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4 janvier 2026 (19H30) – Il est vrai que, sur les événements en-cours, je dirais, avec plus de raisons encore que lui, cette phrase du Russe Grigori Koubatian qui présente un texte sur l’histoire du pays depuis la prise du pouvoir par Chavez :
« À propos du Venezuela. J'y suis allé depuis trop longtemps (il y a 20 ans) pour pouvoir prétendre juger des événements en-cours. »
En effet, il existe énormément de zones d’ombre sur cette affaire, qui la distingue du standard habituel de cette sorte d’événements auxquels les USA sont accoutumés depuis à peu près la fin de la première moitié du XIXème siècle (1847, guerre avec le Mexique). Un autre point remarquable et qui ne peut être dénié, comme la position de Koubatian, est la position surprenante de Trump vis-à-vis du Prix Nobel-bouffe de la Paix 2025, attribué à la sénatrice vénézuélienne Maria Corina Machado, figure de l’opposition et enthousiaste partisane d’une intervention US. Tout le monde la voyait donc comme voyageant dans les bagages des ‘Delta Forces’ pour être installée à la place de Maduro.
Rien ne s’est passé comme cela puisque personne n’a é été installé de force à la place de Maduro, sinon sa vice-présidente Delcy Rodriguez, une fidèle de Chavez, confirmée à ce poste hier matin par la Cour Suprême (vénézuélienne...).Quant à Machado, elle a été durement renvoyée dans les cordes par Trump, soudain soucieux du respect de la volonté populaire :
« Lors d'une conférence de presse, Trump a été interrogé sur ses contacts avec Machado et sur son opinion quant à sa capacité à prendre la relève après la capture de Maduro.
» “Je pense qu'il lui serait très difficile d'assumer ce rôle. Elle ne bénéficie d'aucun soutien ni d'aucun respect au sein du pays. C'est une femme très sympathique, mais elle manque du respect des Vénézueliens”, a déclaré Trump. »
Par contre, nous dit le même Trump, c’est aux USA à diriger la transition pour parvenir à une direction qui agrée aux principes humanitaires et ultra-respectueux des souverainetés des autres qui tracent la route droite et lumineuse de la politique des États-Unis. Trump en est même à avertir les ‘Five Sisters’ et autres (les sociétés pétrolières US) que c’est à eux de prendre en charge leur part du pétrole vénézuéliens, et d’abord de débourser les très gros investissements nécessaires pour mettre à niveau les installations actuelles assez délabrées. Il n’est pas sûr que cela les enchante.
Maintenant, comment concilier les “Nous sommes en charge maintenant” (par Rubio interposé) de Trump avec la situation actuelle au Venezuela ? Bloomberg est extrêmement hésitant :
« Selon un responsable américain interrogé par Bloomberg, le secrétaire d'État Marco Rubio devrait jouer un rôle de premier plan dans le plan de Washington pour administrer le Venezuela après la capture du président Maduro.
» L'agence a noté que l'affirmation de Trump selon laquelle les États-Unis allaient désormais “diriger” ce pays riche en pétrole a semé la confusion, la Maison Blanche ayant fourni peu de détails sur la manière dont elle entend y parvenir [sinon la vague menace d’une deuxième attaque de ce qui ne fut certainement pas une véritable “première attaque”]. La vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodríguez, refuse quant à elle de collaborer avec les Américains et qualifie l'attaque contre son pays de “barbare”. »
On se rappelle qu’il y a peu, nous rappelions deux des derniers exemples en date des intervention US en Amérique Latine, tout cela se faisant avec invasion bien réelle, très durs combat, liquidation complète des régimes en place, une opération complètement différente de celle du Venezuela. (Le livre ‘Le tailleur de Panama’, de John Le Carré, est une excellente documentation de fiction de l’après-coup de l’attaque de Panama.)
« • Les États-Unis agissent, certes, mais avec beaucoup moins de rapidité et de décision que ce qu’ils montraient d’habitude. On doit se rappeler l’invasion de la république dominicaine en 1965, qui passa comme une lettre à la poste, et à quelle vitesse... pour se terminer par une “victoire” des États-Unis en avril 1966 et l’installation d’un gouvernement anti-communiste. [...]
» ... Personne n’y avait trouvé rien à redire, la chose semblait presque naturelle et si lointaine, d’un autre univers.
» • Personne non plus n’eut rien à redire à l’invasion du Panamá de décembres 1989 (20 décembre 1989 au 31 janvier 1990), se terminant par la victoire des Marines, sur fond de trafic de droguer et d’éventuelle implication de la famille Bush (le président était Georges Bush-père).
» “L’opération , baptisée ‘Just Cause’ fut rebaptisée ‘Just because’ par les plaisantins du Pentagone (‘Nous le faisons juste parce que nous pouvons le faire, parce que nous sommes les plus forts’).” »
Pour le Venezuela, l’atmosphère est notablement différente. Il n’y a nulle occupation du pays, les forces armées, dont le rôle a sans doute été ambigüe vis-à-vis de Maduro, semble l’être beaucoup moins vis-à-vis des USA. De nombreux commentaires tendent à modérer les appréciations enthousiastes ou terrorisées de ceux qui voient dans cette opération, – beaucoup plus limitée et restreinte que “massive” comme on l’a qualifiée, – une résurgence irrésistible de la puissance US. On peut aisément voir dans ce qui a été fait une action beaucoup moins importante encore que l’invasion de la Grenade de 1983, pourtant objet d’appréciations ironiques et de moqueries quant à l’importance de la chose outrageusement grossie. Dans les deux cas, il est aussi bien question de relever le moral des Américains (en 1983 également) avec des succès nuancés.
Comme archétype du commentaire mi-figue mi-raisin mais particulièrement significatif et très fortement fondé, on citera celui de Valentin Bogdanov, chef du bureau new yorkais du réseau VGTRK :
« Le président américain, arrivé avec 45 minutes de retard [après l’arrivée de Maduro] à ce qui aurait dû être une conférence de presse triomphale à Mar-a-Lago, ne semblait pas particulièrement satisfait. La raison est évidente. Capturer Maduro est une chose ; capturer le Venezuela en est une autre. À en juger par ceux qui restent au pouvoir à Caracas, le plan initial de Trump est loin d’être réalisé. Les intentions de ceux qui ont permis ce résultat restent une question ouverte. Mais si l’on se souvient qu’avant l’opération “Absolute Resolve”, la Maison-Blanche recevait l’ambassadeur américain en Chine tandis que Maduro recevait une délégation chinoise, il n’est pas difficile de deviner qui a tracé une ligne rouge – au sens propre comme au figuré – devant Trump. »
On consultera aussi la vidéo sur cette affaire du site ‘Borzzikman’ dont le style exotique n’empêche pas certaines bonnes références (Larry Johnson, par exemple) de le prendre très au sérieux par ses relations avec certaines autorités militaires russes. ‘Borzzikman’ estime qu’une coalition interne s’est formée contre Maduro dans son cercle rapproché, comprenant notamment les forces armées, et qu’un accord a été passé avec Washington, avec soutien chinois et russe, pour limiter l’action US à l’exfiltration du couple Maduro.
Le site fait remarquer l’inactivité complète des forces de défense anti-aériennes vénézuéliennes, pourtant les plus puissantes du continent sud-américain, équipées notamment de systèmes russes, face à une attaque qui présentait des opportunités de défense (missiles d’un modèle classique, hélicoptères). Il affirme que cette absence a été verrouillée par des opérations terrestres de l’armée vénézuélienne pour permettre aux forces ‘Delta’ d’effectuer leur opération qui se serait limitée à une simple réception des Maduro emprisonnés à l’aéroport de Caracas. Le titre du chapitre résume le propos :
« Les États-Unis ont obtenu Maduro mais ont perdu le Venezuela : Poutine et Xi Jinping ont fait à Trump une offre qu’il ne pouvait pas REFUSER. »
Bref, si l’on veut une hypothèse finale, je dirais simplement que la principale préoccupation de Trump était et reste plus que jamais l’attitude de son électorat pour novembre 2026. Trump a beaucoup de soucis à se faire lorsqu’on sait que 56% des personnes sondées dans un sondage national désapprouvent sa façon de négocier la paix en Ukraine contre 34% qui l’approuvent. En un sens, se sortir de ce qui menace d’être un “guêpier vénézuélien” par une rapide opération qui lui ramène Maduro mais laisse le Venezuela à la fortune de vagues promesses d’une main de fer (et la ferme persistance des présences russe et chinoise) est, non pas la meilleure mais la moins mauvaise des solutions... Autant pour la doctrine Monroe, mais c’est le vote de novembre 2026 qui importe.