« Les routiers sont sympas... » : rébellion globale !

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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« Les routiers sont sympas... » : rébellion globale !

« Les 50 000 camionneurs [plusieurs convois dont un qui atteint les 70 kilomètres de long] se dirigeant vers Ottawa, la capitale du Canada où ils devraient arriver aujourd’hui, battent le record du monde du plus long convoi. Regroupés en “Convois de la liberté”, les camionneurs s’opposent aux vaccins imposés par le gouvernement fédéral pour les activités transfrontalières et inspirent d’autres mouvements dans le monde entier.

» Les camionneurs du Canada, des États-Unis, de l'Australie, du Brésil,  de l’Europe [Finlande, Pays-Bas, Tchéquie, Belgique, France, Italie, etc.] s’unissent pour protester dans le monde entier contre les excès de leurs gouvernements respectifs en matière de santé publique, en particulier contre l'imposition de vaccins.

» Dans ce surgissement d’événements significatif, qui, nous en sommes sûrs, sera clouée au pilori par Trudeau comme étant un mélange de racisme, de misogynie, de danger ou d’“atteinte à la démocratie”, Elon Musk, – ayant auparavant tweeté son soutien aux camionneurs canadiens qui protestent contre les vaccins obligatoires vient d’accélérer sa diffusion sur médias sociaux en disant à ses 71,1 millions de followers Twitter : “Si l’on effraie suffisamment les gens, ils accepteront la suppression de la liberté. C'est le chemin de la tyrannie”, et la façon de se défendre est de “voter pour les foutre dehors”. »

29 janvier 2022 (17H30) – Dans les années1960 et 1970, les routiers étaient soutenus par des promotions populaires et une grande popularité, y compris auprès des autorités, qui se mariaient avec l’esprit du temps d’une glorieuse économie (les “Trente Glorieuses” françaises). Je me rappelle d’une émission (de nuit, bien entendu) très suivie d’Europe n°1, je crois qu’elle s’appelait « Service de nuit » ; il y avait aussi une campagne de promotion qui avait popularisé ces costauds dont on avait une image assez rébarbative qui se trouvait ainsi renversée, – « Les routiers sont sympas ». Tout cela symbolisait l’intégration des routiers et de leurs énormes bahuts dans le courant social et politique général dominant. Ce temps-là de la bonne intégration, surtout vantée par les autorités, a radicalement changé dans le contexte actuel qui est celui de Grande Crise. ‘They Times They are a’changing’, complètement et radicalement, comme le montre notamment un des comptes-rendus de ‘ZeroHedge.com’ dont sont extraits les quelques paragraphes en citation, en tête de ce texte.

Cette puissante corporation avaient déjà dans la période évoquée (avec un syndicat aux mains de ‘Cosa Nostra’ du temps de Jimmy Hoffa aux USA), des capacités de protestation formidables en cas de changement drastique de conditions sociales et économiques qui restaient tout de même dans ces domaines. Il s’agit de leurs capacités de bloquer tout le réseau de transport d’un pays, voire d’un continent et plus s’il y a une coordination transnationale. On peut envisager que cette capacité apparaît aujourd’hui devoir se déployer avec force et rapidité, avec une intention politique sinon idéologique de rébellion radicale, à partir du mouvement canadien (les routiers canadiens et leurs bahuts sont de formidables mastodontes) qui pourrait faire tache d’huile, principalement contre la “tyrannie vaccinale” et toutes les mesures de restriction de la liberté qui les accompagnent.

Comme on l’a vu, le mouvement canadien pourrait tendre à s’étendre à d’autres pays de plusieurs continents. (Des vidéos d’Australie et des USA sont déjà apparues.) Des fonds de donation par internet pour soutenir économiquement le mouvement sont mis en place, et une première somme de de six millions de dollars canadiens provenant de dons a été débloquée après une position initiale de blocage qui illustrait l’hostilité instinctive du monde complètement allié au Système des GAFAM et autres qui veulent encadrer les réseaux sociaux.

« Les organisateurs du ‘Convoi de la liberté’ ont “reçu la confirmation que ‘GoFundMe[le système d’organisation des centralisation de donations] a débloqué notre premier lot de fonds”, après que la plateforme de donations ait bloqué l’accès à l’argent jeudi.

» L'Internet avait été en émoi jeudi lorsque ‘GoFundMe’ avait bloqué l'accès aux fonds destinés à soutenir le convoi d’au moins 50 000 camionneurs qui se dirige vers Ottawa, la capitale du Canada, samedi. Les dons devraient être versés aux camionneurs qui participent au rassemblement, en payant leur carburant, leur nourriture et leur hôtel. ‘GoFundMe’ souhaitait obtenir des précisions de la part du groupe sur la manière dont l'argent serait dépensé. »

Elon Musk, l’anti-Soros ?

Le soutien très actifs de Elon Musk, l’homme le plus riche du monde qui affirme sa position antiSystème, constitue un élément opérationnel et communicationnel non négligeable parce que très spectaculaire. Il montre que la nomenklatura des hyper-riches n’est pas un bloc homogène, en contraste de la position misérable des Trudeau et autres, minimisant avec mépris et arrogance le mouvement. Certains pensent, ou dans tous les cas suggèrent que Musk pourrait “investir” dans des organisations de soutien économique et idéologique des camionneurs, apparaissant ainsi d’une façon symbolique mais aussi très activiste et opérationnelle comme un anti-Soros, au moment où l’activiste américano-hongrois alloue une somme considérable de $150 millions aux candidats démocrates les plus sociétaux-gauchistes, la courroie de transmission du Système, pour les élections législatives de novembre 2022. Musk, qui manifestait depuis longtemps ses engagements sans réellement passer à l’acte, tend à prendre désormais des positions tranchées et concrètes sur des questions précises : sa furieuse critique de Biden, hier, semble le montrer.

Il semble que pourrait ainsi se mette en place une dimension globale de contestation sinon de rébellion au sein du bloc-BAO, d’une corporation qui porte une capacité radicale de blocage du fonctionnement économique des pouvoirs-Système et de leurs organisations économiques au moment où les chaînes de distribution des denrées essentielles sont déjà en grandes difficultés. Le site ‘RedState.com’ met en évidence les causes, les conditions et les effets du conflit qui est né au Canada et aux USA :

« Le gouvernement du Premier ministre canadien Justin Trudeau a donné le coup de grâce aux camionneurs canadiens en les obligeant à se faire vacciner le 15 janvier dernier et Joe Biden a ordonné qu’il en soit de même pour les camionneurs à partir du 22 janvier.

» Les camionneurs canadiens [ont réagi par la mobilisation].

» “Nous menons notre combat jusqu’aux portes de notre gouvernement fédéral et exigeons qu’il abolisse son décret contre son peuple”, a écrit Tamara Lich, organisatrice de ‘GoFundMe’. “Les petites entreprises sont détruites, les maisons sont détruites, et les gens sont maltraités et privés des nécessités fondamentales pour survivre.”

» La décision des camionneurs canadiens de se réunir à Ottawa pour protester contre le mandat de vaccination intervient alors que l’économie est aux prises avec des problèmes graves, tels que des perturbations de la chaîne d'approvisionnement et une pénurie de conducteurs. »

Les intentions des routiers sont de s’installer dans Ottawa dès ce samedi (un premier élément de convoi, suivi d’autres), d’organiser des “événements” quotidiens qui maintiendront la pression jusqu’à l’obtention de la levée de l’obligation de vaccination pour le franchissement de la frontière.

Symptôme de la Grande Crise

D’une façon générale, et sans surprise bien entendu, la presseSystème et même le système de la communication parle assez peu de ce mouvement des routiers. C’est soit le fait objectif et scientifique que ce mouvement n’a ni intérêt ni importance opérationnelle, – ce qui semble être un jugement risqué face à l’importance du mouvement, aux risques et aux conséquences qu’il devrait susciter ; c’est soit le fait objectif et scientifique qu’il est justement très important, et le réflexe bien entendu du Système qui s’affirme libéral et respectueux de la liberté d’expression et de l’information ouverte est le silence. C’est aujourd’hui un phénomène courant et admis comme allant-de-soi que cette censure systématique, la déformation des faits, la construction de narrative et de simulacre, constituent les principaux réflexes du système de la communication que certains verraient presque comme un signe de belle santé démocratique. Cela se passe, et passe comme une lettre à la poste, lorsqu’il est manipulé par le Système et victime des jugements faussaires  ou inattentifs de la part de la plupart des observateurs, y compris certains qui s’affirment volontiers “dissidents”.

Quelques sites, essentiellement aux USA et au Canada, évitent ce réflexe conditionné soit par des habitudes liberticides ou très lents, soit par incapacité de saisir de nouveaux modes d’action antiSystème qui se développent sans notice explicative. C’est le cas de ‘RedState.com’, qui écrit le 27 janvier, dans un texte accompagné d’une interview de Andrew Lawton, de l’association qui vient d’être formée des ‘Canada’s Truckers for Freedom Convoy’ :

« Si vous n'avez pas lu ou entendu parler du convoi des camionneurs pour la liberté qui traverse actuellement le Canada, qu’attendez-vous ? Heureusement pour vous, le black-out médiatique au Canada ne nous a pas atteint ici à ‘RedState.com’, où ces articles ont couvert cet événement étonnant.

» ‘Les problèmes de la chaîne d'approvisionnement vont s’aggraver maintenant que les camionneurs protestent contre les mandats’.

 » ‘Le premier ministre canadien Justin Trudeau face une protestation massive qui se prépare au sujet de son obligation vaccinale’.

» ‘Le mouvement des camionneurs pour la liberté au Canada est-il en partie inspiré par Donald Trump ?’

» ‘Justin Trudeau qualifie de petit et marginal le convoi de camionneurs de 45 miles de long, et il se trompe complètement’. »

On observera trois points majeurs émanant de ce puissant mouvement

• Ce qui semble être un soutien populaire. Des vidéos montrent l’accueil chaleureux sinon enthousiasme que les habitants le long des parcours des convois faisant route vers Ottawa font aux routiers : celle-ci, celle-ci, celle-ci, celle-ci sur les premières arrivées à Ottawa, et celle-ci enfin montrant un montage plus élaboré et des tweets de commentaire réjouissants comme celui d’un Daniel Bordman remarquant :

« Je n’exagère pas et je ne plaisante pas. Je suis en train de regarder ‘Power and Politics’ de CBC et ils sont en train de spéculer autour de l’idée que #TruckersForFreedom2022 et #FreedomConvoyCanada sont une opération des Russes. Hahahahahahahaha. »

• Ce qu’on entend autour des convois montre bien entendu que la contestation ne s’attache pas à la seule protestation contre la vaccination et tout le cirque Covid19. Le discours s’étend aux libertés, aux conditions de vie, au respect de ces comportements, etc., ce qui rapproche considérablement de l’état d’esprit de ‘Gilets-Jaunes’ qui serait ‘upgraded’ aux nouvelles préoccupations apparues depuis 2018.

Covid19 est désormais complètement une affaire politique, un abcès de fixation d’un affrontement où les perceptions sont entre un pouvoir qui veut se saisir du plus de moyens de coercition qu’il peut, et de populations qui interprètent désormais ces actions Covid comme la mise en place systématique d’un cadre de surveillance confinant à la tyrannie. Cela est évident au Canada où Trudeau, égal à lui-même, ce Premier ministre ultra-wokeniste de la première nation-Wokestan, a aussitôt assimilé les routiers en rébellion à une minorité d’extrémistes, fascistes, racistes, anti-féministes, homophobes et transphobes. C’est dire que si les routiers ne sont pas cette minorité que dénonce Trudeau, le Canada a devant lui quelques semaines très agitées.

• Le troisième point est celui de la potentialité de globalisation d’une “résistance”. Avec les routiers, c’est l’évidence comme on le voit avec les contacts d’ores et déjà pris entre le Canada et d’autres pays. Pour moi, les routiers sont par excellence des franchisseurs de frontière, des transnationaux et l’on peut très bien imaginer une “communauté transnationale” des routiers ; pourtant, de réputation rien de moins globalistes que ces gens-là, tous attachés à leurs nationalités, à leurs coutumes, voire à leurs traditions, – paradoxe complet pour des conducteurs de machines modernistes énormes et hypersophistiquées, notamment au niveau de la communication (ce qui facilite l’organisation de résistances “musclées” tactiquement bien contrôlées).

Bref, on pourra penser que l’affaire canadienne est un excellent modèle pour la résistance, qu’il peut, si la séquence se poursuit, produire des prolongements intéressants. Cela serait une excellente novation de voir le Wokistan frappé d’une bonne crise déstabilisatrice, et le charmant Trudeau menacé d’une simili-“révolution de couleur” en mode d’inversion.

En effet et pour en terminer,  “Rêvons un peu”, vieille habitude de ce ‘Journal’... Peut-être la CIA, se trompant une fois de plus et mal renseignée comme d’habitude, soutiendrait-elle les camionneurs par réflexe s’il s’avère que leur fronde était décodée par des analystes psychopathes comme une tentative de ‘regime change’ contre le gentil-Trudeau, prince transgenre du Wokistan. Peut-être la susdite CIA sortirait-elle alors de la naphtaline, avec l’accord de Joe Biden, le fameux mais très discret ‘Red Plan’ de la fin des années 1920...

« Le fait est que les relations entre les USA et le Canada (anglophone), qui sont entrées dans un nouvel épisode épique, n’ont jamais été si faciles qu’elles paraîtraient si l’on se fie à leurs liens divers, notamment culturel (l’anglosphère), notamment économique (l’accord ALENA, aujourd’hui remis en cause par Trump),notamment de sécurité (par exemple la défense aérienne du Canada et des USA est entièrement intégrée à l’avantage évidemment des seconds, au sein de NORAD, – North American Aerospace Defense). Sans remonter aux origines (des USA) où ‘insurgents’, Français, Anglais et certaines tribus indiennes s’affrontèrent dans des conflits divers, le XXème siècle lui-même a été le théâtre d’un épisode dépassant largement le stade de l’insulte, classified ou tweetée. L’histoire du ‘Red Plan’ mérite un rappel parce qu’il bouleverse et même pulvérise le sentiment unitaire irrésistible, et suprémaciste cela va de soi, que le monde anglo-saxon, l’anglosphère, entend répandre autour de lui. [...]

» Il me paraît donc opportun de remettre en ligne ici une page assez longue du ‘Journal-dde.crisis’ du 21 avril 2016 qui reprend et élargit le thème, avec beaucoup de détails sur cette situation conflictuelle intra-anglosphère, et un ‘Red Plan’ destiné à l’invasion du Canada par les USA à la fin des années 1920. (Wikipédia donne beaucoup de détails sur cette affaire qui a été connue du public à partir de1974 mais il ne fait pas trop le lien avec la conclusion qu’on en devrait tirer de cette situation étonnante des années 1920 où le principal danger de guerre majeure était entre USA et UK.) »