Le Journal dde.crisis de Philippe Grasset, qui a commencé le 11 septembre 2015 avec la nouvelle formule de dedefensa.org, l’accompagne et la commente en même temps qu’il tient la fonction d’être effectivement un “Journal” pour l’éditeur et directeur de la rédaction de ce site.

  Juin 2016 (13 articles)

La guerre pour la vérité du monde

  mercredi 29 juin 2016

J’ai regardé hier soir, fait rarissime, tel ou tel JT sur les rencontres européennes. (Qu’importe la chaîne, ils sont tous les mêmes, comme le goût uniforme et sans goût de la viande hachée obtenue de ces usines à vaches qui existent aujourd’hui dans nos pseudo-campagnes, ces exploitations où il y a mille vaches et bientôt plus alignées en rang d’oignon, gavées mécaniquement, dans quelque lieu industrieux choisi ironiquement sur le Plateau des Millevaches.) J’ai ainsi pu faire un tour d’horizon autorisé, selon les normes en cours, de la situation post-Brexit. L’impression laissée par ces réunions de Bruxelles, toutes excellences confondues, a été tonique et volontariste : certes nous traversons une phase délicate et nous ignorons encore les modalités du divorce, mais quelle occasion superbe de “relancer Europe”, non, même de “construire l’Europe”. Il y avait un air du refrain “du passé faisons table rase” bien que ce fût leur passé à eux, et l’on jettera par conséquent le bébé britannique avec l’eau du bain ; ainsi, nous serons en bien meilleure posture pour réaliser ce qui doit l’être.

Comparant cette impression générale avec l’atmosphère qui émane de cette autre sphère à laquelle s’alimente dedefensa.org pour écrire ses articles, et notamment pour le cas le plus proche de nous et de ces réunions européennes, le contraste ne pouvait que saisir, presque prendre à la gorge pour forcer à l’angoisse, et dans quelque instant terrible, jusqu’au doute de soi-même. Il faut combattre cette angoisse, dissiper ce doute en un combat sauvage et tout intérieur, – en sachant que ce n’est qu’une bataille, et que bientôt la même bataille sera à livrer à nouveau, puis une autre ensuite, puis une autre encore, jusqu’à ce que le Ciel et notre destin tranchent enfin.

Il m’a fallu quelques heures et une courte nuit pour accomplir la besogne (écarter le doute toujours aux aguets). Ce qui m’avait été suggéré ici et là par une observation que je faisais, une remarque et une plaisanterie échangées avec un ami qui a  les mêmes intérêts de l’esprit que moi, se transforma en une conviction retrouvée ce matin, qui se trouve d’ailleurs à peine entre les lignes dans tous les articles du site... Nous ne sommes pas dans le même monde ni sur la même planète ; mais non, plus encore, plus décisivement, plus massivement, plus brutalement et eschatologiquement : ce n’est pas la même réalité, ils (les excellences européennes) ont la leur, j’ai (avec tant d’autres) la mienne... Enfin, tout cela pour confirmer et retrouver d’une façon opérationnelle le fondement de cette position qui ne cesse de se renforcer, de se documenter et de se structurer en moi depuis deux ans au moins (depuis la crise ukrainienne), qui est le constat qu’il est nécessaire, à chaque occasion, de réaffirmer pour retrouver la  conviction vitale que la réalité n’existe plus, qu’elle (la réalité) est devenue l’enjeu sans fin de toutes nos batailles jusqu’au terme de cette guerre finale. Par conséquent, l’essentiel au départ de cette conviction n’est pas que “deux réalités s’affrontent” mais bien que “la réalité n’existe plus”. Cela rejoint le fondement des Glossaire.dde sur le déterminisme-narrativiste et, surtout pour ce cas, sur la vérité-de-situation. Voilà un passage qui résume l’idée, à partir d’une analyse reprenant les évènements depuis 9/11 :

« Il ne fait aucun doute à nos yeux, – si l’on ose dire, – que ce processus représente une véritable entreprise réussie de destruction du concept de la réalité, par conséquent une révolution cognitive qui ne peut avoir aucun  précédent par définition puisqu’avant d’être détruite la réalité existait. Ainsi 9/11 et tout ce qui l’accompagne, et notamment l’installation sur le trône de la puissance suprême du système de la communication, représentent une révolution également sans précédent, échappant complètement aux domaines de la politique, de la stratégie, de la géopolitique, de la culture, etc., pour rejoindre le domaine de l’essence même du monde qui est ainsi modifiée. »

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L’irrésistible fascination du Texit

  dimanche 26 juin 2016

La psychologie de l’américanisme, ou simplement psychologie américaine dans ce cas, a-t-elle découvert que l’Europe existe pour se rappeler d’un même élan que la sécession existe pour les USA ? Question pour un psychanalyste... Ou bien pour un chroniqueur ; ou bien mieux encore, pour un chroniqueur qui se fait psychanalyste parce qu’un psychanalyste courant ne prendrait évidemment pas (encore) la chose au sérieux. Moi, elle m’apparaît sérieuse, parce que si conforme à cette psychologie américaine. Je dis bien “psychologie américaine” dans ce cas parce que le phénomène dont je veux vous entretenir ici est “dissident” en soi, donc que l’américanisme, chose qui est “au Système” comme l’on appartient à son maître, se refuse absolument à seulement évoquer ce phénomène ; il se soumet, comme fait la presse-Système US, à cette incroyable autocensure qui s’exerce aujourd’hui, qui éclipse en force toutes les censures totalitaires dont l’Histoire nous a montré l’existence.

(Les faits qui m’ont alerté, en trois jours depuis le Brexit, n’existent pas vraiment selon la narrative-Système ; quasi-silence complice, quelques mots condescendants, petit sourire nerveux, rire jaunasse, tout cela n’est pas sérieux cher ami-prenez-un-autre-verre-les-petits-fours-sont-délicieux... Le Système et ses zombies vivent dans les temps actuels sous dose massive de Prozac-déni, catégorie particulière du produit : euphorie forcée de l’expectoration continuelle par vomissements d’une vérité-de-situation dont ils espèrent montrer le non-être en la vomissant, avec le Royaume-Uni en lambeaux, ses bouseux anti-UE, sa xénophobie insupportable parce qu’ils n’embrassent pas les migrants ; Prozac-déni, vomissements, Prozac-déni, vomissements, ainsi va le zombie-Système dans ces jours galopants dont le sens lui est complètement alien, et la non-ontologie évidente. Rame, zombie, rame, tandis que l’on déplace les transats sur le pont du Titanic.)

D’abord, cet article de Ryan McMaken, de The Mises Institute du 24 juin, repris par ZeroHedge.com, signalé sur ce site le 25 juin. En un mot : l’Ecosse prépare une nouvelle procédure de sécession du Royaume-Uni suite au Brexit, voilà qui constitue un excellent modèle pour le Texas vis-à-vis des USA ; nommons cela Texit. Puis un article de ZeroHedlge.com le 26 juin, signalant un formidable intérêt dans les réseaux pour l’idée, dans le genre extrêmement affirmatif : « Calls For Texas Independence Surge After Brexit Vote. » Il s’agit simplement du constat de l’intérêt du citoyen-internet US pour le mot et l’idée, disons pour le concept-Texit pour faire sérieux... J’ai une estime particulière pour cette sorte de “sondage”, qui ne témoigne pas de la progression d’un jugement mais de l’ouverture soudaine de la psychologie au concept, et donc à la possibilité effective et soudain complètement réaliste de la chose :

« As Vocativ reports, the site analyzed the use of “Texit” since the beginning of 2016, and found that the phrase exploded when the Brexit results were announced, as more than 5,800 people on Twitter used the phrase, a five-fold increase from the day before. 1,745 people tweeted about Texit between 7am - 8am London time, the hour when the final results were announced. [...] According to Vocativ, the largest group advocating for secession is the Texas Nationalist Movement (TNM), which has been promoting its own version of Brexit called “Texit” over the past several weeks. “The vast majority of the laws, rules and regulations that affect the people of Texas are created by the political class or unelected bureaucrats in Washington,” said Daniel Miller, president of TNM. »

Là-dessus, le bulldozer, The Donald soi-même. (Lequel entretient l’opinion originale et point du tout dépourvue de bon sens que “Poutine et moi-même” sont les deux grands bénéficiaires, – les vainqueurs, en un sens, du Brexit.) Interrogé sur ces “bruits” de Texit, Trump répond droitement que cela n’arrivera pas (la sécession du Texas) parce que “le Texas m’adore” (terme amoureux : “because ‘Texas loves me’”.) Précision intéressante : “Le Texas ne fera jamais cela si je suis président”. The Donald s’institue donc comme le garant de l’unité des USA. (Inutile de vous demander ce qu’il arriverait si, par extraordinaire, Hillary-la-puante [notre traduction à moi de “Crooked-Hillary”] était élue...)

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Humeur (Brexit) de crise–17

  vendredi 24 juin 2016

La première fois que j’ai consulté les résultats dans cette journée, à 03H25, c’était, – ô surprise pour moi qui ne suis pas du tout un optimiste contrairement à ce qu’on croit parfois, – 54% pour Leave (1.305.353) et 46% pour Remain (1.126.815), avec 341 sur 382 centres de vote devant encore donner leurs résultats, soit autour de 12-13% de dépouillement... Puis, à 03H38, 49% Leave (2.172.573) 51% Remain (2.678.628), 316 sur 382 (oui, la fortune vacilla un instant)... Puis, à 04H32, 50,2% Leave (4.185.849), 49,8% Remain (4.149.554), 260 sur 382... Puis à 05H50, 52% Leave (12.698.977), 48% Remain (11.855.653), 78 sur 382 ... My God et malgré les hoquets, “si ça continue comme ça est-ce à dire, me dis-je gravement, que les Anglais seraient de parfaits Européens et qu’ils serviraient encore à quelque chose ?”. Le Guardian titre tristement, à la même heure, infortune faite semble-t-il pour lui : « EU referendum results: Farage declares ‘independence day’ as UK votes to leave– live »... Puis, à 07H20, 52% Leave (16.992.701), 48% Remain, (15.812.753), 5 sur 382...

My God, cela semble bien être dit et quelle leçon ! Les Anglais sont donc de parfaits Européens, finalement je confirme...

Hier soir, il y avait des débats sur les TV bienpensantes et à la pointe de l’intelligence, bien entendu opposant des gens d’accord sur le fond, c’est-à-dire les habituels débatteurs-Système. On fermait partout les écoutilles pour annoncer que cette mise en cause de l’UE par le fait même du référendum impliquerait un nouvel élan d’intégration et de fédéralisation, quel que soit le résultat, avec ou sans les Britts. Tout le monde en convenait, à peine in petto, exactement comme vient de dire le président de la république allemande, déclarant fameusement que, voyez-vous, « les élites ne sont pas le problème pour le moment, ce sont les populations qui sont le problème »... Bien entendu, les galopins d’Infowars.com qui ont relayé cette déclaration, ont mis en ligne un DVD où l’on se réfère inévitablement à Brecht qui, après les émeutes de juin 1953 à Berlin-Est, suggérait que le Parti dissolve le peuple et en désigne un autre séance tenante.

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », dit tout aussi fameusement Bossuet. C’est dire s’Il a devant Lui des moments d’intenses réjouissances. Nous, – c’est-à-dire nous, les-élites-qui-ne-sommes-pas-le-problème-aujourd’hui, – nous allons accélérer, accroître, renforcer de toutes les façons possibles ce qui entraîne toutes les catastrophes qu’on connaît en Europe aujourd’hui. Le Brexit avait fait son office avant que de donner ses résultats, – quels qu’ils soient. “Attaquons, attaquons comme la lune”, “Un con ça ose tout...” et “l’on ne change pas une équipe qui perd” sont parmi les lieux communs qui figurent dans notre arsenal pour cette contre-offensive fougueuse. J’ai avisé Dieu que je suis de Ses festivités, et que, finalement, je rirai grandement à Son côté. On dit que Dante Alighieri sortirait pour l’occasion une version mise à jour, assez postmoderne, de son grand thriller-médiéval & Fantasy, en changeant le titre ; ce serait désormais La Divine Rigolade.

Une supplique, sans nul doute...

  jeudi 23 juin 2016

Poutine... Est-ce un homme pressé par sa “droite” (les nationalistes, ultras, communistes, etc., les militaires, les “Organes”) ou bien est-ce un homme qui croit lui-même au danger qu’il décrit ? Les deux sans doute, se combinant, car finalement la conviction est partagée même si les positions sur les mesures à prendre divergent sans doute. Ce qu’il y a d’impressionnant dans cette vidéo que nous signalait monsieur Frédéric Lagoanere dans son message du 22 mai dans le Forum du texte du 21 mai, c’est sans aucun doute la conviction de l’homme ; sa fièvre insistante qui baigne le calme habituel, presque monocorde, de sa voix, avec en toile de fond de cette intervention, ceci comme une supplique s’adressant aux journalistes qui l’entourent : “Mais ne comprenez-vous donc pas ce qui se passe ? Si cela continue, ne comprenez-vous donc pas nous allons être obligés de ‘riposter’, de frapper contre cette épée de Damoclès qu’ils sont en train d’installer au-dessus de nos moyens stratégiques fondamentaux ?” Une supplique, sans nul doute...

Normalement, un tel texte aurait bien pu sinon du figurer dans les rubriques habituelles du site plutôt que dans ce Journal-dde.crisis où intervient le “je” du commentaire personnel, nécessairement subjectif de forme alors que le sujet semble devoir relever du commentaire plus impersonnel qu’on trouve dans ces rubriques. La cause en est qu’il faut, à mon sens, regarder et écouter ces 93 secondes, avec une psychologie aiguisée et particulièrement sensibles aux intonations, aux mimiques, à la fermeté du phrasé, à tout ce qui nous parle de la situation secrète d’un être qui occupe une fonction de haute responsabilité, qui s’exprime en public, qui doit mesurer ses mots, parce que ce qu’il nous dit ne peut se comprendre que si l’on saisit la pensée profonde que nous suggèrent tous ces caractères qui transgressent les limites habituelles de la communication politique.

Le cas est simplement et précisément réglé. Les autres, – OTAN, USA, bloc-BAO, ce qu’il vous plaira, – ont installé leur première base dite d’anti-missiles (BMDE) en Roumanie, qui constitue en fait une adaptation terrestre du système général AEGIS monté sur les frégates de l’US Navy destinées à cet emploi. L’argument initial, qui relève d’une pensée-Disney (la menace iranienne) est balayée d’un revers de mot : n’en parlons plus, cet argument-bouffe ne vaut rien d’autre que le silence et l’oubli. Le fait est que les batteries installées utilisent des conteneurs, ou “capsules”, qui ne permettent pas d’identifier le type de missiles. Il est acquis que le type de “capsules” utilisé permet de disposer notamment de cruise missiles offensifs sol-sol Tomahawk comme de missiles sol-air défensifs Standard, les Tomahawk avec des versions de 500 km de portée, sinon 1.000, voire au-delà, et équipées d’on de ne sait quelle tête, ce qui implique une menace d’attaque directe et par surprise, y compris nucléaire, contre des éléments-clef de la dissuasion nucléaire russe. De toutes les façons, cette proximité (Roumanie, Pologne bientôt, quasiment sur la frontière russe) est intenable sur le terme, évidemment lorsqu’elle porte sur cette incertitude.

Si l’on veut, c’est la dissuasion retournée, c’est-à-dire invertie comme toutes choses dans notre époque : la dissuasion, c’est la défenseur, l’attaqué qui fait planer l’incertitude et rend la décision d’attaque quasi-impossible à cause du risque : comment ripostera-t-il, quels dégâts inacceptables infligera-t-il à l’attaquant ? Dans notre cas, c’est le défenseur qui subit l’incertitude et doit prendre la décision absolument insensée par rapport à la logique de la dissuasion d’être à un moment ou l’autre le premier à “riposter” à une attaque qui n’a pas encore eu lieu, parce que cette attaque menace de se déclencher par surprise et de le priver de tous ses moyens ... La sécurité maximale que fournit la dissuasion est transformée en insécurité maximale. C’est la crise de Cuba en bien pire, parce que débarrassée de tout argument préliminaire apportant des nuances extrêmement rationnelles, qui sont des bases de discussion, dans l’intentionnalité potentielle d’attaque à très courte distance (parce que la défense de Cuba pouvait justifier d’armer Cuba, parce que les Russes, en plaçant des missile nucléaires à moyenne portée proche des USA, pouvaient juger qu’ils ripostaient au déploiement, quatre ans auparavant de missiles nucléaires US à moyenne portée Jupiter en Turquie).

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Suicides & paraboles

  mardi 21 juin 2016

Pour ce premier jour sinistre de l’été (ici, en Belgique, pays européen exemplaire où triomphe le chicon, ou endive), je m’arrête à une obsession qui m’accompagne depuis plusieurs années et qui pourrait se comprendre comme une parabole de notre destin planétaire et globalisé. (Je la désigne comme “obsession” mais elle n’est nullement, cette chose, obsessionnelle dans le sens d’une présence constante, qui vous étouffe, qui mobilise l’esprit pour une cause incertaine ; plutôt une obsession épisodique, énigmatique et pas antipathique, et finalement qui ne m’obsède que lorsque l’esprit est libre et ne pense plus à rien, dans ces instants où le vide de l’esprit permet de se revivifier en suivant des sentiers de traverse.) Son origine se perd dans la nuit de ma mémoire, et je ne peux en dire l’origine ; est-ce un livre que j’ai lu, est-ce une idée que j’ai eue pour un livre du temps où je préférais les romans aux essais, est-ce un rêve ou quoi encore ?... Peu importe, ce n’est pas ici le cas d’une recherche en paternité, mais bien le récit de cette obsession d’une discrétion aimable : le récit d’un personnage (disons un homme, sans y voir de parti-pris, et disons peut-être moi-même puisque l’identification s’est faite, mais sans aucune garantie ni certitude, plutôt par commodité de la représentation et comme désincarné) ; un personnage qui se suicide, qui en réchappe d’une façon miraculeuse, qui se rappelle de tout ce qui fut sa vie jusqu’au coup de feu, sauf de la réponse à cette question pourtant d’une réelle importance : “Pourquoi ai-je voulu me suicider ?”...

Je précise encore, pour accentuer l’amabilité de la chose, que l’un des aspects les plus étonnants de cette pensée obsessionnelle, et bien que le personnage se soit transformé en “moi” comme je l’ai dit, c’est l’absence de toute tension, soit d’angoisse ou de désespoir, presque comme un récit lissé de tout sentiment, et pourtant nullement inhumain... Ou bien est-ce qu’on désignerait comme “inhumain” un certain sentiment de sérénité hors du temps, une sorte de sagesse ironique, ou bien comme une distance des choses temporelles et matérielles ? L’on ressent bien ce que je veux dire, j’en suis sûr...

Tout cela s’est précisé au cours du temps, si bien que l’obsession a pris la forme d’un récit de plus en plus élaboré dans mon esprit, qui s’est intégré dans ma vie courante dans des lieux de connaissance, avec l’un ou l’autre compagnon, et tout cela effectivement dans le plus grand apaisement. Hier soir encore, alors que je m’étais couché, le récit s’est encore précisé, et il a fallu que je prenne des notes rapides en me promettant d’en faire une page de ce Journal dde.crisis. (C’est à ce moment que je me suis dis que cela pouvait représenter une parabole, à la fois de mon travail, à la fois de la situation que nous vivons, sans savoir précisément dans quel sens, – et je laisse ce sujet ouvert à ce point, avec peut-être la possibilité qu’au fil de la plume, en écrivant ce que j’écris, je trouve une réponse moins obscure, disons en clair-obscur, sur le fait de savoir de quelle parabole il s’agit.)

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Mon 18-juin

  dimanche 19 juin 2016

Hier, dans la seizième Humeur de crise, je rappelais un passage du discours de Malraux de décembre 1964 en précisant qu’il était extrait d’un film (« Voyant ce passage du discours de Malraux qui s’écoute autant avec les yeux de l’âme tragique et poétique, dans un film documentaire splendide, très récemment diffusé et dont je reparlerai très vite... »). C’était une façon de saluer le 18 juin, et saluer “mon 18-juin” un jour plus tard, le 19, a également un sens

(Je m’explique et qu’importe s’il ne s’agit que d’un rapport chronologique, mais cela est peut-être également un signe... Il y a une certaine logique pour dedefensa.org, et donc pour moi, de faire “mon 18 juin” le 19 juin, ou “19 courant...” qui est devenu un des thèmes du site. C’est exactement ce qu’il était écrit dans un article du 19 octobre 2011 où le site lançait sa formule de donation mensuelle selon un code qui nous est propre, et qui était succinctement résumé de la sorte : « Pour l’immédiat, que faire sinon renouveler l’opération d’il y a un mois, qui devient ainsi presque structurellement notre “appel du 19 courant”. Après tout et en désespoir de cause, et tant qu’elle tiendra, arrivera-t-on peut-être à cette formule répétitive. Il y a l'appel du 18 juin, peut-être y aura-t-il “l’appel du 19 courant”... »)

Le film donc... Au premier rendez-vous de la résistance a été présenté le 8 juin sur la chaîne Histoire, précédé d’une émission Historiquement Show le 3 juin consacrée à la période 1940-1945 (résistance et collaboration), et notamment à ce film de Luc Detoo présenté par l’historien Francis Hughenin. Le film est une étrange et glaciale démonstration a contrario de la sorte d’univers où nous vivons, enfermés dans des conventions et des convenances, l’esprit animé d’une superbe liberté pour s’élancer dans les champs sans fin des lieux communs et des clichés, chevauchant l’ivresse du conformisme qui se proclame vérité de soi. Le film ne démontre pas, il montre simplement que la résistance, à ses extrêmes débuts, lorsque parlait la patriotisme le plus pur, lorsque s’exprimait la foi la plus intense, venait de la partie politique de la nation française qu’on n’a cessé depuis de reléguer sur les bancs de l’infamie, celui de la collaboration, de la trahison, de l’“intelligence avec l’ennemi”. Nous vivons sur l’image d’Epinal absolument inversé, et l’on se demande bien ce qui a changé depuis.

« La gauche résistante, la droite collabo, il faut vraiment mettre tout ça à la poubelle et revoir toute la période », dit Stéphane Courtois en commentaire du film documentaire de Detoo. Parmi les quatre premiers envoyés de De Gaulle en France pour organiser les premiers réseaux de la résistance, il y avait deux Cagoulards, un maurassien et un royaliste ; les premiers chefs et héros de la France Libre, Rémy, Maurice Duclos, Pierre Fourcault, Honoré d’Estienne d’Orves (les quatre envoyés), Daniel Cordier qui croyait qu’il retrouverait Maurras à Londres le 17 juin 1940, Loustanau Lacau et Marie-Madeleine Fourcade, Renouvin, Henry Frenay fondateur du premier grand réseau (Combat), ils étaient tous royalistes, conservateurs et catholiques, maurassiens ; de Gaulle lui-même était de cette école, et, avec lui, le plus grand chef militaire de la France Libre, le royaliste Philippe de Hautecloque, dit Leclerc... Et ainsi de suite, et autant pour la “théorie des deux France”, l’une vertueuse et de gauche, l’autre haïssable et de droite. Les maurassiens furent les plus constants adversaires de l’Allemagne durant l’entre-deux-guerres, ne cessant de dénoncer le réarmement, les perspectives de volonté de puissance de Hitler...

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Humeur de crise-16

  samedi 18 juin 2016

Quel feu plus ardent pour ranimer nos mémoires de ce jour que le discours de cette soirée glacée de décembre 1964, avec la voix au lyrisme à la fois ample et étrangement brisé d’André Malraux, résonnant comme un roulement funèbre et enfiévré tout ensemble dans le vent mauvais de l’hiver, devant le catafalque où reposaient les cendres de Jean Moulin sur le point d’être installées au Panthéon. A peu près au milieu de son oraison, Malraux rend compte de ceci : « Qui donc sait encore ce qu’il fallut d’acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, à des officiers réactionnaires ou libéraux, à des trotskistes ou des communistes rentrés de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison... Ce qu’il fallut de rigueur à un ami de la république espagnole et à un préfet radical chassé de Vichy pour exiger d’accueillir dans le combat tel rescapé de la Cagoule... »

Ainsi se constitue une résistance, la Résistance, lorsque l’ennemi commun s’est déployé dans toute sa cruauté et son impitoyabilité. Voyant ce passage du discours de Malraux qui s’écoute autant avec les yeux de l’âme tragique et poétique, dans un film documentaire splendide, très récemment diffusé et dont je reparlerai très vite, je songeai qu’un problème assez similaire se pose aujourd’hui pour rassembler dans une résistance commune, – notre Résistance, – tous ceux que l’on nomme sur ce site les antiSystème. Une fois que l’“ennemi principal”, l’Ennemi Unique, l’Ennemi Ontologique qui est l’Ennemi Diabolique, a dévoilé sa face hideuse, cette tâche s’impose d’elle-même et chacun y est confronté.

Plus encore, je songeai à cette sorte de remarques qui fait aussi partie de notre crise générale, qui en est même devenu le cœur, dans certains commentaires, réflexions, ici et là, et notamment sur le site. Je pense précisément à ceux qui ont accompagné des textes récents sur les relations entre Israël et la Russie. On comprend bien que si j’écris cela, c’est avec dans l’esprit le goût, – non, le devoir d’y revenir bientôt. A bientôt, donc.

It’s a Mad, Mad, Mad, Mad World

  lundi 13 juin 2016

En 1963, Stanley Kramer avait tourné ce film sur le mode comique sinon burlesque, It’s a Mad, Mad, Mad World. Je reprends le titre mais, comme mes lecteurs l’auront bien saisi, en y ajoutant un “fou” de plus, souligné de gras (It’s a Mad, Mad, Mad, Mad World), pour bien marquer que c’est celui de 2016 et non celui de 1963, et qu’en plus d’être fou-fou-fou, il est fou tout simplement et décidément, et définitivement, et qu’il n’y a plus rien à en sortir sinon qu’à conduire le Système à la fosse commune qui lui est réservée  dans les abysses du Mordor. Il y aura beaucoup de volontaires pour porter le cercueil, qui sera salué aussi bien par les spécialistes en relations publiques chargés de la promotion de la communauté LGTBQ, par le président Obama et ses discours surréalistes, par les pseudo-fous/simili-terroristes de Daesh, par ses financiers (de Daesh), c’est-à-dire la CIA et son annexe la CIA, l’Arabie, Erdogan, par le crime organisé-globalisé dont Daesh est finalement et en vérité le fleuron le plus admirable, et par l’UE parce que l’UE ne peut pas ne pas être là où tout le monde se trouve, armée de ses communiqués qui déplorent tout ce qui est déplorable et condamnent tout ce qui est condamnable...

Dans tout cela, il n’y a rien qui puisse faire penser à la religion musulmane dans le mode islamiste-djihadiste, puisque là aussi il existe en général une zone de non-expression où il n’est pas convenable de dire quoi que ce soit qui ressemble à l’assemblage de plusieurs mots destinés à former, au prix d’un effort remarquable de la raison, une phrase. Tout juste a-t-on pris le temps d’insulter Trump pour son “manque de compassion” et sa dénonciation des terroristes dans un de ses tweet, qui prouve bien qu’il n’est pas fait pour être commandant-en-chef (lire : POTUS) : « Donald Trump's scaremongering response to Orlando shooting is the opposite of what America needs », dit madame Ruth Sherlock la bien-nommée, du Daily Telegraph. (Sans doute pense-t-elle, madame Ruth Sherlock, au comportement si digne par contraste, des présidents Bush et Obama, si retenus dans l’emploi de la violence et si prompts à dire toute leur compassion pour les victimes des diverses invasions, drones, massacres par erreur et tueries par précaution, tortures par procuration, Afghanistan-Irak-Libye-Syrie-Yemen, Palestine, Guantanamo, etc.) La liberté d’expression, cela se travaille au rythme de la compassion, nous suggère madame Ruth Sherlock. On compte bien qu’Hillary, dite Clinton-« We came, we saw, he died », saura remettre les choses en place, c’est-à-dire avec compassion.

Dans tout ce paragraphe, on ne trouvera de ma part nulle accusation, nulle supputation ni la moindre réflexion dans un sens ou l’autre, nulle prise de position, nul jugement enflammé, mais simplement la tentative désespérée de tracer les grandes lignes du scénario que notre époque ne cesse de répéter ad nauseam, la dernière du genre étant effectivement la fusillade-tuerie d’Orlando qui a fait entrer, plus sûrement que celle de San-Bernardino, les USA dans le nième cercle de cette violence de néantisation du XXIème siècle, – ce dernier scénario en date initié par cette chose nommée Daesh dont le Général Flynn nous conta abondamment comment la Maison-Blanche avait œuvré, malgré ses avertissements, à la création. Ce scénario est celui de l’emprisonnement des jugements aveugles nourris de psychologies perverties dans des narrative impératives et complètement contradictoires, toutes chéries et qui pourtant s’affrontent entre elles dans des tueries interminables, tout cela tournant en en cercle vicieux qui rythme le chaos entièrement nouveau que sont devenus notre époque et notre monde... Le Temps et l’Histoire sont ainsi réunis en une sarabande infernale et insensée, qui, comme dans tout cercle, vicieux ou pas mais encore mieux s’il est vicieux, n’a nul besoin de sens pour exister.

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Humeur de crise-15

  dimanche 12 juin 2016

J’avoue, pardonnez-moi, avoir eu honte pour le vieil homme, de le voir souriant tête baissée, et le regard vague, sous le sourire super-cool et si décontractée de BHO, un vrai pote, suffisant et tenant l’autre à sa main, – comme si on l’entendait dire, BHO à propos de Bernie, “celui-là c’était vraiment trop facile, du mâchés-par-avance, c’était dans la poche”. J’ai eu un peu honte pour lui parce que, voyez-vous, j’avais de l’estime, pour son audace, son âge, ses cheveux en bataille, sa foi-qui-soulève-les-montagnes... Mais le voir là, avec du “monsieur le président” plein les yeux dans le vide, comment dirai-je, baissant pavillon et promettant son soutien à la venimeuse sorcière.

Cet homme a fait se lever des tempêtes. Il a galvanisé des foules, mettant en accusation une adversaire corrompue, un parti croulant sous sa propre pourriture, une direction nationale indigne, sans honneur ni sens du devoir. Tout cela était de son parti (le démocrate), et tout cela il le désigna à la vindicte populaire. Toutes les forces possibles, les mauvais coups, les coups fourrés, les diffamations, les rumeurs infâmantes, furent lancés contre lui. On tricha, on mentit, on manipula et on le manipula pour le faire trébucher, et s’il trébucha finalement c’est à cause de ces montages grossiers qu’il connaît bien et qu’il ne cesse de dénoncer. J’avoue que j’attendais autre chose que cette capitulation doucereuse, presqu’entre amis de bistrot.

Je crois avoir compris où se dressent les limites désolantes du vieux Bernie, lorsque j’ai entendu Ron Paul faire son éloge, le 20 mai dernier. Paul parlait d’une kinship (“parenté”) entre Sanders et lui sur divers sujets tels que la détestation commune du Big Business et du complexe militaro-industriel (en d’autres occasions, il fut très critique, mais qu’importe). Mais ce qui les unit, je crois, c’est un très profond légalisme, un respect du cadre institutionnel, de la légitimité des institutions. Ce qui les unit est ce qui les a perdus, puisque la légitimité à laquelle ils se réfèrent selon un réflexe civique vertueux n’existe plus, – si elle exista jamais.

Ce ne sont pas des rebelles, encore moins des iconoclastes, ce sont des opposants extrêmes mais loyaux. Ainsi sont-ils, à un moment ou l’autre, happés par le Système, eux ces antiSystème seulement jusqu’au dernier arrêt avant le terminus où se joue le destin. C’est désolant car il s’agit d’hommes honorables et intègres. Ainsi cette humeur assez attristée, et cette certitude qu’un goujat vulgaire comme Trump qui ne respecte rien est la seule formule qui ait une chance de réussir contre la vipère dont la corruption s’appelle venin et la politique hystérie.

... Tristesse qui ne demanderait qu’à être démentie demain... Rêvons un peu : et si, finalement, au bord du précipice de la capitulation, Bernie se révoltait tout de même et partait seul en campagne ? On le dirait alors inspiré.

Propos d’antiSystème

  samedi 11 juin 2016

A propos du texte du 09 juin 2016 sur l’“amour fou” entre Israël et la Russie, et plus précisément des cinq commentaires (à l'heure où j'écris) dont le premier exsude en quelques courtes phrase une sympathique estime pour notre site, je m’attache au cinquième de madame Anne Guerrier qui développe un problème particulièrement intéressant. On trouvera un passage de ce texte sur lequel porte ma “réponse” à ce commentaire. (Je signale, mais c’est une autre affaire, que je comprends très bien le sens de son analyse des relations entre Israël et la Russie, mais qu’elle n’est pas tout à fait la mienne, – mais cela est une autre histoire, quoiqu’elle ait été effleurée dans l’un ou l’autre texte précédent...)

« Je suis complètement d'accord avec votre propos sur la nécessaire fluidité mentale dont doivent faire preuve ceux qui cherchent à interpréter le réel (je n'appelle pas ça être anti-Système car la pensée agile doit être prête à tout intégrer, y compris le Système lui-même. On ne doit être anti rien à priori la connaissance n'est pas anti ni pour quoi que ce soit, et il se peut que nous découvrions que nous faisons en réalité partie d'un métasystème… ). Nous devons être prêts à réviser nos catégories constamment. Il s'agit de mouvements tactiques face à ce que vous appelez le bloc BAO, qui est en plein désarroi et de ce fait dangereux. Israël risque la destruction rapide et intégrale sous des missiles russes, et le sait. Si la Russie est attaquée par les USA (en réalité il ne s'agit pas des USA mais d'une faction à l'intérieur de ceux-ci) ou un quelconque satellite, Israël sera instantanément détruit par la Russie... »

Il y a une partie de ce passage que je voudrais encore mieux cerner, qui permettra de mieux comprendre le sens du terme antiSystème par le commentaire (“commentaire du commentaire”) que je voudrais introduire. Il s’agit de ce passage : « [J]e n'appelle pas ça être anti-Système car la pensée agile doit être prête à tout intégrer, y compris le Système lui-même. On ne doit être anti rien à priori la connaissance n'est pas anti ni pour quoi que ce soit, et il se peut que nous découvrions que nous faisons en réalité partie d'un métasystème... » J’anticipe un peu sur un très prochain (j’espère) Glossaire.dde sur “l’antiSystème”. Dans ce texte, il sera rappelé que l’expression telle qu’elle est utilisée sur ce site avait été proposée pour la première fois, sous sa forme orthographique courante, le 10 décembre 2010, sous le titre : « Des antisystèmes” aux “antiSystème” ». (Le terme “antisystème” fut employé pour la première fois d’une façon explicite le 8 décembre 2009, l’expression “anti-système” le 24 juillet 2007, selon notre moteur de recherche du site dedefensa.org.)

(divers)

Going nuke ou Going nuts ?

  mardi 07 juin 2016

7 juin 2016 – Il est vrai que régulièrement, lorsqu’est évoquée la question d’un possible affrontement nucléaire entre les USA et la Russie, se pose la question des modalités et de la possibilité de cet affrontement... On parle d’une façon récurrente de cette possibilité d’un point de vue opérationnel et “réaliste” (?), pour notre/mon compte, c’est-à-dire selon la perception qu’en a le site dedefensa.org, depuis le début de la crise ukrainienne, précisément le 28 février 2016 et le 3 mars 2014 ; et l’on en parlait encore hier, c’est dire... Voilà ce qu’écrivait dde.org le 28 février 2014 :

« Il importe en effet de ne pas oublier ceci que face à la Russie, sur la frontière ukrainienne, un bloc BAO qui prétendrait jouer un rôle militaire sérieux dans un conflit conventionnel sérieux n’a rien, absolument rien de sérieux pour le faire, – sauf peut-être la France qui redirigerait ses 400 soldats de renforts de fonds de tiroir en Centrafrique pour la frontière ukrainienne derrière laquelle la Russie déploie 150 000 hommes ? Ils savent tous très bien que, face à la Russie qu’on est allé provoquer sur le fondement absolument central de sa sécurité nationale, la seule riposte sérieuse possible serait tout simplement la possibilité d’une escalade vers l’“unthinkable”, l’option finale du conflit nucléaire... »

... Depuis, donc, on y revient à intervalles réguliers, toujours sur un ton assez incertain qui est, pour notre compte toujours, celui de la réalisation par le bloc-BAO, de ce risque terrible d’une guerre nucléaire, avec le choc psychologique qui va avec. Par exemple, dès le 3 mars 2014 : « Cette prise de conscience paradoxalement inconsciente du danger suprême est-elle en train de se faire dans le bloc BAO ? Notre sentiment est que cette hypothèse doit être prise en compte : ce pourrait bien être le cas, et si c’est le cas cela devrait être nécessairement très rapide, comme vont les choses aujourd’hui. La prise de conscience n’est alors plus, pour le bloc BAO, une évolution psychologique mais un formidable choc psychologique. On devrait voir cette proposition du “choc psychologique”, si c’est effectivement le cas, dans le très court terme, à mesure de la détérioration de la situation ukrainienne. S’ouvrirait alors la perspective d’une nouvelle et terrible inconnue dans l’équation de ces temps fondamentaux, car l’issue apocalyptique, c’est-à-dire le risque du conflit nucléaire, n’est pas une assurance événementielle (qu’on pardonne l’étrange assemblage de mots si étrangers). Cette “nouvelle et terrible inconnue”, c’est d’abord d’observer ce que ce “formidable choc psychologique” produirait comme effets sur le bloc BAO. Aucune prospective n’est à faire, car il serait déraisonnable de spéculer sur l’inconnu, sur cette terra incognita que serait cette réalisation de la possibilité de l’apocalypse nucléaire ; il serait déraisonnable de spéculer sur l’effet d’un “choc psychologique” qui, s’il a lieu, bouleverserait tout dans notre perception, dans notre jugement, dans notre attitude. Personne ne serait épargné, y compris les Russes d’ailleurs, car s’ils ont, eux, ce risque terrible à l’esprit, il va de soi qu’ils n’en veulent à aucun prix, – mais ils ont ceci de plus que les autres, dans le sens du tragique, qu’ils y sont préparés. »

Il y a eu plusieurs interventions de lecteurs depuis, sur cette question. D’une façon très générale, sinon exclusive, il s’agissait d’observations rationnelles sur le comportement des dirigeants, comme par exemple celle-ci, d’hier, de Mr. Bernard Pautremat (« Votre hypothèse supposerait que Obama accepte de donner les codes nécessaires  à toute attaque nucléaire. Actuellement il est de plus en plus faible en tant que “lame duck”, en fin de présidence. Mais le croyez vous assez faible moralement pour accepter la responsabilité d'un holocauste des européens, ce qui n'a rien à voir avec sa tendance “cool”? »). Mais enfin, y réfléchissant, j’en viens à penser que la question ne se pose pas en ces termes, ou plutôt dirais-je qu’elle ne se pose plus en ces termes malgré la représentation que nous nous en faisons, parce qu’elle ne s’est jamais posée en ces termes dans la séquence que nous observons et que je crois bien qu’elle ne se posera jamais en ces termes dans les circonstances présentes.

(Suite)

Hello Cassius, bye bye Ali

  dimanche 05 juin 2016

Malgré que je ne l’aurais pas été évidemment si j’y avais songé précisément, le déferlement extraordinaire d’hypocrisie dans les louanges et les apologies à propos de la mort du “plus grand boxeur de tous les temps”, Cassius Clay alias Muhammad Ali, ce déferlement parvient à me surprendre personnellement. On est toujours surpris de la vérité-de-situation de la bassesse en cours lorsqu’il s’agit de répondre aux consignes du Système. Cette apologie d’Ali s’adresse encore plus au contestataire de l’américanisme qu’il était et qui fut prestement transformé pour cause de maladie en apologiste du Système, qu’à ce boxeur si exceptionnel qui dansait comme un poids super-léger de 63 kilos alors qu’il dépassait nécessairement les 90 kilos. Au contraire, le Cassius-Ali que toute l’Amérique officielle acclame n’est pas du tout le “contestataire de l’américanisme” qu’il fut mais bien celui dont on fit l’avant-garde inspiré et dansante du discours-Système devenu notre lot quotidien, antiracisme ripoliné et estampillé du sceau de la vertu reconnue d’utilité publique, rendant grâce à la Grande République devenue multicolore et à l’affectivisme LGTBQ.

J’étais à la fleur de l’âge et dans les débuts du métier, et déjà versé dans les actualités des évènements US, lorsque Cassius Clay triompha et se transforma en Muhammad Ali, et j'entends bien en témoigner ici. Ce fut un torrent extraordinaire de haine et de malédictions sans retour qui entoura et accable aussitôt le boxeur de la part du Système lors de ses manifestations politiques, c’est-à-dire de la part des pères et des pairs un peu plus âgés de toutes ces plumes empanachées de privilèges et de tous ces discoureurs encombrés de sanglots qui se font entendre depuis hier de toutes les façons et selon toutes les contorsions possibles.

A cette époque, pourtant, j’étais un proaméricain bon teint, partisan de la guerre du Vietnam et tout et tout, sans trop savoir, ni voulant trop savoir d’ailleurs, mais plutôt, – le croirait-on, – à cause de ma fascination de jeunesse pour l’armée US qui sait si parfaitement manier la communication, et particulièrement pour son aviation militaire... Pourtant (bis), je trouvais Cassius Clay, outre ses qualités sportives, d’une drôlerie et d’une énergie peu communes dans ses interventions publiques. En fait, dès cette époque, j’avais vis-à-vis de la “révolte noire” aux USA une attitude bien plus de réflexe que de réflexion, dans laquelle, plus tard, j’allais me retrouver complètement en l’analysant d’une façon beaucoup plus politique et rationnelle. Autant je ne supportais pas les geigneries des partisans des droits civiques qui ne demandaient qu’à s’intégrer dans la grande machinerie des USA, autant j’avais une sorte d’estime pour les radicaux, dont Malcolm X en premier, qui ne voulaient entendre parler que d’une rupture totale, y compris jusqu’à l’utopie de la formation d’une “nation noire US” accomplie dans une séparation de territoires.

(Suite)

Humeur de crise-14

  jeudi 02 juin 2016

A nouveau mais en beaucoup plus tournoyant cette impression de vertige, – “Vertigo”, comme il y a un an d’ici à quelques semaines près, lorsqu’il était question de décrire ce phénomène du “tourbillon crisique” que donnait la crise grecque, avec sa précipitation, ses menaces, son spasme épouvantable que nous guettions tous. Même impression aujourd’hui, mais cette fois le tourbillon a pris une telle force, qu’il emporte avec lui plusieurs spasmes diluviens ; Trump et les élections aux USA, le Brexit, les réfugiés des quatre saisons de nos massacres, la situation en pleine dissolution en France, dans une sorte de simulacre de Mai-68, celui où l’on ne joue plus, où sous les pavés la plage pourrie de mazout, où Dany-le-Rouge devenu vert-fluo et grand amateur de foot pourrait remplacer Deschamps comme entraîneur non-racialement-pur de l’équipe de France, avec finale festive de l’Euro-1916 devant l’Ossuaire de Verdun.

Il y a de la démence dans l’air (La java du Diable rigole le fou chantant) et cette impression que les plus hautes instances elles-mêmes, les autorités du Système, sont emportées dans le tourbillon à en perdre leur raison-subvertie. Parviendront-elles à faire éclater enfin la Troisième Dernière, la nucléaire, avant que The Donald ne pulvérise Crooked Hillary et ne se mette à parler business avec Poutine ? Tant il est vrai que l’on en arriverait à craindre vaguement, ou bien à l’attendre avec une curiosité amusée, ce moment où ceux-là qui nous poussent à l’abysse lâchent prise et s’y précipitent eux-mêmes, comme dans le suicide collectif d’une secte d’illuminés. (“Qui m’aime me suive !”, s’écrierait Junker, déjà à sa dixième bière de la journée.)

Ainsi ne parlerais-je plus de ce sentiment de tragique qui m’envahit si souvent, sinon de tragédie-bouffe. Il y a un côté énorme farce cosmique dans cette démence précipitée, dans ces évènements incompréhensibles selon leurs boîtes à malice venues de Silicon Valley. Tant de puissance furieuse réduite à l’impuissance grotesque... Dieu est-il un comique de génie, vous savez de la sorte qu’on dirait, – un comique cosmique ? Et le Big Bang, après tout, l’effet inattendu d’un éclat de rire imprévu ? 

Ainsi se pose la grande question : saurons-nous nous faire prendre au sérieux ? A trop être bouffes, notre tragédie, nos œuvres destinées à l’immortalité et leur catastrophique effondrement seront accueillis Là-Haut par un haussement d’épaules : “Bien essayé, sapiens”.