Le Journal dde.crisis de Philippe Grasset, qui a commencé le 11 septembre 2015 avec la nouvelle formule de dedefensa.org, l’accompagne et la commente en même temps qu’il tient la fonction d’être effectivement un “Journal” pour l’éditeur et directeur de la rédaction de ce site.

  Mars 2022 (10 articles)

Eh dollar, poisson d’avril !

  jeudi 31 mars 2022

31 mars 2022 (19H10), veille du 1er avril  – Il y a treize ans presque exactement puisqu’il s’agit du 27 mars 2009, alors que nous nous extrayions péniblement des ruines de la crise des ‘subprimes’ (2007-2008), le président brésilien Lula recevait le premier ministre britannique Gordon Brown, lequel faisait une tournée pour présenter aux heureux élus le futur G20 qui devait tenir sous peu sa première réunion. Ainsi présentions-nous, sur ce site déjà bien vieux, l’issue de la rencontre, à l’heure de la conférence de presse, alors que nous pensions arriver à un point central et décisif de cette époque :

 « Donc, Brown, qui se promène, au nom du G20 à venir, par-delà les terres influentes du monde civilisé, fit arrêt au Brésil, pour y rencontrer Lula. On sait que Lula fait partie d’une sorte de “bande des quatre”, – Brésil, Chine, Inde et Russie, – qui ont l’air d’accord pour expédier le dollar ad patres. Bien, l’on (Lula-Brown) parle du G20, l’on se dit des choses aimables et des promesses diverses, puis l’on tient une conférence de presse, – et voici la chose, selon ‘The Independent’, du 27 mars 2009

» “Au Brésil, Gordon Brown a poursuivi sa tournée pré-sommet, mais il a été embarrassé lorsque son hôte, le président Luiz Inacio Lula Da Silva, a déclaré que la crise financière était causée par des ‘Blancs aux yeux bleus’. Lors d’une conférence de presse conjointe avec Brown, Lula a précisé qu’il n’avait jamais rencontré de banquier noir.

» “‘C’est une crise qui a été causée par des gens, des blancs aux yeux bleus. Et avant la crise, ils avaient l’air de tout savoir sur l'économie’, a-t-il dit. ‘Une fois de plus, la plus grande partie des pauvres dans le monde qui n’avaient pas encore [obtenu] leur part du développement causé par la globalisation, ont été les premiers à en souffrir’. ‘Comme je ne connais pas de banquiers noirs, je ne peux que dire que cette partie de l'humanité, qui est la principale victime de la crise mondiale, devrait payer pour la crise ? Je ne peux pas accepter cela. Si le G20 devient une réunion juste pour organiser une autre réunion, nous serons discrédités et la crise s’aggravera’”. »

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T.C-105 : de Ukrisis à ‘McKinseygate’ & retour

  mardi 29 mars 2022

29 mars 2022 (18H45) – S’accumulent les ‘lignes rouges’ et les échéances très pressantes et urgentes, au moment où les décisions nécessaires se bousculent et où les incertitudes dramatiques interfèrent les unes les autres avec brutalité. Le sort est injuste avec le bloc-BAO.

Par exemple : on avait dit péremptoirement que Ukrisis avait annulé la campagne présidentielle française, – terme très prisé, “annuler”, venu de ‘Cancel Culture’, qu’on emploiera ici parce qu’il détermine toutes les lignes de la “politiqueSystème”... Eh bien, l’on pourrait désormais et modestement se proposer de dire que McKinsey est en train, dans cette campagne présidentielle, d’annuler indirectement Ukrisis, voire peut-être de l’annuler directement. A la vitesse d’un éclair, – ‘blitzkrieg’ réussie, – McKinsey est aujourd’hui le facteur dominant de la campagne, plus du tout Ukrisis, et même McKinsey est-il peut-être en train de torpiller Ukrisis-dans-son-aspect-le plus-sexy, – celui de cause morale qui se justifie par elle-même et qui doit donc triompher grâce à ce seul aspect moral, et au bénéfice de Macron institué président-de-guerre... Comment en est-on arrivé là ?

... Comme dit Charles Gave, dont on reparlera plus loin :

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La politique des EPHAD

  dimanche 27 mars 2022

27  mars 2022 (18h40) – A la toute première aapréhension de la chose, je ressentis une intense stupéfaction. La lecture du titre de l’article suffit à cette réaction, tant c’était évident, – et je laisse en anglais cette fâcheuse formule de ‘regime change’, devenue si fameuse pour exprimer l’aspect subversif et déconstructeur de la ‘politiqueSystème’ :

« ‘Poutine ne peut pas rester au pouvoir !’ – Biden

» Le président US demande un ‘regime change’ en Russie. »

Cela me sembla tellement inattendue, incroyable, absolument dévastateur du point de vue d’une politique classique, maîtrisée et efficace, avec les restes des cynismes d’un Machiavel et les reliefs des habiletés tortueuses d’un Talleyrand. Ces gens et ces temps ne sont plus.

Aussitôt également me vint à l’esprit ce que nous avions mentionné dans un article déjà mis en page quelques heures plus tôt, toujours à propos de Biden et de ses incontinences verbales :

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Réflexions sur « ‘Ukrisis’, catastrophe potentielle »

  dimanche 20 mars 2022

20 mars 2022 (19H00) – Pour ce texte d’Alastair Crooke de ce jour, on va suivre une méthode inhabituelle de présentation (d’habitude, il y a un commentaire, souvent long, d’introduction signé ‘dedefensa.org’). Raison simple : ce texte magistral nous enrichit et, en même temps, suscite des réflexions nouvelles qui prolonge ou relance la pensée du lecteur, pour mon compte dans les cas.

Je vais procéder d’une manière ordonnée pour contenir les élans intuitifs de la pensée dans un rangement de bon aloi mais sans trop la contraindre.

“Méta-tragédie” contre “Jivarosation”

Bien entendu, je me suis parfaitement retrouvé dans l’analyse du sentiment russe qui est ici décrit, d’une guerre totale parce que “guerre sainte” et “guerre de survie”. La fausse perception du bloc-BAO d’une “guerre tactique” correspond parfaitement à l’extrême médiocrité de la pensée stratégique d’une civilisation en cours, – oserais-je dire, moi qui goûte tant d’inventer des mots, – de “ jivarosation”. (La tradition jivaro de la “réduction des têtes”, illustration obscène mais si juste de la monstrueuse évolution de notre intelligence ?)

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Face à l’Énigme du Sphinx-Ukrisis

  vendredi 18 mars 2022

18 mars 2022 (05H30) –  Même si l’on en comprend le sens, c’est tout de même une drôle de phrase, dans son phrasé étrangement mélodique et les mots choisis pour être dit sèchement, de la porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki avant-hier lors de sa conférence de presse quotidienne :

« Nous ne sommes pas intéressés par une Troisième Guerre mondiale » (“We are not interested in getting into World War III”).

L’esprit de la bureaucratie qui ne doit rien laisser paraître d’une “absence de contrôle” des choses, et l’“art” suspect de la communication conduisent à des paroles surréalistes, ou bien effrayantes, ou bien pathologiques, ou bien d’un humour absurde remarquable, par rapport à l’enjeu bien réel évoqué. C’est une conséquence des pressions de la formidable puissance déchaînée de la communication dans cette ‘Ukrisis’. L’esprit et son jugement sont horriblement tordus, essentiellement lorsqu’il y a une ligne impératives à suivre qui est de ce qu’on juge être le pire du pire, et le résultat est souvent étrange et rocambolesque, sinon bouffon, malgré l’affreuse et terrible gravité de la chose.

Je l’ai déjà écrit et je le récris pour la nième fois mais en n’étant pas sûr que cela suffise pour expliquer mon attitude, – ceci, à propos de l’attaque des tours de Manhattan :

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Une vision africaine de Ukrisis

  lundi 14 mars 2022

14 mars 2022 (14H40) – J’ai retrouvé, de-ci de-là, soit RT.com, soit RT-France, idem pour Spoutnik, tout cela avec mes vœux adressées à madame van der Leyen, qui est incontestablement notre représentante légitime et démocratiquement élue préposée à la réglementation de ce que je peux lire et de ce que je ne dois pas lire. Je dois avouer que la Reine-Mère des Commissaires européens, façon ‘Politburo’, commence à embarrasser mon langage, pour lui trouver des épithètes adéquats qui ne soient pas un peu trop lestes.

Passons outre, camarade, et passons au principal.

... Cela se lit donc sur RT-France qui existe toujours et fort bien, retrouvé à la date du 8 mars, – j’indique le lien mais vous trouvez cette affaire à d’autres sources si celle-ci est trop aveuglée pour vous. Quoi qu’il en soit, voici la chose, qui est une interview du plus grand intérêt, de Kémi Sebra, personnage comme on dit “sulfureux”, – avec ceci, de son Wiki, avec bien d’autres indications dans le reste de sa page, plus polémistes les unes que les autres (‘Nation of Islam’, suprémaciste noir, antisémite, antisioniste, antiblanc, racialiste, – des tonnes et des tonnes...) :

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Ukrisis-8 : Nos ruines en contreplongée

  dimanche 13 mars 2022

13 mars 2022 (14H00) – « [L]'évangile [libéral] est toujours radieusement vrai… »... Il est vrai que cette citation de David Brooks, qu’Alastair Crooke présente en tête de son texte, possède, au second degré à peine, avec une charge de folle ironie devant la folie du simulacre, le zèle religieux de type psychiatrique, la volonté complètement schizophrénique accompagnant l’épisode maniaque de nous assurer de la véracité indiscutable de l’illusion, enfin une sorte le déferlement de l’hallucination exaltée et extatique... Tout cela ! Tout cela pour nous confondre dans une stupéfaction sans fin : ces gens tiennent droite leur plume et signent dans le distingué New York ‘Times’ qui est le canard de référence, et tout le monde danse, le NYT en premier,  et la civilisation ad hoc de suivre le rythme de quelque chose qui rappelle vaguement la carmagnole, mais au rythme du « credo du libéralisme », sur le pont un peu incliné du ‘Titanic’, mais qu’importe nous tenons le cap ! En avant toute vers les profondeurs !

Je veux dire, –  « [Le] crédo du libéralisme toujours radieusement vrai… », un crédo comme celui de l’Évangile n’est-ce pas, qui connaît une nouvelle heure de gloire grâce à la “démocratie ukrainienne” comme on dirait “démocratie athénienne” (ça sonne pareil) ; laquelle renaîtrait de ce qu’on croirait être ses cendres provoquées par d’incroyables “méchants” chenillés et cliquetant comme d’affreux blindés envahisseurs et violeurs de toutes nos libertés sacrées ; laquelle “démocratie ukrainienne” tient à bout de bras notre liberté, car l’Ukraine lutte en vérité pour l’avenir du monde et notre paradis des “lendemains qui vocalisent, qui modulent, qui contre-utent à décorner les bœufs”...

Aurait-on imaginé, à Hollywood, aux temps lointains des scénaristes à la petite-semaine comme notre civilisation sait fort bon usage, des Scott Fitzgerald et des William Faulkner en manque de $dollars$, de composer scénario plus abracadabrantesque ? Un film qui se serait appelé ‘Kiev’ au lieu de ‘Casablanca’, annonçant que sonne l’heure de la libération, l’heure de la démocratie, avec une Victoria Nuland saluant, larmes-Bergman aux yeux, dans le brouillard des grandes steppes, un Zelenski-Bogart qui va monter à bord d’un MiG-29 polonais loué par l’ l’US Air Force ?

Voici la chose, – “cette citation de David Brooks”, – citation du petit gribouilleur de service, suivie d’une courte question de Crooke, étonnée, d’une ironie fatiguée à force d’avoir à supporter ces sornettes, à peine acerbe, tout juste acidulé, tout juste amarescent disons, du latin ‘amarescere’ qui est dit de “devenir amer”... Car comment peut-on, monsieur David Brooks, comment peut-on arriver à débusquer le génie d’une telle tirade ? Allons, monsieur David Brooks, dites-nous votre secret d’alchimiste de la démocratie...

« David Brooks, dans le New York Times, élève ce sentiment de culpabilité à des niveaux supérieurs :

» “Le credo du libéralisme connaît un second souffle [et] nous rappelle non seulement ce que c'est que de croire à la démocratie, à l'ordre libéral et à l'honneur national, mais aussi d'agir courageusement au nom de ces choses. Ils nous rappellent comment les revers [ont pu] nous faire douter et rester passifs face à l'évangile de la démocratie. Mais en dépit de tous nos échecs, l'évangile est toujours radieusement vrai…” »

» L'Ukraine peut être beaucoup de choses... mais un «“évangile de la démocratie” ? »

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Ukrisis-1 : Face à la folie et au Système

  vendredi 04 mars 2022

4 février 2022 (21H30) – Il importe désormais de s’adapter, et je parle ici, de nous et de moi, à ‘dde.org’, comme doit le faire tout organe de communication. Avec la guerre de l’Ukraine, la communication est désormais la “communication-devenue-folle”, ce qui correspond à notre expression de ces “temps-devenus-fous” pour désigner l’actuelle séquence temporelle. La ‘subcrise’ ukrainienne devenue quasiment la Grande Crise tout court a déclenché ce nouveau degré, extraordinaire d’abondance et de puissance, dans la folie de la communication, bien au-delà de la (des) propagande(s). Tous les domaines sont touchés, avec des moyens et des démarches diverses :

• l’Ukraine et tout ce qu’il y a autour, et dans les autres subcrises et crises, cette folie courant comme un incendie dans tous les sens, avec un écrasant volume d’‘information’ de toutes sortes ;

• ‘FakeNews’, désintox et désinfox, désinformation et mésinformation, narrative et simulacres... tourbillonnant en une abondance vertigineuse ;

• ... Avec parfois, quelque part, solitaire et précieuse, une chose qui correspond à la réalité, où l’on peut trouver les éléments d’une vérité-de-situation.

On peut philosopher là-dessus pour mesurer une telle (r)évolution radicale du monde, et nous l’avons déjà fait souvent au long des étapes passées dans ce sens ; mais là n’est vraiment pas le propos pour le cas de cette page. Il est question, pour le commentateur solitaire que je suis, de s’organiser face à la marée déferlante, pour tenir et tenir en servant le mieux possible à quelque chose d’aussi bien que possible. On reviendra souvent là-dessus, sur cet univers communicationnel fou, et moi-même bien entendu, mais pour l’instant il s’agit de définir un dispositif structurel dans la façon de “traiter”, de “filtrer”, de “sélectionner”, d’élaguer les innombrables branches toxiques de la communication et d’encourager celles qui fleurissent.

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Suis-je l’Ukraine de mon désordre ?

  jeudi 03 mars 2022

03 mars 2022 (06H00) – Comme l’on dit bêtement aujourd’hui : “je rebondis”, – alors qu’on pourrais dire : “je réagis” ; quoi qu’il en soit, une remarque d’un lecteur me conduit à une autocritique, puis à une exploration de l’inconscient, – en général pour mon compte terre d’accueil de l’intuition, – qui suggère une appréciation générale de la situation.

Il s’agit de monsieur Stefano Borselli qui, en commentaire du texte « Le Mexique est-il l’Ukraine des USA ? », fait cette remarque :

« Si j’ai bien compris, le titre aurait dû être “Les États-Unis sont l’Ukraine du Mexique” et non l’inverse. »

... Ce en quoi il a tout à fait raison ; peut-être même m’en suis-je aperçu dans une semi-inconscience lorsque j’ai écrit ce texte, et persistant pourtant. Je suis poussé à penser qu’il y a là matière à exploration et réflexion, pas vraiment sur mon inconscient qui ne mérite pas tant d’attention puisqu’il n’est qu’un outil, que sur la façon dont se fabriquent, inconsciemment pour le coup, des phrases comme des images paradoxales qui veulent exposer le sentiment confus de la perception intuitive d’une chose importante. Après vient la signification de ce que vous avez écrit à l’insu de votre pleine connaissance, en toute inconnaissance dirais-je.

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Alerte nucléaire de communication

  mardi 01 mars 2022

1er mars 2022 (10H00) – En d’autres mots à propos de l’emploi de la communication durant cette guerre, ce torrent de communication certainement sans précédent, sur le volume, sur la durée, sur la passion haineuse et la fureur démentielle, les mensonges invraisemblables et les insultes sans compromis qu’on y trouve exprimées, voilà quelque chose de formidable et de sublime, de terrifiant et de catastrophique.

La perception de la guerre est devenue aujourd’hui, à disons 97,5% ou à 103%, du domaine du système de la communication, de ses vociférations, ses manipulations et montages, ses simulacres et narrative, son instantanéité, sa puissance immédiatement disponible, les effets que cette puissance inflige à nos psychologie du fait de la façon dont elle fait de la vérité une matière “taillable et corvéable à merci”.(« L’empire du mensonge » dit Poutine, – choisissez à qui se destine elle-même cette expression.) C’est une affirmation que l’on pose, une conviction que j’affirme de la fantastique puissance que nous donnons, que nous accordons au système de la communication comme si nous étions ses sujets, ses choses et ses esclaves... Il s’ensuit des événements extraordinaires que nous avons de la peine à observer et à identifier tant ils le sont, et tant ils nous submergent par conséquent.

A cet égard, je crois que l’on doit mesurer peu à peu l’événement extraordinaire, pris ici comme exemple de l’opérationnalité du phénomène dont je parle, émanant de lui, exsudant de lui comme une charge terrible vous écrase. L’événement s’est produit sous nos yeux (sous les miens également), et il me semble assurément que l’on n’a pas réalisé sur l’instant cette importance. Il s’agit de la décision de Poutine de placer les forces stratégiques nucléaires en état d’alerte. Il y avait eu d’abord, de notre part, ici sur ce site, une spéculation plus classique quoique tout de même documentée, peut-être en forme de semi-plaisanterie ou de plaisanterie à prendre éventuellement au sérieux, – je ne sais plus très bien :

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