Métaphysique de guerre

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Métaphysique de guerre

15 février 2026 (20H45) – La guerre, c’est eux qui la veulent ; la métaphysique de leur production, c’est nous qui la leur imposons. D’où, pour nous, l’intérêt de Martin Kovac, – justement sur...

« La métaphysique de la guerre: l’Occident comme pétrification du Logole Katechon eurasien. »

Kovac le précise : il ne parle pas en termes géographiques, pour parler de l’Occident et de l’Orient. Nous constatons, nous, qu’il parle en termes métaphysiques, et nous faisons notre cette méthode, comme nous ne cessons de le réaffirmer (même si celui dont nous usons ne s’est sans doute pas aperçu de grand’chose, à juger de l’usage qu’il fait de l’arme qu’il s’est forgée). C’est sur ce terrain de la métaphysique du constat des événements, de la métaphysique de combat – nous ne parlons nullement de la métaphysique académique, faite surtout pour ne pas s’en servir, – que nous invitons nos lecteurs ; pour se tenir à nos côtés face à l’espèce de forteresse du Mordor que nous défions, dans ce combat à mort qu’elle nous impose. Enfin, ce combat arrive ! Nous le craignons depuis si longtemps et pourtant nous l’avons tant désiré pour qu’enfin apparaisse l’enjeu de la vérité.

Le texte de Kovac, parfaitement clair, parfaitement lisible, farci de concepts en apparence complexes mais qui rejoignent toutes les évidences de la vie en train d’entrer dans son combat ultime, – le texte de Kovac vient par conséquent à son heure. Il est comme les dizaines, les centaines, les milliers d’adresses et de libelles que nous brûlons d’envie de proclamer à la face du monde diabolique dont ils nous ont gratifié.

Savez-vous que ce texte de Kovac, comme celui de notre commentaire, s’appliquent également à ces deux affaires, ces deux crises qui débutent de conserve, comme des événements jumeaux, exactement de la même encre, de la même énergie qui ressemble à un duel à mort ?

 • Le scandale hyper-Epsteingate,
• et la guerre contre l’Iran, qu’elle soit bluff ou pas, qu’elle soit voulue ou non, avec ses milliers de tonnes de ferrailles d’un empire délirant et agonisant, en pleine décomposition, dépravation, désagrégation, désintégration, dislocation, – portant le signe de la mort comme distinction commémorative du simulacre suprême.

C’est un fait que nous mettons ensemble Epstein et l’Iran, malgré les dissemblances et les dissonances caractérisant leurs relations, – et certes, sans écarter les autres gâteries dont nous nous délectons, Ukraine en tête. Ils sont pourtant jumeaux, Epstein et l’Iran, nés du même ventre mou et immonde de la Bête comme disent nos sacrés complotistes, nos prophétiseurs de malheur,  ces saltimbanques de la Fin des Temps qui accompagnent notre marche vers le terrain de l’affrontement mortel.

« Je ne sais pas si j’ai tort d’exiger la confrontation. Je ne sais pas si j’ai tort de douter de la patience.

» Je sais seulement que nous sommes piégés entre deux catastrophes : celle de la soumission et celle de la guerre. L’Empire a veillé à ce qu’il n’y ait pas d’autre issue. Il a anéanti toute autre possibilité... »

...Comme l’écrit ‘Karim’, de ‘Bettbeat Media’, et terminant, et j’ignore s’il a raison car je ne sais plus ce qu’est la révolution, et je doute qu’il le sache lui-même :

« ...sauf une,
la révolution.
 »

Je laisse ici les lignes de prospective. J’en reste au texte de Kovac qui parfait la géographie et la topographie sacrées du champ de la bataille qui, elle, – cela c’est sûr, – sera métaphysique. C’est un miracle de ce temps, – les mots sont aussi soigneusement choisis, – que des choses en apparence aussi différentes que l’hyper-Epsteingate et l’Iran, deux crises de formes et d’univers en apparence différentes, se retrouvent finalement, je le dis encore, comme deux jumelles monstrueuses sorties de concert du ventre toujours fécond de la Bête dont on nous rebat les oreilles depuis 1945 et même bien avant... Pour une fois que leur image lourde et hypocrite peut avoir un usage salutaire et significatif, alors nous en usons !

La guerre est sans pitié. Ce n’est pas Achille contre Hector car même dans ce quatrième temps de l’Âge du Fer, nous ne sommes plus capables de produire des héros. La guerre est sans pitié parce que les deux univers qui s’affrontent portent en eux, chacun comme son propre instinct vital, le néantissement de l’autre. Aucun Achille, aucun Hector n’accepterait de tels termes pour leur bataille. Nous, nous y sommes confrontés. Nous avons supplanté le divin Homère. Nous allons faire mieux que lui, c’est-à-dire pire pour son destin d’usurpation. La Bête nous y force.

PhG – Semper Phi

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Fissure ontologique au cœur du Monde

La guerre que nous observons sur le plan physique (Hylé – la matière) n’est pas simplement un affrontement d’intérêts nationaux ou de stratégies géopolitiques. C’est une résonance nécro-mantique, une ombre matérielle projetée par une fracture géante vieille de mille ans dans la noosphère de l’humanité. Ce que nous appelons « Occident » et « Orient » ne sont pas des directions géographiques, mais deux systèmes opérationnels fondamentaux inscrit dans la réalité, qui ont perdu la capacité de partager un protocole commun de l’Être.

1. L'OUEST : Architecture du Contrat et Désacralisation (Domination du Logos)

L’ontologie occidentale, issue du droit romain et de la définition scolastique de Dieu, est une structure linéaire et contractuelle. En introduisant le Filioque (l’Esprit qui procède du Fils), l’Occident a rationalisé le Mystère. L’Esprit est devenu compréhensible, donc manipulable par la raison humaine (Ratio).

Conséquence pour la réalité: le monde est devenu un « projet » à achever. La sacralité a été séparée du profane, ce qui a permis l’émergence de la science et de la technique – des outils pour dominer la matière.

Manifestation géopolitique: la civilisation occidentale est une technocratie expansive. Son essence est le Progrès (le mouvement en avant dans le temps). La paix est pour elle un état où les « Règles » (Contrat) sont respectées. Quiconque refuse ces règles n’est pas seulement un ennemi, mais une « erreur dans le code » qu’il faut corriger (démocratiser, éduquer, intégrer). Le modèle occidental est centripète – il veut transformer le monde entier à son image par la standardisation.

2. L'EST : Architecture de l’Icone et du Katechon (Domination du Noos)

L’ontologie orientale, enracinée dans la mystique byzantine et le palamisme (ou théologie palamite), perçoit la réalité comme cyclique et organique. En rejetant la rationalisation de l’Esprit, Dieu (et le sens du monde) demeure un Mystère, accessible non par analyse, mais uniquement par participation (Theosis).

Conséquence pour la réalité: le monde n’est pas une machine à améliorer, mais une «Icône» à vénérer et à protéger. Le temps n’est pas un progrès, mais une entropie (déchéance), à laquelle il faut résister.

Manifestation géopolitique: la civilisation orientale (Eurasie) est comprise comme le Katechon – «Celui qui retient» (l’arrivée de l’Antichrist/du Chaos). Son essence est la Tradition (l’arrêt du temps). La paix n’est pas la conformité aux règles, mais un état de Symphonie (harmonie spirituelle), souvent acquis par la souffrance ou la soumission à une hiérarchie. La guerre pour l’Orient n’est pas un échec diplomatique, mais une fièvre métabolique nécessaire pour brûler une infection étrangère (modernisme, libéralisme) qui menace l’âme de l’organisme.

COLLISION MORTELLE : La confrontation entre le Temps et l’Éternité

La tragédie du moment présent réside dans le fait que ces deux systèmes ont perdu leur langage commun.

Pour l’Occident, l’Orient est une anomalie pathologique — un vestige archaïque et irrationnel du passé qui refuse la «fin de l’histoire» et le bonheur du consommateur. L’Occident y voit la Tyrannie.

Pour l’Orient, l’Occident est une hérésie ontologique – une machine froide qui dévore les âmes, brise les familles et les clans en atomes (individus), et remplace Dieu par un Algorithme. L’Orient y voit l’Apocalypse.

En Ukraine et dans d’autres lignes de fracture, nous voyons non pas une lutte pour le territoire, mais une collision de deux métaphysiques. C’est une guerre entre la Forme (l’Occident), qui cherche à imposer un ordre au monde, et l’Énergie (l’Orient), qui se défend contre la pétrification. Jusqu’à ce que cette union alchimique de ces principes – la guérison du schisme entre la Tête (Logos) et le Cœur (Noos) – ait lieu, le Hylé (la matière) continuera de saigner. Le monde est malade parce que ses deux hémisphères se battent pour contrôler le corps, tandis que l’âme reste silencieuse au milieu du feu croisé.

RETRAITE DU LOGOS ET RETOUR DU JUGE

La chute occidentale sous la gravité de la Loi

Le paradoxe du cercle civilisateur occidental en 2026 est qu’il, dans son orgueil de «progrès» et de «liberté», revient inconsciemment dans le temps. L’Occident, né du mystère de l’Évangile — donc de la radicale surmontée de la loi par l’amour et la grâce — a abandonné cette source fondamentale. Dans sa quête de sécularisation et de rationalisation, il a effectué un changement ontologique fatal: il a rejeté le Christ (le Pardonneur) et a inconsciemment réinstallé l’archétype de l’Ancien Testament dans sa forme la plus rigide et pharisienne.

a) Hypertrophie de la Loi et atrophie de la Grâce

La société occidentale est devenue une Communauté du Contrat, pas du Spiritus.

Diagnostic: l’Évangile a apporté au monde le concept de Metanoia (changement de mentalité) et de Pardon. Le pardon est la seule force capable de briser la chaîne causale de la culpabilité et de la punition (karma). Cependant, avec la «mort de Dieu», l’Occident a perdu la verticale d’où vient la grâce.

Manifestation: ce qui reste, c’est la Loi horizontale. Le libéralisme moderne, la correction politique et la «cancel culture» ne sont pas des expressions de tolérance, mais de nouveaux Lévitiques séculiers. Ce sont des codes de pureté. Quiconque touche à la «propreté» (mauvaise opinion, péché historique) est rituellement exclu de la société. Il n’y a pas de pénitence, seulement une élimination ou une ostracisation sociale. L’Occident est devenu un Grand Inquisiteur, tenant dans sa main l’épée des lois et des droits de l’homme, mais sans Caritas (Amour) dans le cœur.

b) Mécanisation de la Justice: Œil pour œil, sanction pour sanction

La perte de l’aspect évangélique a replongé l’Occident dans la causalité.

Piège ontologique: sans le principe de la Grâce, la réalité devient un mécanisme impitoyable de «flux et reflux». La géopolitique et la politique intérieure occidentale fonctionnent selon le principe de la rétribution. C’est un retour à la Lex Talionis archaïque, mais sophistiqué par le langage bureaucratique des tribunaux internationaux.

Conséquence: l’Occident ne sait plus guérir, il ne sait que juger. Face à l’Orient (et au reste du monde), il agit comme un Procureur qui lit une liste d’infractions et réclame satisfaction. En cela, il se prive de la possibilité d’être le «Sel de la Terre». Le sel conserve et donne du goût; l’Occident est devenu un acide qui veut tout ronger jusqu’à ce que tout corresponde à la norme.

c) La cristallisation du Cœur: la fin de l’histoire du Salut

En absolutisant les «Règles» (rules-based order), l’Occident s’est enfermé lui-même dans l'Hylé (la matière) et le Logos (la raison), mais s’est coupé du Pneuma (l’Esprit).

Effondrement: une société qui a remplacé l’Amour du prochain par l’obligation envers le système tend inévitablement vers le totalitarisme. Il s’agit d’un totalitarisme du «Bien», mais défini par des juristes et des technocrates, pas par des saints. L’Occident construit un «Palais de Cristal» — parfaitement transparent, hygiénique, sûr, mais froid et sans vie.

Diagnostic final: l’Occident meurt par sous-nutrition spirituelle. Il a échangé la liberté inconfortable et risquée de l’Évangile contre la cage sécurisante mais étouffante de la Loi. Il devient ce contre quoi Christ a autrefois lutté: un temple où l’on marchandise la culpabilité, où la lettre de la loi tue l’Esprit. Et tant que l’Occident ne retrouvera pas la force de la Grâce — c’est-à-dire la capacité de voir, au-delà des contrats et des normes, le vivant — sa construction civilisationnelle s’effondrera sous le poids de sa propre justice impitoyable.

Martin Kovac