Glossaire.dde : le chaos-nouveau

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Glossaire.dde : le chaos-nouveau

8 mai 2016 – L’article du Glossaire.dde que nous allons développer ici est en bonne partie présenté dans notre F&C du 1er avril 2016. En gros, il prend en compte la proposition selon laquelle la situation générale du monde vient de passer “du désordre au chaos” ; il examine la signification de cette évolution, les causes et les circonstances ; éventuellement les conséquences et si possibles les explications et les implications envisageables.

Ce sujet doit être développé d’une façon très conjoncturelle autant que structurelle, parce que les évènements en cours ont une importance considérable et un effet direct et immédiat sur l’aspect structurel. On l’a déjà remarqué ici ou là, la plus haute Histoire (la métahistoire) se fait aujourd’hui directement en fonction des évènements. Les concepts sont directement définis en relation avec les évènements. Il y a un lien direct, très serré, entre l’évolution de la situation terrestre et la situation de la métahistoire qui conditionne notre destin.

Nous avons donc directement perçu le passage “du désordre au chaos”, selon deux évolutions très distinctes et très spécifiques que nous verrons bien entendu plus en détails plus loin : d’une part l’accélération, l’approfondissement et la fusion du désordre impliquant que toutes les crises, toutes le situations crisiques, toutes les tensions crisiques ont de plus en plus des interactions directes et immédiates entre elle ; d’autre part, l’extension décisive du désordre à la situation intérieure US, avec les élections présidentielles qui ont pris un tour crisique dévastateur, absolument inattendu. On observera que nous utilisons indistinctement le terme “désordre” ou le terme “chaos”et le terme “crise” et ses dérivés (“crisique”, notamment) : les crises, qui sont toutes liées entre elles, n’ont plus un comportement classique, elles s’ordonnent paradoxalement selon la dynamique du désordre puis du chaos, ne pouvant plus être fondamentalement distinguées les unes des autres, dans ce que nous avons nommé un “tourbillon crisique”.

Du “désordre au chaos”

Avant de poursuivre en détaillant cet aspect évènementiel “du désordre au chaos”, pour mieux observer le chaos qui caractérise aujourd’hui la situation, nous rappelons les deux définitions que nous avions offertes pour les concepts de “désordre” et de “chaos”, dans le Glossaire.dde du 16 février 2015, sous le titre « Hyperdésordre (désordre & chaos) ». Le sujet étant donc “l’hyperdésordre”, variante maximale et vertueuse du désordre, et si l’on veut passerelle d’évolution entre “désordre“ et “chaos”, où ce dernier est considéré d’une façon absolument positive : « L’hyperdésordre est une avancée décisive et rupturielle par rapport au désordre dans la mesure où il ouvre le désordre à tous les éléments possibles, donc ouvre la possibilité à [une situation d’où pourrait sortir] la création d’un ordre qui sera nécessairement complètement différent de l’ordre qui a précédé le désordre. Il ouvre la porte au chaos. »

...Voici les deux définitions, successivement “désordre” et “chaos”...

« • “Désordre” signifie sans ordre, avec “ordre” équipé du préfixe “dis- ou dé- avec un s intercalaire euphonique”. ‘Sans-ordre’, cela implique pour notre [compte] une perte par rupture ou par désintégration de l’‘ordre’ qui régnait auparavant, quelle que soit sa qualité, sa justesse, son équilibre, son harmonie, etc. Cela signifie pour nous que le ‘désordre’ comprend par définition des éléments, des données, des informations, des variables, dont le rangement est soudain bouleversé, transformant ordre en désordre. Cela signifie que le désordre n’est pas équipé pour créer un ordre qui soit différent en essence de celui qui a précédé, c’est-à-dire un ordre promis à l’échec puisque ce désordre ne pourrait par définition créer qu’un seul ordre et que c’est cet ordre qui s’est transformé en désordre.

» • Chaos, du latin Chaos et du grec ancien Khaos. En théologie, le chaos est la «confusion générale des éléments avant leur séparation et leur arrangement pour former le monde». Dans la mythologie grecque, Khaos précède tout : “Dans la mythologie grecque, Chaos (en grec ancien Khaos, littéralement ‘Faille, Béance’, du verbe kainô, ‘béer, être grand ouvert’) est l'élément primordial de la théogonie hésiodique. Il désigne une profondeur béante... [...] Selon la ‘Théogonie’ d’Hésiode, il précède non seulement l’origine du monde, mais celle des dieux...” Nous nous appuyons sur cette puissante référence pour considérer que ‘le chaos’, dans nos conceptions, est absolument différent du désordre. Le chaos est un état supérieur de désordre, un sur-désordre si l’on veut ; alors que le désordre comprend “des éléments, des données, des informations, des variables, dont le rangement est soudain bouleversé”, le chaos comprend, en désordre, tous les éléments, toutes les données, toutes les informations et toutes les variables possibles... C’est un sur-désordre, c’est-à-dire selon notre appréciation propre dans notre époque, un désordre qui se détache décisivement de l’époque dont il est issu parce qu’il contient tous les éléments (toutes les informations) pour la création d’une nouvelle époque, d’une nouvelle ère, – mais non, encore mieux, et décisivement mieux dit, – pour un nouveau cycle métahistorique... (De même il est évident que le chaos est ‘créateur’ par définition, ou ‘nécessairement créateur’, mais dans un sens qui est le nôtre, sans aucun rapport avec la dialectique de Café du Commerce luxueux, comme à Davos, de l’hypercapitalisme et des neocons.) »

Chronologie crisique initiale

Nous abordons simultanément plusieurs évènements à partir de l’été 2015 jusqu’à ce printemps 2016, où la situation s’est transmutée de désordre en chaos. On ne va pas sérier les crises ni les caractériser d’une façon précise, pour ne pas trop nous embarrasser de leurs spécificités. On les mentionne comme éléments de cette mécanique de transmutation entre été 2015 et printemps 2016.

• D’une part, il y a les événements en Syrie et autour de la Syrie, avec toutes les conséquences qu’on sait. On peut parler d’une nouvelle crise (Syrie-II) avec l’intervention russe en septembre 2015, – et une crise qui a pris toute sa dimension stratégique au début du printemps avec le pseudo-“retrait“ russe, qui a permis de constater que les Russes avaient effectivement installé en Syrie une véritable infrastructure stratégique. Au reste, on a vu que l’épisode du “retrait” n’a pas empêché les Russes de poursuivre des interventions épisodiques  (reprise/libération de Palmyre, “retrait”-renforcement russes). Les combats n’ont pas cessé en Syrie mais ils ont acquis un sens nouveau qui les rend plus compréhensibles et plus structurants, tout en gardant bien entendu leur caractère crisique et de désordre opérationnel. On ajoutera, parce que c’est un prolongement essentiel, que le relatif apaisement (surtout au niveau de la communication) des évènements brutaux de Syrie avec le cessez-le-feu, – bien que cette mesure soit évidemment chaotique, – tend à transmuter, du point de vue de la communication, le centre tourbillonnant de la crise, ou centre crisique, vers ses “conséquences européennes” (crise des migrants + terrorisme + plus, en retrait, la tension avec la Russie), donnant au centre crisique syrien un poids encore plus important en impliquant directement l’un des deux composants essentiels (l'UE) du bloc-BAO, c’est-à-dire l’un des deux composants essentiels du Système.

• D’autre part, il y a les événements aux USA, dans le cadre des primaires de l’élection présidentielle, avec le surgissement des populismes (droite et gauche), le phénomène Sanders-Trump qui a évolué en deux processus approximativement parallèles dans la durée mais divergents sur le terme et peut être sur les ambitions. L’écho massif de la candidature Trump d’une part, la persistance sinon la résilience du phénomène Sanders malgré une certaine insubstance de Sanders et à cause de la puissance du courant qui le pousse, enfin la victoire complète de Trump avec la primaire de l’Indiana ont mesuré en termes dynamiques la puissance du facteur américaniste. Il s’agit d’une insurrection populaire à double facette, à l’intérieur même des processus de l’establishment, avec désormais des perspectives très sérieuses de troubles intérieurs graves, c’est-à-dire une insurrection de communication menaçant de devenir insurrection-guerre civile qui s’est déclenchée à partir de l’intérieur du cœur même du Système et que personne n’a vu venir dans sa puissance, sa rapidité, son ampleur.

• On peut admettre la synchronisation des deux crises en observant que c’est à la fin septembre (intervention russe) que la crise Syrie-II a commencé, d’une part ; que c’est à partir du début de l’automne 2015 que Trump et Sanders ont commencé à être vraiment pris au sérieux. (Voyez par exemple ces textes du 13 août 2016, du 20 septembre 2015 et du 9 octobre 2015).

Jusqu’ici, on remarquait dans la succession des crises, le passage normal de l’intensité crisique d’une crise à l’autre, dans l’ordre de la succession. Même si les plus récentes ont pris des formes crisiques complexes, passant de la chaîne crisique au tourbillon crisique. Ainsi, et pour prendre le plus récent épisode de cette sorte d’enchaînement, on peut considérer qu’il y eut un épisode central nous faisant passer de la chaîne crisique au tourbillon crisique avec la crise Syrie-I ; laquelle céda de son importance, puis de sa tension crisique, à l’Ukraine à partir de novembre 2013-février 2014 (“coup de Kiev”)... Jusqu’à la mi-2015, la crise syrienne disons s’éclipsa du système de la communication, pour revenir, transmutée en crise Syrie-II, sur le devant de la scène à la fin de l’été (tandis que la crise ukrainienne s’effaçait au deuxième plan durant la première moitié de 2015, non sans avoir laissé une trace gigantesque sous la forme de l’exacerbation de la tension Russie-BAO alimentant les divers autres centres crisiques et qui subsiste aujourd'hui comme complément fondamental du désordre devenu chaos).

Cela ne signifie évidemment pas que les crises s’apaisent sinon se terminent puisqu’aujourd’hui, dans notre infrastructure crisique générale, aucune crise ne s’apaise, et encore moins ne se termine. Ce que nous décrivons signifie que le principal point de la tension crisique, si l’on veut le nœud central du tourbillon crisique, se déplaçait d’une crise à l’autre selon l’enchaînement qu’on a décrit. Ce fut le cas entre Syrie-I et l’Ukraine en novembre 2013-février 2014. Par contre, à l’automne 2015, un événement crisique nouveau apparut. La Syrie redevint un centre majeur de crise, Syrie-I transformée et Syrie-II avec un essaimage vers l’Europe déjà déstabilisée par la crise ukrainienne et ses remous intérieurs (Grèce), tandis que ce qui avait jusqu’alors été considéré comme une péripétie originale et vulgaire de l’approche des élections présidentielles US se transformait en une menace directe contre l’establishment. Les semaines passant, aucun de ces deux évènements ne le cédait à l’autre en fait d’intensité et de tension crisique. Du côté syrien, ni l’accord USA-Russie suivi d’un cessez-le-feu effectif, ni le “pseudo-retrait” des Russes n’ont fait véritablement passer le dossier au second plan. Les deux dossiers, – les deux crises majeures cohabitent, se mélangent, s’imbriquent, grandissent respectivement pour tendre vers l’unicité, et l’on retrouve la “crise haute” qu’on espère finale parce qu’elle s’est formée en se globalisant complètement puisqu’elle embrase le bloc BAO qui est le centre de tout pour ce qui est du service et de l’opérationnalisation de la production dd&e du Système.

Une nouvelle forme d’évolution crisique

Il est vrai que de multiples points annexes ont permis de maintenir une pression crisique maximale, avec cette observation essentielle que ces “points annexes” ont tendu à leur tour à prendre une place centrale et à s’inscrire dans une chaîne crisique globale passée en mode de tourbillon crisique reliant tous les points cités entre eux. C’est le cas, pour la crise Syrie-II, à partir de deux axes d’agitation qui se sont développés depuis un an ; d’une part le terrorisme, surtout regroupé autour de la problématique Daesh et tendant à s’étendre vers l’Europe ; d’autre part, à partir de l’été 2015 essentiellement (du point de vue de la communication), une crise migratoire intense du Moyen-Orient vers l’Europe qui a très fortement élargi la crise syrienne/moyenne-orientale à l’Europe, elle-même déjà en crise, formant ainsi un nouvel ensemble crisique qui prend une place prépondérante dans la chaîne crisique devenant par son activisme constant un “tourbillon crisique”. Un tel “tourbillon crisique” régional a suffisamment de fers au feu pour maintenir une tension crisique maximale sur cet axe Moyen-Orient/Europe, avec de nouvel éléments s’ajoutant à mesure et ajoutant d’autres éléments crisiques (par exemple, la crise du traité TTIP en Europe, qui nous paraît devenir une crise avec une très forte implication du public et constitue une imbrication de plus avec l’élément US de cet ensemble crisique).

Les attentats de Bruxelles de mars 2016 ont relancé et prolongé l’attaque 13/11 (2015) de Paris en donnant l’impression d’une offensive terroriste structurée et durable contre l’Europe à partir de l’ensemble terroriste du Moyen-Orient s’appuyant financièrement/logistiquement (Arabie) et opérationnellement (Turquie) sur des structures étatiques complètement impliquées dans l’opération. C’est une situation extrêmement tendue, une sous-crise (issue de la nébuleuse Syrie-I et Syrie-II) potentiellement dévastatrice pour la stabilité de l’Europe dans tous les domaines, avec des situations politiques schizophréniques totalement chaotiques, – l’Europe, soit par des État-Membres, soit par l’UE, ayant des liens contraints, pervers et infâmes avec les deux principaux sponsors de la structure terroriste, l’Arabie et la Turquie.

De ROW (Rest Of the World) à ROS (Rest Of The Crisis)

Cet épisode de crise venue du centre moyen-oriental vers l’Europe, doublant sinon s’ajoutant, sinon se mélangeant à la crise des migrants de même origine, établit un lien de communication extrêmement solide avec la “crise américaine de l’américanisme”. La quasi-indifférence d’Obama pour les attentats de Bruxelles de mars 2016, lors de sa visite à Cuba au moment où ils ont lieu, a plus mesuré l’inexistence politique de ce président-zombie que la véritable attitude US. Au contraire, la véritable attitude US se réalise dans l’intérêt redoublé des candidats (essentiellement les républicains) à la nomination, Trump en tête, pour le terrorisme en Europe qui alimente leur propre thème de campagne. La crise européenne des migrants est également un très fort lien de communication entre l’Europe, et au-delà la crise moyenne-orientale, avec la campagne présidentielle US qui représente désormais un débat animé pour déterminer l’évolution de la politique US.

Il ressort de tout cela, principalement pour notre propos, qu’il existe des liens fondamentaux entre les deux centres de crise fondamentaux désormais, et leur évolution en parallèle s’en trouve mutuellement renforcée en renforçant leur réalisation dans cette unicité de la crise haute finale. C’est un fait complètement nouveau tant l’esprit d’isolation par exceptionnalisme des USA permettait jusqu’alors à ce centre de puissance d’aborder ses problèmes, voire ses crises,  en ignorant sinon en dédaignant superbement the Rest Of the World (ROW) devenu entretemps the Rest Of The Crisis (ROS). (Et désormais, ceci, cette évolution de ROW à ROS, explique cela.)

La “crise des traités”

On s’est plus encore aperçu de la puissance de ces nouveaux “liens fondamentaux” avec ce que nous avons nommé “la crise des traités”, suivant d’une part le discours de Donald Trump, dit-America First, d’autre part un regain de très forte tension en Europe à propos du traité TTIP, à la suite de fuites de Greenpeace sur le contenu secret du traité en cours de négociations. Cette “crise commune” USA-Europe, avec ses caractères étonnants, lie encore plus les deux forces principales du bloc BAO, d’une manière inattendue pour la vision conventionnelle des traités, qui est une vision faussement confrontationnelle pour notre propos...

« Une fois de plus, on doit mettre l’accent sur ce que les Européens, lorsqu’ils se découvrent anti-TTIP/TAFTA, ont bien du mal à assimiler : l’opposition à ce traité est aussi forte aux USA qu’en Europe, alors que ce traité est considéré par eux (les Européens) comme un moyen d’investissement de l’Europe par les USA, – ce qui n’est pas tout à fait faux dans l’apparence de la présentation mais qui est à tout à fait faux dans l’esprit. En fait le TTIP/TAFTA est (comme le TPP du côté du Pacifique) un moyen d’investissement à la fois de l’Europe et des USA par une sorte de conglomérat où une partie du Corporate Power, sans nationalité par définition, où la corruption, la narrative-lobbying, la finance et le crime organisé, etc., tiennent la place principale ; le but est le profit internationaliste et la destruction des pouvoirs souverains qui le contrarient, et nullement, par exemple et pour poursuivre l’exemple de l’opposition européenne au traité, moins d’emplois pour l’Europe et plus pour les USA. Au contraire, comme se développe notamment l’argument de Sanders/Trump, les traités de libre-échange, et TTIP/TAFTA comme les autres, détruisent toujours plus d’emplois aux USA, et nullement à l’avantage de l’Europe puisqu’il y en détruit à peu près autant. »

Dans cet extrait de notre texte du 3 mai, l’on voit bien décrite une situation de chaos née à la fois de l’“insurrection” des nouveaux candidats US (forçant à une position anti-traités), et des évènements européens (fuite du texte des traités par Greenpeace), avec dans les deux cas diverses autorités, dont certaines en fonction, dénonçant en pleine contradiction assumée la construction d’un ensemble dénoncé comme mortellement destructeur, dont nombre d’entre elles ont contribué à son élaboration et à la mise en œuvre de son élaboration. Ce constat est un signe indubitable de chaos, où le catastrophique-sans-espoir qui justifiait le pessiisme des anti-TTIP est remplacé par le catastrophique-par-l’absurde qui affaiblit radicalement la position des pro-TTIP : « La situation est alors complètement paradoxale sinon absurde : une majorité d’opposition à ce traité, comme à tout ce qu’il représente, est en train de se dégager aux USA et en Europe au niveau public mais aussi d’autorités officielles présentes et à venir, tandis que les USA et l’Europe (l’UE) continuent à négocier à marche forcé, et même à course forcée, ce même traité... »

The Donald EST le chaos

Peut-être est-ce là, finalement, l’élément décisif, à la fois opérationnel et symbolique, qui nous fait considérer le passage du désordre au chaos et l’installation dans le chaos, – dans tous les cas, sans le moindre doute pour le symbole. Il s’agit de la personnalité de Donald Trump, sa soudaine ascension, son soudain succès, le fait enfin qu’il soit le principal protagoniste, le détonateur, le moteur de l’explosion américaniste qui a fait plonger les USA dans le désordre ; et l’on sait que notre thèse est que l’entrée des USA dans le désordre complète et dépasse le tableau du désordre que nous avions jusqu’alors, pour plonger dans le chaos.

Donald Trump, dit The Donald (selon l’expression pétulante trouvée par l’une de ses épouses antérieures), est une sorte de don du Ciel. On n’imagine pas personnage plus exaspérant, plus illustratif de toutes les tares de la modernité américaniste, et qui, pourtant, se positionne avec une fougue et presque une conviction extraordinaire contre l’establishment, c’est-à-dire le Système, dont il est la meilleure illustration sinon la production la plus exotique.

Qui plus est, The Donald, dit Donald Trump et désormais candidat de l’une des deux ailes du “parti unique”, possède une psychologie parfaitement conforme à ce passage du désordre au chaos. Son discours est furieux, décousu, insultant, sans aucun souci de la cohérence, sans aucune construction rationnelle, contenant des propositions évidentes, vertueuses, ou bien complètement folles et monstrueuses ; il peut être aussi aimable, conciliant et même doux, d’une façon complètement inattendue. Tout cela rend compte d’un désordre complet qui, si l’on en restait là, suffirait à nous convaincre de l’écarter parce que sans aucune perspective utile. C’est là, soudain, qu’il avance des convictions qui, dans ce désordre complet et faisant partie de ce désordre complet, apparaissent brusquement comme des rocs structurants par rapport à la logique dd&e (déstructuration, dissolution et entropisation) qui est la formule opérationnel de destruction du Système ; il s’agit de sa position sur l’État-nation porteur de souveraineté, sur la globalisation, et d’une façon opérationnelle, sur le commerce par où passent ses références. Outre le slogan qu’il a naturellement repris d’“America First”, on trouve cela dans le passage le plus volontiers cité de son discours de politique extérieure de fin avril :

« We will no longer surrender this country, or its people, to the false song of globalism. The nation-state remains the true foundation for happiness and harmony. I am skeptical of international unions that tie us up and bring America down, and will never enter America into any agreement that reduces our ability to control our own affairs.

» NAFTA, as an example, has been a total disaster for the U.S. and has emptied our states of our manufacturing and our jobs. Never again. Only the reverse will happen. We will keep our jobs and bring in new ones. Their will be consequences for companies that leave the U.S. only to exploit it later. »

Ainsi Donald Trump, peut-on dire, EST le chaos parce que son propre désordre apporte au désordre générale le facteur supplémentaire de désordre qui transmue le tout en chaos, et non pas simplement un élément de désordre. Il est donc le parfait symbole de ce que nous percevons ici et il trône au sommet de notre époque comme un symbole indépassable de toutes nos contradiction, de tous nos antagonismes, de toutes nos tromperies et narrative découvertes. L’incohérence remarquable, totale et sacrilège de son programme, lorsqu’il est apprécié au premier degré et selon les “valeurs“ dominantes de notre temps-Système, avec en contraste complet les quelques lignes de force antiSystème extrêmement solides qui apparaissent en arrière-plan, constituent un bagage convaincant pour voir en lui, effectivement une créature du chaos, — c’est-à-dire qui est désordre en grande partie mais qui n’est pas que désordre. Ainsi la transmutation du désordre en chaos, qui est une étape importante jusqu’à être l’étape ultime de l’évolution de l’étape de l’effondrement du Système est-elle accomplie dans un symbole éclatant comme une de ces Trump Towers dont il est si fier.

Intégration des crises, du désordre au chaos

Il y a donc, désormais mis en place, un mécanisme d’intégration des crises qui fait qu’aucune ne supplante plus l’autre, mais qu’au contraire l’une s’ajoute à l’autre en se coordonnant, avant de se fusionner en une unicité crisique. Ainsi se crée un ensemble crisique, une globalisation crisique synonyme de chaos. Encore une fois, la crise US joue un rôle essentiel dans ce processus.

Ce nouveau phénomène surprend même les chroniqueurs les plus “fanatiquement” (fan) partisans du développement crisique. Dans son “Humeur de crise-8” du 16 mars 2016, PhG expliquait ce qu’il jugeait être une faiblesse conjoncturelle de sa part en ayant ignoré le jour même l’annonce du retrait russe de Syrie, – annonce qui s’est notablement relativisée ensuite pour prendre sa vraie dimension d’une simple (quoiqu’excellente) manœuvre tactique dans la crise, et nullement un tournant stratégique. Dans le premier paragraphe, PhG abordait pour les besoins de son explication un autre thème qui est celui du choix entre les deux crises (qui fut poursuivie dans “Malaise...” par l’explication du choix de la “crise américaine de l’américanisme”) :

« Certes, “humeur de crise” d’entre-deux crises, – les élections US et/ou le retrait russe de Syrie, – et le désarroi qui va avec ; et le résultat étant un soudain déséquilibre de la perception puis du jugement, sinon de l’intelligence. Il est vrai, comme on l’a lu, que toute mon attention ardente s’est portée, ces derniers jours, et même ces dernières semaines, sur les élections US. Il y a, là-dessus, un dossier, argumenté, solide, – qu’on accepte ou pas l’argument central et fondamental qui est que cette crise est, entre toutes, justement la crise centrale et fondamentale. Ce dernier point justifie de mon point de vue la démarche décrite ci-dessus mais n’en fait certes pas une vérité incontestable. Il explique aussi, et dans ce cas au contraire ne justifie en rien le désintérêt que j’ai eu pour ce qui se passait du côté russo-syrien. »

Ce passage signifie implicitement la reconnaissance que la tension crisique fondamentale n’est pas passée d’une crise à l’autre mais subsiste parallèlement dans les deux crises. On peut même voir plus haut, notamment avec la problématique Syrie-II-terrorisme et migrants en Europe-élection présidentielle US, que ces deux crises subsistent parallèlement en se renforçant l’une l’autre (les unes les autres), chacune dans leur spécificité. Sur ce point, on pourrait dire que la “sous-crise” européenne (terrorisme + migrants) qui est en train de devenir l’essentiel de Syrie-II, n’aurait pas dû intéresser la campagne présidentielle US en tant que telle, mais qu’elle en a exacerbé certainement les composants US (les USA face à l’émigration du Sud, face au terrorisme par le biais de l’attitude face aux musulmans, etc.). L’on ajoutera, plus encore, que, depuis cet épisode, il est apparu que cette question centrale de la migration dans sa dimension européenne suscite, notamment chez Trump, des avis de plus en plus référencés et prenant de plus en plus des allures politiques et opérationnelles, et immédiates, de ce que serait une “politique européenne” très active d’une hypothétique “administration Trump”. Ainsi Trump exprime-t-il régulièrement désormais son inquiétude devant l’Europe “en train d’être détruite” par la migration favorisée par l’UE, jusqu’à juger que le Royaume-Unis devrait choisir le Brexit pour écarter ce danger mortel.

L’influence d’un grand centre de crise sur l’autre ne dénature pas le second à l’avantage du premier au point où l’on pourrait dire qu’un centre remplace l’autre, mais il le renforce dans sa spécificité au point où l’on peut dire que le parallélisme avec des liens d’influence grandissants et se multipliant renforce les deux centres crisiques en maintenant, sinon en renforçant leur spécificité, et pourtant en facilitant leur fusion respectueuse de la spécificité. L’on voit également l’intégration de toutes les spécificités de l’époque postmoderne dans la situation crisique, comme on le note ce 1er avril 2016 pour le facteur sociétal, que nous avons désigné comme la “doctrine des valeurs”, entrant dans la problématique Système versus antiSystème, entraînant même des affrontements au sein des antiSystème dont les partisans du Système, eux-mêmes empêtrés dans leurs contradictions, ne peuvent rien faire. Tout cela s’organise par rapport au désordre-devenant-chaos.  

Un monde multipolaire devenu un monde “unicrisique”

Le même raisonnement pourrait affecter d’autres situations importantes, celle d’un acteur de l’importance de la Russie par exemple, dont on voit aisément l’implication dans nombre de crises, et particulièrement dans celles que nous avons évoquées. (Loin, très loin de la ridicule prétention du bloc-BAO de l’isoler, la Russie est au contraire l’un des acteurs, sinon l’acteur le plus actif de la situation crisique générale, mais dans un rôle antiSystème avéré qui lui amène de plus en plus d’adhésions et justifie chaque jour davantage son importance.) En d’autres termes, nous sommes en train de passer d’un monde multicrisique (avec le centre essentiel passant de l’une à l’autre) à un monde unicrisique où toutes les crises sont absolument liées entre elles jusqu’à fusionner en une seule immense crise qui ne peut être que la “crise haute” ultime, la grande Crise d’effondrement du Système parvenue à son schéma suprême : le désordre-devenu-chaos.

Nous avons inversé le schéma que les forces humaines avaient fait évoluer, – du monde unipolaire au monde multipolaire, – en le retournant avec le remplacement du terme “pôle” qui désigne un centre de puissance imposant son ordre, par le terme “crise” qui désigne un phénomène naturellement générateur de désordre. Le résultat est le chaos, et cela en employant ces termes avec précaution et précision, et nullement d’une façon imagée, c’est-à-dire en employant ces termes de la façon que nous les avons déjà définis.

Centralité de la crise US dans le chaos : historique

Comme nous l’avons déjà exprimé à plus d’une reprise, nous considérons certainement que l’éclatement de ce que nous jugeons être la vraie crise US est un facteur essentiel, le facteur fondamental et décisif du passage du “désordre” au “chaos”. Il l’est parce qu’il ne s’agit pas d’une “crise de l’américanisme” de plus (comme par exemple celle de l’automne 2008, qui impliquait seulement des éléments internes de l’américanisme et pouvait être considérée comme un soubresaut de plus de l’américanisme), mais bien, selon l’énoncé que nous avons constamment adopté, d’une “crise américaine de l’américanisme”, ou plus précisément et décisivement dit, de “la crise américaine du système de l’américanisme”. (Et, dans ce cas, l'américanisme pris comme pseudo-idéologie complémentaire des diverses pseudo-idéologies caractérisant la globalisation, donc l'américanisme touchant bien que l'Amérique.)

La signification de cette précision est bien entendu que la crise qui s’est ouverte aux USA, d’une façon complètement imprévue et inattendue tant l’élection présidentielle de 2016 était considérée il y a un an encore comme complètement anodine, sinon faite et jouée d’avance, a l’exceptionnalité de confronter directement le monde américain et le monde du système de l’américanisme. Jusqu’alors, sauf en de très rares circonstances qui bornent fondamentalement l’histoire des USA (la Guerre de Sécession et la Grande Dépression), les crises aux USA affectaient soit le système de l’américanisme lui-même réduit aux seuls USA, comme extension du Système pour les USA, soit la population américaine. Encore, les deux exemples cités (Guerre de Sécession et Grande Dépression) constituaient des évènements inévitables qui confrontaient les deux acteurs (le système de l’américanisme et la population) d’une façon contrôlée ou d’une façon accidentelle ; le premier, sous une forme offensive de la nécessité d’une centralisation qui cherchait une occasion pour s’imposer et fonder (re-fonder, si l’on veut) les véritables États-Unis tels que le voulait un destin né spécifiquement du “déchaînement de la Matière” ; le second, sous une forme accidentelle dépendant d’une crise générale engendrée par la rupture civilisationnelle que fut la Grande Guerre, également dans la logique du “déchaînement de la Matière”.

En quelque sorte, il s’agissait d’évènements inscrits dans la logique du développement de cette contre-civilisation née à la jointure des XVIIIème et XIXème siècles, donc faisant partie d’un courant général qui n’en fut nullement contrarié, mais au contraire accéléré, directement pour la Guerre de Sécession, indirectement pour la Grande Dépression qui précipita les USA dans la Deuxième Guerre mondiale en lui donnant le rôle central succédant au pangermanisme dans la poursuite de l’“idéal de puissance” et l’achèvement de la constitution du Système. En d’autres mots, il s’agissait d’évènements structurants de cette formule maléfique qui caractérise la contre-civilisation.

Centralité de la crise US dans le chaos : 2016

Au contraire, avec la crise actuelle le processus est complètement différent, il est même inverti dans le sens d’une inversion vertueuse de notre point de vue d’adversaire intransigeant de la contre-civilisation. Cette crise du système de l’américanisme se situe au cœur même d’un processus, d’une structure de fonctionnement du système de l’américanisme/du Système, sans intervention ni interférence d’un dessein intérieur précis ou d’un événement extérieur incontrôlé... En effet, la crise est bien dans la subversion de la méthodologie du processus et nullement dans le résultat de l’élection, quel qu’il soit, et notre conviction reste bien entendu plus que jamais que ce phénomène ne sera pas interrompu par l’élection, quel que soit son résultat.

On observe que tous les signes montrent la perspective d’une agitation grandissante, y compris depuis la nomination officieuse de Trump au début du mois (primaire de l'Indiana) qui n’a pas fait baisser la tension. Des mouvements de rue ont lieu et l’on enregistre même des bruits de complot à l’intérieur du camp Trump. Il continue à y avoir, chez les commentateurs les plus inclinés aux hypothèses déstabilisatrices et parfois fantaisistes, mais parfois aussi bien avisées, l’interrogation concernant l’hypothèse déjà évoquée depuis depuis un certain temps que, dans le désordre actuel, l’élection présidentielles US pourrait être purement et simplement annulée. Il ne s’agit certainement pas pour nous, – en aucun cas pour ce dernier cas, – d’une hypothèse prévisionniste utilisable pour la compréhension et la description des évènements. Il s’agit d’un signe de plus du chaos dans le sens opérationnel que nous lui donnons, au-delà du désordre sans aucun sens et touchant essentiellement la psychologie des acteurs et des commentateurs.

Le caractère révolutionnaire de la crise est donc bien que, pour la première fois, sans cause extérieure ou impérative identifiable en tant que telle, les deux, le processus de l’américanisme et le peuple américain, sont en état de confrontation directe... Il s’agit d’une rupture contractuelle immense, du pseudo-contrat qui est à la base de cette Grande République, selon lequel le peuple s’exprime le plus démocratiquement du monde dans les normes, sinon les bornes, sinon les rails de processus strictement appliqués et contrôlés, – cela qui forme une des structures maîtresse du système de l’américanisme, – c’est-à-dire, si l’on veut dire une description absolument tonitruante et vulgaire d’une démocratie absolument contrôlée et enfermée dans un camp de concentration dont les barbelés seraient peints de couleurs gaies, modernistes, voir “fluo”. Dans un langage actuel, cela se résume par ce constat de l’universitaire et financier, dit “le dissident de Wall Street“, Nassim Nicholas Taleb : « People are not voting for Trump (or Sanders). People are just voting, finally, to destroy the establishment »...  Dans le processus électoral qui lui est indispensable, le système de l’américanisme a besoin du peuple américain comme figurant absolument nécessaire. Mais le figurant est soudain devenu acteur, et il réclame, non il exige une modification du script, sinon du scénario lui-même.

La porte du chaos est franchie

Cela situe la profondeur et la vigueur de la crise, qui n’affecte pas précisément les USA, mais d’abord le système de l’américanisme et l’un des principaux composants des USA, et par conséquent les USA certes mais sous une forme confrontationnelle entre les deux forces qui les composent. En d’autres termes, les USA sont entrés dans la zone du désordre qui affectait déjà les principales zones du bloc-BAO et de ses dépendances, c’est-à-dire du Système, et de tout le reste qui en dépend puisque le Système est par définition global.

Et c’est à ce point que nous disons que nous passons du désordre au chaos... En effet, avec ce phénomène de l’entrée en crise de l’ensemble système de l’américanisme/population américaine, pour la première fois tous les éléments constitutifs du Système et de notre civilisation, ou de la contre-civilisation que nous subissons comme nous disons plus volontiers, sont dans un état de désordre. Tous les éléments étant réunis, on peut alors dire que le désordre, voire l’hyperdésordre dont nous faisons état dans le Glossaire.dde cité comme état transitoire, sont entrés dans la situation du chaos telle que nous la définissons. La “porte du chaos” n’est pas seulement ouverte comme elle l’était avec la phase de l’hyperdésordre, nous l’avons désormais franchie.

Les évènements sont désormais incohérents du point de vue du champ habituel de la politique, c’est-à-dire le champ de l’appréhension rationnelle de dynamiques humaines où entrent le calcul, l’intérêt, la prospective, et les diverses passions qui les accompagnent. Les grands principes auxquels se réfèrent d’habitude les politiques humaines bien ordonnées, – que ce soit la souveraineté, la légitimité, la sécurité, etc., – n’apparaissent plus à la plupart des esprits des élites-Système dont la psychologie, donc la perception, sont totalement épuisées par leur soumission au Système et à toutes ses exigences (dont le déterminisme-narrativiste qui oblige à vivre dans le constant déni des vérités-de-situation). Ces facteurs fondamentaux, les principes, se situent désormais dans des évènements hors de notre atteinte et ne peuvent être saisis que par des esprits clairvoyants disposant d’une psychologie forte et du caractère à mesure. Ils sont toujours très actifs, et même plus que jamais, mais hors du champ de notre politique courant, comme des facteurs d’une éventuelle reconstruction, ou plutôt d’une restructuration de la situation du monde.

Cette situation de chaos signifie effectivement un désordre complet, à notre niveau humain, mais un désordre qui contient désormais tous les facteurs, notamment les informations et les dynamiques de communication qui permettraient éventuellement “une reconstruction, ou plutôt une restructuration”. Nous sommes entrés dans la période transitoire finale entre effondrement et redressement, ce qui se rapprocherait effectivement comme phase d’achèvement de la crise de la définition complète de l’apocalypse (interprétée d’abord hors de sa dimension religieuse, sans nécessairement la rejeter : « Littéralement donc “[chose] dé-cachée”, et donc par extension, “[chose] dévoilée aux hommes”, “retrait du voile qui cachait la chose”, “le voile est levé” »). Il est effectivement essentiel à cet égard que tous les éléments essentiels de la civilisation/contre-civilisation soient affectés par les événements pour qu’un ordre et un rangement affectant tous les composants finissent par se dégager.

Pourquoi le “chaos-nouveau” ?

Nous avons intitulé ce Glossaire.dde “Le chaos-nouveau” et il semble que nous soyons au point où il faut nous expliquer de l’emploi du qualificatif “nouveau”. (“Nouveau” par référence à “beaujolais-nouveau” si l'on veut, mais alors issue d'une vendange métahistorique sans précédent.) Tout a évidemment à voir avec le système de la communication. Sa formidable puissance dissimule les apparences que prend d’habitude la montée du chaos, perçue directement comme tel dans les évènements. L’usage intensif qui est fait des narrative, des différentes pratiques liées à la manipulation des informations, les pratiques de systématisation de la dissimulation des processus, le développement exponentiel de la pratique du “complot” sans véritable souci de ses effets ni de ses résultats en général contreproductifs ou nuls, tout cela installe un formidable “brouillard de communication”, c’est-à-dire un brouillard du fait de la communication, – comme l’on parle du “fog of war”, expression d’autant plus acceptable si l’on accepte l’idée qu’aujourd’hui existe non seulement une guerre de la communication, mais le fait que toute guerre est d’abord “de communication”. Le chaos qui s’installe est également de cette sorte : un chaos dissimulé par le “brouillard de la communication”...

Il s’agit d’un chaos qui se réalise dans les structures du système, au lieu de les détruire comme ferait un chaos au sens courant. Il vide ces structures de leurs substances, les dissolvent de l’intérieur tout en exerçant des forces déstructurantes générales qui éloignent de plus en plus ces structures les unes des autres sans qu’il y ait rupture apparente. La rupture apparaît à un moment ou l’autre, comme une surprise incompréhensible, prenant tous les acteurs de cours et les amenant à des réactions inappropriées qui accentuent encore une pression qui s’exerce naturellement contre le Système. Trump est une de ces “surprises” nées du “chaos-nouveau”, et qui n’est apparue comme telle qu’une fois réalisée. (Le Trump-2016 n’a rien à voir avec les Trump précédents, – il a déjà roulé sa bosse dans les tentatives politiques. Le Trump-2016 est le chaos, et donc “Trump-nouveau”, lui aussi.)

Ce surgissement du chaos-nouveau, cette mise en scène intériorisée pour se réaliser dans des évènements incompréhensibles, inattendus et imprévus, ne peut évidemment, ni se comprendre ni s’expliquer des points de vue habituels, – politique, stratégique, social, sociétal, etc. Il s’agit d’un “chaos venu d’ailleurs”, dont le véritable objet est de bouleverser notre psychologie, de lui rendre une sorte de participation collective que tous les mouvements nés du déchaînement de la Matière lui ont ôtée. En un sens lié à la problèmatique du Système, ce chaos-nouveau est une sorte d'anti-chaos, comme l’antiSystème par rapport au Système, dont le surgissement nous confirme que ce qui figurerait sous une étiquette de type-“le chaos moderniste”, c’est-à-dire le chaos refermé sur lui-même, règne bien en maître. L'irruption du chaos-nouveau met cette situation en évidence, – le roi-imposteur est nu, – et constitue une dénonciation d'une force inouïe de cette situation. Ce chaos-nouveau est un formidable libérateur des psychologies et, par conséquent, un mobilisateur des énergies et un raffermissement extraordinaire des caractères. Il fait en sorte que le Progrès en tant que créature du Système devenue “chaos moderniste” est pris à son propre piège, mis à nu dans son imposture, retourné contre lui-même.

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