dont le plus saillant est l’ouverture des JO d’hiver en Corée du Sud. “Plus facile à dire qu’à faire” mais néanmoins fascinant pour ce cas.

Il y a deux jours, j’ai suivi une table ronde à LCI, – l’une de mes incursions dans la presseSystème pour humer l’air ambiant, – où le Pujadas qui ressemble de plus en plus à un modèle réduit de lui-même recevait quelques “experts”, dont dame-Ockrent, épouse authoritative de l’improbable Bernard Kouchner, qui commence (Ockrent) à ressembler à la structure momifiée qu’elle sera lorsque sonnera l’heure de l’exposition au musée. Mais non, elle est bien vivante, toujours sûre d’elle, et pour ce cas elle-même fort intéressante ai-je trouvé... Je plaisante à peine, moi !

(Suite)

Face aux “technologies-subversives” de la communication

  jeudi 08 février 2018

08 février 2018 – Il est vrai qu’une situation devenue réflexe, ou plutôt pour garder ses principes, devenue tradition, m’est apparue hier d’une façon clairement interrogative. Il suffit de consulter le texte d’Orlov d’hier justement, et précisément la “Note indispensable“ en fin de texte, pour comprendre ce dont je parle et en même temps répondre à l’appel qu’on y trouve contenu, – “rappel de note”, si l’on veut... (J’ajoute, gros sabots en action, l’emploi du gras pour qu’on m’entende bien.)

« Dans le texte initial et sa traduction figurent un certain nombre de photos qui sont plus que des illustrations et s’inscrivent dans le cours et le sens du texte. Notre politique immémoriale et nos moyens divers font que nous n’utilisons pas de photos, – et il est bien possible que PhG suggérerait rapidement une explication conceptuelle à ce qui fut au départ une attitude naturelle... »

Aussitôt suggéré, aussitôt fait...

(Suite)

Tourbillon crisique-43

  mercredi 07 février 2018

07 février 2018 – “En fait de ‘tourbillon’, je n’arrive même plus à me suivre moi-même” se dit le “tourbillon crisique”. C’est le constat le plus remarquable qu’on puisse faire, me semble-t-il, entre la bourse qui s’effondre et les Allemands qui s’accordent sur la façon de chuter le plus vite possible, et puis aussi le reste crisique qui continue sa route dare-dare et dans tous les coins. Il paraît que le nouveau président de la Fed, nommé avant-hier et qui s’est pris en pleine poire un crash que tout le monde attendait et auquel personne ne comprend rien sinon qu’il devait avoir lieu, – donc, il s’avère que le brave Jerome Powell n’est pas au bout de ses peines ... Comme dit monsieur Bill Blain, « Vous devriez avoir pitié du nouveau patron de la Fed Jerome Powell, qui a pris ses fonctions [avant-hier]. Powell va rapidement comprendre qu’il a trois missions : l’inflation, l’emploi et tenter de contrôler Trump qui va certainement croire que le crash boursier est un complot de la Fed pour tenter de le discréditer... »

Le lendemain (ditto, hier), on relevait les morts et les blessés pour repartir vaillamment à l’assaut tandis que Monsieur Nicholas Colas, de Data Trek Research concluait : « C’est un marché qui tire d’abord et qui pose les questions ensuite. » Dont acte et Olle !

Il y a aussi le cas allemand : même l’européanissime Libé parle d’un “accord au forceps”, – expression universellement employée et merveilleusement appropriée, – du couple bien improbable Merkel-Schultz qui a accouché d’un monstre. (Et les bruits de l’effondrement d’un jour de la bourse ont joué pour une bonne part le rôle du forceps dans l’accouchement, c’est dire la loyauté de l’accord...) Encore reste-t-il à convaincre l’un des pères pseudo-putatifs, c’est-à-dire le monstre que forment les 450.000 militants du SPD et qui seront consultés, tandis que l’autre père putatif, la base CDU/CSU, est mécontent qu’aucune consultation à cet égard ne soit prévue pour lui. Croyez-en les augures : la crise allemande, avec l’Europe dans le rôle de bruyante casserole, ne fait que commencer...

Pendant ce temps et fort parallèlement dans la rubrique des pouvoirs en mode de surpuissance dans l’impuissance, “D.C.-la-folle” est plus Règlement de compte à O.K. Coral que jamais. Ceci doit être bien compris : jamais, jamais les démocrates n’en démordront, jamais ils ne lâcheront ce qu’ils estiment être leur proie et leur dû, l’insupportable The-Donald. Avec un bouledogue comme Brennan à MSNBC pour s’attacher à ses basques, qui doute une seconde qu’ils ne desserreront jamais leur étreinte ?

L’idée m’est venue benoîtement que, par contre, les Russes vont être obligés, eux, de resserrer les boulons en Syrie. Le Su-25 abattu par un MANPAD cela fait désordre, et les Russes, notamment le citoyen russe, n’aiment pas le désordre. L’affaire pourrait bien avoir été montée par les cow-boys plus que par les Turcs, comme les Syriens d’Assad voudraient le faire croire. Le rapatriement du corps du pilote du Su-25 grâce à la coopération très active des SR militaires russe et turc en dit long à cet égard. Autrement dit, si les choses vont bien entre Russes et Turcs pour cette affaire courante, cela veut dire qu’elles vont mal entre Russes et le côté du bordel américaniste.

Certains en tirent sans hésiter la conclusion qu’il s’agit alors d’une action audacieuse et provocatrice des USA, dans le but de détourner le public russe du candidat Poutine, pour les ides de mars. Le spectre du “syndrome du Vietnam” universellement adaptable et exporté chez l’adversaires est l’une des lignes de conduite subversive des stratèges de l’américanisme. Regime change, formule magique et “Sésame, déverse-toi” du “tourbillon crisique” vu de “D.C.-la-folle” ; Poutine sait que plus rien aujourd’hui n’est jamais acquis.

Effectivement, la formule du jour est bien que plus aucune puissance n’est assurée de rien dans l’usage de ses moyens. Aucun avantage décisif ne peut plus être fixé parce que tout tourne sans arrêt dans le “tourbillon crisique“, rallumant nécessairement tous les brasiers qu’on croit contenus ou qu’on avait cru éteints. La différence se fait au niveau de la psychologie, disons entre les fous et les autres ; entre ceux qui ne savent pas qu’ils ne savent pas pourquoi ils font ce qu’ils font, et ne cessent donc d’en faire davantage ; et ceux qui savent bien qu’on ne sait plus pourquoi l’on fait ce qu’on fait. Le “tourbillon crisique” règne.

Le Diable est un joueur invétéré...

  lundi 05 février 2018

05 février 2018 – Je vais poursuivre, sur un mode un peu plus léger (à peine) le texte du 28 janvier 2018, commentant lui-mêle un arrticle d’Israël Shamir à propos d’une nouvelle fournée de sanctions US antirusses, alors imminentes. Entretemps, il y a eu une liste, dressée par le Trésor US à l’intention du Congrès, désignant autour de 200 personnalités russes susceptibles de tomber sous le coup de nouvelles sanctions, notamment sinon  essentiellement par la saisie de leurs avoirs hors de la Russie. Enfin, j’en viens au principal qui va faire l’objet de cette page du Journal.dde-crisis, une analyse du Saker-US sur la chose, du 3 janvier 2018. (Titre : « US Sanctions, Baffled Russians, Hot Air and History », que j’adapterais en Français de cette façon : “Sanctions US, Russes ébahis, du vent et l’Histoire”.)

Ces 200 personnalités menacées de sanctions sont des dirigeants russes, notamment diplomatiques, Lavrov en tête, et des oligarques et hommes d’affaire : “Ils ont pris le bottin diplomatique et le classement annuel de Forbes pour établir cette liste”, dit à peu près le Saker-US, d’humeur réellement roborative et pleine de sarcasmes. Les intentions des fonctionnaires US est “de faire paraître pour des gangsters les dirigeants politiques russes” et de “frapper les oligarques là où ça fait mal, du côté du compte en banque”. Le résultat très probable, déjà même en cours, car la menace de sanctions est toujours perçue dans le cas du compte en banque comme la certitude d’une sanction, c’est le rapatriement à la laison de leurs avoirs hors de Russie et surtout aux USA, de la part des oligarques qui avaient ainsi fait ces placements.

(Suite)

Davos, ou un instant de vérité

  jeudi 25 janvier 2018

25 janvier 2018 – D’abord, l’émission de LCI portait le titre de « Davos : Macron altermondialiste ? ». Léger frisson pour l’âme poétique que je suis, comme effleurée par l’audace du langage, tandis que le point d’interrogation danse ironiquement devant mes yeux, exactement comme ferait un clin d’œil. Il fallait bien ce cadre sérieux d’une émission de télévision, de ces commentateurs-discoureurs aux avis bariolés car l’on se disputa ferme, pour affuter mon intérêt et me faire prendre conscience que le système de la communication est en train de répercuter une alarme générale dans le contingent des Masters of the Universe rassemblés dans les neiges d’antan.

...Par ailleurs, ils commencent l’émission, – plutôt la sympathique-sévère dame patronnesse Arlette Chabot commence l’émission par deux extraits de deux présidents français successifs, Sarko et Hollande, lors de Davos passés, disant à peu près exactement ce que Macron va nous dire, – à peu près, dis-je, c’est-à-dire en un peu plus soft : “Si vous voulez que la mondialisation (*) soit imposée sans trop de remous, vous devez vous arranger pour ne pas nous fabriquer des inégalités aussi terribles”. Il est vrai que Macron est plus précis, et alors il y a un instant de vérité, – un instant n’est-ce pas, pas un moment...

(Suite)

Tourbillon crisique-42

  mercredi 24 janvier 2018

24 janvier 2018 – Il s’agit d’une phase particulièrement remarquable du “tourbillon crisique”. On observe la réactivation parallèle dans un nouveau paroxysme commun de deux centres crisiques essentiels, comme si deux volcans qui semblaient dans une phase d’accalmie relative se réveillaient parallèlement dans deux brutales éruptions :

• d’une part, la situation syrienne, avec l’opération turque lancée contre les Kurdes qui sont largement soutenus par les USA embarqués dans un effet-domino de trahisons multiples, dans ce qu’on pourrait qualifier de “complot” américaniste pour une partition d’une bande de territoire syrien avec une “armée” de 30 000 hommes qui ressemblerait à une recomposition d’une sorte de Daesh-2, tout cela avec un avenir hautement fantaisiste et incertain, mais aussi de nouveaux désastres (US) à venir ;

• d’autre part, la communication d’un mémorandum aux parlementaires de la Chambre des Représentants, mettant en évidence ce qu’on pourrait désigner comme un “complot” impliquant notamment le FBI et le département de la justice rassemblés dans ce qui est désigné comme une “société secrète” contre le candidat devenu président Donald Trump.

C’est bien un signe de “tourbillon crisique” dans une dynamique de surpuissance inédite qu’on distingue dans l’emploi actif et très exposé de la technique dite du “complotisme”, très déstabilisatrice quand elle est à ciel ouvert. Dans ce cas, le “complotisme” devient, dans le rapport qu’en fait la communication-Système, sinon vertueux dans tous les cas innocent par rapport aux anathèmes déversés depuis l’attaque du 11 septembre contre les hypothèses “complotistes” venues d’adversaires du Système. La simultanéité des deux éruptions alimentées par des démarches aussi risquées et suspectes témoignant du désordre et de la perversion extraordinaires du Système, signale une pression grandissante et formidable des événements. Il apparaît ainsi manifeste que leur fonction est orientée vers l’accélération de l’effondrement du Système.

A côté des conseils de retenue et de prudence à tous, les Russes ont désigné un seul coupable en Syrie : les USA, qui ont armé les Kurdes et les autres (djihadistes, ex-Daesh, etc.). Les thèses sont nombreuses pour faire porter la responsabilité de cet aventurisme sur la dislocation du pouvoir de l’américanisme, son éparpillement dans des centres devenues incontrôlables. Le constat nous renvoie bien entendu à la recrudescence de la crise washingtonienne, qui dépend des mêmes impulsions de désordre. L’effet est similaire, à la fois tourbillonnaire et autodestructeur, du tourbillon dévorant ses propres enfants comme le Cronos du mythe ou la Révolution française vue par Joseph de Maistre.

Le moteur est essentiellement psychologique, avec une domination écrasante de la maniaquerie obsessionnelle dans la pathologie maniaco-dépressive qui caractérise “D.C.-la-folle”, qui se manifeste en tout ou en partie, quelle que soit l’orientation de telle ou telle partie. Les deux tourbillons évoluent selon les normes de la chose : la “politique” est caractérisée par l’obsession, que l’on retrouve dans les deux épisodes, — et qui vaudrait dans n'importe quel autre (Poutine, Kim, etc.) car l'objet de l'obsession est interchangeable.

Dans le cas syrien, c’est l’obsession anti-Assad qu’aucune explication rationnelle ne parvient évidemment à éclairer (voir Philip Geraldi, « Détruire la Syrie : pourquoi Washington hait-il Assad ? » : « Les États-Unis n'ont pas de politique cohérente, ni d'intérêt national à rester en Syrie, mais les étranges alignements politiques qui semblent se dérouler dans et autour du Bureau ovale ont suscité le désir de détruire un pays et des peuples qui ne menacent en rien les Etats Unis. »). Dans le cas washingtonien, ce sont les comportements complètement illégaux explicables par la seule obsession maniaque anti-Trump, d’ailleurs constamment excitée par la maniaquerie narcissique du président qui permet d’obtenir un schéma pathologique complètement fermé, quasiment parfait (voir cette citation de Justin Raimondo où notre souligné en gras dit l’essentiel : « Quand cette crise sera terminée, – si jamais elle se termine, – le Congrès devra rassembler tout son courage et examiner exactement ce qui s’est passé. Nous avons besoin d’un nouveau Comité Church pour reprendre le contrôle du FBI et de la CIA – et des 16 autres agences de renseignement que nous persistons inexplicablement à entretenir »).

Dans les deux cas, la maniaquerie obsessionnelle entretient des politiques tourbillonnaires, tournant sur elles-mêmes avec des objectifs que ce mouvement renforce au lieu de les réduire. Le résultat est une dynamique crisique constante, le tourbillon crisique générant constamment des relances de crises de plus en plus complexes et hermétiques, donc par définition insolubles. Ce qu’on doit observer avec intérêt, c’est l’usure accéléré du Système dans ce processus, accélérant par conséquent le processus d’effondrement. 

The Shining City Upon A Hill

  mardi 23 janvier 2018

23 janvier 2018 – On ne cesse de relever ce trait du caractère extraordinaire de la conduite et de l’orientation de la politique extérieure des USA. La tirade shakespearienne lui va parfaitement si, au contraire de Macbeth, elle est complétée par une assurance extraordinaire, je dirais quasi-inconsciente sinon totalement inconsciente, que malgré cette description cette politique est juste et bonne... Voici : remplacez “life” par “politique étrangère US“, par “comportement US”, par “USA today” en général, et vous avez une image de la situation générale de la dynamique politique que produisent les USA aujourd’hui.

« Life’s but a walking shadow ; a poor player,

» That struts and frets his hour upon the stage,

» And then is heard no more : it is a tale

» Told by an idiot, full of sound and fury,

» Signifying nothing. » (*)

Le constat devient une habitude, notamment et surtout chez les Russes. Il fallait voir et entendre Lavrov, dimanche dernier, parlant de la politique US en Syrie (soutien massif en armements avancés aux Kurdes, formation d’une “armée” de 30 000 hommes dans une sorte d’enclave kurdo-machinchouette et Daesh recyclé à la frontière syrienne de la Turquie) ; cette politique ayant brutalement déclenché une aggravation de la situation en Syrie avec l’invasion turque (opération “Olive Branch”), Lavrov remarque de sa voix de basse : « Ou bien ils ne comprennent rien à la situation, ou bien ils ont une politique de provocation délibérée. ».

(Suite)

Leur bataille est la mienne, et la vôtre...

  samedi 20 janvier 2018

20 janvier 2018 – Deux hommes, dans une similitude chronologique qui a valeur de symbole, sont entrés dans une phase délicate de leur existence à cause de la maladie. On savait depuis un certain temps que Justin Raimondo était malade, par l’une ou l’autre interruption dans ses colonnes, une indication ou l’autre de lui ; on sait maintenant qu’il est entré dans une phase cruciale de sa bataille contre le cancer. (Voir son dernier article, raccourci par rapport à ses habitudes : « My apologies for the abbreviated column, but this is being written on the fly as I get ready to travel to San Francisco to receive my fifth infusion of the anti-cancer drugs Keytruda and Alimta. I have to say I’m feeling a lot better since the treatments started, but I still have a ways to go: I’ll keep you posted. »)

L’accident arrivé à Robert Parry est plus inattendu. Il s’agit d’une attaque cardiaque qui semble avoir affecté ses capacités visuelles, et donc ses capacités de lecture et par conséquent d’écriture. Depuis le 28 décembre 2017, l’article où il annonçait son accident, Parry n’a plus rien écrit (un article de lui a été publié, mais c’est une reprise de 2010). Parry écrivait ce 28 décembre :

(Suite)

Nos Temps-Dali

  jeudi 11 janvier 2018

11 janvier 2018 – Tout honnête homme et tout homme curieux connaissent et ont à l’esprit, parfaitement dessinées grâce au prodigieux talent du trait et du détail, les peintures de Dali baignées de leur prodigieuse envolée ésotéique. Je veux surtout parler de cette mollesse élastique, de cette dilution des formes permettant les transformations les plus audacieuses et si ésotériques, de cette exceptionnelle description de la nature déstructurée du monde de la modernité, comme l’est déjà son époque... Les fameuses montres molles de Dali décrivent assez bien l’état informe et gluant en quoi se sont transformés le Temps et avec lui l’histoire et les événements. (Voir notamment La persistance de la mémoire et La désintégration de la persistance de la mémoire.)

Œuvre prémonitoire, en fait, et rien de moins après tout...

(Suite)

Le WSJ ? Postulerais-je ou ne postulerais-je pas ?

  lundi 08 janvier 2018

08 janvier 2018 – Ce n’est qu’un petit potin, après tout mais il est vrai qu’ici ou là, dans la presse-antiSystème, on en fait des gorges chaudes. J’ignore qui est tombé dessus le premier parmi les malfaisants de l’antiSystème ; à ma connaissance, et sous toute réserve par conséquent, le premier à avoir écrit à ce propos c’est Bryan MacDonald sur le réseau officiel FakeNews & Co, je veux dire RT qui est l’objet de toutes les adorations secrètes de notre-Macron. Il s’agit d’une annonce très sérieuse et détaillée du Wall Street Journal (WSJ pour les amis), sur le site du Dow Jones, concernant les offres d’emploi. Le WSJ cherche un chef de bureau pour le journal à Moscou, et il détaille le profil de la personne recherchée.

Je ne vais pas trop m’attarder sur les six paragraphes de l’annonce pour en rester à un condensé, qui a été répandu, de Max Blumenthal de Alternet.org à Tyler Durden de ZeroHedge.com, mobilisé sans ménagement par Russia Insider. Je donne quelques mots ici et là, qui résume le profil de WSJ, c’est-à-dire les qualités professionnelles, psychologiques et intellectuelles que ce grand quotidien new-yorkais, connu pour sa haute qualité professionnelle, requiert chez le candidat.

(Suite)

Doctrine Mattis : “Je n’ai pas de problèmes, j’en crée...”

  samedi 06 janvier 2018

06 janvier 2018 – Le secrétaire à la défense Mattis, Général à la retraite du Corps des Marines, a été interrogé sur la bonne marche du Pentagone et sur les perspectives de 2018 par les journalistes accrédités qu’il recevait pour ses vœux de nouvelle année. Benny Johnson, du Daily Caller, rapporte le 5 janvier ce qui devrait devenir une citation classique dans le florilège du Pentagone...

Si l’on veut bien me donner une certaine licence et me passer la traduction de “concern,” par “problème” plutôt que par “préoccupation” pour donner du rythme à la formule, cela donne ceci que l’on pourrait baptiser “Doctrine Mattis” : “Je n’ai pas de problèmes, j’en crée”. « Defense Secretary Jim Mattis talked to reporters at the Pentagon this afternoon. Asked what is his biggest military concern in 2018, he responded : “I don’t have concerne, I create them.” »

(Suite)

Bienvenu au “Monde d’Orlov

  vendredi 05 janvier 2018

05 janvier 2017 – Il me suffirait de rappeler quelques mots de notre commentaire introduisant le plus récent des textes de Dimitri Orlov repris sur ce site, pour résumer ce qu’il nous et me semble parfaitement justifié d’observer pour avoir une bonne appréciation du personnage :

« L’intérêt des chroniques de Dimitri Orlov, c’est qu’elles sont en général dominées et conduites par un jugement central qui est celui de l’effondrement du Système (voir son livre sur le sujet, bien entendu) ... [...] [U]n homme bien de son temps dans le bon sens, Orlov, pour pouvoir observer son temps complètement de l'en-dehors, à distance de sécurité contre l'infection et avec l’ironie qu’il faut, avec l’indépendance qui importe pour nous donner la mesure de l’insanité de la liberté à laquelle les zombies-Système s’affirment attachés avec passion. »

Cette entrée en matière permet d’aller directement, tout en la justifiant du point de vue de la qualité de la réflexion, à l’initiative que je présente ici à nos lecteurs : l’ouverture d’une nouvelle rubrique dans dedefensa.org, baptisée “Le Monde d’Orlov, et reprenant les textes que cet éminent “collapsologue” fait paraître sur son site “Club Orlov”. Effectivement, l’homme est le créateur ironique et avisé d’une “science” que nous qualifions de “science de circonstance”, voire “de circonstance urgente”, qui est la “collapsologie” à partir du terme “collapsus” (participe passé du verbe latin collabï, ‘tomber ensemble“, “s’effondrer”). Cette idée de l’effondrement est au centre, au cœur de la pensée d’Orlov ; c’est dire si son travail a sa place dans nos colonnes, dans ce site si friand de concepts qui décrivent les circonstances de cette époque sans équivalent, jusqu’à la GCES (“Grande Crise d’Effondrement du Système”). Il y a là une ligne centrale commune, qui structure le jugement en renforce la psychologie et sa perception.

(Suite)

Un jour dans la vie des Masters of the Universe

  jeudi 04 janvier 2018

04 janvier 2018 – Quoi qu’on pense de The-Donald et de ses adversaires à “D.C.-la-folle”, respectivement soi-disant American-Firster et soi-disant globalistes milliardaires et progressistes-sociétaux, nul ne repoussera l’idée qu’ils font partie des “Maîtres du Monde” (Masters of the Universe). Cela me paraît une appréciation justifiée, sur la base de laquelle je commence cette chronique.

Voyons les évènements qui vont étayer mon propos assez paradoxal, puisque c’est d’une certaine façon un propos sur le vide de Nos-Temps-Derniers lorsqu’ils sont laissés aux seuls sapiens-lilliputiens. Le premier est que Steve Bannon, le fils préféré de The-Donald, l’indispensable artisan de son élection, le cerveau diabolique et révolutionnaire-populiste que toute la gauche progressiste-sociétale désignait comme le diable et l’éminence grise-foncée du monstre, pourtant virée de la Maison-Blanche avec un camion de fleurs d’amitié et d’amour par le POTUS en août dernier, Bannon donc a tapé nucléaire (“goes nuclear”) contre le Président. Dans un livre (Fire and Fury) consacré à l’aventure Trump-POTUS à paraître la semaine prochaine, et dont quelques extraits sont parvenus au Guardian, Bannon est cité qualifiant le fils et (surtout) le beau-fils (Kushner) du POTUS de “traîtres”, d’“anti-patriotes”, etc., pour avoir reçu l’avocate russe Natalia Veselnitskaya dans la Trump Tower durant la campagne électorale. Tout le monde le savait et jugeait qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat mais, soudain, Bannon prend la mouche et juge la chose catastrophique et inacceptable. Quelle mouche a donc piqué Bannon ? Peut-être le poison de l’amertume et du ressentiment, jusqu’à se laisser emporter à dire ce qu’il pense en vérité, car tout le monde sait ce qu’il pense à ce propos, notamment le sentiment furieusement hostile qu’il entretient à l’encontre du gendre Kushner du Président.

(Suite)

Notre schizophrénie-contrôlée

  lundi 01 janvier 2018

Parlons de l’exemple qui a suscité l’idée du propos général. Il s’agit d’une interview très récente de Ron Paul au Washington Examiner, quotidien qui n’est certainement ni dissident ni antiSystème, le 26 décembre 2017 ; et Paul de dire sans ambages, répondant à une question sur l’état de la nation, des USA : « Nous sommes tout proches de quelque chose qui ressemble à ce qui est arrivé en 1989 lorsque le système soviétique s’est effondré. J’espère seulement que notre système se désintégrera avec aussi peu de dégâts que le système soviétique. »

Réponse aimable (“gracefuly” pour “aussi peu de dégâts”, ce qui vous a un petit air effectivement gracieux) ; mais réponse sans aucun doute tranchante et catastrophiste, qui mérite une attention disons métahistorique. Par ailleurs, l’avis de Ron Paul se retrouve chez nombre de commentateurs de qualité, dans le camp antiSystème veux-je dire, souvent par des voies différentes et selon des logiques spécifiques. Malgré sa répétition, cet avis garde son aspect sensationnel et dramatique, – peut-être même, à cause de la répétition... Au contraire d’une répétition par imitation et goût du sensationnalisme et de la dramatisation gratuites, on la perçoit d’une façon radicalement différente, comme un sentiment commun, voire une intuition partagée ; la répétition devient alors comme une marée qui monte, comme une évidence qui grandit irrésistiblement...

(Suite)