Russie-Israël, ou leur “amour-fou”...

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Russie-Israël, ou leur “amour-fou”...

Les relations entre la Russie et Israël restent un des facteurs les plus intéressants et les plus remarquables de la situation générale présente, tant ces relations semblent bonnes sinon excellentes, tant cet état semble défier plusieurs logiques des impulsions du bloc-BAO, USA en tête naturellement, c’est-à-dire plusieurs logiques suscitées et exigées par la politique-Système. On parle de ces relations à l’occasion du 25ème anniversaire du rétablissement des relations diplomatiques entre Israël et la Russie (relations interrompues en 1967, lors de la guerre des Six-Jours, du fait de la Russie lorsqu’elle était l’URSS). Cet anniversaire a été marqué par une visite solennelle de deux jours (mardi et mercredi) de Netanyahou et de sa femme à Moscou, – visite solennelle marquée par des entretiens et des cérémonies.

C’est la quatrième fois en un an que Netanyahou rencontre Poutine (contre une rencontre avec Obama), ce qui commence à faire beaucoup. Qui plus est, cette visite était à haute visibilité, avec des déclarations très solennelles, la cession du fameux char israélien qui se trouvait dans un musée de Moscou, comme symbole, selon les termes du Premier ministre israélien, de l’amitié entre Israël et la Russie. (Sur cette question de la restitution du char capturé par les Syriens à Beyrouth en 1982 et cédé à un musée militaire russe, voir notre texte du  1er juin.)

• Sur la visite elle-même, on lira RT, le 7 juin, et notamment ceci, sur la substance des entretiens avec Poutine mardi, avec cet élément intéressant du caractère concret des relations entre les deux pays puisque l’insistance est mise sur la coopération militaire dans la région du Moyen-Orient, en et autour de la Syrie...  « Meeting with Putin on Tuesday, Netanyahu plans to discuss the implementation of positions agreed on during Netanyahu’s last visit to Moscow, placing a particular focus on coordination between the Israeli military and Russian forces. Both sides are eager to abide by a so-called deconflicting mechanism put in place to assure that Russian jets can freely operate in Syrian airspace near Israel’s borders.

“They will also discuss various regional issues including the global fight against terrorism, the situation in and around Syria and the diplomatic horizon between Israel and the Palestinians, as well as bilateral economic and trade cooperation and the strengthening of cultural and humanitarian ties,” the Prime Minister’s Office said in a statement. Israeli and Russian leaders will discuss efforts to maintain the Syrian ceasefire brokered by Washington and Moscow in February. The two leaders will also touch base on the Israeli-Palestinian peace process, in addition to Israeli-Russian trade cooperation and cultural ties. »

• Sur la remise du char israélien à Netanyahou, mercredi, encore RT le 8 juin, quelques indications montrant le caractère symbolique de la démarche : « A tank which had been lost by Israel on a battlefield over 30 years ago was returned to the nation by Moscow on Wednesday. To refill the place of the military vehicle which was on display at a Russian museum, Israel has delivered a similar tank to the Moscow region. [...] “This is a very special and important moment for me and for all Israeli people,” Prime Minister Benjamin Netanyahu said at a ceremony in the Moscow region. Netanyuhu, who is currently in Moscow on a visit to mark the 25th anniversary of diplomatic ties being renewed between the two nations, said that the tank not only commemorated the courage of Israeli soldiers, but would now also be “a symbol of friendship between Israel and Russia.” »

• Enfin, on notera les commentaires qui sont faits à propos de cette visite, qui explorent de plus en plus la possibilité que la Russie puisse devenir un allié au moins aussi important que les USA pour Israël, voire un allié stratégique plus important. Sputnik.News donne un texte rapide (le 6 juin) où il évoque effectivement, dans son titre, cette possibilité d’un changement de grand allié stratégique pour Israël (« Russia Could Replace US as Israel’s Primary Ally in Middle East »). Après avoir évoqué le “score” des rencontres Poutine-Netanyahou comparé aux rapports avec les USA, également des rencontres au plus haut sommet (4 contre 1), l’article observe justement que la coopération entre Israël et la Russie n’a nullement été entravée, ni par les liens entre Moscou d’une part, l’Iran et le Hezbollah d’autre part ; ni, surtout, par la livraison de S-300 russes à l’Iran, qui a été souvent évoquée come un cas de quasi-rupture des Israéliens avec les Russes :

« Remarkably, Russia's support to Damascus and Tehran, not to mention the sale of the advanced S-300 surface-to-air missile defense system to Iran by Moscow, have not casted the shadow over the relationship between Russia and Israel.

» “Russia today is a world power and its relations with Israel are only growing stronger and deeper," the Jerusalem Post stressed citing Netanyahu. This remark is especially interesting in the context of the Western sanctions policy unleashed by the US and the EU against Moscow following Crimea's reunification with Russia. »

Ces relations entre Israël et la Russie sont particulièrement intéressantes, outre leur contenu bien entendu, parce qu’elles sont une démonstration quasiment parfaite et dans tous les cas hautement instructive de la question de l’identification et de l’opérationnalisation de l’acte antiSystème. En effet, la situation entre la Russie et Israël, du point de vue de l’antiSystème et non pas des jugements spécifiques qu’on peut porter justement sur les uns et les autres, est extrêmement variable. Ce(ux) que les antiSystème peuvent rejeter avec la plus extrême virulence et le jugement le plus juste dans une ou plusieurs situations, ils peuvent et doivent le(s) considérer comme antiSystème dans une autre ou plusieurs autres situation(s).

Le cas le plus exemplaire est évidemment Netanyahou et son gouvernement, une équipe extrémiste qui a poursuivi une politique insupportable pour nombre d’antiSystème, aussi bien à l’encontre des Palestiniens que face à la crise syrienne, face à l’Iran, etc. Dans ce cas, et avec les liens qu’il entretient avec les USA, notamment avec les neocons, on peut juger Netanyahou comme absolument dépendant du Système et collaborant activement à la politique-Système. Lorsqu’ils se trouvent mis en accusation par l’establishment de sécurité nationale israélien comme c'est le cas actuellement, ils sont également complètement plongés dans une logique qui renvoie directement au Système. Mais lorsqu’ils développent comme ils le font leurs liens avec la Russie, sans aucun souci de la politique-Système antirusse du bloc-BAO, et particulièrement des USA, ils deviennent alors complètement antiSystème, – sans la moindre hésitation d'identification de notre part. Le mécontentement US est significatif à cet égard (comme lorsque Israël s’abstint dans le vote de l’Assemblée Générale condamnant l’action de la Russie en Crimée).

Pour ce qui est de Poutine, sa position internationale, et notamment cette position antiSystème où l’ont enfermé et le tiennent enfermé l’hostilité sans retour et la narrative du bloc-BAO, on dirait presque vertueusement, le conduisent dans une situation où à peu près tout ce qu’il fait est naturellement antiSystème. Dans le cas de ses relations avec les Israéliens, il parvient effectivement à placer le gouvernement Netanyahou dans une position clairement antiSystème par la menace que leurs relations créée suscitent, principalement pour les liens avec les USA.

Tout cela doit être constaté sans qu’on doive laisser jouer les idéologies, les inimités, les sentiments hostiles, etc., vis-à-vis des uns et des autres. Le jugement de l’antiSystème exige une très grande souplesse d’esprit (de jugement) que certains pourraient qualifier de cynique, d’opportuniste ou de naïf. Cela dépend évidemment du type de position qu’on adopte vis-à-vis de la question de l’“ennemi principal” ; d'ailleurs, cette question doit être envisagée plus radiucalement parce que, à notre sens, il ne s'agit pas véritablement de l’“ennemi principal”, mais de l’“ennemi absolu” et donc de l’“ennemi exclusif”, c’est-à-dire le Système. On convient aisément que cela tranche le débat d’une part, que cela assouplit l’esprit d’autre part, suffisamment justement pour conduire cette enquête (qui est antiSystème ? Où est l’antiSystème ?).On doit donc être capable de condamner Netanyahou dans un cas, de l’applaudir dans un autre, sans prêter attention ni à ses calculs ni à ses arrière-pensées ; même chose pour Poutine, d’ailleurs, qui n’est dépourvu ni de l’un ni de l’autre (calcul et arrière-pensée). A partir du moment où notre démarche d’appréciation donne comme priorité etréférence d’interprétation la mécanique des évènements qui est conduite hors du contrôle humain et les situations qui en résultent, et que cette mécanique donne une situation antiSystème dans telle circonstance, avec tels acteurs, cette situation est bonne à prendre et doit être prise et appréciée dans toute sa valeur et avec tout son poids.

 

Mis en ligne le 9 juin 2016 à 16H26

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