• Parmi les signatures régulières que nous affectionnons et auxquelles nous prêtons grande attention sur le net, il y a celle du russe Dimitri Orlov. • Il est le créateur d’une forme de pensée que l’on pourrait désigner comme une “science de circonstance”, une “science” suscitée par les circonstances même que nous traversons et que nous décrivons et désignons nous-mêmes comme la Grande Crise de l’Effondrement du Système (GCES) : la “collapsologie”, ou “science de l’effondrement”. • Nous pensons que suivre régulièrement ses écrits est d’un intérêt qui rencontre complètement l’orientation de dedefensa.org : cela peut être fait grâce à nos excellents rapports avec Le Sakerfrancophone, qui reprend systématiquement les textes d’Orlov (en général deux par semaine) et les traduit en français. • Avec l’accord du Sakerfrancophone, que nous remercions bien chaleureusement, nous allons donc reprendre les textes d’Orlov dans cette rubrique propre intitulée “Le monde d’Orlov”. • Son fonctionnement est régi par les mêmes règles que celui d’Ouverture Libre mais cette rubrique a désormais une place structurelle dans dedefensa.org. • Le premier texte, une interview d’Orlov par Le Sakerfrancophone du 15 juin 2016, à l’occasion de la sortie en français du livre d’Orlov (Les cinq stades de l’effondrement aux éditions Le retour aux Sources) sert parfaitement de présentation de cet auteur.

Peu importe le président...

  jeudi 21 juin 2018

Permettez-moi de le répéter : « Peu importe qui est président des États-Unis »Je sais que je l’ai déjà dit (ici, par exemple), mais je pense que cela vaut la peine d’être répété. C’est un message simple, mais je ne pense pas qu’il prenne si bien. Bien que personne ne semble vouloir dire que ce message est faux, beaucoup de gens semblent déterminés à l’ignorer. Certains d’entre eux semblent prendre en compte ce que j’ai à dire mais continuent à parler comme si cela importait de savoir qui est président. Ce n’est pas le cas.

Il est possible de faire remarquer que peu importe qui est président en restant général : comment le système politique est-il câblé pour ignorer tous les intrants qui se situent en dehors d’un éventail étroit d’intérêts d’une élite égoïste ; comment le niveau du discours politique aux États-Unis est beaucoup trop bas pour une discussion constructive sur toute question sérieuse ; comment la division partisane générée artificiellement est spécifiquement conçue pour empêcher les gens de trouver une cause commune tout en cachant habilement le fait que les États-Unis ne sont pas une démocratie du tout (comme expliqué ici). Beaucoup de gens sont allés très loin dans les détails, plus que nécessaire pour expliquer tout cela, et pourtant si vous demandez à “l’homme de la rue” si cela compte de savoir qui est président, il est très probable qu’il répondra par l’affirmative.

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Garder la cadence avec Poutine

  samedi 16 juin 2018

Hier, j’ai passé quatre heures à regarder la télévision. Ce n’est pas quelque chose que je fais normalement parce que je trouve l’ensemble du médium télévisuel fastidieux, ennuyeux. C’est globalement une perte de temps. Pour moi, tous les programmes de télévision sont néfaste, parce que je n’aime pas être programmé. En fait, je ne possède même pas de télévision. Quand j’ai besoin de regarder quelque chose, je le fais sur l’écran de mon ordinateur portable. Mais il s’agissait d’une occasion spéciale.

Ce que j’ai regardé, c’est le marathon type-“Questions-Réponses” de près de quatre heures de Poutine. Des gens de toute la Russie ont soumis des questions – plus de 2,3 millions d’entre eux – en appelant, en écrivant, en envoyant des textos, en enregistrant des vidéos, en donnant des interviews à des équipes de télévision. Une très grande équipe a ensuite organisé les questions en thèmes généraux et préparé les présentations les plus représentatives et les mieux exprimées. Un bon nombre de questions a été posé en direct, à l’écran.

La principale raison pour laquelle j’ai regardé le tout était que j’avais posé une question à Poutine, et je voulais voir s’il allait y répondre. Il l’a fait.

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Mort et résurrection d’un blogueur

  jeudi 14 juin 2018

Normalement, nous sommes heureux quand les choses se passent bien et tristes quand les choses tournent mal. L’effondrement semble changer cela. Dans un scénario d’effondrement, les choses doivent tourner mal et tournent mal. L’idée que quelque chose irait bien est reléguée au royaume des vœux pieux, et l’attention se porte plutôt sur les choses qui tournent mal de manière particulièrement profonde, amusante ou envoûtante. L’effondrement fait que les limites de l’action constructive se réduisent à un cercle minuscule entouré d’une vaste étendue de conséquences imprévues. Les notions de victoire et de défaite sont redéfinies jusqu’à l’inverse : nous nous sentons victorieux lorsque les responsables directs de l’effondrement font quelque chose de spectaculaire qui accélère le processus sans que nous fassions rien ; à l’inverse, nous nous sentons vaincus lorsque le processus d’effondrement ralentit et que le monde s’installe dans un modèle d’échec interminable et durable.

L’État ukrainien contemporain (ou ce qu’il en reste) nous fournit de nombreuses informations sur le processus d’effondrement. C’est un laboratoire in vivo et en temps réel du processus de l’effondrement. Chaque niveau des manifestations nécessaires de l’effondrement y est représenté, offrant un terrain fécond pour une analyse personnelle du phénomène  général de l’effondrement. Cela fonctionne de bas en haut :

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Embrassez vous par millions !

  mercredi 06 juin 2018

Une fois, je suis allé me promener avec un ami et sa compagne, que je n’avais jamais rencontrée auparavant. Elle était très  passionnée et, après un moment, notre conversation entre elle et moi est devenue très vive. Nous parlions en anglais, et mon ami dont l’anglais est sommaire s’est senti exclu. Après quelques efforts infructueux pour entrer dans le cours de la conversation, il lui est venu l’idée, comme ça, au milieu de la rue, de baisser son pantalon et de se lamenter. Cela a provoqué chez sa petite amie et chez moi un embarras immédiat … et elle et moi nous avons continué à marcher. Après quelques instants gênants, mon ami a conclu que cette tactique ne fonctionnait pas, il s’est arrêté de gémir, a remis son pantalon, nous a rattrapé, et tout s’est arrangé.

L’Ode à la Joie de Friedrich Schiller, popularisé par son utilisation dans la Neuvième Symphonie de Ludvig van Beethoven, contient la phrase « Seid umschlungen, Millionen ! ». Classiquement, elle est traduite en français par « Vous millions, je vous embrasse ». Mais je ne suis pas satisfait par cette interprétation ; il n’y a pas de « je »(« ich ») dans la version allemande et la phrase d’origine est sous une forme passive :« être embrassé », pas « j’embrasse ». Être embrassé par qui, alors ? Par Schiller ? Eh bien, théoriquement, oui ; à environ une minute par étreinte et en travaillant une semaine de travail classique de 40 heures, il faudrait une dizaine d’années à Schiller pour franchir le premier million d’embrassades. Mais il semble très douteux que c’est ce que suggérait le vieux Friedrich. Il me semble tout à fait évident que ce qu’il voulait dire était « Embrassez-vous les uns les autres, par millions ! »

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Pourquoi la Russie ne réplique-t-elle pas ?

  samedi 02 juin 2018

Beaucoup de commentateurs ont remarqué un fait curieux : lors du défilé du 9 mai sur la Place Rouge à Moscou, Poutine est apparu en présence du Premier ministre israélien Netanyahou. À cette même époque, l’armée de l’air israélienne tirait des missiles sur des cibles syriennes et iraniennes en Syrie (Une grande partie des défenses aériennes syriennes ont été détruites [avec quelques réserves, NdT]) et les Syriens ont tiré sur des positions israéliennes sur les hauteurs du Golan (territoire syrien occupé, aussi cela n’a donc pas compté comme une attaque contre Israël à proprement dit). Pourquoi la Russie n’a-t-elle pas pris la défense de son allié syrien ? De plus, on parlait de vendre le très puissant système de défense antiaérien S-300 de la Russie à la Syrie, mais cette offre a été retirée par la suite. Est-ce vraiment là le comportement d’un allié ?

Ou prenons un autre exemple : les relations entre la Russie et l’Ukraine sont dans une spirale descendante depuis le putsch de Kiev en 2014 qui a renversé le gouvernement constitutionnel. La région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, est le théâtre d’un affrontement militaire, et elle est en proie à des provocations ukrainiennes contre la Russie et des sanctions économiques et politiques de la part des États-Unis et de l’UE en réponse à l’annexion de la Crimée et au conflit instable dans le Donbass qui a fait près de dix mille morts. Et pourtant, le principal partenaire commercial de l’Ukraine reste… la Russie. Non seulement la Russie continue-t-elle à commercer avec l’Ukraine, mais elle a également absorbé un exode de réfugiés économiques qui se compte en millions de personnes, du fait d’une économie ukrainienne aux abois. La Russie a réinstallé ces réfugiés, leur a permis de trouver du travail et leur permet d’envoyer de l’argent à leurs proches en Ukraine. En outre, la Russie a refusé de reconnaître politiquement les deux républiques séparatistes de l’Est de l’Ukraine. La seule réponse réelle de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine a été le rattachement de la Crimée. Mais cela se justifiait historiquement et politiquement : la Crimée faisait partie de la Russie depuis 1783, et le transfert de la Crimée à la République socialiste soviétique d’Ukraine, sous Nikita Khrouchtchev en 1954, violait la Constitution de l’URSS qui était en vigueur en ce temps.

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L’effondrement culturel est déjà là

  jeudi 31 mai 2018

Il y a douze ans, en 2006, j’ai été invité à prendre la parole lors d’une conférence sur l’énergie à Manhattan, à Cooper Union. C’était la première fois que je parlais de ce sujet. La transcription complète et les diapositives sont toujours disponibles ici. Ma thèse était (et reste à ce jour) que l’URSS était beaucoup mieux préparée pour survivre à un effondrement que les États-Unis ne le sont ou ne le seront jamais.

Si vous n’êtes pas familier avec cette approche, vous devriez peut-être d’abord y jeter un coup d’œil. Ici, je vais la résumer très brièvement. Après avoir exploré toutes les nombreuses symétries entre l’URSS et les États-Unis, j’ai montré comment l’URSS était par inadvertance bien mieux préparée à l’effondrement à cause de la façon dont la vie quotidienne y était structurée. Le logement était fourni par le gouvernement, et le chômage de masse n’a pas entraîné d’itinérance. Le transport était public et bon marché. L’emploi était également lié au secteur public, peu adossé à la recherche du profit et non sujet à la faillite instantanée. Les familles étaient soudées par nécessité et les membres de la famille étaient prêts à s’entraider pendant les moments difficiles. L’argent avait une valeur symbolique et être fauché menaçait rarement votre vie. La nourriture provenait des stocks gouvernementaux et des potagers plutôt que du supermarché. La médecine et l’éducation étaient publiques et libres. L’énergie ne provenait pas des importations.

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Aller vivre en Russie ?

  mercredi 30 mai 2018

Beaucoup de gens, en particulier aux États-Unis, parlent constamment de quitter le pays pour un endroit plus prometteur maintenant que le rêve américain est devenu un véritable cauchemar. Et bien que la Russie ne figure pas en bonne place sur la liste des pays où aller, peut-être le devrait-elle. La Russie est presque unique en ce sens qu’elle n’est pas surpeuplée et possède toutes les ressources naturelles, y compris énergétiques, pour de nombreuses générations à venir. Elle est également politiquement stable, remarquablement bien défendue, et malgré une forte désinformation sur la gravité de l’état de son économie (ce qui s’avère être un vœu pieux de la part de ceux qui veulent que la Russie échoue), elle se développe plutôt bien.

Le problème pour aller vivre en Russie, c’est qu’il y a seulement deux façons de le faire légalement, et elles sont toutes les deux plutôt compliquées et demandent une grande implication, avec beaucoup d’obstacles bureaucratiques à franchir. Je ne suis pas un expert juridique et je fournis cette information telle quelle, sans garantie. N’essayez pas de le faire avant de consulter quelqu’un qui est compétent en la matière.

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La révolution de couleur n'est plus ce qu'elle était

  samedi 24 mars 2018

Notre concept de réussite change avec l’âge. Quand nous sommes jeunes mais pas tout à fait mûrs, nous sommes capables de nous engager dans toutes sortes d’exploits ridicules. Plus tard, quand nous ne sommes plus jeunes du tout, un passage réussi aux toilettes se révèle une cause de célébration. La même chose vaut pour les empires vieillissants. Quand ils sont jeunes, ils détruisent les grands pays importants, mais aident ensuite à les reconstruire. Plus tard, ils se bornent à les détruire. Plus tard encore, ils tentent de détruire des petits pays faibles mais échouent même à faire cela. Finalement, de tels échecs deviennent trop petits pour être même remarqués. Avez-vous remarqué ce qui vient de se passer en Arménie ? Vraiment ?

Au cas où vous ne le sauriez pas, les Arméniens sont l’une des nations les plus anciennes de la Terre. Le pays d’Arménie a commencé comme le royaume d’Urartu autour de 9000 AVANT JÉSUS-CHRIST, et persiste à ce jour, bien que la plupart des Arméniens forment maintenant une nation diasporique, comme les juifs. Jusqu’aux années 1990, l’Arménie faisait partie de l’URSS et a grandement bénéficié de cette inclusion, mais après la dissolution de l’URSS, elle est entrée dans un état de langueur. La quasi-totalité de l’industrie que les Soviétiques avaient construite en Arménie a cessé ses activités et les spécialistes qui y travaillaient se sont dirigés vers des cieux plus cléments et plus pollués. L’Arménie s’est désindustrialisée et elle est devenue en grande partie agraire, avec une économie axée sur des produits tels que les abricots, le vin et l’eau-de-vie, ainsi qu’un peu de tourisme.

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Pourquoi les USA ont quitté le JCPOA : une explication

  vendredi 18 mai 2018

Voici une perspective autour de la décision de Trump de se retirer de l’accord JCPOA, c’est-à-dire l’accord sur le nucléaire iranien, à laquelle on n’a bien trop peu accordé d’attention. Tout n’est qu’une question d’argent. Après la révolution iranienne de 1978-1979, Jimmy Carter avait gelé les actifs de l’Iran aux États-Unis. Depuis lors, les États-Unis conservent entre 100 et 120 milliards de dollars d’actifs iraniens, qui ont généré des loyers et des intérêts. Après la signature de l’accord JCPOA, qui stipulait la levée des sanctions contre l’Iran, Washington a fait de son mieux pour se débarrasser de ces actifs, mais ils auraient dû être rendus aux Iraniens tôt ou tard… à moins que les États-Unis ne se retirent de cet accord, ce qui vient d’être fait.

Il est très important de noter que ces actifs iraniens gelés sont libellés en dollars américains. Et quelle serait la première chose que les Iraniens feraient en reprenant le contrôle du magot ? Mais c’est bien sûr, ils le convertiraient hors de la devise américaine. C’est une exigence inscrite dans la loi iranienne : aucun dollar américain n’est autorisé à être détenu, et personne en Iran n’a le pouvoir de changer cela même s’il le voulait. Selon les Iraniens, les responsables américains ont plaidé auprès d’eux pour qu’ils ne liquident pas leurs avoirs libellés en dollars, mais les Iraniens leur ont dit que personne n’avait l’autorité pour changer cette loi.

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Le monde peut finir le plus stupidement du monde

  vendredi 11 mai 2018

Nous, les humains, aimons croire que les choses arrivent pour une “bonne raison” et nous détestons penser que quelque chose de très important, comme la fin du monde, pourrait arriver sans aucune raison. Et ce que nous devrions le plus détester, c’est l’idée que le monde pourrait prendre fin pour une raison vraiment stupide, tellement stupide qu’on en pleurerait. Pourtant c’est exactement ce qui pourrait se passer. C’est une longue histoire, alors commençons.

Il était une fois une tribu nomade appelée les Hébreux qui était très avancée pour son temps. Ils ont mis au point une première version de l’alphabet, la plupart du temps à partir de l’alphabet phénicien, et ils l’ont utilisé pour écrire toutes sortes de choses qu’ils avaient entendues, racontées par d’autres tribus ou venant de leur propre histoire. Les mythes, les chroniques, la poésie, les déclamations hallucinatoires, des bouts de législation et des diatribes politiques ont tous été rassemblés en un seul recueil trompeusement appelé “Le Livre”. En tant qu’œuvre littéraire, elle est assez inégale et généralement assez ennuyeuse, bien que certaines parties en valent vraiment la peine.

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Une Corée unie et 50 États-Désunis

  jeudi 09 août 2018

Ce qui suit est l’introduction à l’édition coréenne de mon livre, Reinventing Collapse. Alors que les Corées du Nord et du Sud parviennent finalement à entrevoir la paix et qu’il est question de réunification, le moment est bien choisi pour revisiter ma thèse selon laquelle l’effondrement des superpuissances déclenche à la fois des réunifications et des quêtes d’indépendance. Cette idée semble tenir le coup.

Au cours de la guerre froide, les deux superpuissances – les États-Unis et l’URSS – ont dressé un inventaire des conflits non résolus, qu’ils ont, par accord tacite, gelés pendant toute la durée de leur existence commune. Dans certains cas, des entités ethniquement homogènes ont été divisées selon des frontières politiques artificielles, tandis que dans d’autres cas, des groupes ethniques disparates ont été maintenus ensemble par la force au sein d’une seule frontière politique artificielle. Une fois l’URSS effondrée, les entités multiethniques – la Géorgie, la Moldavie et la Tchécoslovaquie – ont fait de leur mieux pour se séparer, tandis que les entités divisées ont fait de leur mieux pour tenter de se réunifier. Alors que certains de ces conflits gelés – notamment l’Allemagne – nécessitaient que les deux superpuissances encore actives dans leurs états initiaux ou en cours de transformation intervinssent pour donner leur accord pour leur dénouement, un cas particulier – la Corée – est resté hors de cette dynamique même après l’effondrement de l’URSS, le Nord installant son propre processus d’autonomie.

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Ingérence à l’américaine

  vendredi 04 mai 2018

Depuis novembre 2016, une bonne partie des classes bavardes aux États-Unis ont glosé sur l’“ingérence russe” dans l’élection présidentielle. Les détails ne cessent de changer, mais l’histoire reste la même : la Grande Méchante Russie a corrompu la démocratie américaine … comme si la démocratie américaine n’était pas corrompue dès le départ. Le DNC n’a-t-il pas truqué les primaires en faveur de Clinton ? Le FBI n’a-t-il pas reçu l’ordre par Obama d’arrêter d’enquêter sur Clinton qui avait mal géré les secrets d’État ? Clinton n’a-t-elle pas reçu les questions du premier débat télévisé avec Trump  avant le débat ? N’a-t-elle pas reçu des contributions de campagne de la part d’oligarques étrangers bien louches ? Et techniquement, n’aurait-elle pas remporté l’élection, si n’existait pas cet étrange processus du collège des “Grands Électeurs” venant de chaque État de l’Union et désignant en dernière instance le président ? Il semble que “l’ingérence russe”, si elle est réelle, serait loin dans la liste des défauts et des dégradations de la démocratie américaine ; sur l’échelle des situations d’urgence, la catastrophe de la “maison en feu” est plus pressante que l’incident de “souris dans le garde-manger”, non ?

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Fin de l’ère des empires maritimes

  vendredi 27 avril 2018

Au cours des 500 dernières années, les nations européennes − le Portugal, les Pays-Bas, l’Espagne, la Grande-Bretagne, la France et, brièvement, l’Allemagne − ont été capables de piller la planète en projetant leur puissance navale à l’étranger. Comme une grande partie de la population mondiale vit le long des côtes et que la plus grande partie de cette population commerce par voie maritime, les navires armés arrivés soudainement de nulle part pouvaient mettre les populations locales à leur merci. Les armadas pouvaient piller, imposer un tribut, punir les désobéissants, puis utiliser ce pillage et ces rançons pour construire plus de navires, élargissant la portée de leurs empires navals. Cela a permis à une petite région avec peu de ressources naturelles et peu d’avantages concurrentiels au-delà d’une extrême pauvreté et d’une multitude de maladies transmissibles, de dominer le globe pendant un demi-millénaire.

Les héritiers ultimes de ce projet naval impérial sont les États-Unis, qui, avec la puissance aérienne additionnelle, leur flotte de porte-avions et leur vaste réseau de bases militaires à travers la planète, sont supposés pouvoir imposer la Pax Americana sur l’ensemble de la planète. Ou, plutôt dira-t-on, “ont été en mesure de le faire” pendant la brève période entre l’effondrement de l’URSS et l’émergence de la Russie et de la Chine en tant que nouvelles puissances mondiales et leur développement de nouvelles technologies antinavires et anti-aériens. Désormais, ce projet impérial touche à sa fin.

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Triomphe FakeNews

  mardi 24 avril 2018

Le 14 avril 2018, les États-Unis ont tiré une salve de 103 missiles de croisière sur des cibles en Syrie ; 71 ont été interceptés ; seulement 32 ont atteint leurs cibles et n’ont causé que des dommages sans conséquence. Le coût des missiles était d’environ 185 millions de dollars. Les États-Unis ont affirmé qu’ils punissaient ainsi le gouvernement syrien pour avoir attaqué des civils avec des armes chimiques, sur la base de vidéos manifestement truquées et de preuves médico-légales inexistantes tout en ignorant que la Syrie était certifiée internationalement comme exempte d’armes chimiques.

Le 7 avril 2017, les États-Unis ont tiré une salve de 59 missiles de croisière sur des cibles en Syrie ; 36 ont été interceptés ; seulement 23 ont atteint leurs cibles et n’ont causé que des dommages sans conséquence. Le coût seul des missiles était d’environ 100 millions de dollars. Les États-Unis ont affirmé qu’ils punissaient le gouvernement syrien pour avoir attaqué des civils avec des armes chimiques, sur la base de vidéos manifestement truquées et de preuves médico-légales inexistantes tout en ignorant que la Syrie était certifiée internationalement comme exempte d’armes chimiques.

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De l’importance d’avoir l’air dangereux

  mercredi 18 avril 2018

C’est un travail difficile d’être un hégémonmondial et la seule superpuissance du monde. Vous devez garder la planète entière bien alignée. Chaque pays a besoin d’être renseigné sur sa place et de s’y tenir, par la force s’il le faut. De temps en temps un pays ou deux doit être conquis ou détruit, juste pour tenir les autres informés. De plus, vous devez vous mêler sans relâche de la politique des autres pays, truquer les élections afin que seuls les candidats favorables aux États-Unis puissent gagner, mener des opérations de changement de régime et organiser des révolutions colorées. Si vous cessez de le faire, certains pays vont commencer à vous ignorer ; le reste réalisera rapidement que vous perdez le contrôle et tous commenceront à s’émanciper.

Les États-Unis sont-ils toujours la plus grande puissance du monde, contrôlant toute la planète, ou ce moment de l’histoire est-il déjà en train de passer ? Nous entendons constamment parler de la situation géopolitique : les relations entre les États-Unis et les pays de l’OTAN d’un côté et la Russie de l’autre vont de mal en pis ; il y a une guerre commerciale en cours avec la Chine ; La Corée du Nord reste un problème insoluble et un embarras. Beaucoup de gens soutiennent que nous sommes très proches d’une guerre mondiale. Mais « très proche »signifie-t-il réellement quelque chose ? Il est tout à fait possible de rester des heures avec ses orteils suspendus au bord d’une falaise et de ne jamais sauter. Le suicide est une grande décision : même pour une personne et encore plus pour un grand pays.

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Provocations et imagination créatrice

  mercredi 11 avril 2018

Ceux qui sont chargés de mettre en scène des provocations semblent souvent manquer d’imagination créatrice. En conséquence, les incidents terroristes ont tendance à ressembler à une sorte de répétition sans fin du même scénario, avec les mêmes caractères étonnants. Par exemple, il y a une grosse explosion (ou beaucoup de coups de feu) ou une boule de feu, une scène incendiée ou un bain de sang… Ensuite on trouve… un passeport ou un permis de conduire appartenant à l’auteur présumé, en parfait état ! Et l’auteur s’avère être extrêmement bien connu des autorités !

De toute évidence, les provocateurs répugnent à admettre que leurs provocations coûteuses sont devenues éculées et banales et qu’ils devraient se creuser la tête pour avoir de nouvelles idées. Ainsi, la dernière attaque contre l’ancien espion Sergueï Skripal et sa fille Ioulia a apparemment été inspirée par l’émission de télévision américaine Strike Back(parce que les provocateurs n’ont aucune idée et ne lisent pas de livres, mais ils regardent la télé). Dans les deux cas, on a une arme de destruction massive appelée « Novitchok »(« newbie »en russe). Apparemment, elle n’est pas très efficace ; si le Novitchok était un répulsif pour les puces, les instructions se liraient comme suit : « Attrapez une puce, retournez-la sur son dos, chatouillez-la jusqu’à ce qu’elle se mette à rire, fourrez lui la poudre dans la bouche et vérifiez bien qu’elle ne recrache pas. »Une arme chimique de destruction massive appropriée devrait être capable d’anéantir toute une ville ; celle-ci n’a rendu malades que quelques personnes (dont l’une − Ioulia − est apparemment en voie de guérison). Qu’est-ce que vont ensuite inventer ces terribles Russes (et Poutine personnellement) ? Une ADM qui fait éternuer les forces ennemies de manière incontrôlable ?

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Kemerovo et les cercles de la laideur

  vendredi 06 avril 2018

Vous avez peut-être entendu parler de l’événement tragique que je vais décrire, ou peut-être pas. Si vous en avez entendu parler en anglais, il y a de fortes chances que ce que vous avez entendu fasse partie d’un travail de sape programmé antirusse. Normalement, je serais réticent à écrire à ce sujet ; il est généralement préférable de rendre les célébrations publiques et de garder les tragédies privées. Mais dans ce cas, un grand nombre de personnes, à différents niveaux, ont tenté de tirer profit de cette tragédie et d’en tirer des bénéfices, générant un gigantesque nuage de fumée noire bien plus important que celui généré par l’événement lui-même.

Cette tragédie vraiment effroyable s’est déroulée dimanche dernier, 25 mars, à Kemerovo (l’accent est mis sur la première syllabe) région de Kouzbass, Sibérie. Un incendie au centre commercial et de loisirs Winter Cherry a coûté la vie à 64 personnes, dont 41 enfants. Seuls 27 corps ont été identifiés ; d’autres attendent une analyse génétique. Le nombre de blessés est de 79, dont 12 restent hospitalisés ; 67 ont pu sortir et seront traités en ambulatoire. Les familles des victimes et chacun des blessés ont reçu 1 million de roubles du gouvernement régional (17 350 USD). En outre, le principal propriétaire du centre, l’entrepreneur Denis Chtengelov, a promis de verser 3 millions de roubles pour chaque défunt. Toutes les victimes seront également suivies par un médecin et un psychologue pour les aider jusqu’à leur guérison.

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Pourquoi tant de migrants ?

  lundi 02 avril 2018

Pourquoi tant de migrants ?

Dans leur interprétation émouvante de In the Year 2525(sur la composition de 1969 de Zager et Evans) Laibachprédisait : « Des rivières de gens coulent comme du sang. » Il n’y a aucune raison pour nous d’attendre si longtemps ; c’est déjà en train d’arriver, et cela se passe depuis un petit moment. En 2017, plus d’un quart de milliard de personnes ont été déplacées de leurs terres natales, parcourant le globe à la recherche d’un refuge. C’est dû en grande partie à l’augmentation du nombre des États faillis. En 2013, j’avais écrit :

« La Banque mondiale a publié une liste de nations manquant de souveraineté effective. En 1996, il y en avait onze ; en 2006 il y en avait vingt-six. Il ne se passe pas une année sans qu’un autre État-nation n’en soit réduit à une ligne statistique dans cette liste : l’année dernière, c’était la Libye ; cette année, la Syrie. À quelle distance se trouve la Grèce ? (…) Il est trop tôt pour dire si l’augmentation des États-nations non-viables est linéaire ou exponentielle, mais une simple projection montre que si cette tendance continue à s’accélérer au même rythme, il n’y aura plus aucune nation viable d’ici 2030 environ. »  (P. 150, The Five Stages of Collapse, New Society Publishers, 2013.)

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Un galop d'essai pour la démocratie russe

  mercredi 28 mars 2018

Le 18 mars, la Russie a organisé des élections présidentielles. Tout le monde (enfin ceux avec un cerveau) s’attendait à ce que Poutine gagne, mais presque personne ne s’attendait à ce qu’il gagne avec une telle marge, ou avec un taux de participation aussi élevé : 67,47% des électeurs inscrits se sont présentés aux urnes ; parmi eux, 76,67% ont voté pour Poutine. Au cas où vous vous demanderiez encore si la Crimée fait partie de la Russie (croyez-moi, c’est le cas), le taux de participation était de 71,53%, et 92% y ont voté pour Poutine. Et dans la république autrefois séparatiste de Tchétchénie, le taux de participation a été de 91,54%. Des taux de participation record ont également été observés en dehors de la Russie, parmi la très grande diaspora russe. Plus de la moitié des Russes ont voté pour Poutine.

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Tuer la diplomatie

  samedi 24 mars 2018

Il y a le fameux aphorisme de Karl von Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cela peut être vrai, dans de nombreux cas, mais c’est rarement une issue heureuse. Tout le monde n’aime pas la politique, mais quand on a le choix entre la politique et la guerre, les gens les plus sains choisissent volontiers la politique, qui, même lorsqu’elle déborde de vitriol et de corruption, reste normalement non létale. Dans les relations entre les pays, la politique est connue sous le nom de diplomatie, et c’est un art formel qui s’appuie sur un ensemble spécifique d’instruments pour retenir les pays de se faire la guerre. Il s’agit notamment de maintenir des canaux de communication pour établir la confiance et le respect, des exercices pour trouver un terrain d’entente et des efforts pour définir des accords où chacun a à gagner, sur lesquels toutes les parties s’accordent, y compris sur les instruments pour faire respecter ces accords.

La diplomatie est une activité professionnelle, tout comme la médecine, l’ingénierie et le droit, qui requiert un niveau élevé de formation spécialisée. Contrairement à ces autres professions, l’exercice réussi de la diplomatie exige beaucoup plus d’attention aux questions de comportement : un diplomate doit être affable, aimable, accessible, conciliant, scrupuleux, équilibré… En un mot, diplomatique. Bien sûr, afin de maintenir de bonnes relations saines avec un pays, il est également essentiel qu’un diplomate parle couramment sa langue, comprenne sa culture et connaisse son histoire. Il est particulièrement important d’avoir une connaissance très détaillée de l’histoire des relations diplomatiques d’un pays avec son propre pays, dans le but de maintenir une continuité, ce qui permet de se fonder sur ce qui a déjà été réalisé. La connaissance complète de tous les traités, conventions et accords précédemment conclus est évidemment une nécessité.

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