Glossaire.dde : l’effet-Janus

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Glossaire.dde : l’effet-Janus

3 août 2020 – Voilà une formule, “l’effet-Janus”, dont nous faisions grand usage, et qui mérite bien d’être, enfin, un sujet de cette rubrique. Par ailleurs, c’est-à-dire “en même temps”, on comprendra aisément que ce sujet est
1) un prolongement très souvent constaté de l’observation constante et de la réflexion à propos du système de la communication, et par conséquent, et surtout ;
2) une confirmation, sinon un renforcement du constat de la fantastique puissance de ce système qui est aujourd’hui, et de loin, la véritable mesure et le premier outil de la puissance.

Les circonstances générales elles-mêmes invitent à un tel développement. Nous y reviendrons plus loin mais d’ores et déjà nous les mentionnons car il est bon de savoir dès le début de cette lecture qu’elles justifient amplement d’inclure ce sujet de l’effet-Janus dans le Glossaire.dde. Ces circonstances nous disent, selon notre perception que nous espérons intuitive, que jamais la “fantastique puissance” du système de la communication n’a été aussi fantastique, jusqu’à nécessairement suggérer de parler de ‘surpuissance” pour se référer à l’équation ‘surpuissance-autodestruction’. Les deux épisodes crisiques essentiels de l’actuel tourbillon-crisique, – le Covid19 avec ses catastrophiques conséquences économiques et psychologiques, et les troubles dits par nous de la Grande-Émeute2020, essentiellement aux USA, – sont pour le principal sinon quasi-exclusivement suscités du point de vue opérationnel et dans leur dimension politique et métahistorique par le système de la communication.

Il va de soi, bien entendu, – c’est une donnée absolument essentielle, – que ces deux épisodes crisiques doivent être considérés comme des productions de l’effet-Janus, et comme tels développer des aspects antiSystème à la même mesure de puissance que les développements de la communication activés par le Système. Cela signifie qu’au point de développement de la GCES où nous sommes, la communicationSystème produit quasi-automatiquement, comme une production en mode mimétique verrouillé, son double négatif de communication-antiSystème.

Les circonstances actuelles sont d’une telle intensité et d’une telle originalité que l’on peut avancer l’hypothèse, que nous expliciterons plus loin, que notre époque ne dépend plus de l’histoire-courante et mais s’inscrit directement dans la métahistoire. Par conséquent, il y a ce phénomène extraordinaire que nous vivons dans une époque qui n’est plus physique, mais directement métaphysique. Là aussi, l’effet-Janus joue un rôle-moteur essentiel dans ce phénomène.

D’où vient pour nous l’effet-Janus ?

Au plus loin que remonte le moteur de recherche du site dedefensa.org (qui est si loin d’être parfait, donc référence si relative), le mot “Janus” apparaît dans l’importance spécifique qu’on lui reconnaît, pour la première fois le 10 mai 2010. On dirait, un peu par intuition, qu’il apparaît pour la première fois “en tant que concept” même si cette catégorisation est tout juste implicite, donc complètement inconsciente à cette époque ; on dirait donc également que le mot “Janus” a déjà dû être employé auparavant mais d’une façon qui ne satisfait pas la réflexion proposée ici, donc laissée de côté et nous évitant une recherche sans espoir...

Le passage où Janus-concept apparaît de cette façon, déjà comme défini assez précisément, se fait sous l’intertitre assez leste et provocateur de « Le système de la communication, ce Janus-putain » ; l’idée est aussitôt reprise (avec un ajout de ce jour, [entre braquets], résumant la suite du propos) :

« La “révolte populaire” n’a pas de plus grand allié que le système de la communication, qui est pourtant l’une des grandes branches d’action du système anthropotechnique qui nous domine, au côté du système du technologisme. Le système de la communication est un Janus. Conçu pour enfoncer les dernières résistances des forces structurantes, et notamment des “forces populaires” lorsqu’elles réagissent dans ce sens de la résistance, il est effectivement capable de faire déferler un torrent de propagande, d’inventer le virtualisme et de le développer jusqu’à l’hystérie pathologique, de faciliter la diffusion de l’“hollywoodisme” jusqu’à complète castration et stérilisation des cultures et des psychologies, de développer la pub-people jusqu’à complète éviscération des neurones des esprits trop tendres. En même temps, parce qu’il est d’essence marchande et globalisante, il met à la disposition de qui le veut et qui peut s’avérer consommateur à un moment ou l’autre, c’est-à-dire du peuple en général, [et du peuple en “révolte populaire” par conséquent,] tous les moyens possibles de la communication. C’est un Janus qui serait aussi une putain. »

Le Janus-concept est ici utilisé pour la première fois à propos d’exemples de cas parcellaires de “révoltes populaires” et il sera utilisé plus systématiquement avec le phénomène de “chaîne crisique” du soi-disant “printemps arabe” commençant en décembre 2010. A partir de là, il entrera dans notre arsenal dialectique, mais il n’aura pas l’honneur d’un Glossaire.dde avant ce texte présent. Nous réparons un grave oubli, pour des raisons impératives qui se devinent évidemment.

L’idée-maîtresse du concept dit “effet-Janus” est pourtant très fortement présente dans notre propos depuis très longtemps dans l’histoire du site, elle précède même l’existence opérationnelle du site, et d’une façon générale comme “l’existence précède l’essence”. On peut dire qu’elle apparaît comme sujet-central d’un propos et non comme remarque accessoire, avec la guerre du Kosovo de 1999, sous l’idée du concept de “nouveau Samizdat” : « Notre Samizdat globalisé » le 10 juillet 1999, « Internet-boomerang » le 23 janvier 2003,  « Notre Samizdat globalisé (suite) » le 31 mai 2004, « “Notre Samizdat” devient un pouvoir » le 26 août 2005, etc. Dans tous les cas dès cette époque (Kosovo, 1999), un effet du système de la communication est opérationnellement mais sans identification présenté comme une arme antiSystème alors que le système de la communication tel qu’il est devenu est une création du Système.

De l’“effet-Janus” au “modèle-Janus”

Il s’agit donc d’une idée ancienne qui, en quelque sorte, accompagne naturellement l’installation comme concept essentiel du système de la communication, mais qui ne bénéficie pas, pendant tout ce temps, d’un intérêt conceptuel propre. Dans le Glossaire.dde du 14 décembre 2012, auquel nous renvoyons souvent lorsque nous parlons de l’effet-Janus, il est traité plus en détail selon une approche qui commence à être conceptuelle sans l’être complètement, dans le sujet « Technologisme versus communication », sous l’intertitre « État présent du système de la communication (effet-Janus) », – que nous reprenons et rappelons ci-dessous.

(Le texte signale également la prise en compte, selon notre analyse, de l’entrée du système de la communication dans un processus révolutionnaire qui est également une « phase d’inversion vertueuse » C’est mettre encore plus en évidence l’importance de l’effet-Janus.)

« Aujourd’hui, le système de la communication est entré dans des convulsions révolutionnaires et dans une formidable phase d’inversion vertueuse. C’est ce que nous nommons le “modèle-Janus” avec son opérationnalisation qui est l'“effet-Janus”, auquel nous nous sommes déjà souvent référé sur ce site, à l’occasion de  tel  ou  tel  événement.
» Le système de la communication est plus puissant qu’il n’a jamais été, grâce à l’apport massif de nouveaux moyens et de nouvelles possibilités d’arrangement du matériel diversité/complexité. Il a démontré dans son histoire son savoir-faire, son extraordinaire capacité à donner le “crédit de la vérité” à l’univers dont il pénètre ceux qu’ils touchent, en faisant en sorte que tout se passe comme si ces “élus” y pénétraient à leur façon et en toute liberté. Mais cet univers est changeant, selon les circonstances et la puissance des sources qui alimentent ce système, c’est-à-dire que le système ne détermine des univers qu’en fonction des impulsions qu’il reçoit, sans se soucier du sens des choses. Ainsi le système de la communication est-il par-delà le Bien et le Mal, notamment par rapport à l’échelle de valeurs du Système dont il devrait être pourtant la créature ; il se révèle, au bout du compte, pour le Système, trompeur et déloyal dans des occasions importantes (tout en restant nécessaire au Système).
» Les changements révolutionnaires dont nous parlons sont apparus dans les années 1980 et 1990. On les connaît : il s’agit principalement de l’Internet et de tout ce qui l’accompagne. Le phénomène a pris des dimensions inouïes et est devenu aujourd’hui un fait de société qui n’est pas loin d’être un fait critique de civilisation, un fait capable de changer la civilisation en la dénonçant dans sa vérité de contre-civilisation. Il n’est pas moins connu de tous que ce fait fondamental a nourri le plus formidable système antiSystème qu’on puise imaginer, sous la forme d’une alternative antagoniste à toutes les orientations et sources d’information du Système, jusqu’à faire de l’Internet le modèle de la dissidence. Le système de la communication a contribué d’une manière extensive, avec toute sa puissance, on dirait presque par obligation de nature, à la constitution de l’Internet en système majeur d’information. Nous irions jusqu’à poser l’hypothèse que le système de l’information, par goût naturel de développement de sa propre puissance sous toutes les formes que ce soit, a puissamment aidé à la structuration de l’Internet en un système d’information au moins équivalent à celui du Système (presse-Système et le reste), et un système d’information radicalement différencié du reste, ayant sa propre spécificité. Aujourd’hui, l’Internet est un système dominant, que le système d’information du Système ne peut ignorer alors que lui-même (l’Internet) peut, s’il le veut, complètement ignorer le système d’information du Système.
» Certains ont fait de l’Internet et de tout ce qui l’accompagne un fait historique aussi important que Gutenberg et l’imprimerie. Nous accepterions l’analogie à condition de la classer pour ce qu’elle est en vérité, notamment en l’extrayant de la prison de l’interprétations par la seule vision progressiste de la modernité : fait aussi important que Gutenberg et l’imprimerie, certes, mais dont on découvre chaque jour un peu plus, avec la perspective métahistorique nouvelle que nous donne la crise terminale que nous vivons, qu’il se développe contre Gutenberg et l’imprimerie. Cette interprétation implique, au-delà de tous les appréciations romantiques et progressistes sur la culture populaire ou la popularisation de la culture, que l’imprimerie fut également, notamment et à notre sens essentiellement, par l’action qu’elle permit de développer au niveau de l’influence à partir de la Renaissance et surtout des Lumières, le moyen le plus puissant préparant le  “déchaînement de la Matière”. C’est elle qui permit le triomphe du protestantisme, du progressisme déstructurant, l’attaque contre la tradition, [la décadence catastrophique du catholicisme], etc. C’est elle qui permit la révolution américaniste autant que la Révolution française et, bientôt, l’établissement du Système dans toute sa puissance [à l’ombre de la bourgeoisie moderniste et triomphante du XIXème siècle]. Selon cette hypothèse, c’est contre tout cela, et donc contre Gutenberg, que se mit en place et que se développa l’Internet comme système antiSystème. (Nous voulons donner ce jugement du point de vue métahistorique, quelques nuances positives que l’on puisse apporter à ces divers phénomènes. Ce qui nous importe en l’occurrence est l’effet fondamental que nous constatons, et la contribution primordiale qu’apporta à cet égard l’imprimerie, dans le sens que nous disons.)
» L’immense événement du XXIème siècle selon ce point de vue de l’organisation des systèmes, et la non moins immense surprise, ce serait donc de découvrir combien le système de la communication offre à la psychologie, avec l’Internet, une diversité/complexité qui s’organise en un monde de dissidence. L’intérêt non moins immense de cette situation est que le Système, par l’organisation même qu’il a voulue, ne peut se passer du système de la communication qui continue à le servir par certains aspects, et qui est parallèlement en train de le dévorer. »

Complexité du système de la communication

Nous ajouterons une précision concernant la définition du ‘système de la communication’, et à notre sens ce pourquoi il est créateur de son propre effet-Janus.

Dans le Glossaire.dde du 17 novembre 2018 :

« Cette sorte d’hypothèse nécessite, pour être bien comprise et explicitée, une définition serrée et précise de ce que nous entendons par système de la communication. Nous nous reportons pour ce faire à une appréciation donnée par PhG le 2 juillet 2018 dans son Journal-dde.crisis, où l’on voit que le système de la communication se différencie décisivement du concept classique de “système de communication” par l’apparition d’une dimension créatrice en lui-même... Le “système de communication” étant un simple transmetteur de l’information sans aucune prétention à l’organisation et à la structuration de la connaissance tandis que le “système de la communication” est un transmutateur qui organise l’information de façon à susciter par cette activité la connaissance élaborée à quoi peuvent être utilisées ces informations :
» “Ainsi se trouve, je pense, suggérée la véritable définition du système de la communication (et la raison, jusqu’ici assez intuitive, pour laquelle j’ai tenu depuis quelques années à écrire “système de la communication” et non “système de communication”). La “communication” dans ce cas n’est pas un simple outil, elle est une matrice féconde. Le système de la communication n’est pas seulement un transmetteur, il est aussi et d’abord un transmutateur ; il ne fait pas que transmettre, il transmute ce qu’il transmet, et pour revenir à notre propos, il transmute les informations en “actes” en même temps qu’il les transmet, par la façon qu’il les transmet, par la dynamique qu’il y met, par la forme même qu’il donne au tout.
» ”Je ne crois pas, bien entendu, que cette action soit simplement mécanique et dynamique. Je crois qu’à considérer cette situation sans précédent possible d’aucune sorte, cette action de transmutation exercée par le système de la communication  répond à un sens fondamental, dont l’inspiration échappe à tout contrôle humain. Bien entendu je ne parle évidemment pas du contenu des nouvelles (“Allez jouer avec vos FakeNews”, comme Montherlant disait « Va jouer avec cette poussière »), mais bien  de l’essence même de cette forme absolument inédite d’un système agissant directement sur la manufacture de la métahistoire en ignorant superbement, comme l’on méprise, l’histoire événementielle à laquelle nous sommes habitués et dont le Système a si habilement abusé.” »

Le système de l’effet-Janus

Pour monter l’évolution dans notre esprit de l’importance et de l’efficacité du phénomène, nous dirions qu’il faut désormais classer l’effet-Janus comme un “système” (“système de l’effet-Janus”) au même titre, par référence au texte cité, que le “système du technologisme” ou le “système de la communication”.  Il s’agit d’un “système”, donc d’un “phénomène en soi” (et non plus “conséquence d’un phénomène”), donc d’un “concept” (et non plus conséquence d’un “concept”). Il faut même lui accorder la possibilité d’une ontologie propre : ce que nous nommons “effet-Janus” est essentiel, ontologiquement lui-même, parce que complètement, ontologiquement détaché de ce qui lui donna naissance.

En d’autres mots, l’“effet-Janus” est antiSystème non par effet de rebond, mais par sa nature, ontologiquement (bis repetitat). Cette évolution suit celle du système de la communication, développé certes par le Système mais qui se retourne de plus en plus contre lui, du fait des véritables antiSystème eux-mêmes, par souci tactique et manipulation de la force de l’adversaire pour la retourner contre lui (“faire aïkido”, qui est la translation en art martial de l’effet-Janus), mais aussi du fait des faux antiSystème et des zombieSystème eux-mêmes qui ne retrouvent ni n’identifient plus les positions et les intérêts du Système tant est grand le désordre que sème le Système en mode de surpuissance. En vérité, le Système qui a établi des structures ordonnées pour servir ses ambitions et accomplir son œuvre de destruction, agit en mode surpuissance d’une telle force qu’il fait voler en éclats toutes les structures et tous les rangements, c’est-à-dire celles qu’il avait organisées à son avantage croyait-il...

Ainsi la surpuissance du Système produit-elle de plus en plus exclusivement  l’autodestruction du Système.

Tout cela revient à dire que le système de la communication et l’effet-Janus devenu concept tendent à se fondre l’un dans l’autre et à se confondre, au profit des caractères du concept-Janus. En d’autres termes, il n’existe plus grand’chose du système de la communication créé par le Système dans sa puissance présente, qui soit favorable au Système. Le système de la communication pourrait alors être rebaptisé “système de l’effet-Janus”..

« Déconstruire la structuration déstructurante »

Nous pouvons donc dire qu’aujourd’hui, le ‘système de l’effet-Janus’ vole de ses propres ailes, ou bien dire qu’il a quasiment remplacé, ou dévoré si l’on veut, le système de la communication, – ou bien encore, dire, d’une façon plus aimable et certes conviviale, que le système de la communication est tout simplement en train de morpher dans son entièreté en “système de l’effet-Janus”. Les événements depuis le début 2020 le montrent, selon notre point de vue...

L’un des signes les plus sûrs à cet égard est que, dans ces deux crises principales, on ne sait plus quelle thèse, quelle appréciation, quelle perception sont favorables au Système ; au contraire, toute prise de position dans n’importe quel sens, conduit à une dynamique ou à une dérive qui se morphe elle-même en effet-Janus. La cause en est que tout ce qui est communication est devenu nécessairement déstructurant et que toutes les structures en place sont aujourd’hui favorables au Système, ou constitutives du Système.

C’est le cas, déjà mentionné plus haut, du phénomène illustré par le texte « Déconstruire la structuration déstructurante » :
« Mais il se trouve que, selon l’évidence des techniques du Système qui manipule le tout en tant que déjection opérationnelle du “déchaînement de la Matière”, – le Grand’Oeuvre de la “déconstructuration”, pour être vraiment “grand”, doit se structurer lui-même et produire ainsi plus de son efficacité déstructurante absolument décisive grâce à ses propres structures déstructurantes. Malgré le foisonnement du terme, la rigueur de l’observation rend compte de sa simplicité : si l’on veut, pour détruire les créatures de Dieu, le Diable a besoin de se faire passer pour créature de Dieu ou Dieu Soi-même ; par conséquent, à un moment ou l’autre il s’attaquera à lui-même... Remplacez Dieu par “structuration”, le Diable par “déstructuration” qui a besoin de se faire passer pour Dieu en devenant lui-même structuration, et tout s’éclaire. »

Cette situation qui n’est obtenue que par effets et contre-effets indirects et passifs, produit, paradoxalement encore, un acteur diablement actif parce que paradoxalement peu sensible aux manœuvres politique. Par conséquent, peu lui importent des conséquences politiques qu’il ne distingue pas et auxquelles il est indifférent, – mais qui sont, à notre grande satisfaction, systématiquement antiSystème.  

Une situation (méta)historique unique

Ce qu’on peut constater dans une analyse de survol général de l’actuelle période historique, – en gros, depuis 9/11, – c’est le triomphe du système de la communication sur le système du technologisme (les deux systèmes formant les deux dynamiques principales du développement de la postmodernité/du Système né du “déchaînement de la Matière”). L’exemple le plus significatif est certainement l’actuelle phase crisique prise comme référence de l’aboutissement au stade actuel de la période, dont nous avons rappelé plus haut cette évidence que ses composants sont le produit d’un triomphe objectif du système de la communication : “Les deux épisodes crisiques essentiels de l’actuel tourbillon-crisique, – le Covid19 et la suite dans l’effondrement économique, et les troubles Grande-Emeute2020 essentiellement aux USA, – sont pour l’essentiel sinon exclusivement suscités par le système de la communication.”

(Au contraire, ces deux épisodes représentent, directement et indirectement, un échec du technologisme, surtout dans la crise du Covid19, – la perception d’un échec sanitaire, l’échec de grandes dynamiques du technologisme dans les suites économiques, notamment le transport aérien et l’industrie de l’aéronautique, l’échec de grandes concentrations d’activités telles que les bureaucraties, de type technologique selon nous [automatisme des actes, aucune préoccupation du but, etc.].)

Bien entendu, l’expression de “triomphe du système de la communication sur le système du technologisme” doit être perçue également dans le sens d’un “triomphe objectif”, de la sorte qui accouche d’un monde nouveau : la communication est partout présente, elle influence tout et rien ne se peut faire sans elle, – mais dès l’origine il apparaît qu’elle peut aller aussi bien dans le sens du Système que dans le sens de l’antiSystème, – effet-Janus oblige. Au contraire du technologisme, qui dépend entièrement de la technique et qui répond aveuglément aux ambitions de surpuissance du Système, le système de la communication, qui a évolué à une très grande vitesse, qui a échappé des mains de son créateur pour se retourner contre lui en devenant “effet-Janus”, a créé une sorte de ‘nouveau-monde’ qui agit de plus en plus furieusement, et de plus en plus intensément et exclusivement, dans le sens de l’antiSystème par le simple fait qu’il échappe aux normes et aux consignes du Système.

... Et nous sommes placés, comme l’on dirait “aux premières loges“ pour l’observation de ces événements et de leur évolution, notamment de la progression de l’effet-Janus, par ce fait absolument fondamental qui caractérise toute une époque, toute une crise qui n’a pas, qui ne peut avoir de précédent... Il s’agit de cette fameuse situation, que nous définissons régulièrement à partir d’une citation du livre de PhG de 2003 (*) ; cité encore récemment, ceci, avant de présenter la citation :

« Et plus que jamais, plus que tout ce qu’on pouvait imaginer, – justement, toujours cette impossibilité devenant possible, – se produit ce phénomène incroyable, tel qu’on l’avait signalé à propos de l’attaque du 11 septembre :
» “D’abord, il y a ceci : en même temps que nous subissions cet événement d’une force et d’une ampleur extrêmes, nous observions cet événement en train de s’accomplir et, plus encore, nous nous observions les uns les autres en train d'observer cet événement. L’histoire se fait, soudain dans un déroulement explosif et brutal, nous la regardons se faire et nous nous regardons en train de la regarder se faire. On sait également que ceux qui ont décidé et réalisé cette attaque l’ont fait parce qu’ils savaient qu’existe cet énorme phénomène d’observation des choses en train de se faire, et de nous-mêmes en train d’observer. Le monde est comme une addition de poupées russes, une duplication de la réalité en plusieurs réalités emboîtées les unes sur les autres.” »

Nous ne dirons jamais assez combien, nous concevons comme un fantastique facteur de déstabilisation, de déconstruction de toutes les planifications convenables, et finalement le principal de tous les effets-Janus du système de la communication, cette instantanéité du “en temps réel” de l’événement et de la perception de l’événement. L’instantanéité dans ce cas recèle un mystère insaisissable, – comme le débat autour des “variables cachées” dans la physique quantique. D’un point de vue pratique, elle implique l’impossibilité du contrôle, de la manipulation, de toute préméditation planificatrice. Elle se joue des complots, des théories, des idées et des ‘Grands Jeux’, des grandes perspectives du transhumanisme des petites mains pleines de $milliards et des folies du genre tourbillonnant comme des ‘valses à mille-genres’. De ce fait, non seulement le phénomène est “le principal de tous les effets-Janus du système de la communication” mais encore il est la poutre-maîtresse de la période révolutionnaire que nous vivons depuis au moins le 11-septembre, – et à cause de lui, la subversion de la révolution se perd dans l’inversion aisément mise à nu et identifiable.

Aux premières loges

Si l’on prend l’actuel épisode comme celui de l’effondrement, – ce qui est effectivement notre conviction (voir le sujet GCES de cette rubrique Glossaire.dde), – alors on se trouve devant l’hypothèse qui est pour nous quasiment un constat qu’aucun événement, aucun effondrementimpérial’ et même civilisationnel dans tous les sens et niveaux des considérations historiques et métahistoriques n’a évidemment disposé dans la perception des êtres qui l’observent et le subissent, une telle dynamique de l’instantanéité, du “en temps réel” ; c’est-à-dire un tel crédit, une telle vérité-de-situation toute instantanée, amenant l’observateur, par l’intensité de son observation, à participer à la tension collective qui accélère le phénomène observé... Et tout ce que charrie le système de la communication est ‘en temps réel’, c’est-à-dire aussi bien l’effet-Janus bien entendu.

Cela induit une situation où les pseudo-“maîtres du monde” (“The Davos Crowd”, comme disent les initiés de la dérision du projet), ceux-là qui sont nécessairement des actionnaires zélés et obéissants au Conseil d’Administration du Système (avec la globalisation qui va avec), ces pseudos ne peuvent en aucun cas identifier et encore moins maîtriser l’effet-Janus avant que cet effet-Janus n’ait propagé son influence, notamment auprès des acteurs antiSystème qui observent les événements et savent bien l’allié formidable qu’ils ont dans l’effet-Janus. On le voit aujourd’hui, dans l’actuelle séquence crisique ; dans les deux épisodes parallèles (Covid19 et Grande-Emeute2020), on voit combien la principale victime est la dimension de l’autorité des structures qui sont nécessairement celles du Système, légitimes et à prétention régaliennes (inversion oblige) en un cas où l’on mettra aussi bien le symbolique que l’opérationnel.

(Voir le monde médical dans le cas du Covid19, les autorités diverses cédant devant la Grande-Emeute2020, – par habileté tactique pensent-ils, qui est en fait ressentie tout au fond des psychologies comme lâcheté infâme et méprisable de l’autorité perdue ; dans tous les cas et de toutes les façons, le monde politique, nécessaire courroie de transmission du Système, se tient constamment sur la défensive, dans l’attente épuisante de la prochaine surprise suscitée par ces forces qu’il croit contrôler.)

Le résultat pour ceux qui veulent observer les choses avec profit,–  profit spirituel, psychologique et intellectuel s’entend ; pour ceux qui n’ont aucun goût pour les aventures labyrinthiques et délicieuses pour l’affectivisme des simulacres du complotisme ; pour ceux qui savent distinguer les vérités-de-situation sans se croire choisis par les dieux... Pour ceux-là, le résultat de cette situation générale est qu’ils disposent de l’avantage unique de se trouver “aux premières loges”, avec une compréhension également unique de l’objet de leur observation, en train effectivement d’observer ce phénomène lui aussi et encore unique que nous offre l’année 2020.

Un monde métaphysique

Il est temps d’en venir à notre réflexion de conclusion qui est aussi la plus importante, et où le système de l’effet-Janus, en plus de tenir le rôle antiSystème qu’on a vu, se révèle comme un formidable éclaireur, un révélateur fondamental, un soleil resplendissant des “espaces infinies” pour nous permettre d’embrasser intuitivement dans quelle situation crisique hors des conceptions courantes nous nous trouvons. C’est ce que nous signalions dans ce texte, pour conclure notre introduction :

“Les circonstances actuelles sont d’une telle intensité et d’une telle originalité que l’on peut avancer l’hypothèse, que nous expliciterons plus loin, que notre époque ne dépend plus et s’inscrit plus dans l’histoire-courante, mais directement dans la métahistoire. Par conséquent nous vivons dans une époque qui n’est plus physique, mais directement métaphysique. Là aussi, l’effet-Janus joue un rôle-moteur essentiel dans ce phénomène.”

Cette hypothèse s’appuie sur le constat extrêmement puissant depuis le début de cette année d’une incompréhensibilité certaine des événements, avec l’effet-Janus d’un système de la communication fonctionnant en mode de surpuissance nous imposant nécessairement de revenir constamment à ce même “constat extrêmement puissant”, – et même aveuglant et écrasant pour ceux qui le refusent, qui le nient.

On fait également le constat que l’aspect ‘physique’ des événements incompréhensibles disparaissant au profit de leur immédiateté dans notre perception et, par conséquence évidente du fait de la différence ontologique à l’avantage de la métaphysique, nous sommes conduit à reconnaître l’exclusivité de l’aspect métaphysique pour les qualifier. Ce n’est pas que l’aspect événementiel perceptible et incompréhensible pour notre perception (à moins de spéculer dans la fantaisie comme font ceux qui nient tout cela) est surpassé, c’est qu’il disparaît complètement, ‘physiquement’ dirait-on.

L’hypothèse est donc qu’avec le système de communication nous donnant un accès immédiat à la perception dans le sens d’ouverture qu’offre instantanément l’effet-Janus, on passe directement de ce qui devrait être l’histoire-courante à la métahistoire, sans aucune transition, voire même sans passer par l’histoire-courante dont on pourrait alors croire qu’elle n’existe plus. Nous passons directement de l’événement vécu à la métahistoire, au point que l’on peut ‘vivre’ autant qu’interpréter tout événement, sur l’instant, “en temps réel”, du seul point de vue infiniment supérieur de la métahistoire... Tout se passe enfin, pour achever la logique de l’intuition, comme si le ‘temps-physique’ était devenu un ‘temps-métaphysique’, c’est-à-dire accédant directement à ce qu’est fondamentalement le Temps hors des contingences humaines... Pour “un temps”, temps crisique et critique, nous serions sortis de l'attraction humaine comme un engin spatial se dégage de l'attraction terrestre.

C’est notamment à partir de cette hypothèse théorique intuitive que nous nous sommes déjà risqués à des hypothèses opérationnelles hors de la perception courante et de la ‘logique’ de cette perception, malgré les cris d’orfraies de notre pauvre petite raison-courante, absolument scandalisée par les libertés ainsi prises par notre jugement... Pour prendre un exemple récent qui est celui des ‘univers parallèles’ :

« Ce que je perçois alors, c’est une situation d’univers parallèles, chacun portant des crises extrêmement graves, mais selon des structures et des réflexions de types très différents, et pourtant se référant au même pays, aux mêmes conceptions, aux mêmes références, mais perçus de façon très différente. Ce qui importe, ce ne sont pas les différences d’idéologies lorsqu’il y en a selon l’intérêt qu’on porte à ceci ou à cela, mais bien l’apparition d’un ‘modèle’ d’évolution crisique (des univers parallèles). La communication permet cela, en rendant compte en même temps de choses si différentes, sans trancher à propos de la réalité de l’une ou de l’autre. [...]
» Si l’on suit cette perception, ou bien cette intuition pour ne pas employer le mot ‘logique’, des univers parallèles, on en arrive, en plongeant dans les crises de déchirement idéologique, à justement considérer qu’elle ne sont pas des crises opposant des idéologies différentes, ni même seulement des perceptions différentes, mais bien des univers différents, qui cheminent sur la même voie, – ce pour quoi on les dit ‘parallèles’, – mais qui n’ont plus rien en commun, ou qui n’ont jamais rien eu en commun finalement. »

Nous sommes dans une situation si exceptionnelle que les équipements courants de la modernité, – la raison et sa morale de salon, l’hybris du technologisme, la satisfaction de soi de sapiens-sapiens et de toute la bande, – ne peuvent appréhender, mesurer, concevoir, ni accepter en un mot ; il est préférable alors d’ignorer ce qu’on ne peut percevoir, de nier ce qu’on ne peut voir. Pour le reste et pour ceux qui le jugent nécessaire, il convient d’habiller sa pensée d’une audace qui, dans ces temps si exceptionnels et hors des temps-courants, est la parure de la sagesse. L’effet-Janus nous invite à cette sorte d’exercice.

 

Note

 (*) Philippe Grasset, « Chroniques de l’ébranlement », éditions Mols, Bruxelles 2003.

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