Le Journal dde.crisis de Philippe Grasset, qui a commencé le 11 septembre 2015 avec la nouvelle formule de dedefensa.org, l’accompagne et la commente en même temps qu’il tient la fonction d’être effectivement un “Journal” pour l’éditeur et directeur de la rédaction de ce site.

Humeur de crise-8

  mercredi 16 mars 2016

Certes, “humeur de crise” d’entre-deux crises, – les élections US et/ou le retrait russe de Syrie, – et le désarroi qui va avec ; et le résultat étant un soudain déséquilibre de la perception puis du jugement, sinon de l’intelligence. Il est vrai, comme on l’a lu, que toute mon attention ardente s’est portée, ces derniers jours, et même ces dernières semaines, sur les élections US. Il y a, là-dessus, un dossier, argumenté, solide, – qu’on accepte ou pas l’argument central et fondamental qui est que cette crise est, entre toutes, justement la crise centrale et fondamentale. Ce dernier point justifie de mon point de vue la démarche décrite ci-dessus mais n’en fait certes pas une vérité incontestable. Il explique aussi, et dans ce cas au contraire ne justifie en rien le désintérêt que j’ai eu pour ce qui se passait du côté russo-syrien.

On pourrait en effet argumenter que l’une (USA) est plus importante que l’autre (Syrie-Russie), comme c’est et comme cela reste mon avis après un certain rattrapage de mon inattention auprès d’une documentation rapidement consultée sur l’affaire syrienne ; et comme cela est et reste, d’ailleurs, ma conviction.. Mais il ne peut être envisagé que je donne cela comme explication de mon inattention. La seule chose qui vaille est bien que je n’ai, dans les délais raisonnables dans ce genre d’occurrence, rien vu ni rien surtout senti de l’importance de la décision russe, de son écho de communication, de ce qu’elle pouvait dire de l’acte diplomatique et politique, de la politique russe, de l’impolitique occidentaliste-américaniste et toute cette sorte de choses.

Il s’agit d’une bonne leçon et d’une belle démonstration sur la nécessité de la vigilance lorsqu’on se trouve face à un tourbillon crisique de cette importance. J’ai moi-même été pris dans le tourbillon et en ai ressenti tous les symptômes du vertige qui vous aveugle, et vous font oublier pour un instant la règle de l’inconnaissance (un petit peu moins d’immersion de mon attention dans les nouvelles des USA) qui a pour but ultime, au travers de ses préceptes, justement d’éviter ces déséquilibres de l’intelligence à cause d’un désarroi momentané de l’humeur. La leçon et la démonstration sont sans frais puisque l’orientation de mon travail ne s’est pas avérée fautive, dans tous les cas selon mon jugement. Il n’empêche qu’elles étaient complètement justifiées car la faute, elle, était avérée. La reconnaissance de cette faiblesse m’aidera sans nul doute à écarter ce caractère d’entre-deux qui vous déséquilibre ; le fait de la reconnaissance bien tempérée, c'est-à-dire sans nulle complaisance, d’une faiblesse intellectuelle à laquelle vous avez succombé vous donne une force nouvelle.

Message de l’Ange déchu

  lundi 14 mars 2016

Cette fois, je vais immédiatement grimper à bord du site dedefensa.org pour enchaîner directement sur un texte mis hier en ligne ; le fait est qu’il s’agit de George Soros, qui est, depuis longtemps, à mes yeux, un personnage mystérieux et fascinant. Dans ce texte, on ne mégote pas sur les références diaboliques-sataniques, jusqu’au titre, et précisément à propos de Soros. (« Hillary-Soros, le ticket du Diable », où à mon avis, question-Diable, Clinton joue un rôle mineur dans la hiérarchie.) C’est à croire qu’ils ont deviné mes intentions... Car, finalement, qui est donc ce Soros ?

 “Qui est ce Soros ?”, bonne question... Certainement pas un simple faiseur de fric ; il occupe, dans cette époque singulière, une place beaucoup plus complexe, significative, mystérieuse et peut-être, sans doute et sans aucun doute, – effrayante... Spéculateur cherchant à accroître sa fortune en détruisant des institutions structurantes, donc déstructurateur par le fait, mais bien au-delà du simple “faiseur de fric” ; déconstructeur jusqu’à dépenser des sommes importantes pour financer les diverses subversions colorées, déconstructeur jusqu’à sa biographie qui fait de ce juif hongrois qui n’envisage même pas de se présenter de telle façon qu’on pourrait voir en lui une victime de l’Holocauste mais affirme avec le plus complet cynisme qu’il travailla pour le gouvernement Horthy, pour le pillage des biens des juifs hongrois déportés vers les camps d’extermination. Soros se différencie des autres Masters of the Universe par sa passion presque froide à force d'être achevée de la destruction, qui passe tout plan rationnel, par conséquent par sa propension sans compter à déstructurer-dissoudre tout ce qui compte de formes structurantes ; il est, ce vieillard qui semble résister au temps, insatiable de cette “soif  des destruction”, celui qui se rapproche le plus de l’“Ange Noir” (ou Ange déchu) prenant le nom de guerre de Lucifer-Satan

En d’autres temps, nous avions préparé un texte sur Soros, déjà bien documenté mais finalement mis de côté, dans un tiroir qui n’est pas une oubliette. Je vais aller y pêcher quelques passages, tout cela pour mieux préciser quelle forme je veux donner à ma préoccupation. Ce texte faisait référence à deux articles parus dans le même espace de temps qui, justement, me poussaient à une réflexion sur ce personnage de Soros : l’un de F. William Engdahl du 12 juin 2015 qui détaillait “La sale odyssée corruptrice d’un oligarque américain” (« An American Oligarch’s Tale of Corruption ») ;  l’autre de Wayne Medsen le 13 juin 2015 qui s’interrogeait pour savoir si Soros “contrôlait la Maison-Blanche” (« Does George Soros Control the Obama White House? »).

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Le réac' et les migrants

  vendredi 11 mars 2016

Cela se passait il y a fort peu, un soir, autour d’une table de restaurant. Gardons le silence et l’anonymat sur les convives, sauf pour mon cas, puisqu’auteur de ces lignes et incontestablement identifié. Le vin est bon, clairet et léger, dans ce lieu dont j’ai aussitôt fait une de mes habitudes parce qu’il y règne une chaleur complice qui apaise l’âme et ses angoisses.

Bref, nous discutions allégrement et je crois bien, sinon sans aucun doute, que les vapeurs de l’alcool m’avaient saisi le premier. Le sujet vint, des “migrants-réfugiés”, de “la Jungle” de Calais récemment déboisée et toutes ces choses que vous imaginez. Le ton monta, et cela tout entier de ma faute ; j’ai la parole emportée autant que la plume maîtrisée, et dans ces moments-là (parole emportée) où je ne m’aime pas vraiment, on m’entend beaucoup trop haut, dans un registre dont le souvenir ne m’est en rien agréable. Dans ce cas, il arrive le plus souvent que je tienne des positions qui ne sont pas vraiment les miennes, si elles sont tout de même une partie des miennes. (Sur les “migrants-réfugiés”, voir par exemple, pour mon sentiment au complet et sans les vapeurs du vin clairet et léger, la chronique de ce journal intitulée « Je veux rentrer en Syrie ».)

Un mot avait été lâché, pour me caractériser sans aucun doute : “réac’”. Je crois bien que ce fut une sorte d’étincelle pour allumer une poudre faite d’un mélange de frustrations courantes et de vapeurs du fameux “vin clairet et léger”. J’aimerais maintenant quitter le pseudo-champ de bataille d’un dîner qui fut en vérité très chaleureux autour de cette passe d’armes où les fleurets étaient je l’espère mouchetés, pour saisir le biais et m’expliquer là-dessus, – sur le mot en question, – car la chose est plus importante qu’une invective parmi d’autres, dont nous sommes tous coutumiers dans ces moments mal surveillés. Donc, “réac’” pour réactionnaire, comme l’on disait et comme l’on dit encore  (Dieu, que les réflexes d’autres temps sont longs à perdre dans cette époque qui se targue de modernité ultra-rapide), – “facho” pour fasciste, “gaucho” pour gauchiste, “coco” ou “bolcho” pour communiste ou bolchévique. (“Nazi”, lui, n’a pas besoin de sa contraction en forme de coup de poing, l’usage conforme et la convenance en ayant fait un coup de poing en soi.)

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Humeur de crise-7

  jeudi 10 mars 2016

... Et je dirais plutôt, pour remplacer le mot “humeur“ qui est parfois si neutre, “errements de crise” voire “folie de crise” pour décrire ce sentiment du jour. La variation de mon “humeur de crise” est, pour ce moment du temps, un phénomène remarquable et qui ne cesse de m’intriguer, de m’exalter et de m’abattre absolument. Il faut comprendre qu’avec la “crise américaine”, ou “crise de l’américanisme” selon ce qu’on veut mettre dans la description du phénomène, on est conduit à un rythme insensé : une rapidité extrême et un parcours sinusoïdal proche de la démence. L’esprit est emporté par un jugement qui virevolte, qui fuit et agresse à la fois, qui change dans l’heure, qui s’affirme avec autorité ou qui se dérobe comme le sol sous vos pieds. Cela est dû, je pense, au fait même du sujet de la crise, qui est l’Amérique avec tout ce qu’elle porte de notre contre-civilisation et des réactions qu’on a vis-à-vis de cette contre-civilisation ; tout ce que l’Amérique porte en elle, à la fois du Système et de l’antiSystème ; car l’Amérique, les USA, le système de l’américanisme, tout cela représente, en contractant tout et en exposant tout d’un seul élan, l’essence de notre Grande Crise d’effondrement du Système ; alors, comprenez que tout cela, en situation de crise, crée un “tourbillon crisique” pour le jugement, et malmène l’esprit à mesure.  

C’est dire si je ne sais dire si cette “humeur de crise”, aujourd’hui, est bonne ou mauvaise, enjouée ou abattue. C’est sans doute la première fois, la première fois à ce point et dans une telle continuité, que je ne me sens plus maître de mon humeur de crise. Je suis emportée par elle, comme l’on est dans une mer déchaînée par la fureur du vent et qui va dans tous les sens, qui semble à la fois suivre le sens de la tempête, à la fois aller dans tous les sens sous les coups de la tempête ; parce qu’une tempête c’est bien cela, à la fois une fureur qui semble poursuivre un sens impératif et terrible, à la fois une fureur qui semble insensé et ne se préoccuper nullement d’avoir un sens. Et puis non, en un instant et l’instant d’après, je me crois libre d’elle et nullement contrainte par elle, et d’ailleurs elle-même, la tempête, acceptant fort bien cette position de moi-même ; et moi, simplement en observateur de l’exceptionnalité eschatologique du phénomène.

Cette “humeur de crise” est donc complètement paradoxale dans la signification que je voudrais lui donner ; c’est celle du fétu de paille et celle du spectateur presque confortablement installé. Je suis dans l’humeur de ne pouvoir rien dire d’assuré de mon humeur. Il me semble que l’on peut dire, au travers de ces convulsion et de ces développements de l’humeur, que la Grande Crise progresse ces derniers temps. Elle est comme chez elle, assurée de sa destinée, consciente de sa mission. Jamais la tempête déchaînée n’a été aussi peu gratuite et aussi chargée d’un sens qu’elle est seule à connaître... Elle se développe, finalement, comme si une main ferme (type-“main invisible” pour les adorateurs du marché) la conduisait en sachant parfaitement où l’on va et de quoi l’on parle. L’humeur, elle, n’a qu’à suivre. Voyez comme elle s’exécute.

Comme un torrent

  dimanche 06 mars 2016

J’ai suggéré le titre de ces Notes d’analyse du 3 mars (Notes sur un torrent diluvien) à partir du titre d’un roman et du film qui en fut tiré, Comme un torrent. Je peux même dire que cette expression, qui est restée dans ma mémoire depuis plus d’un demi-siècle, inspira la démarche du texte en question lui-même. L’expression est une traduction approximative du titre Some Came Running, qui est un roman de 1957 de James Jones, adapté au cinéma par Vincente Minnelli sous le même titre (les adaptations françaises des deux portant effectivement le titre Comme un torrent). Je vis le film après avoir lu le livre, et j’ignore bien pourquoi tout cela est resté dans ma mémoire, bien plus que d’autres œuvre, livres ou films, objectivement plus marquants, et de valeur que l’on pourrait juger sans aucun doute supérieure. C’est dire que je parle ici de mémoire mais d’une mémoire qui a symbolisé son objet, à propos de quelque chose qui est resté dans mon esprit, dans mon “âme poétique”, dans ma nostalgie, mais aussi dans ma “conscience politique” si l’on peut parler de cette façon, effectivement comme un symbole d’une très grande force dont je ne sais précisément, ni la signification pour mon compte, ni l’usage précis auquel je le destinais. C’est là un mystère de l’âme poétique et de la nostalgie, et restons-en là pour ce préambule des outils de l’esprit qui vont me permettre de développer mon propos.

Je parle donc de mémoire et n’ait pas été chercher trop loin ce qu’elle avait de juste, et ce qu’elle avait interprété à son avantage, cette mémoire. Toujours est-il que, lorsque je songeai à cette chronique, j’ai été prendre l’une ou l’autre des références déjà indiquées ci-dessus par les mots éclairés d’un URL. L’acteur principal du film est Frank Sinatra, et c’est une occurrence remarquable dans sa carrière, une coïncidence qui est peut-être significative. Après une période de terrible dépression et d’effacement de la vie publique, avec un épisode d’addiction à la drogue, Sinatra retrouva la gloire en tournant un des rôles principaux couronné d’un Oscar du film de 1953 Tant qu'il y aura des hommes (From Here to Eternity) ; Sinatra, Oscar 1954 en poche, a dans Comme un torrent l’air de sortir de Tant qu'il y aura des hommes pour poursuivre la même veine avec le même uniforme, avec, 5 ans plus tard, une adaptation d’un autre roman du même James Jones.

Dans le Wikipédia consulté, confirmée par les synopsis du film qu’on trouve dans d’autres sources, on lit ceci au début de la présentation du récit du film : « Au cours de l'été 1948, Dave Hirsch quitte l'armée tout auréolé d'un glorieux passé guerrier. Romancier en devenir, mais noceur invétéré, il déboule un beau matin en autocar à Parkman, sa ville natale de l'Indiana. » J’ai été complètement surpris par la date dans le récit (1948), autant que par les circonstances. (Comment serait-il resté dans l’armée après l’effondrement incroyable de 1945-1946, et, de toutes les façons, l’“auréole de son glorieux passé guerrier” [terminé dans ce cas en 1945] n’existe plus pour personne en 1948.) D’après mon souvenir de la lecture du livre, et c’est comme cela que j’ai interprété le film car je n’ai aucun souvenir d’aucune allusion précise aux circonstances décrites par le synopsis officiel, Dave Hirsch est en fait démobilisé après deux ou trois ans passées à se battre en Corée (1950-1953), et l’action se situerait donc, selon mon interprétation, plutôt en 1953 ; et le souvenir que j’ai du livre, et cela justifiant le titre, est l’obsession qui est dans l’esprit de Hirsch, des attaques terribles et incessantes des Nord-Coréens et surtout des Chinois à partir de l’automne 1950, lorsque la Chine intervint dans le conflit pour arrêter les armées US (officiellement sous “pavillon” l’ONU) qui avaient repris l’offensive après le débarquement de Inchon, dernière grande manœuvre militaire de grand style, réussie par MacArthur. L’offensive US/ONU fut stoppée par les masses chinoises et la guerre devint une guerre de position d’une cruauté extrême.

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Maturité de l'Américain ?

  samedi 05 mars 2016

Faut-il envisager une sorte de miracle ? Peut-on envisager de pouvoir dire qu’une sorte de maturité inattendue, extraordinaire, a atteint et adoubé le citoyen américain (cette fois le qualificatif s’impose, bien plus que celui d’“américaniste”) dans le chef de la démarche qui est souvent mise en évidence chez ceux qui ont décidé de voter pour Donald Trump ? Je voulais signaler cette hypothèse, apparue dans un extrait du Glossaire.dde sur “l’inconnaissance” de ce jour. Il s’agit du passage suivant, avec l’intertitre “Le complément de 2016 : la crise de l’américanisme” :

« Là-dessus vient se greffer, en 2016, après une préparation tonitruante en 2015 mais que bien peu d’observateurs ont considéré avec sérieux à cause du personnage de “bouffon” et de “fou du roi”, la crise de l’américanisme de 2016. Le choix que cet “‘ensemble puissant, plus haut et au-dessus de nos avatars détaillés’, que nous identifions évidemment et de facto comme extrahumain (ou surhumain)”, a fait de Donald Trump représente un stupéfiant coup de génie par la façon dont l’“apparence signifiante” (signifiant la bouffonnerie) du personnage dissimule complètement l’importance extraordinaire et terrible de la tâche dont il est chargé sans bien entendu qu’il soit nécessaire que lui-même la réalise. Nous ne pouvions imaginer un seul instant que l’effet pourrait être de cette importance, de cette puissance, de cette hauteur...

» L’arrangement sublime avec un Trump est qu’il suscite lui-même chez ses électeurs une stratégie d’inconnaissance parce que sa bouffonnerie initiale a planté le personnage dans une logique où il ne lui est pas demandé d’avoir un discours cohérent (un programme, des promesses, etc.), mais seulement la capacité et la volonté de détruire l’establishment (le système de l’américanisme, le Système, etc.). Les réponses de nombre de votants pro-Trump ont des résonnances renvoyant d’une façon extraordinaire à l’inconnaissance, d’une façon ou l’autre, en ce sens que leur préoccupation n’est en rien de savoir dans le détail ce que Trump veut faire, ni même d’en être d’accord, du moment qu’il conduit sa mission générale ...

» “You may not agree with everything this guy stands for, but you have to respect his candor and principles for blatantly calling out the system for what it is”  (...) “I believe that it is too late for a conventional cure. So, there is Trump. He is indeed a buffoon and a recipe for disaster. If he were to do half of the horrific things he says he would, he would be a catastrophe. He could be a blend of Hitler and Hirohito. That’s why I would vote for him. The last time we crossed paths with a Hitler and/or Hirohito, the country woke up and fought. And won! He might supply us with the shock we need in order to wake up and fight.” (...) “Cela sonne juste : même si Trump gagne, il ne peut pas réussir [à réformer l’Amérique, le Système]. Mais c’est un démolisseur et, à ce point, parvenir à démolir est un succès suffisant. Le MONDE ENTIER doit être secoué comme un prunier.”

» Le résultat est, depuis le début (1er février) des primaires de l’élection présidentielle aux USA une panique diluvienne qui s’est emparée de l’establishment, ditto le Système. Bien entendu, le Système se bat sur des détails, y compris sur des détails anatomiques (Rubio à propos de Trump), et bien entendu à coup de $millions corrupteurs qui ne cessent de renforcer le propos antiSystème de Trump. Par conséquent, le résultat a été jusqu’ici un renforcement constant de Trump. L’inconnaissance ne cesse de l’emporter sur le réductionnisme (idéologique dans ce cas, – le pire des réductionnismes) : ainsi a-t-on une formidable démonstration de la nécessité et de la vertu de l’inconnaissance. Sera-ce l’épreuve finale, la poussée décisive ? On ne peut en aucun cas apporter une réponse à la date où ce texte est écrit et publié. Pour autant, l’on peut constater que l’on n’en a jamais été aussi près, et l’on voit alors la démonstration de l’évolution accélérée de la situation, faisant une place de plus en plus grande à l’inconnaissance. »

Ce sentiment si répandu chez les électeurs de Trump consistant à dire “on se fout de ce qu’il veut faire, l’important est qu’il arrive au bout de son parcours et qu’il les démolisse tous”, il s’agit véritablement d’une “surprise divine” pour qui attend une offensive sérieuse contre le Système. Il était si difficile d’envisager qu’une telle chose arrivât à de si nombreux électeurs américains, ou même de si nombreux Américains tout court puisque nombre des électeurs de Trump se sont faits inscrire pour voter pour la première fois, pour la circonstance. (Le nombre de nouveaux inscrits républicains est un record sans précédent cette années, selon une enquête faite par le Washington Times: « Exit polling shows Mr. Trump has indeed helped build up the party this year, with nearly 10 million people casting ballots in the 15 primaries and caucuses so far, about 4 million more than voted in the same Republican races in 2008. »)

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Humeur de crise-6

  mardi 01 mars 2016

J’ai l’esprit un peu bouffon, pour ces heures courantes ; sans doute pour saluer “le mois des fous” et la crise la plus bouffonne qu’on puisse imaginer, puisque née d’un personnage que tout le monde s’entendait à considérer comme bouffon irrémédiablement bouffonnant. The Donald est apparu comme le bouffon postmoderne de la Grande République et de la Grande Crise réunies enfin dans un seul objet de dérision, et c’est ainsi qu’il a accompli le premier de ses grands exploits de héros antique adapté à la postmodernité. C’en est à ce point, selon le sentiment que j’en ai, que s’il disparaissait aujourd’hui dans un Super Tuesday catastrophique pour lui, comme dans un abracadabra toujours possible mais tout de même si improbable comme une bouffonnerie grossière et suspecte de trop (« A moins que, abracadabra, il disparaisse comme un lapin rentré illico dans le chapeau du patron, battu partout par ces Himalayas de l’intelligence, du brio et de la sincérité que sont Rubio & Cruz »), c’en est au point où l’on pourrait être conduit à constater que Trump a d’ores et déjà semé un trouble si considérable sinon apocalyptique au sein de ce joyau fondamental du Système qu’est le pouvoir-Système washingtonien, que la crise bouffonne vit d’ores et déjà hors de lui-même.

Aussi m’est-il venu, dans ces dernières vingt-quatre heures, une sorte de “légèreté de crise” fort inhabituelle et pas sans déplaisir puisque productrice d’une humeur particulièrement folâtre et ironique. C’est la réalisation, je suppose, de ce qui est noté par ailleurs et toujours selon la même référence, en prêtant bien son attention dans cet extrait à ce que le “depuis quelques jours” concerne bien le “quelque chose d’énorme... en train de se produire”, et nullement la réalisation de la chose venue sous la plume au fil de l’écrit qui est une pensée en soi, comme l’on sait : « Ce que nous éprouvons, nous, c’est la sensation vertigineuse de quelque chose d’énorme qui est, depuis quelques jours, en train de se produire, comme l’on voit une structure puissante en train de se défaire, au risque de la dissolution... ». Ce serait une formidable, une somptueuse gâterie du Ciel si l’engrenage final de la Grande crise démarrait à partir d’une “crise bouffonne” de cette sorte, sous l’impulsion complètement inconsciente, ou spontanée disons, d’un personnage de cette sorte.

The Donald est-il une sorte de “bouffon du roi postmoderne” qui serait un “bouffon de crise”, personnage excentrique, d’une tonitruance bouffonnante, plein de bling-bling, et pourtant mystérieux, étrange et absolument inattendu, qui, par son caractère même, sa formidable capacité à montrer le ridicule caché de cette monstruosité qu’est le Système en l’illustrant d’abord par son propre comportement, détient la clef du Grand Mystère ? Oh certes, sans le vouloir ni le savoir, mais qu’importe. Le “bouffon du roi postmoderne” devenu “bouffon de crise” emmenant, comme le “Joueur de Flûte de Hamelin” mais dans une occurrence invertie et vertueuse (diable, les braves sapiens ne sont pas des rats), le peuple derrière lui pour l’insurrection par les urnes, les sondages et les réseaux sociaux, pour installer la terreur-panique chez ceux qui alimentent aveuglément la Terreur moyennement-soft du Système. 

Les folies de la CIA-bouffe

  lundi 29 février 2016

J’ai vu, sur la chaîne Histoire une série en trois parties chronologiques intitulée CIA, guerres secrètes, documentaire produit par ARTE en 2003, de William Karel, avec comme “conseiller historique“ Alexandre Adler, – c’est dire que nous ne sommes ni dans la dissidence n dans la subversion antiSystème (quoique AA, en 2003, du temps du discours de Villepin à l’ONU avant la guerre en Irak, se devait de se permettre une attitude quelque peu critique de nos “grands alliés” américains). Les trois séries couvrent successivement 1947-1977, 1978-1989, 1990-2003. Les documentaires sont très largement constitués, au moins dans un rapport 50-50, sinon plus en faveur de ces interventions, d’interventions d’un nombre respectables de personnalités, officiers de la CIA et du FBI, de fonctionnaires de la sécurité nationale ; on y trouve même un journaliste (Jim Hoagland, du Washington Post). (Le FBI est présent à cause de ses rapports avec l’Agence, et selon un antagonisme fixé dès l’origine, puisque la CIA, lorsqu’elle fut fondée en 1947 pour reprendre le rôle de l’OSS de la guerre, priva le FBI de ce que J. Edgar Hoover lorgnait pour lui, c’est-à-dire l’extension de ses compétences et de son action au domaine extérieur, de l’analyse à l’action directe.) Enfin, cette précision qu’on voit et entend plusieurs directeurs ou vice-directeurs de l’Agence convoqués spécifiquement pour ce document (Richard Helms, James Schlesinger, Stansfield Turner, Frank Carlucci [directeur-adjoint], William Webster [venu en 1987 de la direction du FBI], Robert Gates, James Woolsey).

Je dirais, pour résumer mon propos et mon intention dans cet énoncé un peu fastidieux, que le casting est solide et les sources assurées. Il me semble qu’il serait difficile de trouver mieux pour réaliser ce qu’on pourrait nommer “une histoire officielle et vertueuse de la très-formidable et très-efficace puissance qu’est la CIA”. Pourtant, c’est exactement l’inverse ; le résultat et l’effet général, rassemblés dans des sarcasmes, des yeux au ciel type-“vous avez compris ce que j’en pense”, des sourires et rires sardoniques, des mines accablées, une stupéfaction à peine feinte et restituée, des hochements de tête absolument désolés de tous ces messieurs (pas une seule dame parmi eux), sont absolument, horriblement, irrémédiablement catastrophique. L’action de la CIA elle-même autant que la façon dont le pouvoir politique utilisa l’action de la CIA, sans discontinuer, sans interruption, sans perte de rythme, sont une succession d’erreurs, d’évaluation faussaire, de perceptions déformées par la vanité et l’assurance de soi, de grossiers aveuglements, d’errements extravagants, de montages à finalité catastrophiques, et tant d’autres choses de la même eau... Tout cela est résumée par deux exclamations de Robert Steele, officier du service action, s’exclamant à une première reprise « La CIA est le plus mauvais service de renseignement du monde », et à une seconde « A chaque fois qu’on croit que les Américains ont atteint les limites de la stupidité, ils font quelque chose de plus stupide encore ».

Ces diverses mimiques et appréciations s’adressent essentiellement à une CIA spécifique, on pourrait dire la CIA deuxième période. Dans la série, la période de l’après-guerre est assez vite expédiée alors qu’elle ne manque ni d’intérêt, ni de coups fourrés, ni d’attaques subversives (Iran, Guatemala), ni d’entreprises générales de subversion, mais dans un climat marqué encore par les stigmates et l’angoisse de la Deuxième Guerre mondiale, avec certains officiers et des agents issus de l’OSS qui avaient l’expérience des contacts extérieurs approfondies. (Des initiatives comme la grande offensive culturelle anticommuniste du Congress for Cultural Freedom des années fin-1945-1960 constituèrent sans aucun doute des succès [voir Who Paid the Piper ? de Frances Stonor Saunders].) La seule période de la CIA prise avec gravité, est celle qui va du tout-début des années 1960 jusqu’à la terrible rupture de 1975-1976 (la CIA en procès devant le Congrès, la commission Church). On se trouve devant les opérations de liquidation de masse ou d’intervention clandestine massive, d’opérations de déstabilisation manifestes, d’espionnage intérieur, etc., qui ont été largement rendues publiques et investiguées. (Les attaques contre Cuba, opération Phoenix au Vietnam, opération Chaos aux USA, la chute d’Allende au Chili, les opérations de déstabilisation type-Gladio en Europe, etc..). La période se termine par le Watergate (où paradoxalement, la CIA refusa de couvrir Nixon contre l’enquête du FBI) et les enquêtes du Congrès.

(Suite)

Compartiment-zombie

  vendredi 26 février 2016

Puisque j’y suis moralement forcé par une citation intempestive et prémonitoire, je m’attelle donc à une question effleurée dans le texte du 21 février, sur ce site, concernant quelques remarques à la suite de la primaire républicaine de la Caroline du Sud. On y trouve une allusion, – sans doute une fuite ? – à ce texte que je n’étais pas encore décidé à écrire mais dont j’avais déjà décidé du titre, et que je suis désormais en train d’écrire... Voici le citation où il est question de ce que je suis en train d’écrire :

« Parfois, on a l’impression que la véritable bagarre se déroule entre les prétendants à la deuxième place (Cruz et Rubio surtout), comme si l’essentiel pour eux n’était plus de l’emporter mais d’être adoubé comme challenger-ès-establishment (un comble pour Cruz) de Trump. Cette division des forces face à The Donald s’impose de plus en plus comme le phénomène tactique le plus intéressant de la course des républicains, le phénomène stratégique étant laissé à Trump, avec les résultats qu’on sait. Il s’agit d’un phénomène qu’on retrouve dans d’autres domaines, où existe une sorte de déni sélectif, – on ne s’occupe plus de l’événement principal comme s’il n’existait pas parce qu’il est absolument insupportable et l’on s’occupe du reste comme si seul le reste comptait. (Il serait possible que notre chroniqueur du ‘Journal-dde.crisis’ s’occupât maintenant ou plus tard de ce phénomène exotique dans une page de son journal qu’il intitulerait “Compartiment-zombie ”.) »

Nommons cela, si vous le voulez bien, le Grand Cloisonnement qui permet le partage en compartiments hermétiques, en ce sens que l’idée que je vais développer est qu’il existe dans l’intelligence des zombies-Système, qu’on trouve évidemment en grand foisonnement dans le chef des élites-Système et de la presse-Système, un automatisme de la psychologie et de la perception qui rompt systématiquement le lien de cause-à-effet ; et non seulement dans la durée, dans la chronologie, mais dans la situation elle-même, concernant des éléments de cette situation existant en même temps, – côte-à-côte mais, justement, comme séparés par des cloisons hermétiques. Cette rupture par cloisonnement affecte les situations les plus diverses sans le moindre souci de la vraisemblance ni la plus petite crainte du ridicule.

Cherchant l’explication de ce phénomène étrange et qui se développe d’une façon neutre, presque “naturelle” en un sens, comme l’on dirait “comme si de rien n’était”, j’en arrive à penser que ce caractère étrange affecte l’intelligence dans son entièreté (par exemple, pas seulement la mémoire) et donc l’esprit critique et la liberté de pensée intérieure. (Je différencie radicalement cette idée de “liberté de pensée intérieure”, qui est une production intellectuelle propre à chacun et dont chacun est maître selon ses capacités, de la notion idéologique, cette “valeur” du même nom si célébrée aujourd’hui, et qui est pour moi une pression extérieure à soi, manipulable à souhait. Il s’agit de la liberté de pensée que votre propre intelligence s’accorde à elle-même.) Par conséquent, il n’y a aucune possibilité qu’une intelligence privée d’esprit critique et de liberté de pensée intérieure relève les effets indésirables de ce penchant, invraisemblance ou ridicule, puisqu’elle ne dispose plus d’un instrument d’appréciation et de sélection à cet égard.

Dans le cas qui est présenté rapidement dans le texte référencé, il y a la très forte impression (lecture de divers textes, impression générale et intuitive, etc.) que l’on discute de savoir qui va être deuxième derrière Trump, littéralement comme si Trump n’existait pas et comme si cette deuxième place était la première. Au départ, bien entendu, existe l’idée que Trump est un clown, un type sans aucun sérieux, sans la moindre chance de figurer, et d’ailleurs comme s’il n’avait même pas l’autorisation d’exister, – et puis enfin c’est un antiSystème, quoi ! (Certes, on ne vous dit pas que sa principale tare est d’être objectivement antiSystème et c’est de cette façon que commence l’entreprise d’auto-subversion de la psychologie et de sa perception, puis de l’intelligence.) Assez aisément sinon logiquement, l’intelligence en question en arrive à la conclusion que Trump effectivement n’existe pas, c’est-à-dire qu’il n’est pas dans la compétition, c’est-à-dire qu’il n’est pas premier, c’est-à-dire que le débat pour savoir qui sera second derrière Trump dans la course à la nomination devient un débat pour savoir qui sera premier dans la course à la nomination... Le Grand Cloisonnement débouche sur la Grande Élimination.

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Humeur de crise-5

  vendredi 26 février 2016

Impression d’une humeur “tourbillonnaire”, voilà ce qui m’envahit présentement, en présence de deux “crises” en pleine activité avec Syrie-II (ce n’est pas neuf) et les primaires des USA (c’est brutalement nouveau), au même moment, sans qu’aucune ne supplante l’autre, sans qu’aucune ne conduise l’autre à s’apaiser... (Je parle pour ceux qui se sont aperçus qu’il se passe quelque chose aux USA, à part l’American Dream.) . Cela devrait affoler l’esprit, confondre le jugement et introduire un sentiment de désarroi intellectuel profond sinon angoissant et me bousculer affreusement (problème du choix, de l’évaluation comparée en constant changement, de plusieurs paroxysmes en même temps, du poids de ces paroxysmes, etc.). Ce n’est paradoxalement pas le cas, sinon pour une certaine irritabilité au niveau je dirais “opérationnel” de l’état de l’esprit ; c’est-à-dire la souplesse nécessaire pour juger et passer d’un événement à l’autre, constamment, au moment adéquat et selon des jugements qui doivent l’être également. C’est une irritation passagère, comme l’est tout ce qui est “opérationnel” ; bref, une irritation qui, sur l'instant, a le don de m’irriter.

Non, le sentiment est autre, qui domine et me gouverne pour cette séquence, ces quelques jours depuis que la crise US semble vraiment trouver sa maturité en affirmant à la fois son importance et sa durabilité. (Cela, tandis que Syrie-II se poursuit à son rythme très puissant.) Le sentiment dont je parle est presque d’un acquiescement de la logique et de la raison devant une évolution qui me semble parfaitement en accord avec elle-même, comme si la Grande Crise montrait, cette fois à un niveau très élevé et d’une manière qui nous signifie son irrésistible ontologie, une très grande loyauté : elle tient ses promesses. L’humeur du moment est alors, chez moi, d’être presque rassuré et apaisé, comme si le désordre extraordinaire du monde devenait rassurant et apaisant, comme s’il me disait : “Ne t’en fais donc pas trop, fils, les événements du monde, sans l’aide de la poussière des sapiens, sont bien au rendez-vous”. Si vous voulez, ce serait comme une version, incomparablement différente dans la tonalité bien sûr mais portant le même sentiment du tragique, – mais certes, un tragique presque joyeux, qui est le vrai tragique pour nous libérer de la prison maléfique qui nous oppresse, — ce serait comme une version tragique et jubilante du sublime et tragique poème d’Alan Seeger (« Mais j'ai rendez-vous avec la Mort [...] / Et, fidèle à la parole donnée / Je ne manquerai pas ce rendez-vous »). Le poète serait “la Grande Crise” elle-même, objet se faisant sujet, s’adressant à moi, à vous tous, à nous tous, et le rendez-vous devenant pour nous-mêmes, “nous avons rendez-vous avec la Grande Crise et, fidèle à la parole donnée, nous ne manquerons pas ce rendez-vous”.

Ainsi ce paradoxe : “humeur tourbillonnaire” certes, mais d’un tourbillon qui ne vous tourne pas la tête, qui ne vous affole en rien, qui vous apaiserait par moment, peut-être parce qu’au cœur du tourbillon, comme dans un cyclone, se découvre le calme paradoxal de la tempête. Je sais bien, ce n’est qu’un moment, par définition une “humeur de crise”, changeante comme l’est une humeur. Il faut saisir ce moment et le contempler, puisque l’esprit n’est pas confus pour ce temps : le contempler et mesurer sa puissance. 

L’argent achète tout, même l’échec de l'argent

  mardi 23 février 2016

Jeb était censé être le meilleur de la dynastie des Bush. Son dad l’affirmait, dont il fut (et reste tout de même, je crois) le préféré aux dépens de l’“idiot de la famille”, GW avec son bonnet d’âne de 43ème POTUS (*) et les innombrables sottises et gamineries d’attardé mental tout au long de son mandat. Quoi qu’il en soit, Jeb fut prestement et impérialement éliminé, comme on l’a lu, à l’issue de la primaire de Caroline du Sud, État où, on nous l’assurait main sur le cœur, la dynastie Bush a toujours été strongly implantée. Il fit, pour annoncer son retrait de la compétition électorale, un discours plein de dignité contenue mais affirmée, et sans aucun doute de hauteur morale sans nulle prétention, où il nous confia avec force mais quelques tremblement dans la voix, quelque chose comme “Gens de l’Iowa, du New Hampshire et de South Carolina, vous m’avez fichu une sacrée branlée et je vous aime tous ... Euh, la démocratie a parlé, je m’incline”.

La “démocratie”, c’est sûr, ou bien est-ce l’argent, le fric, le pognon, le flouze, le pèze, les pépètes, the fast buck, – mais c’est la même chose, n’est-ce pas, “la démocratie” et tous ces accessoires c’est du pareil au même, de l’intimement mêlé, de la quasi-osmose jusqu’à faire ADN-commun... Quoi qu’il en soit et néanmoins, le vrai, quoi qu’en veuillent et disent les cyniques, est qu’entretemps, le Jeb nous a asséné une sacrée et rude leçon de belle et grande morale.

Le digne New York Times nous rappelle que Jeb était de loin le plus friqué de tous les candidats républicains, quant au Super-PAC (les donations des copains & des coquins pour financer la campagne du candidat) qui s’était constitué autour de lui comme une chaude et amicale, et luxueuse couverture protectrice pour assurer ses soirées de méditation sur l’avenir du pays, et donc du monde. A lui tout seul, il avait réuni au départ de la compétition, l’année dernière, plus que tous les autres républicains réunis (y compris The Donald, au fort modeste super-PAC actuel de $27,3 millions, mais il y a sa cassette perso qui l’habille d’une superbe indifférence) ; il avait finalement empoché $157,6 millions pour son seul super-PAC, Jeb Bush, comptabilité actée lors de sa défaite de la fin de semaine. Seule de tous les candidats de cette élection, tous partis confondus, Hillary le dépassait, avec $188 millions car, comme disait Sinatra, That’s why, that’s why the Lady is a Tramp (... et nullement “...is a Trump”). Ainsi était-ce la cause que Jeb, in illo tempore, il y a un an encore, occupait la place de favori chez les républicains et qu’il semblait alors d’une irrésistible et vertueuse fatalité que les deux représentants des deux dynasties occuperaient les deux places de finalistes dans une belle bataille “à la loyale”, façon conception idéale du Système. Rêve brisé, vertu bafouée.

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Archives : Rétrospective du 08/02/2016 au 14/02/2016 

  lundi 22 février 2016

Voici un document pour vos et nos archives, la rétrospective de la semaine du 8 février 2016 au 14 février 2016, présentée sous forme d'éditorial d'introduction à la lecture du site pendant cette semaine. Les grands thèmes en sont dégagés, ainsi que les principaux textes publiés sur le site, comme références.

« • Les “crises” cheminent côte-à-côte, aucune n’interférant vraiment sur les autres pour diminuer leurs dynamiques, car toutes étant liées par une même dynamique qu’on a déjà désignée comme le “tourbillon crisique”. • Pour cette semaine il y a, d’un côté, la crise dite-Syrie-II, cette fois tournant autour du personnage d’Erdogan et de ses rapports avec l’Europe dans le cadre de cette crise, essentiellement avec cette conséquence du point de vue de la migration massive et du mécontentement européen à cet égard (le 8 février 2016 et le 9 février 2015). • Lié à ce théâtre crisique, on trouve les agitations souvent extraordinaires du système de la communication autour de la narrative du bloc-BAO qu’il faut maintenir à tout prix, c’est-çà-dire dans le sens de l’antirussisme de toutes les façons (le 14 février 2016 et encore le 14 février 2016). • D’un autre côté, la deuxième crise, puisque les présidentielles US sont cette année une crise à cause de la présence de Donald Trump et Bernie Sanders, deux antiSystème. • Dans le New Hampshire, les deux hommes ont confirmé leurs positions de force (le 10 février 2016, le 11 février 2016 et encore le 11 février 2016). • Dans le cadre de cette deuxième crise mais comme autant d’à-côtés, nous avions étudié la “géographie psychologique” d’un malaise existant entre le pouvoir civil et l’armée aux USA (13 février 2016) et nous avons signalé l’étrange tentative du parti républicain de renouveler avec les Iraniens le coup dit “October Surprise” de la campagne de 1980 de Reagan contre Carter (13 février 2016). »

The Donald nucléaire

  vendredi 19 février 2016

Je ne suis pas un grand amateur de la prospective et ne viens pas à ce sujet (Donald Trump et la primaire de Caroline du Sud) pour pronostiquer, supputer, faire de la comptabilité électorale, etc. Mais il y a chez moi le sentiment qu’il y a un effet important et peut-être plus encore à attendre si Trump remporte cette primaire et s’installe vraiment comme le favori chez les républicains, après ce qu’il a promis et le territoire sur lequel il est entré avec sa critique furieuse de l’administration GW Bush face à l’attaque 9/11 et ensuite dans la guerre contre l’Irak.  On a vu l’affaire hier, qui concerne précisément l’attaque du 11 septembre 2001, qui se résume à un “je vous promets la vérité sur 9/11 si je suis élu” dit lors d’une réunion électorale. D’un point de vue politique et opérationnel, il faut voir que ce n’est pas une promesse subversive en soi ni très difficile à tenir puisqu’il s’agirait essentiellement de rendre publiques les fameuses 28-pages du rapport du gouvernement sur l’attaque, actuellement classifiées “top secret” et accessibles seulement aux élus du Congrès en lecture unique, dans un salle surveillée, après vérification qu’ils ne disposent ni d’un stylo ni de papier pour prendre des notes, et sous serment de ne pas divulguer le contenu. (Mais les impressions données par certains de ceux qui les ont lues laissent augurer du caractère suffisamment intéressant du contenu, qui concerne précisément le rôle du gouvernement saoudien dans l’attaque, pour faire de leur publication ouverte un acte de rupture par rapport à l’attitude officielle jusqu’ici.)

Evidemment, Trump, qui est un maître en communication, a bien préparé son coup après s’être à peu près convaincu que ses attaques contre l’administration Bush et la guerre en Irak ne lui avaient pas fait trop de tort dans les sondages. (Au contraire, semble-t-il, et pour la Caroline du Sud et au niveau national selon un sondage CBS qui contredit un précédent sondage NBC d’une façon extrêmement significative quant aux coulisses des statistiques, manipulation, etc., bref une terrible bagarre...) Quoi qu’il en soit, je laisse définitivement de côté ces pronostics pour en venir à la perception de ce qui se passe, en mettant les “si” habituels qui ne sont pas une supputation injustifiée (s’il gagne en Caroline du sud, s’il se confirme comme favori, etc.).

En effet, lancer la promesse de ce qui est l’acte de facto de revenir sur la version officielle publique de l’attaque, c’est toucher dans les conditions de la plus grande publicité possible à ce qui est devenu avec le temps un formidable tabou. Trump a effectivement fait cela dans sa manière, qui utilise au maximum les recettes du sensationnalisme pour tirer le maximum d’effet de ses actions de communication. Cela signifie que toutes les conditions sont réunies pour réveiller une polémique formidable au niveau national. Même si la polémique s’est estompée avec le temps et semble n’avoir plus l’importance qu’elle semblait avoir dans les années qui suivirent l’attaque, je pense que cette question de “la vérité sur 9/11” est restée, ou plutôt est devebu un cas de très grand poids en se transformant justement avec le temps ; qu’elle est devenue, au-delà des apparences de l’oubli du temps qui passe, une question symbolique d’une importance considérable, qui est peut secouer profondément la vie publique aux USA, avec une portion importante de la population qui n’a jamais accepté la version officielle. Jusqu’ici, aucun homme politique de dimension nationale, et dans les circonstances d’une élection présidentielle, ne s’était aventuré sur ce terrain, ni même n’y avait pensé une seconde. Peut-être est-ce parce que, justement, The Donald n’est pas un “homme politique”, qu’il est “un milliardaire”, “un clown”, “un populiste”, “un bouffon stupide”, un “imbécile incompétent” – au choix, le Système a tout un arsenal à notre disposition, dont certaines des munitions ne sont pas à blanc... La possibilité que j’évoque est bien que Trump soit en train de réveiller un démon qui dormait et qui, dans son sommeil, est passé du statut de la polémique au statut de symbole du fondement de la vie politique nationale aux USA, et par conséquent de la légitimité qu’on peut reconnaître ou pas au gouvernement en général depuis 9/11 (pas seulement celui de GW Bush, mais aussi celui d’Obama qui n’a jamais pensé une seule seconde revenir sur cette question).

L’important est bien là, dans un domaine bien plus large que la simple communication pendant une campagne électorale, avec son développement évidemment soumis aux “si” de rigueur dont je parlais plus haut (si Trump gagne en Caroline du Sud, s’il continue à mener, etc.) ; mais ces “si” en donnant justement une mesure de l’ampleur. (J’ajouterais que la dernière polémique en date, – Trump marche au rythme de deux-trois polémiques par semaine, – qui est l’avis donné par le pape François selon lequel Trump n’est pas “un bon chrétien” parce qu’il veut ériger un mur sur la frontière mexicaine des USA, ajoute un “si” de plus par rapport à son résultat en Caroline du Sud, étant effectivement un facteur de plus de renforcement de son statut s’il est nettement vainqueur. Je ne sais si cette intervention est importante mais mon jugement est que ce pape n’a pas parlé en pape d’une époque évidemment eschatologique mais en “pape social”, en “pape progressiste” s’assurant de la vertu universaliste de la religion qu’il représente alors que l’universalisme est aujourd’hui une question terrible et affreuse de la crise eschatologique de notre civilisation ; cela lui assurera des jugements vertueux mais ne le grandit certainement pas à mes yeux.)

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La fureur de l’interviewé

  mercredi 17 février 2016

Donc, comme l’on sait, PhG-soi-même, c’est-à-dire moi-même, a été interviewé par RT-Français à propos d’Erdogan et l’interview est resté une semaine dans les airs, ou dans un tiroir, avant que décision soit prise de le publier. J’aimerais parler plus en détails de cette circonstance qui semble complètement fortuite et qui ne l’est pas du tout, parce qu’elle est (cette circonstance) révélatrice de certains aspects du métier de l’écrit, et de l’écrit public, et exclusivement de certain aspects de ce métier dans cette époque que nous vivons avec son extraordinaire pression exercée sur nous, pour mon cas quand l’on développe l’analyse générale que développe dedefensa.org.

Voyons les circonstances qui ont mené à la publication tardive de l’interview... Il y a des hypothèses soulevées dans le texte de présentation, qui ont leur valeur, sinon leur place (« ...par inadvertance, par inattention, par goût du paradoxe ou par difficulté à se dédoubler entre le rôle d’éditeur d’un site et celui d’invité dans ce site ? ») ; mais moi, je connais le secret, je le sais précisément... Contacté par RT-Français, j’ai accepté l’interview, qui a eu lieu aussitôt, par téléphone. Il y a donc eu les question, auxquelles on ne peut rien reprocher, mais qui m’ont semblé me mettre dans une sorte d’étrange état de fureur rentrée que je connais pourtant bien, – et l’on verra plus loin pourquoi cette fureur, parce que c’est le cœur du débat. Ainsi ai-je eu l’impression, lorsque la tension de l’interview se fut dissipée, d’avoir répondu furieusement, au sens précis du mot, c’est-à-dire d’une façon peu cohérente, emportée, incontrôlée, etc. D’où mon impression d’après-coup, que j’avais été horriblement mauvais (“mauvais comme un cochon” fut l’expression qui me vint à l’esprit, d’une façon irrespectueuse pour le noble animal).

Dans cette sorte de cas, qui implique à la fois mon respect irréfragable et ma sensation de l’irrémédiable fatalité qui m’habitent devant ce qui est écrit et publiquement publié, c’est-à-dire quelque chose qui est sans appel et sans retour, à quoi l’on ne peut rien changer et insensible à une seconde appréciation, dans ce cas j’ai tendance à faire l’autruche ; tête dans le sable, refusant de lire le texte, avec cette idée que, “de toutes les façons qu’y puis-je, puisque c’est publié ? N’ajoutons pas, à mon impression initiale, la confirmation rationnelle par la lecture qui me mettrait dans un état épouvantable de culpabilité vis-à-vis de moi-même...” Ainsi n’ai-je pas lu le texte une fois publié, avec tendance inconsciemment appuyée de l’oublier.

Tout de même, j’en parlai comme incidemment à un ami qui est de la partie, mais surtout pour lui rapporter mon refus de lire l’interview ; lui-même le lut aussitôt, pour me rappeler et me sermonner : “Ce n’est pas mal du tout, tu dis exactement ce que tu penses, on comprend parfaitement... Alors ?” Je passe quelques autres péripéties de mes complications externes jusqu’à une lecture attentive du texte, puis la réalisation qu’après tout il pouvait, et même il devait passer dans dedefensa.org. Voilà qui est fait, avec une semaine de retard alors qu’en temps normal il y a aussitôt publication selon un réflexe courant et normal qu’on rencontre partout (un journaliste qui a son propre site et fait un article pour un autre site, pour un journal grand-public, etc., en général publie parallèlement son texte sur son site). Ce qui m’importe ici est d’expliquer cette impression première d’une réponse furieuse aux questions, avec l’impression que cela brouillait mes arguments et me rendait incohérent, incompréhensible. Ce n’est pas seulement une question de la seule psychologie en général, mais c’est la question de cette psychologie (la mienne) confrontée à ce que je ressens très fortement de cette époque et des nécessités qu’elle nous impose pour la comprendre.

En un sens, ce qu’il m’importe de dire se trouve résumé très rapidement, ou je dirais plutôt “esquissé”, dans une partie de l’interview, notamment avec ce qui est souligné de gras : « ...l’argument de l’Union européenne, c’est l’argent, c’est les milliards d’euros et elle se dit qu’avec ça, Erdogan va être amené à composer et qu’il va réussir à résoudre le problème qu’il aurait lui-même créé. Mais en fait, ce n’est pas lui qui l’a créé. Ce sont des années de politique occidentale, notamment vis-à-vis de la Syrie, etc. Vous êtes dans un enchaînement de causes à effet dont on a perdu la cause initiale et que plus personne ne contrôle. » Voici ce qui se passe : les questions sont bonnes, sans aucun doute, et dans le cadre du sujet fixé par avance et du temps-court imparti, selon un accord des deux parties ; mais l’on comprend très vite qu’on ne peut répondre à telle ou telle question d’une façon complète qu’en faisant des rappels complexes qui sont très difficiles à faire dans le temps imparti, sur le rythme de l’échange ; et cela se passe de la sorte parce que les événements les plus précis et les mieux situés dans le temps immédiat ne peuvent se comprendre dans toute leur substance sans signaler l’enchaînement de cause à effet qui les a engendrés ; et cela déclenche ce sentiment furieux que j’ai ressenti mais qui n’a pourtant pas interféré sur le sens de mes réponses. Ma fureur s’adressait bien plus à l’effort qu’inconsciemment je m’imposais qu’aux réponses que j’ai données, et elle est signalée ici comme un biais et une occasion pour une réflexion d’une nature différente. On laisse donc l’interview pour ce qu’il vaut et j’en viens au seul intérêt pour le défi de la méthode de la pensée dans un sens beaucoup plus général, dont l’interview a été une illustration très fugitive et très sommaire.

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Archives : Rétrospective du 01/02/2016 au 07/02/2016 

  lundi 15 février 2016

Voici un document pour vos et nos archives, la rétrospective de la semaine du 1er février 2016 au 07 février  janvier 2016, présentée sous forme d'éditorial d'introduction à la lecture du site pendant cette semaine. Les grands thèmes en sont dégagés, ainsi que les principaux textes publiés sur le site, comme références.

« • Ceci n’est pas une nouvelle à proprement parler mais c’est une confirmation qui prend l’allure d’une grande nouvelle tant l’on a de fois répété la même antienne antirusse sur la faiblesse de la Russie : la puissance militaire russe est en train de faire, en Syrie, avec une détermination remarquable qui ne manque pas de brutalité s’il le faut, la démonstration de sa mesure. • Il est probable qu’en efficacité, en souplesse et en rapidité d’intervention, la puissance militaire russe est supérieure à celle des USA, alors que la budget de la défense de la Fédération de Russie est (au moins) dix fois moindre que celui des USA. • Le chroniqueur de défense de The Independent, Kim Sengupta, présente dans un article dont nous faisons le commentaire (2 février 2016) cet événement de l’affirmation de la puissance militaire russe. • L’occasion nous ramène aux événements de Syrie, qui prennent un tour décisif avec des avancées majeures des forces syriennes soutenus par les Russes (6 février 2016). • Certains annoncent une réaction désespérée des Turcs et des Saoudiens, et craignent que de telles interventions conduisent à un conflit mondial (7 février 2016). • Nous serons certainement moins, beaucoup moins affirmatifs, notant par ailleurs des signes inhabituels de liens d’estime entre militaires US et russes (3 février 2016). • Si, à côté de cela, l’on s’intéresse à l’élection présidentielle US, on trouvera notre contribution cette fois dans le champ de la corruption extraordinaire qui marque cette activité (4 février 2016 et 5 février 2016). »

Respect, FT

  dimanche 14 février 2016

Juste un petit mot d’un journaliste chenu, courbé sous le poids d’une expérience de quasi-un demi siècle de métier (j’ai publié mon premier article de “journaliste professionnel”, comme l’on disait alors, à la fin du mois de novembre 1967) : ce qu’a fait le type du FT, dit Financial Times, le nommé Sam Jones, dont on parle aujourd’hui dans les colonnes de notre site prestigieux, ce qu’il a fait est du domaine du très-très-grand exploit. Caviarder et arranger en direct et à sa sauce pour lui faire dire le contraire de ce qu’il a dit, les propos que vous a confié en exclusivité un Secrétaire Général de l’ONU ; faire ça comme ça, comme vous allez pisser en un sens, c’est du sport de très haute voltige, et du sans-filet. Qu’est-ce donc qu’il a cru, ce Sam Jones-là, à se conduire comme un échotier à sensation qui suit par en-dessous les fredaines des stars hollywoodiennes ? Que l’ONU n’y verrait que du feu, ou bien peut-être que l’honorable Ki-moon ne lit pas le prestigieux FT parce que cet espèce de Coréen tout-jaune, avec vraiment rien de british, s’en tient aux BD ?

Respect, FT, c’est phénoménal comme cirque. Je comprends qu’on “gauchissent” un peu des textes, techniquement je veux dire, qu’on manipule certaines déclarations lointaines, obtenues indirectement (par l’intermédiaire d’une ou plusieurs autres sources publiées), qu’on écrive des éditos furieux en n’engageant que soi-même, qu’on affirme que Poutine est un extra-terrestre qui a des accointances avec le diable, que même on invente des “sources officielles” qui “requièrent l’anonymat” pour dire ce qu’on a envie de leur faire dire ; mais transformer de cette façon une déclaration directe, enregistrée, du Secrétaire Général de l’ONU au FT ! Je ne dirais pas que ces types n’ont pas de morale, qu’ils n’ont pas d’éthique, etc., – bref, je ne ferais pas de morale, ici, à ce point, certainement pas ; non, je dirais que ces types sont si extraordinairement impudents-et-imprudents dans ce cas qu’ils doivent être un peu fous, par rapport à leurs usages auxquels ils tiennent tant et par rapport au contexte où ils évoluent, pour avoir fait un coup pareil... Je veux dire, le prestige du FT, sa diffusion, sa formidable audience d’asservissement et de révérence, – enfin, on ne risque pas un tel capital avec un caviardage aussi grossier, il faut être un peu fou pour faire ça. Je parle sérieusement, même pas avec cynisme ni la moindre ironie malgré la détestation cordiale et méprisante où je tiens cette bestiole (le FT), mais simplement d’un point de vue professionnel qui apprécie ce qu’est l’audience d’un journal, sa réputation, et sachant que le FT est dix mille coudées au-dessus du Monde devenu un pauvre petit débris foireux de journalisme qui court derrière les grands frères anglo-saxons, sans doute même au-dessus du New York Times, bref tout en haut, tout au sommet de la presse-Système dans sa version impériale de l’anglosphère.

Non, je n’ai qu’une seule explication, et elle se nomme effectivement déterminisme-narrativiste. (Je veux dire que je croirais bien que Sam Jones a sans doute cru sincèrement que Ki-moon avait voulu dire ce qu'il lui fait dire, et qu'il a éclairci sa pensée en un sens...) J’y pensais déjà clairement pour qualifier, il y a presqu’exactement un an, l’intervention publique du rédacteur-en-chef de The Economist (la fratrie de l’anglosphère, tout ça) à propos de Russia Today. Les insanités qui nous étaient présentées comme des pralines luxueuses et savoureuses de la pensée, cela nous indiquait clairement que le personnage était sous l’empire de quelque malédiction considérable. J’ai très fortement le sentiment que, pour cette bande, dès qu’on dit le mot “Russie”, et qu’on le double du mot “Poutine”, ils explosent littéralement pour laisser un petit diable pénétrer dans leurs croyances et les priver de tous leurs attributs courant, type libre-arbitre, liberté d’expression, jugement critique, etc., bref tous les gris-gris qui nourrissent habituellement leurs prières. Ils n’ont pas perdu la tête, ils l’ont percée pour que le Diable y pénètre et s’y trouve comme chez lui, en Majesté.

Respect FT, mais gare tu vas finir par te perdre toi-même...

Le vieil homme et la colère

  jeudi 11 février 2016

Lorsqu’on a suivi Ron Paul en 2008 et 2012, dans ses tentatives chaque fois sabotées par l’establishment de s’inscrire dans le cours des primaires du parti républicains, on constate que la question de son âge (72 ans et 76 ans) fut rarement abordée, j’irais même jusqu’à dire “jamais”. (La “question de l’âge”, je veux dire par là, évidemment, que briguer une telle fonction que la présidence des États-Unis à 72 ans puis à 76 ans constitue nécessairement, ou disons logiquement, un handicap par rapport à l’énergie exigée et la fatigue engendrée, et que cela aurait pu être utilisé, d’ailleurs non sans raison, comme un argument contre lui. La “question de l’âge” avait été, in illo tempore, un des grands débats de la réélection de Reagan, qui avait 73 ans en 1984.) L’âge de Ron Paul, si vous vous en rappelez,  contrastait étonnamment avec l’enthousiasme qu’il suscitait chez les plus jeunes, devenus militants pour l’occasion ; cette “question” aussi, celle de l’enthousiasme des jeunes pour un vieillard, ne fut jamais abordée, d’ailleurs dans la logique de ce qui précède.

J’avancerais l’hypothèse, pour parler au nom du Système parce que je le connais bien et qu’il me fait toute confiance, que cette question de l’âge ne fut guère sinon jamais soulevée parce que Paul ne parvint jamais à s’imposer comme un “candidat sérieux” malgré cette popularité, c’est-à-dire à être considéré comme un candidat tout-court. Je suis absolument persuadé que, pour le Système l’âge n’importait en rien, ni même pour discréditer Paul, parce que Ron Paul était simplement un non-candidat, sinon plus clairement un non-être. Il y avait eu sur ce site des réflexions sur l’âge de Ron Paul, sans d'ailleurs lui trouver que des désavantages, et sur ce fait surprenant que ce facteur ne comptât pas beaucoup dans la perception qu’on avait du vénérable candidat (voir L’âge de Paul et Ron Paul et l’âge du capitaine, les deux textes en mars 2010). Nous en étions là en 2012, alors que Ron Paul était une exception hors-Système autant qu’antiSystème qui n’allait pas tarder à s’effacer ; mais nous sommes désormais quatre ans plus tard et, rétrospectivement, l’escapade de Ron Paul prend une autre signification.

Cette fois, en 2016, il y a deux candidats régulièrement inscrits dans leurs partis malgré le dégoût et l’aveuglement desdits partis à leur encontre et malgré le fait qu’ils troublent considérablement, jusqu’à la panique complète, le jeu bien réglé d’habitude de l’establishment. Qui songe à leur demander leur âge ? Sanders a 74 ans et Trump aura 70 ans dans quatre mois. L’un et l’autre, ils soulèvent les foules, enthousiasment la jeunesse, etc. Il y a là un phénomène remarquable, et je dirais typique de la situation actuelle des USA considérés comme la puissance qui est la matrice du Système dans sa constitution de productrice du système de l’américanisme. De ce point de vue, ni Sanders ni Trump n’existent vraiment, comme Ron Paul en 2008-2012, ils se trouvent dans le territoire du déni pur et simple pour le Système, au risque du Système. (Bien entendu, les zombies-Système, des élites-Systèmes à la presse-Système, suivent la consigne comme un seul mouton, comme s’ils étaient à eux seuls un immense troupeau de moutons rassemblés en un seul mouton : cela donne the-mouton contre The-Donald... Mais certes, que les moutons me pardonnent d’oser les comparer aux zombies-Système qu’ils dépassent de la laine et du museau ; je ne les utilise que comme symboles.)

Mais revenons, si j’ose dire, à nos moutons... Je veux envisager ce cas selon le seul point de vue de l’âge du capitaine, sans aucune considération de personnalités, de programmes, de situation politique de l’un ou de l’autre, ni moindre considération par ailleurs pour les attitudes pathologiques du Système. (Tiens, je mets même un Juppé hors de la troupe des gens âgés en quête de révolution politique bien que lui parle de son âge [72 ans]. Juppé n’est pas un homme politique de 72 ans, encore moins un antiSystème, lui qui fait très bien son Fabius de droite en un peu moins balbutiant et en nettement plus arrogant. Juppé est l’archétype de la prétention politique française à l’intelligence, dans ce cas intelligence totalement invertie : il n’a pas 72 ans, il est sans âge et flotte dans l’univers liquide et gluant du Système, puisque seulement défini par l’expérience d’un homme politique français devenu complètement neocon après ses séjours à Washington, comme on est born-again, – bref, comme on est GW Bush. Son arrogance extraordinaire pour débiter des platitudes-Système incroyables de banalité et de déterminisme-narrativiste le met hors du privilège de l’âge et nous ne le comptons décidément pas parmi cette cohorte d’hommes âgés qui va de Ron Paul à Donald Trump.)

(Suite)

Humeur de crise-4

  mercredi 10 février 2016

Le sarcasme, mais pas du tout par en-dessous, un peu dissimulé, comme on se confie un secret graveleux, l’œil en coin au cas où un policier de la pensée municipale passerait par là ; au contraire, le sarcasme énorme jusqu’à être gargantuesque, lancé dans un grand sourire qui est presque du rire, plein de truculence devant la petitesse de leur absurdité, le pathétique de leurs entreprises, la compassion bombastique de leur impuissance, – le sarcasme cosmique en un mot... Cela m’a parcouru et emporté avec une réelle bienfaisance pour l’esprit et une belle détente de la psychologie en découvrant le secret de leurs entretiens, moitié-marchands de tapis, moitié-mafieux en plein marchandage.

Je parle notamment, et précisément pour expliquer le propos, des échanges rendus public grâce à un de ces braves “lanceurs d’alerte” qui se nichent partout au cœur du Système, entre Erdogan et la doublette Juncker-Tusk, en novembre dernier, à propos des migrants-réfugiés, ou réfugiés-migrants. Les relations entre le Turc et les Européens, avec l’ombre de Merkel bien visible, sont d’une saveur grandiose à cet égard, et transforment la crise si souvent sombre et terrifiante en cette tragédie-bouffe avec ses acteurs à la fois scribouillards et faussaires, déstabilisateurs pavloviens échangeant des recettes-miracles pour rendre le monde plus stable. Ces gens sont les outils privilégiés de la marche de la Grande Crise, et ils débattent comme dans un souk de la façon d’améliorer décisivement le sort des malheureuses victimes de la crise, du Sud au Nord, dont ils sont la cause directe : donne-moi six milliards d’euros, je te soulage d’un million de réfugiés ; ah non, six milliards c’est trop, un million ce n’est pas assez. Des mafieux-comptables, des incendiaires qui échangent leurs boites d’allumettes.

Le ton de Pépé m’a bien plu pour rendre compte du destin du “Sultan du Chaos”, il venait à point pour décrire une humeur de la crise qui ressemble tant à une sarabande d’excités qui ne savent plus à quelle narrative se vouer, tournant en rond dans leurs superbes limousines chargées de gardes du corps, dans la cour de l’établissement psychiatrique. Ainsi le commentateur se ménage-t-il quelques instants de détente, mais singulièrement sans jamais abandonner le cœur du sujet. La crise est ainsi faite, elle est une telle prison pour ceux-là même qui l’activent sans cesse et prétendent vouloir la résoudre, qu’elle devient parfois, et qu’elle est de plus en plus une sorte d’objet monstrueux d’un sarcasme cosmique. Par instant, l’humeur s’en ressent, en ce jour où The Donald et le vieux Bernie font leurs pieds-de-nez, type “bras d’honneur du New Hampshire”.

Archives : Rétrospective du 25/01/2016 au 31/01/2016

  lundi 08 février 2016

Voici un document pour vos et nos archives, la rétrospective de la semaine du 25 janvier 2016 au 31 janvier 2016, présentée sous forme d'éditorial d'introduction à la lecture du site pendant cette semaine. Les grands thèmes en sont dégagés, ainsi que les principaux textes publiés sur le site, comme références.

« • Il est vrai que nous approchons des primaires des présidentielles aux USA (début, le 1er février dans l’Iowa) et que soudain apparaissent des perspectives exceptionnelles. • Nous ne disons pas cela pour tout le monde, parce que l’essentiel de la presse-Système continue à parler de la chose comme si c’était “business-as-usual”, simplement avec une touche d’exotisme si tel ou tel candidat original (ditto, Donald Trump et Bernie Sanders) réussissait à s’imposer : il y a là un fascinant déni de la situation du monde, qui nous rappelle que la réalité est pulvérisée par la communication dans notre époque et que c’est à chacun de trouver les vérités-de-situation qui décrivent les véritables évènements en marche. • Pour notre compte, notre religion est faite : ces présidentielles-2016 aux USA ont un potentiel révolutionnaire comme il n’y eut sans doute jamais auparavant (30 janvier 2016). • Bien entendu, la cause en est que deux candidats encore inconnus il y a un an occupent une position remarquable aujourd’hui, et qu’ils sont tous deux antiSystème : effectivement Bernie Sanders et Donald Trump (29 janvier 2016). • Aujourd’hui, on commence à mieux comprendre quelle est la “signification de Donald Trump” (26 janvier 2016), tandis que la position de Bernie Sanders est directement liée au destin d’Hillary Clinton (31 janvier 2016). • Et puis, en guise de rappel des origines de la Grande Crise que nous vivons, et dont les USA sont le centre en fusion, quelques mots de Donald Rumsfeld sur le déclenchement de la guerre contre l’Irak (27 janvier 2016). »

La drôle-de-Guerre-Mondiale

  dimanche 07 février 2016

Des bruits de guerre tonnent et roulent à nouveau, pour la nième fois, comme les grondements terribles des bruits de tonnerre. Depuis combien de temps, cela ? Depuis, quoi, cinq-six jours au plus, où se sont additionnés à la fois l’échec avant de commencer des pourparlers sur la Syrie de Genève (spécialité des temps de narrative, “l’échec avant de commencer”, ce qui permet de ne pas commencer quelque chose qui se définit en général comme “du rien”) ; à la fois les succès opérationnels en Syrie de ceux que nous avons désigné comme les “4+1” (je garde cette formule facile à retenir même si l’Irak est moins présente dans cette association, mais bon, nous nous comprenons)... Soudain, pour certains nous sommes au bord du précipice, cette fois du côté d’Alep et environs, avec les roulements de tambour venus des Turcs d’Erdogan et, d’une façon moins agressive et tonitruante, des Saoudiens des mille-et-un-princes. On a donné dans un texte de ce site, hier, notre interprétation de ce brouhaha :

« La possibilité de l’extension considérable du conflit, notamment par le fait des acteurs déstructurants-dissolvants, c’est-à-dire les plus irresponsables, – Turquie et Arabie Saoudite essentiellement, – qui ne pourraient supporter de voir les manœuvres d’activation de ce conflit qu’ils déploient depuis plusieurs années réduites à néant. Ces “acteurs-déstructurants” sont bien entendu liés aux organisations terroristes diverses, qui constituent leurs pions et leurs outils dans certaines circonstances, qui sont elles-mêmes organisatrices et manipulatrices d’opérations fondamentalement déstructurantes et dissolvantes quand l’occasion s’en présente. (On les voit actuellement s'activer grandement pour intervenir contre les terroristes dans une opération qui aurait pour premier effet de tenter d'empêcher l'anéantissement des terroristes tel qu'il se profile : timing parfait, puisque c'est au moment où les terroristes sont en déroute du fait des Syriens et de leur alliés que Turcs et Saoudiens jugent nécessaires d'intervenir contre les terroristes.) »

...Brouhaha qui n’est pas sans inspirer quelques appréhensions complètement fondamentales, qui nous conduisent à l’hypothèse de la possibilité du déclenchement d’une Guerre Mondiale (la troisième, selon une comptabilité stricte et qui ne sacrifie pas aux métaphores), avec références à l’appui. Il y en a effet, des références dans ce sens, qu’elles viennent de ConsortiumNews, du Saker-US ou du Washington’s Blog (de dernier élargissant le cercle). Dans notre même texte référencé du 6 février, on évoque cette possibilité en même temps qu’une phrase toute pleine de scepticisme dans laquelle j’ai, je l’avoue sans honte ni illogisme puisqu’elle s’accorde avec un aspect de ce texte que vous lisez, une certaine responsabilité :

« Certains y voient également un champ de préparation pour une Guerre mondiale, mais il faut pour cela une résolution dans la perspective de la tragédie dont notre époque et nos contrées sont si singulièrement dépourvues. Nos véritables champs de bataille se nomment talk-shows, où l'esprit du terrorisme postmoderne peut s'exprimer dans la mesure de ses vertus héroïques. »

Par ailleurs, ou plutôt a contrario, il y a des échos divers qui tendent plutôt à réduire ces appréciations. (Je me garde d’écrire “dédramatiser ces appréciations”, tant la rapidité des choses et l’avalanche des interprétations contraires empêchent la constitution d’une situation “dramatique” dans notre perception : notre époque n’est pas celle des situations structurées, en rien et dans aucune direction.) Il y a notamment les appréciations des rodomontades saoudiennes comme étant effectivement des rodomontades des mille-et-une nuits. Quant à Erdogan, lui, c’est Erdogan-transformé comme nous le présentions en “Erdogan-Janus devenu Antechrist-2016” ; il y a dans son cas plus d’arguments pour prendre au sérieux ses rodomontades anti-Assad et devenues anti-Poutine, avec le risque que certains y voient ; pour autant, le scepticisme est toujours resté de rigueur ces derniers temps dans notre orientation, et on le lit encore, dans cet autre texte référencé ci-dessus, du 1er janvier 2016, – dans cet extrait où il est justement fait référence à la perspective d’une Guerre mondiale :

« Erdogan, que nous jugions vertueux il y a quelques années, et malgré tout avec de justes raisons de porter ce jugement, transformé en ce qu’il est devenu à mesure que la Grande Crise se transformait elle-même et lui imposait cette voie, voilà ce que nous réserve 2016 en une nouvelle tentative de cette Grande Crise de trouver la voie vers le paroxysme d’elle-même. Simplement, et là nous séparant de la religion, nous croirions aisément que cette transformation est de pure communication, faite pour exciter des perceptions et susciter des réactions, également de communication, toujours à la recherche de l’enchaînement fatal vers l’autodestruction. Cela signifie que la Troisième Guerre mondiale n’est pas nécessairement au rendez-vous et sans doute loin de là avec leur sens du tragique réduit à la tragédie-bouffe, mais cela n’enlève rien à l’importance de la chose ; l’on sait bien, aujourd’hui, que toute la puissance du monde est d’abord rassemblée dans le système de la communication, que c’est sur ce terrain que se livre la bataille, qu’il s’agisse de la frontière turco-syrienne ou d’Armageddon. »

Voilà donc réunis les éléments du dossier à propos duquel je voudrais développer quelque commentaire traduisant et cherchant à substantiver dans ce cas, comme c’est l’une des tendances dans ce Journal dde.crisis, des réactions et des perceptions qui me sont propres. L’idée d’une Troisième Guerre mondiale est régulièrement présente depuis les périodes précédentes et à nouveau depuis 9/11, dans la psyché des commentateurs (surtout antiSystème, très souvent), et dans le cours de réflexions où la logique des événements est poussée à l’extrême. Mais c’est surtout à l’occasion du “lancement” de la crise ukrainienne (j’en parle comme si on lançait un nouveau navire ou une nouvelle mode) que la référence est devenue brusquement (j’insiste sur cet adverbe) constante, résiliente, insistante, presque obsédante, et cette fois touchant tous les partis, autant du côté du Système que de l’antiSystème. (Il faut, à cette occasion, comme doit faire un auteur qui se voudrait particulièrement loyal, effectivement dire qu’à l’occasion des débuts de cette crise uktainienne, dedefensa.org a succombé à cette façon de penser. Dont acte, mais dont acte aussi que, depuis, nous en sommes revenus.)

(Suite)