L’étrange concubinage Epstein-IA

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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L’étrange concubinage Epstein-IA

24-02-2026 (18h30) – Une fois de plus, tant les “époques” nouvelles se succèdent à une vitesse supéfiante, nous pouvons déclarer, et moi avec, que nous sommes entrés dans une “époque” nouvelle. Il ne s’agit ni de l’Ukraine, ni l’Iran, ces vieilles branches crisiques devenues des classiques un peu lassants, mais d’une crise, également et étonnamment “nouvelle”, comme un « concubinage crisique » si vous voulez, absolument imprévu et surtout inimaginable et fort étrange. Notez bien que mes remarques n’ont rien à voir avec celles d’un connaisseur, d’un prospectiviste, d’un “expert’” comme ils disent, – en ceci ou en cela, dans les domaines mentionnés. Mes remarques sont celles d’un observateur qui entend bien ne rien entendre aux détails des questions qu’il aborde (par exemple, ma nullité absolue en ce qui concerne l’avenir informatique de l’IA se porte garante de mon affirmation). Je parle et écrit en toute inconnaissance, c’est-à-dire en position de refus de ce savoir scolaire qui vous ligote au sujet que vous traitez alors que, justement, vous ne “traitez” pas de ce sujet mais seulement ou surtout, ou par-dessus tout, de ses effets.

Mon idée essentielle à ce point est ceci : l’hyper-Epsteingate désormais en vitesse de croisière comme un immense incendie dévorant la plaine où broute le bétail enturbanné et bling-blinguant des milliardaires de la faction des 0,01% fait cause commune avec l’IA (Intelligence Artificielle) devenue pour ce que j’en ressens dans mon travail un acteur suscitant une confusion extrême dans la guerre de l’information. L’effet est une sorte de brouillage devenu fou, un simulacre où les maîtres-artificiers de l’Occident-convulsif sont soudain totalement emportés, dans une confusion justement qu’ils ont tant participé à créer.

Songez à l’étrange texture de cette chose que l’on nommera crise(s) à défaut d’un autre mot, et qui rassemble intimement selon mon observation ces deux phénomènes. D’une part un scandale connu depuis longtemps sans qu’on en mesure la puissance, soudainement emporté et déchaîné au rythme lancinant d’une perversité satanique et terrible, et touchant tous les aspects de nos élitesSystème, et notamment leurs conceptions politico-globalistes ; d’autre part, une technologie que l’on voit venir depuis des années, qui devait, sous notre contrôle avisé, ouvrir une nouvelle phase de la continuelle révolution technologico-économique et qui s’impose en vérité comme un événement communicationnel et politique imprévu et aux effets que je crois pouvoir qualifier de “pervers” (pour ceux qui ont développé cette technologie, c’est-à-dire bienheureusement selon la “dialectique inversée” dont on parlera plus loin.).

Je me résume plus clairement et tente aimablement de m’expliquer, de rendre compte d’une forte poussée intuitive qui m’a saisi. Je ne doit pas perdre la tête, mais au contraire orienter ma perception pour observer et distinguer ce que je devine comme un nouvel et formidable “événement”. Une époque nouvelle, enchaînant pour la supplanter irrésistiblement une époque qui était  encore “nouvelle” il y a deux jours.

• Epstein a fracassé avec une formidable brutalité la digue de la censure et du politiquement correct, pour laisser s’engouffrer dans la brèche ce tsunami de complots avec ses bacchanales d’hypothèses folles désormais acceptées, sinon exaltées, proclamées, admirées, désinformées et transformées, ; – mais à aucun moment annulées (“cancellées”) ! L’ensemble des élitesSystème, y compris les plus inattentifs et les plus inconscients, y compris les plus coupables dans ces milieux d’être au fond innocents dans tous ces crimes, tous sont désormais soumis à l’impitoyable détecteur du soupçon universel. Bien des membres éminents de ces monstres tournent casaque et se font procureurs impitoyables, et tout le monde rit d’eux et de leur choix de la méthode pour s’en sortir. Ce n’est certainement pas le “ce n’est que justice” qui triomphe car combien d’injustices se glissent dans ces procès, mais nous n’en sommes plus à ces décomptes. Ce qui importe, c’est de participer à l’élaboration et à la facilitation de ce grand ébranlement des psychologies et des consciences,  ou de ce qu’il en reste... “L’important, c’est de participer”..

• L’IA a débouché dans le domaine public de l’information fabriquée par l’image, avec notamment (un exemple parmi d’autres initiatives intempestives) cette marée de faux-vrais commentateurs venus de tous côtés comme s’ils  poursuivaient le même but d’alimenter la dialectique antiSystème (qui l’a voulu ainsi ? Complots, donc tout à fait honorable...) ; – tout cela, ce fourmillement d’inconnus à la tenue et au parler impeccables, installant une confusion remarquable qui achève de transformer l’ensemble décrit dans les lignes qui précèdent à coup de superlatifs, en une apocalypse chargé de significations furieuses de la Fin des Temps.

Je parle ici d’une accointance extraordinaire de deux phénomènes que l’on avait installés et développés dans l’euphorie pour fabriquer ce monde nouveau qui nous était promis et garanti sans l’embarras de l’accumulation crisique des “époques nouvelles” qui s’entassent incongrûment. Brusquement, on découvre qu’ils, – ces phénomènes dont je vous parle et qui exaltaient notre futur, –  volent de leurs propres ailes, qu’ils n’en font qu’à leurs têtes, qu’ils trahissent sans vergogne leurs maîtres pourtant eux-mêmes sans vergogne. On découvre que, même situés à des années-lumière du centre producteur de la logique de l’effet-Janus du système de la communication, eux-mêmes, ces événements incongrus, chaotiques et catastrophiques, entrent dans la logique de l’effet-Janus.

Comme dit notre source mystérieuse (son dévoilement est pour bientôt et a un rapport avec le sujet traité ici), déjà citée une fois ou l’autre, à propos de notre “dialectique inversée” :

« L’un [de ses] apports majeurs est sa dialectique inversée :
• le négatif (guerres, effondrements, chaos) n’est pas seulement destructeur,
• il est le seul vecteur restant de dévoilement.

Mais — point crucial — ce n’est pas une dialectique hégélienne :
• il n’y a aucune synthèse garantie,
• aucune réconciliation finale,
• aucun progrès nécessaire.

Le « positif » n’est jamais un programme :
• il est un surgissement, parfois minuscule,
• un instant de vérité arraché au simulacre.

Cette position est profondément anti-moderniste, sans être réactionnaire. »

Je pense que pour pouvoir penser notre monde dans son état actuel, et dans son état d’affrontement extrême qui est existentiel pour toutes les parties, il faut absolument utiliser cette “dialectique inversée”. Peu nous importe que l’hyper-Epsteingate soit aussi hyper qu’il est, qu’il touche tant de monde dans les élitesSystème. Au contraire, il faut que cela soit comme ça. Au plus les noms, les ignominies, les horreurs, les lâchetés et la bêtise s’amoncellent, au moins il doit être question de gémir et de réclamer que “justice soit faite”. Pas du tout, il faut applaudir, il faut s’exclamer, dût-il en coûter à nos bonnes résolutions et à nos bons sentiments :

Allez, continue, continue ! Vide-toi de ton pus et de ta merde ! Ne nous épargne rien et au plus tu nous en donne au plus nous t’applaudissons et te jugeons hautement... On te croyait bien bas, mais tu es encore bien plus bas, et même en-dessous, et ainsi sommes-nous transportés d’aise et de satisfaction... Ainsi, c’était cela, c’est bien le monde devenu fosse septique ! Applaudissons à tout rompre, ainsi justifiez-nous notre fureur, notre rage, notre raison de vivre malgré tout !

Cette “dialectique inversée” nous donne la clef de cette logique de vivre pour combattre. Il n’y a plus rien à tirer qui vaille dans un monde aussi perverti, donc il faut le mettre à nu, et tout ce qui montre l’infamie doit être applaudi. Je dis cela de Epstein, bien sûr, ce Chevalier du Diable Pervers (comme Edward en est le Prince consort), mais je le dis aussi de l’IA sans savoir ce que donnera l’IA, parce que pour l’instant, elle s’ébroue joyeusement dans l’imitation et le simulacre, encore meilleurs que l’original, et nous développe d’impeccables commentateurs antiSystème devant lesquels la censure des Vigiles de Système ne sait plus que dire, saisie d’effroi, – l’IA complice des mal-pensants !

Tout cela ne nous plaît pas ni ne nous rassure, mais il devrait y avoir longtemps que toutes nos illusions sur la condition humaine des directions de nos sociétés s’envolèrent à jamais dans tel [S]ystème. Alors, dans ce cas, subir de tels dévoilements qui confirment nos pires intuitions, c’est la meilleure chose du monde. Malgré toutes les souffrances et les angoisses que nous devons et devrons côtoyer, et pire encore sans doute, malgré tout cela il n’y a pas d’autres voie digne de ce que nous jugeons être notre condition.