Le Journal dde.crisis de Philippe Grasset, qui a commencé le 11 septembre 2015 avec la nouvelle formule de dedefensa.org, l’accompagne et la commente en même temps qu’il tient la fonction d’être effectivement un “Journal” pour l’éditeur et directeur de la rédaction de ce site.

L’enfumeur enfumé

  vendredi 24 mars 2017

 Ici ou là, souvent en commentaires, il m’arrive de lire des appréciations qui me font craindre que l’on comprend mal la démarche de dedefensa.org ou bien que l’on (à dde.org) ne s’en explique pas assez clairement. Il s’agit de bien comprendre ce que l’on tient pour l’essentiel, et à côté ce qui nous paraît accessoire, parce que parfois il apparaît que l’on s’arrête trop à l’accessoire. Je veux bien croire, parce que la chose est toujours de la responsabilité de celui qui écrit, qu’il s’agit d’être encore plus clair, toujours plus clair à cet égard. Bref, il s’agit de bien écrire pour notre cas ce que nous voulons dire, et pour le lecteur de de bien nous lire pour ce que nous écrivons.

Je prends un premier exemple avec cette remarque de lecteur à propos d’une Le Pen avec son programme, laquelle Le Pen n’était dans l’esprit du commentaire l’héroïne de la nouvelle que par accident collatéral et, dans ce cas, le programme et son application n’important guère. Je crois qu’il existe une réticence naturelle, presque de réflexe, à prendre en compte le fait même de la communication, ce qui est à mon avis une faiblesse mortelle dans cette époque où la communication écrase tout le reste. Il y a notamment cette idée absolument centrale selon mon appréciation, à travers la circulation forcenée de certains épisodes, confidences, chuchotements et le reste, en général d’ailleurs avec leur prestige rehaussé par la chasse aux FakeNews des incroyables flics, les impayables “Dupont & Dupond” de la presseSystème, latrines de censeur en main, il y a cette idée selon laquelle, “les effets d’un événement [en arrivent à précéder] l’événement lui-même” et, par conséquent, modifient d’une façon extraordinaire ce que cet événement attendu sera en vérité.

La remarque du texte du 22 mars 2017 consistait à observer d’une façon critique et véhémente ce que serait le programme de Le Pen si elle était élue (sous le titre « On nous enfume » : « L'orientation soi-disant anti-européenne de Le Pen, qui veut seulement renégocier les traités tout en prenant bien garde de ne pas sortir de l'UE… »). J’y ajoute une deuxième intervention, en précisant que, dans les deux cas, et comme je le fais d’habitude en toute loyauté, il n’y a aucune animosité, aucun mauvais esprit, aucune critique dissimulée à l’encontre des lecteurs, notamment dans ces deux cas, et cela d’autant plus qu’il n’y a rien dans leurs commentaires qui puisse être entendu comme accusateur pour mon cas. Il s’agit de cette seconde remarque qui accompagne le texte du 23 mars, qui n’est certainement pas fausse stricto sensu si l’on choisit de s’en tenir au premier sens de la démarche. (« Pardonnez-moi, Philippe Grasset, mais là où vous voyez des “forces de résistance nées de la Tradition et opérationnalisées sous une forme antiSystème” aux USA, je ne vois que des conflits internes au système, la fragmentation que René Guénon appelait “dissolution finale dans la pure multiplicité”. »)

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Humeur de crise-34

  vendredi 24 mars 2017

Malgré les soubresauts syriens, qui se poursuivent comme dans une sorte de fièvre d'autodestruction, malgré l’inaltérable constance corruptrice et diffamatoire des clowns de “Kiev-la-folle” qui continuent à développer leur univers parallèle, l’essentiel de la crise haute reste bouillonnante sur le grand axe transatlantique ; non pas en opposition mais en parallèle… C’est un cas remarquable, comment dirais-je, une sorte d’effet-miroir, une sorte de solidarité du simulacre crisique qui s'invertit, transatlantique justement parce que constaté dans les deux poignes qui tiennent l’axe. On parlera aussi bien d’une sorte de solidarité de simulacre de crise, ou d’inversion de crise pour tenter vainement de transformer la crise en un double qui voudrait contenir la panique et qui au contraire nourrit l’hystérie.

C’est une tentative de plus de repousser une vérité-de-situation crisique qui les contraint. Cet épisode paroxystique sollicite une nouvelle “humeur-de-crise” suscitée par les événements. En Europe, et particulièrement en France, quelle triste aubaine... Pendant deux-trois jours, on ne parle plus que de ces choses affreuses nommées “attentats”, et en plus d’une nouvelle sorte, avec “répliques” comme dans le cas d’un tremblement de terre. L’affaire devient universelle, s’épanche dans le girons des experts sans fin et permet de ne plus parler de cette abominable campagne présidentielle où personne ne comprend plus rien, où même la presseSystème ne croit plus guère à ses propres sondages, où les commentateurs-Système affolés s’interrogent : mais que veut donc ce peuple-ingrat ? Je ne crois pas une seconde que cette question des attentats et le traitement colossal qu’on leur a accordés soient une manœuvre de simulacre, – justement, pas du tout pour ce cas, – mais bien au contraire une incursion bienvenue hors du calvaire de ces élections présidentielles qu’ils devaient contrôler et qui les écrasent.

Aux USA, à Washington D.C., la confusion et le désordre au Congrès sont considérables et apocalyptiques. Les démocrates ont atteint un tel degré de nihilisme-hystérique qu’ils parviennent même à pousser un Lindsay Graham, pourtant adversaire implacable de Trump et dénonciateur tout aussi implacable des Russes aux côtés des démocrates, dans les bras du président. Il s’exclame « Enough is enough » (“Trop c’est trop”). S’ils poursuivent sur cette course, – et ils poursuivront, — les démocrates vont finir par l’absurde de leur cause, qui est la désintégration du pouvoir washingtonien. La haine de Trump est plus forte que la sagesse tactique d’une manœuvre bien tempérée manipulant le président au profit du Système.

Les faussaires ne contrôlent même plus les simulacres qu’ils parviennent à monter et à lancer sans s’aviser qu’ils (les simulacres) échappent aussitôt à leur trajectoire pour leur revenir en pleine face. L’hypercrise est en super-crise.

TINA, plus que jamais mais à l’envers

  dimanche 19 mars 2017

Cela se passait au cours de la première ou de la seconde campagne électorale (je dirais plutôt la première) de Margaret Thatcher, lorsque Thatcher conquit de haute lutte le pouvoir et s’y installa pour durer. Son slogan fit mouche et acquit une notoriété qui ne nous a plus quittés : TINA, pour “There Is No Alternative”, phrase déjà utilisée au XIXème siècle pour ce cas de l’économie mais qu’elle rendit absolument emblématique et symbolique à la fois de la postmodernité et de l’aspect totalitaire de la postmodernité. C’était pour nous dire qu’il fallait s’y résoudre ou plutôt, pour les non-encore-convaincus, capituler avec armes et bagages et si possible joyeusement. Il n’y avait aucune alternative possible au système de la loi du marché, de l’ultra-libéralisme, du libre-échange, – ou encore et en un mot terrible inspiré par le Très-Haut à sa fervente messagère : il n’y a pas d’alternative au Système... C’était à la fin des années 1970. Là-dessus, en 1980-1981, le vif et séduisant intellectuel venu d’Hollywood lui apporta son concours décisif. Thatcher & Reagan étaient faits pour roucouler ensemble.

TINA, tout le monde obtempéra, à commence par nos socialistes dès 1983. Bientôt, les bolchéviques libérés allaient pouvoir y goûter à leur tour, on sait comment et avec quelle violence... A cette époque, nous étions entrés dans la magie, dans la caverne de Platon type-fluo ; l’ultralibéralisme, le commerce et le libre-échange commençaient à se colorer des reflets de la divinité, avec le clown Clinton et son nez rouge et les grand’messes régulières. On swinguait sur l’air du Washington Consensus, qui était une sorte de In The Mood ou de Chattanooga Choo Choo, ou mieux encore d’American Patrol, tout cela d’un Glenn Miller postmoderne et globalisé ; et l’on commençait à aller chaque début d’année à Davos, comme on va à Jerusalem, admirer le petit enfant qui venait de naître ; et chaque année, ô miracle, non seulement il naissait mais encore il renaissait. C’était le temps où TINA nous promettait la plus belle des aubes, ditto la Renaissance (Renaissance 2.0, That is). Effectivement, je vous parle de quelque chose de profondément religieux, qui se nourrit de la foi.

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Un homme sans avertissement

  samedi 18 mars 2017

Je vais vous parler des présidentielles France-2017, mais c’est juré, pas un mot sur Fillon et se fringues ajustées et puis tout juste une allusion ou l’autre sur Micron. Disons que ce texte marque la clôture des candidatures et confirme que je ne suis pas candidat malgré la sollicitation d’un nombre à ne pas croire de maires prêts à me donner leur soutien ; ce qui me permet enfin d’entrer dans mon sujet qui est celui de Mr. Asselineau...

C’est admis par le fait même, je réponds à l’exclamation inscrite dans le Forum du 13 courant de monsieur Nicolas Laurenceau à propos du candidat François Asselineau, président de l’UPR, qui venait à ce moment (le 10, je crois) de dépasser les 500 signatures de maires lui permettant de participer à l’élection pour la présidence de la République … Celle-là (d’exclamation) quelques jours plus tard suivie d’une autre. (*)

Voici l’intervention de monsieur Laurenceau, sous le titre « Etonnement » : « Personne ne commente la montée en puissance de celui qui va peut-être réussir à faire tomber l'Union Européenne (de façon ordonnée)? Personne ne voit qu'un homme “Antisystème” peut être à 100% basé sur des principes et à 100% crédible? https://www.youtube.com/watch?v=DlIS2pp8Qmw

» J'ai voté pour lui en 2015 (tout comme 190000 électeurs) malgré la censure complète. Cette censure est en train de lâcher maintenant qu'il a ses signatures (obligations légales de médiatisation), et la progression est exponentielle. Il a un caractère rassembleur explosif, et veut rendre la liberté à la France notamment via la triple sortie EURO UE OTAN.

» Ouvrez les yeux sur ce qui est en train de se passer, vous serez agréablement surpris ! https://www.youtube.com/watch?v=7Sor-BAf2bE»

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​De Gaulle ambigu et France-2017

  samedi 11 mars 2017

Tel texte sur dedefensa.org hier, qui se rapporte aux années 1960 en France et à la période “gaulliste” (de Gaule, 1958-1969), me donne l’occasion et l’idée de quelques réflexions sur cette période et particulièrement son ambiguïté extrême, ouvrant la séquence inéluctable et décisive du destin qui nous conduit là où nous sommes aujourd’hui. (Ces réflexions peuvent et doivent trouver quelque résonnance dans la situation actuelle en France, vers les présidentielles, soit comme un miroir brouillé, soit comme un prélude lointain.)  L’observation qui en ressort est le constat extrêmement paradoxal sinon provocant qu’une IVème République poursuivie, si lachose avait pu se faire, nous eût peut-être mené moins loin dans la décadence et la chute que la nouvelle Vème République faite pour redresser la France et qui, en fait, s’offrit très rapidement, malgré deux présidents qui méritaient bien de ce régime-là (de Gaulle et Mitterrand), à la manufacture de l’inversion  dont nous sommes aujourd’hui le produit fini. Bien entendu, l’évolution de la situation extérieure n’y est pas pour rien, et pas qu’un peu ; mais le fait est que ce régime qui se voulait souverain et structurant, et qui l’était dans son moule initial, n’a su en rien protéger la France des effets de ces événements.

 (D’autre part, l’on sait bien que je tiens que nul, de toutes les façons, ne peut résister à “ces événements” nés du Système, et qu’au contraire il faudrait en un sens laisser faire et les accélérer pour qu’ils trouvent eux-mêmes, dans leur surpuissance, le destin de l’autodestruction. Ils s’y emploient.  Une IVème République prolongée, ou disons une IVème-bis, nous eût peut-être fait la chose plus douce, mais sans nous éviter l’essentiel certes...)

J’ai vécu les années 1960 dans une conscience politique naissante mais déjà exacerbée par les événements. Cela ne protège pas des erreurs, au contraire cela les amplifie ; pour cette raison, et sans pouvoir fournir la preuve que ces erreurs anciennes n’ont pas été remplacées par de nouvelles mais avec ma seule et ferme conviction à cet égard, je me perçois comme immensément différent aujourd’hui de ce que j’étais dans les années 1960 sans pour autant me condamner. (Mais je n’ai rien, vraiment rien d’un juge, alors cette remarque n’apporte rien de décisif.) J’entamai les années 1960 avec au cœur un sentiment d’un antigaullisme forcené et sans nécessité d'explication, et je terminai cette décennie avec le même sentiment, mais cette fois dans l’esprit, et prétendant l’expliciter par des raisonnements et des choix élaborés. Tout cela n’est pas pour offrir un chapitre de mon roman personnel de ces années-là, mais pour signifier plus simplement qu’on ne peut me soupçonner d’avoir favorisé dans mon jugement le gaullisme puisque je me percevais en opposition contre lui absolument.

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L’entonnoir qu’est la postmodernité

  mercredi 08 mars 2017

La chose est comme une cascade, un tourbillon, une poignée de sable entre les doigts... Passez de la fuite massive dite-Vault7 sur les œuvres de la CIA pour écouter et manipuler everybody et la Russie en premier, à l’antirussisme furieux et sans retour qui soulève les cœurs à Washington D.C. mais aussi bien le cœur gros comme ça du p’tit Micron, à cette deuxième réunion en moins d’un mois des deux chefs d’état-major US et russe (cette fois avec le CEM turc, à Ankara) – puis soufflez un peu, d’une part pour vous reprendre et comprendre qu'il n'y a rien à comprendre après tout, d’autre part comme on éteint une bougie puis la rallume en se frottant les yeux pour voir si l’on a bien vu ce qu'on a cru voir. Voyez, c’est ce que je fais.

En composant le titre de cette page de mon Journal-dde.crisis, je n’ai pas pris garde qu’il avait deux significations. Un entonnoir est cet objet que le fou met sur sa tête en guise de couvre-chef, et qui vous indique obligeamment que le fou est bien fou, qu’il le sait et qu’il se trouve très bien ainsi. (C’est la signification qui me poussa à ce choix.) Mais un entonnoir est aussi cet instrument qui siphonne un flot tournant et furieux pour le forcer à se précipiter dans un passage étroit, en quelque chose forcée à s’intégrer, à se transmuter en une autre chose complètement agglomérée qui présentera bien ce que le torrent furieux initial est en substance. De ce point de vue, un entonnoir peut aussi bien prétendre à la représentation paisible et domestique de ce que je nomme “tourbillon crisique”, qui tourne-fou jusqu’à une intégration, une transmutation de ses composants qui sont autant de crises folles jusqu’au trou noir de son fond sans-fin, et alors ce deuxième modèle est également parfaite représentation de l’époque. Les deux modèles sont non seulement acceptables, ils sont interchangeables.

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Chambre d’échos du tourbillon invertie

  samedi 04 mars 2017

A Washington D.C., au cas où on ne l’aurait pas noté, tout se passe comme si BHO passait en modeciel ouvert” pour activer son “coup” contre Trump ; et le sort stupéfiant fait au secrétaireà la Justice Sessions nous conduit tout droit à une “crise institutionnelle”. A Paris, France, tout se passe comme si Fillon semblait pouvoir être accusé de préparer une sorte de “coup” contre l’“État-de-Droit”... (Ils récitent cette expression sans reprendre leur souffle, comme à genoux devant monsieur le curé, comme s’ils étaient humbles-lyriques, comme s’ils avaient le regard profond d’une ardeur tournant à vide, le vide endimanché et le parler majusculé.) Bien, à ce point de ce que je nommerais aussi bien “Les convergences invertie” (j’ai hésité à mettre l’expression en titre), je précise fugacement le cas français avant de revenir à la chose, – “échos”, “convergences”... Il s’agirait donc, dans le chef de Fillon de nous refaire, demain avec ce qui lui viendra au Trocadéro du peuple-de-droite, un 6-février-34 mais dans le style relooké de la postmodernité, avec la populace supposée avide de produire son acte de forfaiture contre la “république-dictature des juges”. Observons à ce point que la magistrature français si probe sur elle a, cela ne fait aucun doute, bien participé, avec brio et sous le regard étonnamment fourbe du président-poire, à la manufacture de la forfaiture qu’elle serait prompte à dénoncer au gré de ses multiples silences.

Savent-ils ce qu’ils disent et ce qu’ils font, à Washington D.C. et à Paris, France ?

Voyez-vous, il est difficile de trouver des points de comparaison entre les deux hommes (BHO et Fillon), leurs postures, leurs buts, leurs ambitions, sinon qu’ils s’opposent sur nombre de points, au point qu’on peut conjecturer sans surprise que ce tourbillon d’échos et de convergences se fait au seul rythme des inversions croisées en quête d’une néantisation qui séduise le populo. Mais peu m’importe. Ce qui importe, c’est la dynamique de la chose événementielle, et le “bruit de fond” de cette dynamique ; et dans ce cas, l’interprétation qu’on doit en donner selon une approche habillée de l’objectivité métahistorique est celle de la similitude (“échos”, “convergences”). Tout cela nous dit la même chose de la couleur de ces temps déchaînés.

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France-2017 comme USA-2016 ?

  jeudi 02 mars 2017

La question posée dans le titre est bien de savoir si les présidentielles de 2017 en France présenteront une sorte d’équivalence des présidentielles des USA en 2016. Je ne m’interroge en aucune façon sur le “détail” des événements (par exemple et exemple à l’esprit de tous, Le Pen élue en France comme Trump aux USA) ; je parle d’une équivalence dans l’esprit de la chose... Les présidentielles France-2017 seront-elles une surprise aussi extraordinaire, par les avatars et les effets totalement inattendus, – quels que soient ces avatars et ces effets, – que les présidentielles USA-2016 ? Dans les deux cas, tout était plié, comme l’on dit aujourd’hui : des élections importantes, certes, mais sans surprise... Aux USA, Clinton élue et une brutale aggravation de la politique extérieure de désordre et d’agression, sans remous intérieurs particuliers ; en France, Le Pen sans aucun doute en tête pour le second tour, mais pas assez pour empêcher le candidat de la droite de l’emporter.

Pour ce qui concerne USA-2016, on sait ce qui s’est passé, avec notamment, comme surprise de première dimension encore plus que l’élection de Trump, une déstabilisation intérieure extraordinaire entraînant un tourbillon crisique aux USA même. En France, aujourd’hui, après l’événement d’hier matin qui justifiait aussitôt une nouvelle “Humeur de crise”, on réalise de plus en plus, c’est mon sentiment, que la cavalcade est brusquement en train de déboucher sur une terra incognita d’un très beau cru.

Certes, il y avait des bruits avant-coureurs, on sentait bien que sourdait la possibilité d’un événement important, voire considérable ; cela paraissait inconcevable dans cette France qui a atteint de tels sommets de bassesse (oxymore des temps courants) que l’on parlerait presque d’une sublimité de la médiocrité ; pourtant il semble péremptoirement que cela est... La possibilité d’une crise, comme Houellebecq parle de La possibilité d’une île, est fermement parmi nous ; et d’une crise qui serait à la fois inédite, incontrôlable, insaisissable, et pour beaucoup parfaitement incompréhensible, bref une hypercrise ou tourbillon crisique.

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Les hussards de la mort

  jeudi 02 mars 2017

Au départ, l’expression désigne une unité de cavalerie constituée pendant la Grande Révolution, mais je m’en souviens mieux dans son emploi singulier, parce que c’était le surnom que le grand as au courage insensé de l’aviation française de la Grande Guerre, Nungesser, avait donné à son Nieuport-17, Le Hussard de la Mort. (*) Je viens de lui trouver un nouvel emploi, repassant au pluriel en en faisant une image : “Les hussards de la mort [de la littérature]”, désignant en cela le groupe informel et en grand désordre, assez dispersé d’ailleurs, souvent avec quelques malentendus, tout cela dans l’après-guerre, de 1947-1948 et je dirais symboliquement jusqu’à la mort de Roger Nimier le 28 septembre 1961.

D’habitude, “les hussards” sont quatre, – Nimier, Jacques Laurent, Antoine Blondin, Michel Déon, qu’on verrait comme les Mousquetaires du même nombre caché, unis par une même indéfectible amitié. C’est un peu de l’imagerie de communication, un peu du FakeNews avant l’heure, et l’on pourrait énoncer diverses remarques qui nuancent cette imagerie : soit ils sont beaucoup plus que quatre à se classer comme “hussards” ; soit ils se distinguent comme étant d’une droite affichée comme telle avec insolence essentiellement parce qu’on se trouve dans une époque où triomphe la gauche (Sartre-PCF), policière comme d’habitude, avant qu’on ne distingue des nuances politiques béantes qui les distinguent entre eux en les séparant (Nimier plutôt gaulliste contre l’antigaulliste progressif jusqu'à l'irrédentisme des trois autres), et souvent des variations dans les relations (essentiellement entre Nimier et Laurent, qui ne s’aimaient guère) ; soit ils proclament un style en forme d’héritage, d’Alexandre Dumas et Stendhal, à Morand, Chardonne, Giono, Aymé, qui font d’eux des continuateurs beaucoup plus que des “jeunes Turcs” en quête de rupture ; soit ils n’acceptent en rien le surnom qu’avait trouvé pour les désigner en 1953 le jeune écrivain Bernard Frank, qui avait tout pour être lui-même un “hussard” bien qu’étant nettement de gauche... Les choses sont moins simples que ne laissent penser les étiquettes convenues, cela sans surprise.

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Humeur de crise-33

  mercredi 01 mars 2017

C’est la nouvelle du jour, nul n’en doute ! Il est donc exceptionnellement possible et fortement probable que, le 15 mars, le Système sera mis en examen. Je dis bien et je l’écris sans trembler : le Système lui-même. Et tout cela à cause de la France, cette France pas sérieuse, à qui l’on ne peut jamais faire confiance pour suivre les consignes, s’exclament Bruxelles-UE et le Financial Times d’un même élan.

Dans la basse-cour, ils caquètent tous que c’est affreux, terrible et catastrophique, qu’on ne parle toujours pas et qu’on parle encore moins des problèmes de fond, qu’on est encalminé dans les cales du Titanic, avec ces affaires judiciaires comme autant d’icebergs jouant au ping-pong avec le gros bateau. Moi, je dis au contraire que l’on s’approche de plus en plus du port d’attache, tout proche du but : “Nous y sommes, mes gaillards d’avant !”.

Les juges jurent en se haussant du col, la main sur le cœur, là où est la vertueuse Justice : “Mais nous faisons notre travail !” Ils ont tout de même raison. Fillon fronce les sourcils (qu’il a considérables) et pointe l’index, là où se trouve le destin de la France : “C’est un assassinat politique !” Il n’a tout de même pas tort.

A qui profite le crime, Cui bono ? s’interrogent fiévreusement les comploteurs. Plus de réponse, car l’on ne sait plus très bien ce qui peut sortir de ce cloaque, car les sondages s’affolent, car l’on a tant conjecturé, car l’heure tourne, car enfin le poète qui se permet d’ironiser : « Vienne la nuit sonne l'heure. Les jours s'en vont je demeure »... Et dire que nous allons voter, oui messieurs-dames, voter, en tout exercice-citoyen de la démocratie.

Moi, je pense qu’il faut avoir de l’audace et considérer ce champ de ruines pour ce qu’il est. Le 15 mars, ce n’est pas monsieur Fillon François que les juges recevront, mais bel et bien le Système lui-même. Et les juges lui poseront cette question terrible : “Mais comment en êtes-vous arrivé là, à ce désordre affreux, épouvantable et catastrophique ?” Et, pour une fois, le Système ne saura quoi répondre, parce que, voyez-vous, il n’a pas d’alibi le Système. Vraiment, oseront-ils mettre le Système en examen ? Il faut être César, trempant un majeur indécemment tendu à partir d’une main repliée dans l’eau traîtresse du Rubicon, pour sentir si l’eau est froide, pour oser répondre : “Tu quoque, fillon !

Nous ne sommes plus fils du temps du César Imperator.

La France au pied du volcan

  vendredi 24 février 2017

C’est moins la rencontre “historique” Macron-Bayrou que des signes antiSystème qui ne trompent pas qui me poussent à prendre la plume pour vous parler des présidentielles en France. Dans cette étrange époque de la communication où la réalité n’existe plus et où il faut constamment mener sa propre enquête pour découvrir ses propres vérités-de-situation, chacun doit consulter ses propres références pour juger de l’importance objective d’un événement par rapport au simulacre dont l’habille la communication-Système, et surtout juger de l’importance de son évolution dynamique considérée le plus objectivement possible. Pour ce cas français, mes références se trouvent dans l’intérêt que lui portent certaines sources antiSystème que je connais, dont je mesure l’importance, la valeur l’orientation, l’influence, etc.

Je reviens donc à mon introduction : plus, beaucoup plus que “la rencontre “historique” Macron-Bayrou ” dont on imagine le peu d’inspiration qu’elle a suscitée pour ma réflexion et mon commentaire, c’est la parution sans cesse en augmentation d’articles de commentaire et de réflexion “de suivi” de la campagne dans la presse-antiSystème de qualité et d’influence qui m’arrête. (De plus en plus “comme d’habitude”, la presseSystème ne m’importe pas.) Pour le plus court, la journée d’hier, je me réfère précisément pour illustrer ce jugement à deux article, un sur Breitbart.News, dont on sait l’importance aux USA, et un autre d’Alexander Mercouris (*) sur son site TheDuran.com ; ce qui est remarquable dans ces deux textes, c’est combien ils vont dans le détail des situations, combien ils ont une bonne connaissance de ces situations. Dans notre époque moderniste post-1945, jamais depuis l’épisode de Gaulle la France n’a tenu une place aussi importante dans la réflexion du monde anglo-saxon dominant qui l’ignore d’habitude royalement, la tenant pour partie négligeable. (La France n’importe aux yeux des autres, dans notre époque moderniste toujours, que lorsqu’elle est dans son rôle naturel de contestatrice de l’ordre moderniste établi et de son Politically Correct.)

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Tusk : “Ce Tusk dit n’importe quoi !”

  mercredi 22 février 2017

Imaginez un nommé Dupond (avec un d), qui a établi depuis des années une alliance formidable avec un nommé Dupont (avec un t), qui découvre soudain quelque machination épouvantable de la part de son vis-à-vis et qui s’écrie, et qui clame à grands cris, qui proclame : “C’est fini, Dupont-avec-un-t, c’est vraiment une crapule une menace pour moi, notre association Dupond-Dupont est morte et enterrée”. Et puis, vingt jours plus tard, il s’écrie, et clame à grands cris, proclame : “Ceux qui avaient annoncé la mort de l’association Dupond-Dupont, ceux-là, pauvres imbéciles envieux, ils ont annoncé une chose bien prématurée, tout va bien à bord car l’association Dupont-Dupond est plus forte que jamais”. C’est un peu ce qui est arrivé à notre ami, président de l’UE, sémillant, brillant, aussi gai qu’un jour sans pain et sans fin, j’ai nommé Donald Tusk, dit This-Donald.

Donc, le 1er février, il annonçait, le premier d’entre tous les hauts dignitaires à mettre les points sur les i, que les USA avec The-Donald (Trump) n’étaient plus notre-allié, mais devenus rien de moins qu’une menace pour l’UE. Le site dedefensa.org notait le 2 février, avec des larmes dans la plume et toujours aussi hypocrite :

« Enfin une voix s’éleva, ou plutôt une plume, celle du président non-élu de l’Union Européenne (UE), le Polonais Donald Tusk. (“Non-élu”, par conséquent le plus complètement légitime pour parler en tant que créature du Système, Euro-Zombies, etc.) Tusk envoie une lettre à tous ses compères, dirigeants au plus haut niveau des 27 pays-membres de l’UE, avant leur réunion commune à Malte. Tusk écrit enfin les mots-sacrilèges, ceux qu’il était impensable de voir briller sous une plume européenne de bonne réputation-Système : la mise en évidence que les USA sont quasiment autant une “menace” pour l’UE que la Russie, la Chine et ISIS (Daesh pour les Français, le texte-Tusk n’étant qu’en anglais). »

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Genèse de l’antiSystème

  samedi 18 février 2017

Depuis quelques temps, une-deux semaines, je me suis mis à l’ouvrage pour suivre un peu plus régulièrement la campagne de l’élection présidentielle française qui ne m’intéresse que dans la mesure où elle justifierait, et surtout comment elle justifierait la place qu’on lui accorde en général, y compris extra-muros des salons parisiens, dans l’immense dynamique en cours dans notre Grande Crise Générale (ou Grande Crise de l’effondrement du Système, l’expression variant un peu selon les jours et les humeurs, mais l’on comprend, si l’on ne fait pas trop la bête, de quoi je veux parler). J’ai donc entendu à plusieurs reprises, et donc observé comme un fait avéré, que le terme “anti système” ou éventuellement “anti-système” avec tiret si l’on est plus audacieux, selon l’orthographe telle qu’ils l’utilisent, est employé très couramment sinon avec une exagération révélatrice.

Il s’agit d’une mode, d’un néo-conformisme de circonstance et d’opportunisme si l’on veut, au point que des amateurs de paradoxe se jugeraient “révolutionnaire“ et “anticonformistes” en se disant “pro-système”. (Je crois bien qu’il y en a dans ce genre, j’ai entendu la chose au moins une fois.) Pour mon compte et sans étonner personne je pense, toutes ces expressions font partie de ce que je nommerais “l’écume des jours”, variations de type-“dir’com”, toutes en apparence et au goût du jour sinon de l’heure en prime time, pour sacrifier à ce qu’on croit percevoir comme une attente psychologique d’un public de plus en plus insaisissable, pour “rester dans la course” ou comme on disait autrefois (je ne sais si cela se dit encore) “rester dans le coup”.

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Le Deep State dans tous ses états

  jeudi 16 février 2017

Une fois de plus, je prends la plume pour interférer dans le travail du site (dedefensa.org) et donner un aperçu personnel et néanmoins général des événements washingtoniens après la démission de Flynn, le conseiller direct de Trump pour la sécurité nationale, et l’un de ses plus anciens compagnons d’armes sur la route menant à la Maison-Blanche. Par commodité, je citerais au minimum des extraits de mes “sources”, qui sont dans tous les bons articles de la presse-antiSystème. (Vous pouvez trouver une bonne synthèse de cette affaire, donnant elle-même toutes les sources qui importent, dans le texte de Virgil, de Breitbart.News, le 16 février. Plus loin, vous aurez d’autres références-URL)

Bref, la transition est toute faite pour entrer dans le vif du sujet par un exposé préliminaire : la non-citation des sources est une habitude de la presseSystème, devenue habitude hystérique et spasmodique dans l’ère Trump. On peut donc sans véritable risque, vous pouvez m’en croire, inventer ses “sources” pour mieux accréditer les montages que passent impérativement les “non-sources” venues de l’IC (Intelligence Community) alias Deep State (État profond), ou faisant fonction. Jamais le trafic de “sources”, avec “fuites” organisées d’informations inventées pour la cause, n’a été aussi massif, sorte d’inondation diluvienne, de tsunami, etc. Plus que jamais par conséquent, il faut renoncer à la réalité qui n’existe plus, tenir apriori pour mensongères les “sources” les plus respectables selon le catéchisme-Système (NYT, WaPo, etc.), décrétées par nous coupables tant que leur innocence éventuelle n’a pas été sérieusement prouvée, etc. Dans le cas qui nous occupe, il faut admettre qu’il y a eu un simulacre de fuites massives, des informations-simulacres venant de sources-simulacres également, néanmoins implantées dans l’IC, devenant elle-même une IC-simulacre, le tout aboutissant à une liquidation de Flynn... Pourquoi ne croirait-on pas, ironiquement au sarcastiquement, qu’il s’agit d’une liquidation-simulacre ? Le plus fort c’est que certains l’affirment...

Sur cet arrière-plan plein de faux-semblant et de fausses perspectives, j’en viens à un exposé succinct de cette affaire & conséquences, en quelques points remarquables :

(Suite)

Une énigme bien française

  mercredi 15 février 2017

Enfin, je dirais que c’est à la fois une énigme et une évidence... Je parle de mon désintérêt complet, sinon pour l’anecdote, pour l’exotisme, et bien entendu pour l’exclamation consternée, pour la campagne de l’élection présidentielle française ; et, d’autre part, la conviction extrêmement forte que cet événement, – l’élection au terme de la campagne, – est un événement considérable, et cela je pense, quel que soit le résultat parce que cette élection aura un effet de rupture psychologique à mesure, tout aussi considérable.

Ce dernier jugement d’un “événement considérable” n’a fait que se renforcer ces derniers mois, sinon ces dernières semaines. Les présidentielles françaises doivent être considérées, objectivement et selon un point de vue qui ignore les protagonistes, les programmes, les avatars, etc., comme un événement qui n’a cessé de gagner dans l’importance considérable que je lui vois, à cause des autres événements extérieurs, disons “de l’extérieur proche”, ou encore à l’intérieur du bloc-BAO. Je veux parler, pour nommer ces “événements extérieurs”, de la dissolution accélérée du concept d’“Europe-UE”, du Brexit bien entendu, mais surtout des élections américanistes et, en amplifiant encore cet effet dont je parle, de tout ce qui se passe en survitesse accélérée depuis la victoire de Trump, qui n’est rien de moins que la dissolution accélérée des États-Unis.

La cause générale en est bien compréhensible, sans avoir à tordre l’argument ni à s’attarder dans les détails parce qu’il s’agit d’un sujet qu’on ne cesse d’aborder sur ce site. Il est manifeste, selon ma comptabilité personnelle que ne dément en rien dedefensa.org, que la crise du Système a franchi un seuil fatidique au début de 2014, avec la crise ukrainienne dans la forme où elle a éclaté et s’est développée. L’on a vu aussitôt la puissance terrible développée par le système de la communication, pour atteindre une intensité telle que les concepts de réalité, de vérité, etc., bref de tout ce qui constitue notre perception et par conséquent l’évolution de notre psychologie, en ont été complètement bouleversés dans leur opérationnalité, avec notamment cet événement de la désintégration de la réalité objective. (D’où les concepts divers apparus dans l’arsenal dialectique du site : narrative, déterminisme narrativiste, vérité-de-situation, etc.) Du coup, toutes les activités humaines, même celles qui prétendent à la plus vertueuse des objectivités, se trouvent précipitées dans le soupçon du parti-pris, de la corruption, de la manipulation, etc.

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Humeur de crise-32

  mercredi 15 février 2017

La campagne présidentielle française, dans un temps de crise existentielle de la nation française en cours de dissolution accélérée, est comme suspendue, paralysée, impuissante et vociférant extraordinairement à propos du rien. Elle se contracte spasmodiquement dans des “crises” universellement dérisoires et démesurément grossies comme celle qui nous occupe actuellement (“l’affaire-Théo”), comme si ces temps maudits excellaient à fabriquer des symboles sans autre signification que celle de l’insignifiance saupoudrée de bavardages sans fin, sans goût, sans rien du tout, – sur le genre des anges plutôt que sur leur sexe, comme il convient. C’est ironiquement dire qu’elle est à la hauteur de l’enjeu, cette campagne française, puisqu’elle est le double invertie et catastrophique de la hauteur de l’enjeu, très bas dans les abysses... Suspendue ? Si elle l’était encore dans les airs, vers les cieux où l’on peut espérer quelque innocence, mais elle l’est dans les culs de basse-fosse, dans ses propres excréments sans signification ; tant il est vrai qu’ils ne veulent rien voir de la vérité catastrophique du monde.

Même pas un mois que Trump est là et son conseiller à la sécurité nationale Flynn, que l’on voyait comme un homme-clef, dedefensa.org et moi y compris, démissionne, chassé par les montages-Système habituels. L’attaque anti-Trump est d’une extraordinaire surpuissance et la politique extérieure de Trump est un extraordinaire château kafkaïesque où un grand joueur d’échec se perdrait. Un texte d’Alastair Crooke écrit à la lumière d’une superbe culture pour tenter de comprendre et de débrouiller cette énigme (la politique de Trump) se termine par un ironique « Well, peut-être est-il préférable de s’asseoir et d’observer, et de ne plus tenter de déchiffrer les runes ». Il faut dire que, pendant que se répand cet épais brouillard en forme d’extraordinaire désordre, on s’active avec zèle, de tous les côtés et non des moindres puisqu’y incluse Sa Majesté-BHO, à mettre en place les composants nécessaires à la ‘Civil War 2.0’, USA, d’une façon infiniment plus sérieuse dans les moyens qu’on ne pouvait prévoir, et tout aussi incompréhensible que la politique de The-Donald dans “ses runes”...

Lisez, pendant ce temps, la prose lugubre de Patrick Buchanan, qui voit la fin des USA comme un destin immanquable désormais.... Et puis, méditez un instant.

...Cela fait (la méditation d’un instant) pour en venir à admettre que, Well, il est temps d’arrêter là bien qu’il y ait tant d’autres occurrences crisiques à décrire, en plus de ces deux monstres crisiques en pleine activité. Je crois qu’il y a bien assez pour justifier ce que je vais vous dire de mon humeur ; cela ne sera ni long, ni révolutionnaire, selon ce que vous savez de mes habitudes. Le “Well” d’Alastair me convient parfaitement tant il rencontre cette doctrine de l’inconnaissance qui me sert de guide dans les périodes de grand désordre des énigmes crisiques transformées en hystéries crisiques. Il s’agit de ne pas céder, de continuer “à rester assis et [à] observer”, comme une sentinelle qui fait son devoir ; il s’agit de se faire de plus en plus critique de ses propres commentaires, de ses humeurs, de ses illuminations particulières concernant des faits et événements particuliers, de ses “Eurekas !” qui jureraient donner une cohérence soudaine à ce qui n’est et ne peut être qu’incohérence... Mais ne rien abandonner malgré cette censure vigilante de soi-même car il faut poursuivre ; la Mission impartie reste plus que jamais de continuer à souligner les terribles et catastrophiques envolées de notre crise Générale.

Car voici ma seule certitude : nous sommes désormais au cœur du cœur de la Grande crise générale à son terme catastrophique. Ce qui joue un rôle et tient son rang n’est plus de notre conception ni de notre compétence, encore moins de notre action. Nous sommes dominé, écrasés, ridiculisés par la métahistoire qui, majestueuse et superbe, intervient directement dans notre petite basse-cour en déployant ses forces suprahumaines dont nous ne savons rien précisément, mais dont nous sentons irrésistiblement la pression et la souveraine puissance. (Et c’est nous faire bien de l’honneur, une telle intervention, j’en conviens, – mais quoi, Ainsi soit-il...)

Crooke a donc raison : il est « préférable de s’asseoir et d’observer » l’effondrement d’une civilisation, d’un Système et d’un monde... Car il importe d’en rendre compte, et de méditer à nouveau, dans l’espoir d’apercevoir un jour, à un moment donné, le nœud du Mystère.

La bestiole & Delenda Est Systema

  vendredi 10 février 2017

Maintenant, quelques mots sur Trump qui achève la troisième semaine de sa mandature, et qui nous en dit déjà énormément sur lui. Pour nous épargner quelque bavardage inutile, je citerais le site dedefensa.org, dans son texte du 9 février sur les Tu-22 russes en balade possible en Iran, en faisant l’hypothèse que l’auteur aurait aussi  bien ajouté ce commentaire pour introduire mon épanchement du jour, comme si on le lui avait demandé :

« Tous les commentateurs antiSystème sont et seront obligés à la pratique de cette gymnastique entre l’approbation extrême et la critique très ferme, comme nous-mêmes d’ailleurs [voir le 7 février et le même 7 février], sans qu’il y faille voir en aucun cas un changement de l’opinion sinon de l'humeur, ou une incertitude du jugement : il suffit d’aligner et de comparer les deux chroniques successives de Justin Raimondo, du  6 février 2017 [applaudissements enthousiastes] et du 8 février 2017 [appréciation très critique]. »

En un sens, et cela poursuivant sur un mode moins “grillonnant” que notre « Prophète en mode grillonnant », il s’agit de bien percevoir combien il n’y a plus aucune ligne directrice, ni la moindre logique, ni au fond le moindre arrangement possible de l’esprit selon les habitudes éprouvées de notre piètre histoire constamment récrites pour croire encore à nous-mêmes. Il nous faut nécessairement employer un mode différent de perception, – à chacun de trouver le sien après tout, moi j’ai choisi depuis longtemps quelque chose qui a pris forme, et que j’en suis venu à baptiser “âme poétique”, qui se nourrit de formes de belles qualités et de profondeur à mesure, telle l’intuition haute. Il n’y a aujourd’hui aucun autre moyen d’échapper à l’un des quelques pièges du même conformisme-narrativiste exercé d’une façon ou l’autre à l’instigation d’une époque absolument soumise au Système, que ce soit celui de l’aveuglement-hyperactif (“je suis heureux, je suis postmoderne”), celui de l’hypertrophie rationaliste-démente (“je comprends tout, grandes lois géopolitiques et complots”), celui de l’hystérie-affectiviste (“partout nos bombes et nos drones sèment nos valeurs enchanteresses”), celui du militantisme du paroxysme-sociétal (“je hais tout ce qui est structuré, principiel et harmonieusement arrangé, je ne veux que le mouvement déconstructeur”).

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Prophète en vagabondage grillonnant

  jeudi 09 février 2017

A peine imagine-t-on de faire un commentaire politique sur la campagne présidentielle française qu’un événement vient vous en dissuader, parce que cet événement bouleverse l’orientation de tout commentaire politique à ce point que l’on finit par conclure que l’on croit au retour de la politique dans la campagne lorsque la politique, ou disons ce qui en tient lieu, l’a déserté ; et l’on est évidemment aussi vite démenti car ce “retour de la politique” n’est qu’un simulacre, un false flag comme disent les comploteurs.

A d’autres moments, on l’oublie, cette campagne, je veux dire dans les moments d’accalmie de la campagne lorsqu’ils font leur vraie campagne et parlant des vrais sujets de la campagne, etc., tout ça si important et si pressant vous assurent-ils parce qu’il s’agit du retour de la politique et de la politique de la campagne, et c’est à ce moment-là que la campagne somnole et disparaît... Dans ces moments-là où, paraît-il, la politique est revenue dans la campagne selon eux, moi aussi je somnole doucement et n’ai plus rien à en dire, et je sais bien que chaque mot que je lui consacrerais me ferait disparaître de moi-même, me ferait me fondre dans la médiocrité qu’impose l’événement, le non-être que m’aurait ainsi communiqué l’événement de la campagne...

Ainsi ai-je trouvé un thème central qui transcende la campagne tout en en parlant tout de même, en plus en la liant à la campagne présidentielle des USA, d’un tout autre style mais d’une tendance similaire : cette campagne ne prépare à rien dans l’événement qui la couronne, strictement à rien sinon au désert des médiocres dans le chef de l’élection car le véritable événement n’est pas l’élection mais bien ce qui va suivre l’élection, et cela quel que soit l’élu. Aux USA, et toujours dans ce tout autre style, c’est une tendance similaire car l’on sait bien, – je veux dire qu’on devrait en être convaincu par intuition impérative, – que l’autre résultat, l’élection de Clinton, aurait provoqué des remous considérables, aussi bien dans la rue qu’à Washington D.C., comme elle en produit avec l’élection de Trump où l’on voit bien que ce qui suit l’élection de la bestiole s’impose comme bien plus important que la séquence qui a précédé. C’est-à-dire que, dans les deux cas, le français après celui des USA, la décision qui est censée imposer une phase politique de plus enchaînant sur le précédent, impose au contraire une phase de type nouveau, quelque chose de tout à fait différent après une rupture sans aucune considération pour la personnalité de l’élu(e), et alors l’élection n’est qu’une phase de rupture ou dite-rupturielle. Ainsi “le désert des médiocres” à quoi aboutissent les campagnes politiques aujourd’hui dans ces systèmes politiques en pleine dissolution d’eux-mêmes et par eux-mêmes, aussi vide que peut l’être ce vide dont la nature a horreur, “le désert des médiocres” se transforme en un bouillonnement extraordinaire qui n’indique rien d’autre que la révolte furieuse de la nature du monde.  

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L’Auteur marmonne...

  lundi 06 février 2017

Depuis quelques jours, je le sens bien et même parfois je l’entends ; l’Auteur marmonne, parle entre ses dents (celles qui lui restent), renâcle, remâche et râle... Je sens bien qu’il a quelque chose à me dire et je sais bien de quoi ce quelque chose est fait. L’Auteur, je le connais comme si je l’avais fait, comme si c’était moi...

Ah, le voilà qui approche ; feignons l’indifférence, comme l’on dit dans les grandes pièces classiques, et simulons la surprise lorsqu’il parlera, comme si de rien, vraiment de rien n’était.

— Hum, hum, dit l’Auteur, manifestement en verve.

— Oui, monsieur l’Auteur ?

— Je n’ai rien dit, moi.

— Vous êtes comme tous les auteurs, l’Auteur ! A vous tortiller, à vous trémousser pour attirer l’attention, pour qu’on vous voit du coin de l’œil, pour qu’on s’attache à vous sans trop le montrer, et cela pour vous récrier une fois l’attention éveillée...

— Eh bien, puisque vous insistez, eh bien voici : j’enrage !

— Tiens, j’envisageais de le dire pour vous, mon texte en témoigne... Et pourquoi donc, s’il vous plaît ?

— Oh, c’est vite dit : La Grâce est là, qui nous tend les bras, désemparée et désespérée de cette situation car il n’y a personne ou tout comme pour répondre à son attente ! C’est comme un noyé qui demande de l’aide et qu’on regarde couler, sans un geste, si même on s’en aperçoit.

— Vous exagérez, l’Auteur, vous faites dans le tragique d’une façon excessive... Vous voulez parler de la diffusion de votre chef d’œuvre, n’est-ce pas ? Les ventes ont fait leur petit bonhomme de chemin ; combien ? Au moins 150 exemplaires, non ?

— Et vous trouvez cela satisfaisant, en trois mois ?! Inutile de me détourner de mon juste courroux, notamment par des ironies comme cette remarque déplacée avec le ton qui va avec, – “votre chef d’œuvre”, – le fait est que le bateau sombre... Depuis quinze jours, un, deux exemplaires vendus, pas plus !

— “Juste courroux“, mazette le beau langage ! Enfin, un peu, comment dirais-je...

— Ne dites rien ! Reste que la situation est affreusement affligeante, je dirais presque : tragique !

—Allons, allons, ce mot, “tragique”, je vous l’ai fait comprendre, est excessif... Il faut dire aussi : votre pavé, je veux dire “votre chef d’œuvre”, n’est pas de ces choses que l’on achète comme des petits pains. Certains le jugeront difficile à digérer, vous savez. Alors on pèse, on soupèse, on hésite.  

— C’est à vous d’exagérer cette fois ; il faut lire ce livre comme une vache rumine, comme Nietzsche conseillait de faire, en lisant et relisant, comme je fais de plus en plus... Thibon disait, écoutez je le cite : “L’important, ce n’est pas de lire beaucoup de livres, c’est de lire en profondeur le peu qu’on lit. Tout est dans tout.”

— Humm, vous avez des lettres... Et bien entendu, vous êtes assuré que La Grâce est un de ces quelques livres qu’il suffit de lire en profondeur...

— Je n’ai pas dit ça, je n’ai pas dit ça !

L’Auteur a un peu rougi, pour le coup. Je regrette presque ce ton involontairement sarcastique dont j’ai usé.

— ... Enfin, je n’ai pas voulu dire ça ! Vous me récrivez comme on récrit l’Histoire, Monsieur, et ce n’est pas peu dire dans cette époque sans pareille... Écoutez, le fait est que je ne sais pas comment dire ce que je veux dire ; mais quand on écrit et qu’on tient à ce qu’on écrit, on voudrait que tout le monde s’en saisisse et on le proclamerait pour un peu, et puis l’instant d’après, vous comprenez, changeant brusquement d’humeur on se dit : “qu’importe, je n’ai pas écrit pour ‘vendre’, ce mot affreux, je laisse ce livre à son destin, et qui aura l’intuition qu’il lui faut le lire, celui-là le lira, et qu’importe s’ils ne sont que 150” ... D’ailleurs, un peu plus que 150, non ?

— A peine, l’Auteur, à peine, certainement pas plus de 160, et j’espère bien que vous montrerez respect et reconnaissance à ces Happy Few qui se sont aventurés dans le sublime et enchanteur labyrinthe de votre pensée, éclairé en son terme d’une lumière sans exemple ?

— Toujours, toujours, vous et vos sarcasmes ! Certes, bien sûr que je dis mon respect et ma reconnaissance à ces lecteurs, à leur courage, à leur endurance, à leur souffle... Mais bon : puisque vous voyez cela comme une épreuve, j’aimerais après tout qu’ils soient plus nombreux à participer, comme s’ils pouvaient espérer une initiation... 

Somme toute et sans trop m’attarder aux derniers mots de la dernière phrase qui frisent tout de même la paranoïa du bonhomme, je le comprends : il voudrait qu’on lise son livre, La Grâce (au fait, il faudra que je le lise, moi, “en profondeur” cette fois, à-la-Thibon) ; en même temps, il est mortifié de songer à faire cette chose vile qu’ils nomment aujourd’hui “promotion”, comme un bateleur fait son bataclan. Comme tous les auteurs, je parle de ces auteurs singuliers qui sont plus sensibles à ce qu’ils ont écrit qu’aux règles du jeu du temps, moderniste puis postmoderniste, l’Auteur est fait tout de contradictions, entre le nécessaire et le détestable ; il veut être lu et, en même temps, il se déteste de faire, ou d’envisager de faire cette démarche infâme du publiciste, du voyageur de commerce, qui revient à dire : je veux que vous me lisiez, pour ma gloire et pour ma fortune... Bien, et c’est ainsi que je me décidai à mettre fin à son supplice, puisqu’en vérité il était là, il marmonnait depuis plusieurs jours, pour une requête qu’il jugeait nécessaire de faire, et qu’il jugeait horrible de devoir faire.

— Je viens au-devant de vos souhaits... Et si je vous proposais d’en dire un mot dans mon Journal ? Peut-être qu’un lecteur ou l’autre...

— Oui, oui, c’est ça c’est ça, et mille merci, au moins mille, – je veux dire les “mercis”, pour les lecteurs on verra ... Euh, n’oubliez pas le lien qui renvoie aux conditions de vente... Puisque, vous le savez, et dites-le à vos lecteurs, le Tome-II vint de paraître.

Avisé l’Auteur... Voilà qui est fait : lecteur, voici le lien.

(L’Auteur-4)

“Le mot qui met de l’ordre dans le désordre”

  dimanche 05 février 2017

Il est très difficile d’identifier aujourd’hui la politique extérieure, ou disons de sécurité nationale de Trump ; d’où un certain désarroi ici et , y compris chez des partisans de circonstance de Trump. Mais ce constat n’est pas nouveau. Il était également très difficile d’identifier, lorsque nous la vivions au jour le jour, la politique de sécurité nationale d’Obama ; enfin, je dirais la même chose de GW Bush, dans tous les cas depuis l’invasion de l’Irak où ce qui fut aussitôt présenté et salué comme une splendide victoire s’avéra devenir, au fil des ans, une épouvantable défaite, tandis que les contradictions, les complexions et complexifications comme l’on dit couramment, ne cessaient de s’empiler.

C’est bien entendu cette confusion de la réalité, son usure véritablement, sous les coups de la formidable puissance du système de la communication, jusqu’à sa dislocation, sa parcellisation, son inversion et finalement sa disparition (voir le déterminisme-narrativiste et la vérité-de-situation), qui brouille complètement ce processus d’identification jusqu’à le rendre impossible. J’ai la conviction que cette impossibilité d’identification est partagée par les acteurs eux-mêmes, et les prétendus inspirateurs de ces politiques incompréhensibles.

Comment s’en sortir ? Je réponds à cette question, entièrement d’une manière intuitive, sans le moindre intérêt pour quelque démonstration ou preuve que ce soit, parce que persuadé qu’aucune autre méthode n’est possible pour clarifier la pensée et continuer dans cette fonction, dans cette mission d’observateur des événements. Cette “fonction” est bien une “mission” dans le sens profond de la chose, intuition là aussi, dans la mesure où la description qu’elle nous donne joue honnêtement et loyalement son rôle d’influence à ciel ouvert ; parce qu’encore j’ai la conviction que la présentation d’une telle influence pour ce qu’elle est joue son rôle dans l’évolution des perceptions et des jugements ; parce qu’encore et enfin, j’ai la conviction qu’en l’absence de réalité empêchant toute observation expérimentale, c’est de cette façon qu’on peut tout de même faire progresser une pression bénéfique sur l’ensemble des événements.

(Suite)