Notes sur l’énigme explosive de Snowden-Greenwald

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Notes sur l’énigme explosive de Snowden-Greenwald

15 juillet 2013 – Glenn Greenwald, qui habite le Brésil, a donné une interview à une publication argentine, La Nacion, qui soulève bien plus de questions qu’elle ne donne de réponses, qui donne certaines indications concernant des informations mystérieuses en plus de celles qui sont régulièrement publiées depuis le 6 juin dernier. Il s’agirait, si l’on veut, de la partie cachée du “fonds Snowden”, qui constituerait un moyen de pression sur le gouvernement US et une mesure de sécurité pour Snowden lui-même. Greenwald y affirme des choses étonnantes pour beaucoup, inquiétantes pour certains, extraordinaires pour la plupart de ceux qui prêtent attention aux affirmations de Greenwald. Pour nous, la chose doit être suivie avec attention, notamment en raison du sérieux et du professionnalisme de ce journaliste-enquêteur “dissident“ qu’est Greenwald.

Disons pour synthétiser le propos que cette interview illustre l’ambiguïté d’un sous-titre de notre texte du 13 juillet 2013 : «Snowden a déjà (tout) donné». Cette courte phrase signifiait d’une part “Snowden a déjà donné”, selon l’expression populaire signifiant qu’il a joué son rôle et que c’est aux autres à suivre ; mais aussi avec l’interrogation implicite “Snowden a-t-il donné tout ce qu’il a ?”, et alors le sous-titre aurait encore mieux été s’il avait rédigé ainsi : “Snowden a déjà (tout ?) donné”...

(L’interview de La Nacion est paru le 13 juillet 2013, – ce lien pour l’original en langue espagnole . Une version en anglais “approximatif”, traduction Google, est disponible ce même 13 juillet 2013, sur le même site de la publication.)

Une mesure de protection de Snowden

Ce que dit principalement Greenwald, c’est que Snowden dispose de beaucoup plus de révélations qu’il n’a été publiées, et même qu’il n’est prévu d’en publier. Il s’agit d’informations d’une importance et d’un effet tels que leur publication plongerait le gouvernement US dans un cauchemar inimaginable («Snowden has enough information to cause more damage to the U.S. government in a minute alone than anyone else has ever had in the history of the United States»).

A ce point, Greenwald place son attaque principale, qui est, selon lui-même, de protéger à la fois Snowden et les intentions de Snowden (qui sont de ne pas publier tout ce qu’il détient, – on verra plus loin pourquoi). Il montre dans des termes catégoriques que la vindicte US qui poursuit Snowden est irrationnelle (pas étonnant pour cette entité qui “rationnalise la folie”), parce que ce que nous nommons “le fonds Snowden” (les documents Snowden) est largement distribué à des personnes de confiance, dans son intégralité, donc y compris les documents à ne pas publier. (En passant, Greenwald rappelle ce qui est très souvent omis, particulièrement par la presse-Système, volontairement ou par omission de négligence, à savoir que ce n’est pas Snowden qui publie les documents du “fonds Snowden” mais des sources indépendantes de lui pour ce cas, – en premier Greenwald, sans aucun doute, – mais pas nécessairement pour tous les documents à venir ? Ce dernier point est une question ouverte.)

Les “documents à ne pas publier”...

“Les documents ne pas publier”, disions-nous ? Certes, si, et seulement si Snowden reste en vie et en sécurité. Voici le passage, avec cette considération sur le gouvernement US, soulignée par nous (avec des corrections de ce qui nous semble être une erreur de la traduction automatique, sur la confusion de pronoms “our” pour “your”, “its” pour “yours”).

La Nacion : «Are you afraid that someone will try to kill him?»

Greenwald : «It's a possibility, although I do not bring many benefits to anyone at this point. Already distributed thousands of documents and made sure that several people around the world have their entire file. If something were to happen, those documents would be made public. This is [our] insurance policy. The U.S. government should be on [its] knees every day praying that nothing happens to Snowden, because if something happens, all information will be revealed and that would be their worst nightmare.»

Après ce passage de l’interview, et pour nous permettre de raisonner sur les choses les plus concrètes possibles, voici un compte-rendu résumé de Russia Today sur l’interview, ce 14 juillet 2013, où la substance de l’interview nous semble bien rendue, sans les imperfections d’une traduction automatique.

«Former NSA contractor and whistleblower Edward Snowden possesses dangerous information which could potentially lead to America's “worst nightmare” if it is revealed, according to the journalist who first published Snowden's leaked documents. Snowden has enough information to cause more damage to the US government in a minute alone than anyone else has ever had in the history of the United States,” Glenn Greenwald, the Guardian journalist responsible for publishing some of Snowden’s first leaks, told Argentina-based newspaper La Nacion. “But that's not his goal. His objective is to expose software that people around the world use without knowing what they are exposing themselves to, without consciously agreeing to surrender their rights to privacy. He has a huge number of documents that would be very harmful to the US government if they were made public,” Greenwald said.

»[Greenwald] added that Washington should be exercising care in dealing with Snowden because he has the potential to do further damage to the US. “The US government should be on its knees every day begging that nothing happen to Snowden, because if something does happen to him, all the information will be revealed and it could be its worst nightmare...” [ ...] Greenwald said that “the most important thing [for Snowden] is not to end up in US custody,” describing the government’s approach to people who reveal uncomfortable truths as “vindictive.” When asked whether he believed that someone would attempt to harm or kill the whistleblower, he said that Snowden has “already distributed thousands of documents and made sure that several people around the world have their entire file”...»

Polémique Greenwald-Reuters

Un texte assez court de Reuters a été publié le 13 juillet 2013, sur l’interview de Greenwald par La Nacion. Il est vrai que le texte de Reuters laisse l’impression exclusive que Snowden exerce une sorte de chantage sur le gouvernement US, en cantonnant l’information aux passages où Greenwald explique que Snowden dispose de documents explosifs, qui auraient toutes les chances d’être publiés s’il lui arrivait quelque chose. (Aucune spéculation ou interrogation de Reuters sur le contenu de ces “documents explosifs”.)

Cela vaut une réplique cinglante de Greenwald dans le Guardian du 13 juillet 2013. Greenwald juge que ce texte de Reuters est archétypique de la campagne de “démonisation” de Snowden, selon la consigne-Système dans ce sens, très largement appliquée aux USA par la presse-Système. (Voir par exemple la chronique de Justin Raimondo sur Antiwar.com du 12 juillet 2013.) Greenwald observe justement que Reuters omet l’affirmation essentielle de son interview qui est que Snowden ne veut pas publier ces documents explosifs parce qu’il ne veut pas causer “gratuitement” du tort aux USA (au gouvernement US). Le principal passage de la réplique de Greenwald concerne le premier point des trois qu’il développe. (Le souligné en gras est de l’auteur.)

«The oft-repeated claim that Snowden's intent is to harm the US is completely negated by the reality that he has all sorts of documents that could quickly and seriously harm the US if disclosed, yet he has published none of those. When he gave us the documents he provided, he repeatedly insisted that we exercise rigorous journalistic judgment in deciding which documents should be published in the public interest and which ones should be concealed on the ground that the harm of publication outweighs the public value. If his intent were to harm the US, he could have sold all the documents he had for a great deal of money, or indiscriminately published them, or passed them to a foreign adversary. He did none of that.

»He carefully vetted every document he gave us, and then on top of that, asked that we only publish those which ought to be disclosed and would not cause gratuitous harm: the same analytical judgment that all media outlets and whistleblowers make all the time. The overwhelming majority of his disclosures were to blow the whistle on US government deceit and radical, hidden domestic surveillance.

»My point in this interview was clear, one I've repeated over and over: had he wanted to harm the US government, he easily could have, but hasn't, as evidenced by the fact that – as I said – he has all sorts of documents that could inflict serious harm to the US government's programs. That demonstrates how irrational is the claim that his intent is to harm the US. His intent is to shine a light on these programs so they can be democratically debated. That's why none of the disclosures we've published can be remotely described as harming US national security: all they've harmed are the reputation and credibility of US officials who did these things and then lied about them...»

L’“irrationalité” du gouvernement US

Les deux autres points de l'article de Greenwald concernent l’“irrationalité” du gouvernement US, qui a bloqué lui-même Snowden en Russie (en lui retirant son passeport lorsqu’il est arrivé à Moscou), qui le poursuit de sa vindicte, etc. Au contraire (troisième point), le gouvernement US devrait “prier à genoux” pour qu’il ne lui arrive rien, etc. (voir plus haut).

Un “détail” (ou plutôt une interprétation ?) est tout de même à signaler, qui nous paraît une éventuelle contradiction de Greenwald, – tout de même sur un point assez sensible, – ou bien est-ce alors une indication d’une procédure implicite. Dans son interview, Greenwald dit : «...Already distributed thousands of documents and made sure that several people around the world have their entire file.» Cela signifie, ce qui est logique, que tous les documents, y compris les plus “explosifs“ à ne publier qu’“en cas de malheur”, sont distribués aux personnes de confiance qu’a choisies à Snowden, et il paraît tout simplement impossible que, dans ces personnes, ne figure pas Greenwald au premier rang, certes... Mais, dans son article du Guardian, Greenwald écrit (comme précédemment, le souligné en gras est de nous) : «That has nothing to do with me: I don't have access to those “insurance” documents and have no role in whatever dead man switch he's arranged.»

L’explication pourrait être, – ce qui nous semble avoir déjà être évoqué lorsqu’on a déjà parlé de la distribution de ses documents par Snowden, sans mentionner ceux qui sont “explosifs“ et à ne pas publier, – que l’accès aux documents “à ne pas publier” n’est possible que par l’activation d’un moyen d’accès utilisable, ou à n’utiliser (?) qu’“en cas de malheur” (du type “à ne lire qu’après mon décès”)... Mais, pour cela, et à moins d'un dispositif extraordinaire, il faut tout de même la coopération de celui qui dispose de ces documents, qui n’est pas nécessairement un notaire assermenté...

La psychologie idéaliste de Snowden

Toutes ces révélations, affirmations, supputations, etc., notamment et essentiellement autour de l’idée que Snowden ne veut pas infliger “des coups gratuits” aux USA, correspond assez bien au portrait psychologique généralement fait de lui et qu’on s’est fait de lui, et notamment répercuté avec force et constance par Greenwald, d’un jeune homme idéaliste et qui veut agir pour forcer à des réformes fondamentales.

(On sait que d’autres ont une vision complètement différente de Snowden, bien sûr ; celle d’un “traître“, de la part du Système et sans la moindre surprise ; celle d’un “agent provocateur” agissant dans le cadre d’un montage gigantesque type-CIA, NSA & Cie, de la part de commentateurs souvent “dissidents” et/ou “complotistes”... Nous laisserons tout cela de côté, notamment la deuxième version, pour ne pas surcharger nos pauvres méninges et parce que, de plus, il est impératif de travailler ici à partir des données de base que nous fournit Greenwald dans son interview... Après tout, Greenwald pourrait être lui-même, selon ce type de supputations, un “montage gigantesque“, – mais cela et ce qui précède font partie de “la suite au prochain numéro” et plutôt à laisser aux bons soins de l’inconnaissance.)

Ces constats psychologiques concernant Snowden et le reste, notamment l’interdiction de Snowden d’“attaques gratuites” contre les USA utilisant les documents “explosifs” pour l’instant interdits d’accès, éclairent complètement les remarques que certains ont jugées énigmatiques de Snowden lors de sa conférence de presse du 12 juillet à l’aéroport de Moscou (voir le 13 juillet 2013) :

«No actions I take or plan are meant to harm the US... I want the US to succeed» Dans ce cas, “Je veux que les USA réussissent” à quoi ? Réponse indirecte de Greenwald par citation de son article déjà cité : «His intent is to shine a light on these programs so they can be democratically debated.»

“Étrange, vous avez dit étrange...”

•Revenons maintenant sur Poutine et sa déclaration du 1er juillret 2013 concernant l’asile politique qu’il offrait à Snowden. On y est déjà revenu dans la même Note d’analyse du 13 juillet 2013 : «President Vladimir Putin says NSA leaker Edward Snowden may stay in Russia, if he wants to, but only if he stops activities aimed against the United States. “There is one condition if he wants to remain here: he must stop his work aimed at damaging our American partners. As odd as it may sound from me...”»

A la lumière de ce qui précède, cette déclaration qui était plutôt inattendue semble s’éclairer : la demande de ne pas “chercher à causer des dommages à nos partenaires américains” ; et surtout la dernière observation “Aussi étrange que puisse vous paraître d’entendre cela dans ma bouche...”, qui pouvait paraître simple ironie, d’ailleurs un peu limite, et qui s’éclaire sans aucun doute... (Tout cela, d’autant que l’ironie était peu justifiée, car Poutine n’a jamais affirmé qu’il voulait “causer des dommages” aux USA et il est assez peu dans son habitude de développer des remarques agressives à l’encontre des USA ; par conséquent, l’entendre dire que Snowden doit “cesser de causer des dommages à nos partenaires américains” n’a rien d’“étrange”.)

 

Mais faire l’observation que ces remarques de Poutine sont rétrospectivement éclairées par les affirmations de Greenwald, c’est implicitement envisager l’hypothèse que Poutine est et était au courant dès le 1er juillet de la possession des documents explosifs de Snowden, qu’il en connaissait même le contenu précis dans une certaine mesure. Est-ce le cas, ou plutôt est-ce possible ? Laissons de côté les spéculations un peu trop faciles, selon lesquelles les SR chinois et russes ont obtenu tout ce qu’ils voulaient de Snowden, qu’ils ont réussi à obtenir une copie de ses documents par tel ou tel moyen de pression, ce qui est une hypothèse passepartout, dans la presse-Système, du type de l’expert-Système qui vous dit à propos de PRISM et de la NSA “mais tout le monde est au courant”. (Par exemple, le 13 juillet 2013 dans Russia Today, cette affirmation à l’emporte-pièce et sans la moindre base d’élaboration ni même de bon sens, du type lancé régulièrement dans le tohu-bohu des révélations-Snowden et pour les discréditer ou les marginaliser certes, du commentateur londonien Aleksandr Nekrassov : «There is nothing new that we didn’t know. This spying went on for decades and the Americans actually invented the internet to spy on others...».)

Par contre, on peut imaginer que Poutine ait été mis au courant à la façon dont Greenwald lui-même nous met au courant, par quelque voie ou voix que ce soit, y compris par Snowden lui-même, et cela pour obtenir une certaine protection russe. Poutine est effectivement un dirigeant qui comprend l’intérêt de ne pas laisser aller la situation jusqu’à une divulgation des documents impliqués tels qu’ils sont définis par Greenwald. Plus centriste qu’on ne dit, de toutes les façons réaliste, il suit deux voies qu’ils essaient de tenir parallèles : la défense des intérêts russes bien entendu, et pour cela le soutien de l’établissement de relations internationales multipolaires. Mais aussi, la recherche objective d’une remise en ordre des relations internationales en s’appuyant sur le respect des principes et de la légalité internationale. (La politique russe en Syrie s’appuie sur ces deux éléments.)

Certes, ces deux voies le placent parfois, sinon souvent, en confrontation avec les USA. Mais le cas Snowden à la lumière des révélations de Greenwald est complètement différent, brutalement explosif, une espèce de cas espèces, “nucléaire”, qui renverse complètement la perspective. Il s’agit de la possibilité d’une déstabilisation extrêmement forte du gouvernement US, jusqu’à une menace d’effondrement, qui modifie évidemment et complètement l’orientation perspective pour Poutine, tant une telle perspective est un facteur de désordre mondial considérable. D’adversaire occasionnel des USA, Poutine deviendrait un allié temporaire des USA en cherchant à protéger la stabilité de leur gouvernement parce qu’il s’agit d’empêcher un immense choc de désordre au niveau mondial.

L’exotique Sorcha Féal

Ici intervient un facteur exotique qui doit être mentionné. On connaît notre fréquentation épisodique et fort suspecte du site WhatDoesItMeans, d’un ou d’une nommé(e) Sorcha Féal (mais aussi, d’une nommée Sister Clara). Nous avons donné à l’une (voir le 27 février 2012) ou l’autre (voir le 11 mai 2012) occasion notre analyse de ce que nous jugions de ce site. A boire (énormément) et à manger (juste de quoi parfois picorer).

D’autre part, si l’on accepte l’interprétation de certains, en assez grand nombre, selon lesquels WhatDoesItMeans est un site de désinformation manipulée plus ou moins indirectement par le FSB russe, nous pourrions accepter l’hypothèse de la nationalité mais nous renverserions complètement la fonction. La définition de “désinformation” est un «mélange d'informations réelles et fausses, destiné à tromper». Il ne s’agirait alors pas, principalement dans le chef de ce site, d’une désinformation négative (la matière de WhatDoesItMeans est souvent trop grossière, vraiment, pour faire passer cette démarche) mais plutôt de quelque chose qu’on pourrait nommer “désinformation positive”, avec une définition telle que “mélange d’informations réelles et fausses, destiné à informer secrètement”, valant pour certains textes ; c’est-à-dire une vérité perdu dans un océan de mensonges, qu’on peut ainsi faire passer pour informer qui de droit ou qui de nécessité sans trop alerter à ce sujet... Dans ce cas, le caractère grossier et lunatique de WhatDoesItMeans devient une condition de la formule, comme une couverture pour ces “vérités” à faire passer.

Poutine cloué de peur

Si nous prenons toutes ces précautions méthodologiques, c’est parce que le site What Does It Means qui publie souvent dans ces périodes de crises exotiques et extraordinaires, semble avoir été figé le 2 juillet 2013, avec un article présenté par ce titre : «Snowden Revelations Strike Fear Into Putin». (“Figé” justement jusqu’au 15 juillet 2013 avec un article sur l’affaire Zimmerman, c’est-à-dire une fois l’interview de Greenwald à La Nacion réalisé avec la diffusion des informations sur Snowden désormais réalisée par un autre canal.)

Quelques extraits de ce texte du 2 juillet... On y trouve quelques affirmations qui prennent une singulière dimension à la lumière de l’interview de Greenwald, mélangées à d’autres qui paraissent roborativement farfelues. Ainsi va la méthode, si c’est le cas... (Et si c’est une coïncidence, on admettra qu’elle vaut le détour.)

«During the past two months I’ve watched in absolute awe and amazement the events which have seen a 30-year-old American high-school dropout consciously declare a personal war against the entire United States Federal Government that to this very day continues to shock the entire world, and so much so that even Russian President Putin is now in fear of what this man may reveal next.

»This most unlikely of hero’s is named Edward Snowden, whose skills and computer expertise allowed his rise through the both the US Central Intelligence and National Security Agencies to his final job at the American mega-intelligence defense firm of Booz Allen, a position he acknowledged he took in order to gain access to Americas most closely guarded secrets... [...]

»But the worst of what Snowden has yet to reveal is what has caused former US President George W. Bush to rush to Tanzania to meet with Obama and for Putin to say today that Snowden may stay in Russia, if he wants to, but only if he stops activities aimed against the United States. “There is one condition if he wants to remain here: he must stop his work aimed at damaging our American partners. As odd as it may sound from me,” Putin told a media conference in Moscow.

»However, as “odd” as Putin’s statement may be to others, for those of us who have seen what Snowden has to tell there are no words to describe the terror his revelations have the potential to unleash upon the entire world. The truth about the events of 11 September 2001 and who was behind it? Snowden’s got it. The truth about the many assassinations of prominent researchers and scientists investigating viruses? Snowden’s got it. The truth about what are called chemtrials? Snowden’s got it. The truth about crop circles and the “power” behind their making? Snowden’s got it.

»And, perhaps, the most important: The truth behind the 9 December 2009 Norway Spiral and how that event ties in with the Norwegians now buying Bibles in record numbers and the information released by the Sorcha Faal in her seminal 2010 book titled “Battle Begins For Throne of This World: The Return of the Einherjar Warriors”.

»Now as you can fully understand, while at the same time the information we have we want you to know too, when even Putin is frightened enough to say Snowden must stop his work to stop damaging “our American partners,” our fears are not only justifiable, but sanely prudent.»

Certes, il s’agit bien d’un complément exotique, comme tout ce qui concerne WhatDoesItMeans, mais on admettra que ce complément est d’une singulière pertinence... Sans aucun doute, si coïncidence il y a comme suggéré plus haut à côté du reste, elle vaut non seulement mention, mais considération très intéressée, comme si le Ciel s’intéressait parfois à Sorcha Faal.

Obama à contretemps

Reste pour nous un dernier point à noter, qui concerne l’attitude du président Obama. On a vu à plusieurs reprises, et encore le 13 juillet 2013, l’attitude d’Obama le 28 juin 2013, en Afrique et donc loin de Washington et de ses pressions, marginalisant l’importance de l’affaire Snowden. Nous notions : «A notre sens, c’est cette analyse qui a poussé Poutine à prendre publiquement la position qu’il a annoncée le 1er juillet (voir plus haut), qui venait trois jours après l’intervention d’Obama, alors dans son périple africain, lors d’une conférence de presse.» Cette observation vaut d’autant plus dans le cadre de l’hypothèse suscitée par l’interview de Greenwald, Poutine pouvant à ce moment imaginer que l’attitude d’Obama allait dans le sens de ménager Snowden pour ne pas susciter les révélations explosives.

Il n’en était rien, et nous ferions désormais plutôt l’hypothèse qu’Obama n’avait pas encore été “briefé” par le Système. Sa position actuelle (voir la réaction de la Maison-Blanche à l’idée d’un asile politique de Snowden en Russie) rencontre plutôt cette attitude dénoncée par Greenwald («The US.. [...] acted with wild irrationality... [...] As a result of the documents he has, I said in the interview, the US government should be praying for his safety, not threatening or harming it.»)

La fureur du Système et son hybris

Car là est bien le problème... C’est moins au gouvernement US qui est dans un état de grand désordre et qu’on ne peut considérer comme une entité capable d’orientations précises, fermes et rationnelles, qu’au Système que nous avons affaire. Faire entendre raison au Système est une tâche herculéenne, qui dépasse évidemment l’appel à la raison, surtout quand elle est assortie d’une menace qui met la surpuissance du Système en cause, et provoque nécessairement son hybris. Il nous étonnerait donc grandement que le Système entende la voix de la raison que tente de faire entendre Greenwald, et qu'il lâche sa proie, Snowden, parce que sa surpuissance et son intelligence de la situation du monde sont tout entiers guidés par l’hybris.

L’on comprend désormais, si Greenwald dit vrai et s’il est bien informé, – et il n’y a vraiment aucune raison pour que ce ne soit pas le cas tant cet homme nous a donné de preuves de sa droiture et de son expérience professionnelle, – que l’enjeu est d’une extraordinaire importance et d’une puissance considérable. Les révélations qu’évoque Greenwald sont d’un calibre colossal («...enough information to cause more damage to the U.S. government in a minute alone than anyone else has ever had in the history of the United States»), et dans cela qui a figuré dans les publications déjà faites à partir du “fonds Snowden” rien n’approchant leur volume supposé de puissance et d’effets politiques. Dans l’actuel climat d’infrastructure crisique, de crise générale de confiance du public, d’impuissance et de division des directions-Système, on comprend que leur révélation causerait un choc qui pourrait avoir des répercussions difficiles à imaginer et, surtout, hors de tout contrôle... Et le Système, dans sa fureur d’hybris, est capable d’effectivement provoquer cela en continuant à poursuivre Snowden jusqu’à une situation où l’activation des révélations de la partie cachée du “fonds Snowden” serait possible. Il est manifeste que personne à Washington, à la NSA, dans les studios de la CBS, dans des forteresses d’hybris comme le CFR ou la Rand Corporation, n’imagine une seconde devoir traiter avec un freluquet comme ce Snowden.

Le “freluquet de 30 ans” et le sort du monde

Il est assuré, au contraire, à notre sens, que Poutine, lui, imagine de traiter avec un Snowden s’il le faut. Du moins, on a bien la sensation que le président russe comprend la charge explosive considérable de cette affaire selon la présentation qu’en fait Greenwald, et une charge explosive qui peut provoquer des effets de souffle dévastateurs dans tous les sens, tandis que, de l’autre côté, le Système n’est capable que de hurler “vengeance ! vengeance !”.

On observera que l’hypothèse développée ici (notamment sur le rôle de Poutine) est extrêmement, voire complètement différente de celle qu’on développait le 13 juillet 2013. Elle ressort plutôt de la dimension smutnye vremya développée le 10 juillet 2013. Pour autant, elle n’en est pas nécessairement antagoniste et aucune des deux n’est exclusive de l’autre. L’une et l’autre sont plutôt le témoignage de l’extraordinaire diversité de cette crise Snowden, celle qui est d’ores et déjà réalisée, celle qui est potentielle. Enfin, on ajoutera la discrétion extrême qui a accompagné le fond même des affirmations extraordinaires de Greenwald à La Nacion, alors que le sérieux de l'affaire Snowden et de Greenwald lui-même est avéré et a été largement confirmé par le système de la communication ; selon notre habituelle appréciation des réactions de la presse-Système et du système de la communication qui va avec, c'est un signe de leur importance, sinon éventuellement de leur véracité.

Il s’agit plutôt d’envisager l’hypothèse que nous progressons, avec la crise Snowden et ses potentialités, sur une terra incognita d’une extraordinaire texture et d’une perspective à mesure, où le système du technologisme, au nom du Système tout court, renverse dans un fantastique mouvement de sa surpuissance transmutée en dynamique d’autodestruction, son invincibilité proclamée comme unique en une vulnérabilité à mesure, et tout cela par le biais d’un freluquet de 30 ans... Tout se passe comme si, dans certaines conditions qui pourraient éventuellement se trouver réunies, le “freluquet de 30 ans“ tenait le sort du monde entre ses mains, – d’ailleurs sans bien réaliser la chose, lui qui rêve d’un réformisme idéaliste et qui n’a d’autre programme, certes assez touchant, que celui-ci : «I want the US to succeed» Comme on le sait, comme on l’a rappelé encore récemment (le 10 juillet 2013), «On le voit, dans cette conception [de Joseph de Maistre] de l’histoire, la place de l’action humaine est réduite. L’homme n’étant jamais qu’un “outil de Dieu”, il joue un rôle secondaire dans la formation des événements. Il a certes la possibilité d’agir, mais les effets qu’il obtient échappent à sa volonté. Ainsi, il est fréquent qu’“en courant à un certain but”, il en obtienne “un autre”...»

 

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