• Parmi les signatures régulières que nous affectionnons et auxquelles nous prêtons grande attention sur le net, il y a celle du russe Dimitri Orlov. • Il est le créateur d’une forme de pensée que l’on pourrait désigner comme une “science de circonstance”, une “science” suscitée par les circonstances même que nous traversons et que nous décrivons et désignons nous-mêmes comme la Grande Crise de l’Effondrement du Système (GCES) : la “collapsologie”, ou “science de l’effondrement”. • Nous pensons que suivre régulièrement ses écrits est d’un intérêt qui rencontre complètement l’orientation de dedefensa.org : cela peut être fait grâce à nos excellents rapports avec Le Sakerfrancophone, qui reprend systématiquement les textes d’Orlov (en général deux par semaine) et les traduit en français. • Avec l’accord du Sakerfrancophone, que nous remercions bien chaleureusement, nous allons donc reprendre les textes d’Orlov dans cette rubrique propre intitulée “Le monde d’Orlov”. • Son fonctionnement est régi par les mêmes règles que celui d’Ouverture Libre mais cette rubrique a désormais une place structurelle dans dedefensa.org. • Le premier texte, une interview d’Orlov par Le Sakerfrancophone du 15 juin 2016, à l’occasion de la sortie en français du livre d’Orlov (Les cinq stades de l’effondrement aux éditions Le retour aux Sources) sert parfaitement de présentation de cet auteur.

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Les troglodytes mangeurs de chauves-souris de Wuhan    26/03/2020

Nous étions en 2040, et la pandémie mondiale de coronavirus en était à sa 20e année. Un jeune couple se promenait. Ils ne se tenaient pas la main, ne s’enlaçaient pas et ne s’embrassaient pas, mais maintenaient une distance d’au moins un mètre entre eux et portaient une protection oculaire et un masque facial, comme le prescrit la loi. Il y avait longtemps qu’ils n’avaient pas pu se rencontrer, car l’un ou l’autre avait eu une toux, ou un rhume – une allergie saisonnière, ou peut-être un léger rhume – et de tels symptômes les obligeaient à vivre dans un isolement complet, leur nourriture et autres produits de première nécessité étant livrés par des robots. Pâles et faibles après leur longue période d’isolement, ils se promenaient et louchaient en plein soleil, dans l’espace sécurisé et récemment aseptisé de la promenade, à la vue des caméras de sécurité, et écoutaient les grincements aigus et stridents émis par un système de haut-parleurs destiné à effrayer les chauves-souris. Ils étaient en permanence surveillés par un logiciel d’IA qui déclenchait une alarme s’ils s’approchaient trop près l’un de l’autre ou, Dieu nous en préserve, s’ils se touchaient vraiment. Le jeune couple avait quelque chose d’important à discuter : ils voulaient se marier et avoir des enfants, mais ils n’étaient pas sûrs de pouvoir un jour réunir suffisamment d’argent pour les tests de laboratoire sur les échantillons de sperme (pour exclure toute contamination virale) et la procédure d’insémination artificielle, rendue nécessaire par l’interdiction de tout partage direct et non supervisé de fluides corporels. On craignait également que les tests de laboratoire produisent un faux positif ou découvrent une véritable contamination virale – un événement qui pourrait les conduire à être placés en isolement dans un hôpital pour aussi longtemps qu’il faudrait pour être certifié exempt de virus. (Suite)

Covid-19 en Russie    19/03/2020

Comme on m’a demandé (à plusieurs reprises) de commenter ce sujet de la situation du coronavirus en Russie, je le ferai, mais comme je ne suis en rien un expert dans le domaine de la santé publique, je serai bref et m’en tiendrai à ce que je sais avec certitude. À la date de ce matin, il y a eu 93 cas de personnes atteintes de COVID-19 ; cinq d’entre elles se sont rétablies ; 109 939 personnes ont été testées sur une population totale de 145 millions. Cela représente 0,00006% de la population infectée sur 0,075% de la population testée. La plupart des personnes qui ont été infectées ont présenté des symptômes légers de type grippal, voire aucun. Aucun patient n’est décédé. La réponse a été assez complète, dans le but de prévenir une épidémie. Les écoles et de nombreux lieux publics sont fermés. Les postes frontières sont fermés. Les citoyens rapatriés des pays touchés par le COVID-19 sur des vols charters atterrissent tous dans un seul terminal d’aéroport de haute sécurité et sont testés et mis en quarantaine. Toutes les personnes concernées qui ne peuvent pas travailler bénéficient automatiquement d’un congé maladie payé. Ça c’est  en Russie. (Suite)

Quand la marmite bout    18/03/2020

“Une marmite surveillée ne bout jamais”, dit un vieux dicton. Mais un empire surveillé ne s’effondre-t-il jamais ? Ben si bien sûr ! Tous les empires finissent par s’effondrer, sans exception. Une fois qu’un empire commence à se diriger vers l’effondrement, la surveillance peut prendre un certain temps, surtout si aucun nouvel empire naissant n’est prêt à prendre la relève. Ce qu’il faut surveiller est le moment où un événement lié à l’effondrement déclenche immédiatement le suivant, et le suivant. Cela nous indique qu’une boucle de rétroaction auto-renforcée a pris forme et que le processus d’effondrement prend de l’ampleur, non plus en raison de tendances à long terme mais d’une logique interne propre, bien qu’il soit certainement aidé par des chocs externes, certains plus importants que d’autres. Un choc particulièrement important pour le système est arrivé la semaine dernière, le 6 mars 2020. Le système en question est celui du  pétrodollar  qui a permis aux États-Unis de pomper des ressources du reste du monde, en se nourrissant, et en s’habillant sur son dos, gavé simplement par l’émission de dettes. Pourquoi se concentrer spécifiquement sur le pétrole ? Dans son excellent rapport  « Le pétrole dans une perspective de matières premières critiques », Simon Michaux écrit : « Aujourd’hui, environ 90% de la chaîne d’approvisionnement de tous les produits fabriqués industriellement dépendent de la disponibilité de produits ou de services dérivés du pétrole ». Sans pétrole, rien ne se fait et rien ne bouge. Mais le pétrole est une ressource finie et non renouvelable, et c’est le talon d’Achille d’un empire construit principalement sur le contrôle du marché international du pétrole brut par l’émission de dettes. (Suite)

Le culte apocalyptique du réchauffement climatique    05/03/2020

Vous voulez sauver la planète ? Pensez-vous que cela nécessite que tout le monde arrête de brûler des combustibles fossiles, et que cela passe nécessairement par le fait de recouvrir les champs avec des panneaux solaires et la colonisation des plages et des crêtes montagneuses par des éoliennes géantes ? Que diriez-vous d’instaurer une taxe sur les émissions de dioxyde de carbone et de taxer les gens pour le dioxyde de carbone qu’ils émettent ? Pensez-vous que le fait que « 99,9% des climatologues sont d’accord… » implique logiquement qu’ils ont nécessairement raison ? Et qu’est-ce qui vous fait penser que les humains sont capables de sauver des planètes alors qu’ils ne savent même pas quoi faire de leurs déchets ? Si ce genre de réflexion vous dérange et vous fait imaginer que je suis une sorte de « négationniste du changement climatique », alors, à moins que vous ne soyez émotionnellement fragile et sujet à des crises d’hystérie, vous devriez quand même faire un effort et continuer à lire, car vous avez peut-être, sans que ce soit votre faute, été intronisé dans le  culte apocalyptique du réchauffement climatique. La première étape pour vous libérer des griffes d’une secte apocalyptique est de réaliser que vous êtes membre d’une secte apocalyptique. Une partie du processus consiste à apprendre comment fonctionne une secte : d’où lui vient son pouvoir, pourquoi les gens tombent dans ses griffes et, surtout, qui la paie et qui s’enrichit grâce à elle. Il peut être douloureux au début de briser ses illusions, mais vous vous sentirez certainement mieux par la suite, à moins que vous ne trouviez immédiatement autre chose, également hors de votre contrôle, pour vous en inquiéter et pour vous en occuper. (Suite)

Un virus des plus commodes    14/02/2020

Je préfère écrire sur des choses que je connais, mais de temps en temps, une occasion se présente à moi de commenter un aspect de la méfiance et de la confusion généralisées tout en me reposant sur la base solide de ma curiosité professionnelle. C’est le cas du nouveau coronavirus 2019-nCoV. Beaucoup d’éléments de l’histoire du coronavirus ne sont pas cohérents, et c’est ce que je veux explorer. D’emblée, je tiens à préciser que je ne suis pas un expert en la matière. Le 2019-nCoV est-il une arme biologique génétiquement modifiée ou est-ce une souche naturellement évoluée d’un virus endémique dans la population de chauves-souris en Chine ? Nous ne le savons pas, mais il est intéressant d’examiner la plausibilité de chacun de ces scénarios et de voir si ce que nous observons pourrait être une combinaison d’un peu des 2. En tant qu’arme biologique de destruction massive, le 2019-nCoV n’est pas particulièrement bon. D’un autre côté, il est très contagieux et peut être transmis par des personnes infectées qui ne présentent aucun des symptômes, comme la fièvre et l’essoufflement. En revanche, le taux de mortalité n’est que de 2,1 % et devrait baisser car ce taux ne tient pas compte du nombre potentiellement important de jeunes gens en bonne santé qui ont contracté le virus mais n’ont jamais présenté de symptômes, n’ont jamais été testés et ne sauront jamais qu’ils ont survécu. Pour qu’un virus soit une arme biologique puissante, son taux de mortalité doit être optimisé afin de tuer le plus grand nombre possible de ses victimes, mais assez lentement pour que les victimes ne meurent pas avant d’avoir eu la possibilité de propager l’infection. (Suite)

Nouvelle décennie, nouvelles règles    22/01/2020

Les frontières décennales sont des limites arbitraires, non liées à des phénomènes physiques autres que les changements de saisons habituels et ennuyeux. Mais à peine deux semaines après le début de la nouvelle décennie, l’atmosphère semble différente de celle de la décennie précédente, et il m’a été difficile de simplement suivre les changements radicaux qui se sont produits, sans parler de les analyser. Pourtant, je dois écrire, car non seulement les médias de masse sont, au mieux, complètement inutiles ou, au pire, nuisibles, mais même les commentateurs les plus éclairés et les plus indépendants semblent embourbés dans des paradigmes dépassés et fondés sur des hypothèses politiques et économiques invalidées. Cela m’incite à entrer dans la brèche et à essayer de remettre les choses en ordre. Voici une brève liste des nouveautés de cette décennie : • Si vous voulez faire sauter une base militaire américaine au Moyen-Orient, ou n’importe où ailleurs, allez-y. Il ne vous arrivera rien. Assurez-vous simplement de les avertir d’abord, afin qu’ils puissent évacuer ou se cacher dans des abris anti-bombes. Si vous n’avez pas de canaux diplomatiques vers les États-Unis, demandez de l’aide aux Suisses. Ne vous inquiétez pas des systèmes de défense aérienne des USA, ils n’en ont pas. Mais ne vous emportez pas, car le but de l’exercice est de donner une leçon. • En corollaire, si vous êtes un opérateur de drone américain, votre travail n’est plus aussi sûr que de jouer à un jeu vidéo (dans lequel vous assassinez des gens). Cette prise de conscience a probablement poussé certains opérateurs de drones américains à salir leurs couches et à chercher ensuite une aide psychologique, au cours de laquelle on leur a peut-être dit que le meurtre de masse est mauvais pour leur karma. Que la guérison commence ! (Suite)

Donnie sort de la réserve    16/01/2020

Jusqu’à présent, Donnie Trump, l’homme de Poutine à Washington, a plus ou moins fait ce qu’on lui a dit. Comme il doit être réélu plus tard cette année, c’est le moment d’évaluer ses performances jusqu’à présent, et je suis sûr que son bulletin de notes rempli par le Kremlin montre que sa note globale est “acceptable”. Voici quelques-unes de ses réalisations les plus remarquables, énumérées sans ordre particulier : • Il a conduit les négociations commerciales avec la Chine dans un cul-de-sac où les Chinois font essentiellement ce qu’ils veulent tandis que les États-Unis les payent toujours plus pour le privilège d’importer leurs produits. Jusqu’à présent, sonArt of the Deal n’a fait qu’augmenter les importations chinoises, en même temps que le déficit commercial, et il n’y a aucune raison de penser que cela va changer. • Il a poussé la Réserve fédérale, déjà chancelante, dans un autre cul-de-sac : elle ne peut pas augmenter les taux d’intérêt sans mettre en faillite de nombreuses entreprises américaines et provoquer un crash boursier, et elle ne peut pas les baisser sans déclencher une crise des obligations et faire chuter le dollar américain. (Suite)

Prévisions pour les années 2020    11/01/2020

Bien que de nombreux commentateurs jugent bon de publier leurs prévisions pour l’année à venir, je trouve qu’une seule année est trop courte pour pouvoir faire des prévisions valables. Pour moi, plus ou moins cinq ans, c’est à peu près la bonne taille de marges d’erreur à placer sur n’importe quelle prévision en ce qui concerne le calendrier, ce qui permet de prévoir tout changement majeur à l’intérieur d’une séquence d’une vingtaine d’années. Il se trouve qu’une autre décennie s’est écoulée depuis que j’ai publié ma dernière série de prévisions pour les États-Unis dans les  années 2010, il est donc temps d’en établir une nouvelle, pour les années 2020. Ma dernière série de prévisions s’est révélée modérément bonne. Bien que dans certains cas, le processus n’ait pas encore abouti, les tendances sont toutes évidentes et il faut s’attendre à ce que les processus que j’ai décrit se poursuivent et, dans certains cas, s’achèvent au cours de la nouvelle décennie. Mais cette fois-ci, je vais tenter de faire des prédictions plus précises. En ce qui concerne l’économie, quelque chose va forcément se briser, peut-être dès le début de la décennie, et être la tendance lourde pour la suite. Il y a un écart croissant entre l’économie financière, qui fonctionne selon des règles que les gens peuvent établir, et ils le font au fur et à mesure de leurs besoins, et l’économie physique de l’exploitation minière, de la fabrication et de la logistique. Il n’y a aucune raison de faire particulièrement confiance aux statistiques officielles en ce qui concerne la croissance économique, le chômage, l’inflation, les évaluations boursières : ce sont toutes des contrefaçons astucieuses. Une bourse ou un marché immobilier suffisamment effervescent peut être maintenu par des injections de fausse monnaie en quantité nécessaires, distribuées à des initiés importants. Mais si l’on considère la quantité de marchandises fabriquées et expédiées, la quantité de nouvelles infrastructures publiques construites et d’autres facteurs physiques de ce type, on peut déjà observer une détérioration constante de l’économie. (Suite)

Le Double Standard à son paroxysme    13/12/2019

Les présentateurs du monde entier sont confrontés à un nouveau défi : rapporter les nouvelles sur les États-Unis avec un visage sérieux. Prenons l’exemple de la comédie de mise en accusation qui se déroule aux États-Unis et qui fait partie du quotidien de la télévision russe, que je surveille de loin. Ici, après des années de reportage sur le récit de l’“ingérence russe”, le script s’est peu à peu transformé en celui d’une comédie, une sorte de  Commedia dell’Arte. Dans un sketch typique, « Notre homme à Washington », Donny supplie Poutine de le faire sortir du froid, mais Poutine lui dit :  « Tiens bon, Donny, on doit d’abord mettre en place Tulsi pour la présidence. » La beauté de ce paradigme comique, c’est que ce sont les Américains qui écrivent tous les scénarios ; les Russes, comme une grande partie du reste du monde, ne peuvent tout simplement que s’asseoir et rire. La véritable histoire derrière le faux récit de l’“ingérence russe” s’est désormais déplacée vers l’espionnage illégal par l’administration Obama de la campagne Trump, le tout justifié par des preuves concoctées par eux-mêmes. Mais cela semble trop subtil pour la plupart des auditeurs. Cela soulève également la question de savoir quand les responsables américains vont cesser de mentir et de faire des choses illégales et quand des mesures seront prises à cet égard. Et puisque les réponses à ces questions semblent être : “jamais, au grand jamais”, on va juste assister à encore plus de la même absurdité sordide et donc pas trop amusante. Mais le plus important est que des développements beaucoup plus amusants sont à l’ordre du jour… (Suite)

Meat Generation    21/11/2019

Pour les élites globalistes qui tentent encore de contrôler votre destin, vous êtes soit du lait, soit de la viande [“meat” en anglais]. Dès qu’ils ne pourront plus vous traire pour payer vos dettes ou votre loyer, on vous demandera, à vous et à vos enfants, de vous présenter à l’abattoir. Mais vous devez vous porter volontaire pour être trait ou haché menu, sinon, il serait trop difficile de vous transformer de manière efficace et rentable. Par conséquent, il est possible de penser à des façons de rendre trop chère votre exploitation, de sorte qu’ils puissent abandonner l’idée d’essayer de vous utiliser pour s’enrichir davantage et vous laissent en paix. Le volontariat, dans ce cas, n’est pas entièrement un exercice de votre libre arbitre. Plus probablement, depuis votre plus jeune âge, vous avez été endoctriné dans un certain système de valeurs. Même si vous êtes l’un des rares à avoir conservé une capacité d’esprit critique, il y a de fortes chances que vous ayez été intimidé pour accepter ce système de valeurs sans hésitation. Même les individus volontaires et rebelles ont tendance à ne remettre en question que la mise en œuvre de ce système de valeurs et à dénoncer ce qu’ils considèrent comme de l’hypocrisie ou de l’inaction, mais il est peu probable qu’ils remettent en question ses axiomes fondamentaux, car ce faisant, ils risquent l’ostracisme. (Suite)

Sur la corruption systémique    14/11/2019

Le philosophe  Slavoj Žižek  a, entre autres, fait une distinction utile entre la violence subjective, qui a lieu entre les individus, et la violence systémique, qui est perpétuée par les institutions. Žižek est marxiste, et une partie de sa justification pour introduire cette distinction est de justifier la violence révolutionnaire comme moyen de s’opposer à la violence systémique des systèmes oppressifs. Cela peut se discuter puisque la violence révolutionnaire est souvent elle-même systémique, née d’une idéologie qui dicte un changement radical d’une sorte ou d’une autre, alors que le résultat final d’un changement révolutionnaire selon les lignes marxistes est souvent un État totalitaire qui élève la violence systémique à un tout autre niveau. Peu importe : je pense que la distinction est cependant utile. Elle est utile parce qu’elle permet de tracer une certaine différence – entre l’action libre et action forcée – qui ne passe pas seulement par la violence mais par toute forme de vilenie et de perfidie. La violence subjective est un exemple de l’action libre : vous frappez une personne que vous n’aimez pas et vous effectuez un acte selon votre opinion personnelle. La violence systémique, par contre, c’est là où, par exemple, des drones dépersonnalisés se comportent comme des primates et n’ont d’autre choix que d’emprisonner les parents pour l’absentéisme de leurs enfants – rien de personnel, les règles sont les règles. Cette forme de l’action forcée traverse de nombreux aspects du comportement individuel et collectif. Le mensonge, par exemple, peut se faire en privé (pour épargner les sentiments de quelqu’un ou pour donner une leçon à un idiot) ou en public (par exemple en excluant près de 100 millions d’Américains au chômage de longue durée du calcul du taux de chômage officiel). (Suite)

Les Ayatollahs sautent de joie    23/10/2019

Lors de la récente Assemblée générale des Nations Unies, il y avait une personne qui paraissait plus heureuse que les autres, surtout en comparaison des Européens, aux mines plutôt sombres. C’était le président iranien Hassan Rouhani. Il rayonnait positivement de plaisir et de bonne humeur. Bien que son discours ait été dur, contenant des termes tels que “terrorisme économique” et “piraterie internationale”, dont il accusait le régime de Washington, son comportement n’était que joie. En passant, il a anéanti les espoirs de Boris Johnson de négocier un rapprochement entre l’Iran et les Washingtoniens, estimant clairement que toute nouvelle tentative de négociation avec eux était tout à fait inutile. Rohani n’est certainement pas le seul à adopter cette position, même s’il est peut-être le seul parmi les dirigeants nationaux à le faire ouvertement. Les Chinois ont fait traîner les négociations commerciales sans aucune intention de parvenir à un accord. Les Russes considèrent les négociations de maîtrise des armements avec les Washingtoniens comme plutôt inutiles, promettant une réponse symétrique (mais beaucoup moins coûteuse) à toute escalade américaine. En effet, à quoi bon négocier avec les Américains si, comme l’expérience l’a montré, ils peuvent par la suite revenir à l’improviste sur un accord conclu ? Ils le font soit sans aucune justification (comme ce fut le cas récemment avec les Kurdes syriens), soit sur la base d’un quelconque caprice du moment (comme l’abandon du traité FNI entre les États-Unis et la Russie). (Suite)

Regardez qui ne rit pas !    09/10/2019

La politique internationale est un sujet intimidant pour beaucoup. Pour comprendre ce qui se passe, il faut connaître l’histoire, avoir une expérience de première main de divers pays et cultures, une certaine compréhension des langues étrangères (puisque l’information disponible en anglais a tendance à être incomplète et tendancieuse dans une direction particulière) et bien d’autres choses. Mais il existe une autre approche qui peut produire de bons résultats même pour un enfant de sept ans : la lecture des expressions faciales et du langage corporel des dirigeants mondiaux. Quand tout est normal, les dirigeants du monde parviennent généralement à ne pas montrer leur émotions, comme au poker ou (dans le cas des politiciens américains), à sourire bêtement avec un regard vide et fixe. Mais quand les choses deviennent intéressantes, toutes sortes de tics, de grimaces et d’étranges gestes et postures commencent à apparaître. Et quand vous voyez l’un des “leaders mondiaux” (entre guillemets parce que j’utilise le terme de façon facétieuse) qui a l’air de voir défiler toute sa vie devant ses yeux lors d’une conférence de presse commune, vous pouvez être sûr qu’il se passe quelque chose de très funky. Voici donc dans ce cas le nouveau président ukrainien, Vladimir Zelenski, élu par le peuple, apparaissant aux côtés de Donald Trump et cherchant le monde entier du regard comme s’il ne voulait vraiment pas y être. Un enfant de sept ans intelligent vous en dirait autant (j’ai vérifié), mais nous, les adultes, nous voulons en savoir plus. C’est pourquoi je vais me faire un plaisir de vous donner quelques détails importants. (Suite)

Qui a fait sauter le marché pétrolier ?    26/09/2019

Ça n’aurait pas pu arriver à une plus belle usine de traitement du pétrole. Elle était là, assise dans le désert saoudien, à traiter sept millions de barils par jour de pétrole brut, défendu par des centaines de milliards de dollars de systèmes d’armes “made in USA”, et les Yéménites l’ont mise en bien mauvais étét avec quelques drones qu’ils ont assemblés à coups de marteau dans un garage éventré par les bombes [saoudiennes], programmé par un  nerd, neveu d’Al-whiz. Et maintenant, tout d’un coup, 8 % de la production mondiale de pétrole ne peut plus être expédiée parce que tant qu’elle n’est pas traitée ce n’est pas exactement du pétrole. Que s’est-il passé, qui est responsable et qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Permettez-moi de vous expliquer tout cela… Les gisements de pétrole saoudiens sont encore abondants, mais plutôt âgés et le pétrole n’en jaillit plus comme autrefois. Ils doivent faire l’objet d’une série constante de  lavements  d’eau de mer à haute pression. Et ce qui en résulte n’est pas exactement du pétrole, mais plutôt un échantillon de selles. L’usine de traitement d’Abqaiq, la plus grande au monde, nettoie ce liquide et le transforme en quelque chose qui pouvait être chargé dans des camions-citernes et expédié aux raffineries. (Suite)

Bolt-on, Bolt-off !    22/09/2019

Beaucoup de gens ont eu beaucoup de choses à dire au sujet du renvoi par Trump de son odieux et belliciste conseiller en matière de sécurité nationale John Bolton, mais aucun d’entre eux n’a dit ce qui semblait évident. C’est donc à mon tour, une fois de plus, d’entrer dans la brèche et de mettre tout le monde au parfum sur la logique de la folie de Trump, car elle existe réellement. Elle est simple, solide comme le roc et surtout efficace. De plus, cela fonctionnera à chaque fois, et personne ne peut rien faire pour l’arrêter. Trump a été élu président. Il s’agit d’une position d’autorité considérable, mais il doit quand même fonctionner dans le cadre d’un système washingtonienen grande partie corrompu et illusoire. Les agents de longue date dans le marais de Washington ont l’habitude de s’appliquer leurs propres lois pour eux-mêmes et de promouvoir fidèlement les intérêts de leur propre caste qui sont : s’accrocher au pouvoir ; et piller le trésor. Ils ont aussi l’habitude de générer leur propre réalité avec leur image du monde et de leurs propres capacités qui est en fort désaccord avec ce qui se passe réellement. Ce sont les gens avec qui Trump est forcé de travailler. (Suite)

Les bolcheviques arrivent ! (I)    18/09/2019

Supposons que vous soyez Américain. Et supposons que vous ayez passé les 60 dernières années à vous reposer tranquillement dans un congélateur après vous être injecté de façon experte suffisamment de glycérine pour empêcher les cristaux de glace de perturber vos membranes cellulaires. Dieu seul sait pourquoi vous avez fait ça, mais c’est du passé maintenant. Quoi qu’il en soit, nous sommes maintenant en 2019 et pour une autre raison insondable, vos arrière-petits-enfants vous sortent du congélateur, vous décongèlent, vous envoient plusieurs chocs électriques avec un aiguillon à bétail pour faire battre votre cœur, vous font marcher pendant un moment en vous donnant un café noir bien fort et vous voilà de nouveau, comme neuf et prêt à agir. Ensuite, vos arrière-petits-enfants (c’est du moins ce qu’ils vous disent) commencent à vous parler de la vie en Amérique en 2019. Ils vous disent que le loyer représente maintenant la moitié de leurs revenus et qu’ils ne peuvent même pas rêver d’acheter une maison, et encore moins espérer la posséder un jour. Ils vous disent qu’il leur faudra toute une vie pour  rembourser leurs frais de scolarité à l’université et qu’ils finiront probablement par puiser dans leur épargne-retraite (s’ils en ont une un jour, mais qu’ils ne préparent pas actuellement). Ils vous disent qu’au lieu de leur laisser un héritage, leurs parents sont décédés en laissant des biens inutiles et délabrés, lestés d’énormes dettes médicales pour leurs soins palliatifs de fin de vie. Quand vous vous demandez où sont passés tous les enfants, ils vous expliquent patiemment qu’il est maintenant trop coûteux d’avoir des enfants, même avec papa et maman qui travaillent à temps plein, à moins que maman ne soit une mère célibataire, auquel cas le gouvernement la paie en fonction du nombre d’enfants qu’elle a avec différents hommes qui ne sont pas autorisés à vivre avec elle (et qui passent la plupart du temps en prison dans tous les cas). (Suite)

Ressusciter l’économie américaine    04/09/2019

Donald Trump a récemment ordonné à des sociétés américaines de déplacer leur production hors de Chine vers les États-Unis. Plus facile à dire qu’à faire ! Ou plutôt à défaire. Le transfert de la production en Chine (et, dans le cas des technologies de l’information, en Inde) a permis aux entreprises américaines de profiter de l’écart salarial important et d’un environnement réglementaire moins strict afin d’être plus rentables. Elles ont dépensé ces profits excédentaires en rachetant leurs propres actions, en versant de généreux dividendes à leurs actionnaires et en utilisant leurs cours artificiellement gonflés pour justifier les salaires et primes exorbitants des dirigeants. En cours de route, ils ont appauvri les travailleurs américains en les privant d’une base d’emplois bien rémunérés, érodé la base de compétences de la population américaine et, ce qui est peut-être le plus important, détruit la demande pour leurs produits parce que de plus en plus d’Américains ne peuvent plus se le permettre. Au fur et à mesure que ces tendances se sont manifestées, rendant la Chine prospère et les États-Unis de plus en plus affectés et appauvris avec près de 100 millions de personnes en âge de travailler sans emploi permanent, les entreprises américaines ne pouvant plus profiter de leur production délocalisée dans la même mesure ont donc profité des faibles taux d’intérêt pour emprunter des sommes énormes et continuer à les utiliser pour acheter leurs propres actions, payer des dividendes et continuer à payer des rémunérations exorbitantes à leurs cadres. (Suite)

Devenir négatif    29/08/2019

L’article qui suit a été publié pour la première fois il y a trois ans. Depuis lors, la Réserve fédérale américaine a relevé les taux d’intérêt au-dessus de zéro, avant de les baisser à nouveau. Entre-temps, le montant total de la dette à rendement négatif dans le monde a atteint 13 000 milliards de dollars (USD). C’est plus que les budgets fédéraux 2019 combinés des États-Unis, de la Chine, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, du Japon, de l’Italie, du Brésil et du Canada (qui, soit dit en passant, sont neuf des économies les plus grandes, les plus surdéveloppées et les plus vulnérables à l’effondrement sur la planète). Il peut sembler surprenant que les investisseurs soient prêts à prêter de l’argent à un taux d’intérêt négatif, mais c’est une offre qu’ils ne peuvent refuser : ils préfèrent perdre leur argent lentement au fil du temps plutôt que d’un seul coup. Certains investisseurs (et banques centrales) ont décidé que les réserves en devises étrangères sont une mauvaise idée et achètent plutôt de l’or, mais cela ne changera pas la situation économique globale. Et dans l’ensemble, l’effondrement financier mondial est en pause depuis 2008, mais maintenant, quelqu’un a appuyé à nouveau sur le bouton “jouez”. Quoi qu’il en soit, le moment semble bien choisi pour dépoussiérer cet article du  7 juin 2016 et examiner une fois de plus ce que sont les taux d’intérêt négatifs et ce qu’ils font. (Suite)

Autopsie de la révolution de couleur    21/08/2019

Au cours des dernières semaines, deux tentatives de révolution de couleur se sont déroulées en parallèle, l’une à Moscou et l’autre à Hong Kong. Alors qu’un observateur occasionnel pourrait penser que le lien entre les deux est, au mieux, ténu, un examen plus attentif révèle que la méthodologie est exactement la même que celle qui avait été utilisée avec succès lors des divers exercices de changement de régime par le passé – plus d’une fois dans le cas de l’Ukraine – mais récemment beaucoup ont fait long feux. En particulier, une de ces révolutions avait déjà échoué de manière assez décisive en Russie. Comme je l’ai écrit dans mon livre Shrinking the Technosphere,  « La Révolution du ruban blanc au square Bolótnaya [“Marais”]à Moscou le 6 mai 2012, juste avant la réélection de Poutine comme président, n’a mené nulle part ; dans ce cas, les changeurs de régime ont été contre-productif, l’objet était plus gros que ce que les gens pouvaient avaler, et leurs agents locaux dans l’“opposition”  sont maintenant parmi les personnes les plus méprisées de toute la Russie ». Et elle avait déjà échoué de manière assez décisive à Hong Kong lors de la “Révolution des parapluies” de 2014 ; après 75 jours de protestation, elle a fléchi et l’ordre public a été restauré. J’étais prêt à déclarer le “Syndicat de la Révolution Colorée”  presque mort en 2016, quand ce livre est sorti ; je suis maintenant prêt à confirmer qu’il est aussi mort qu’un clou de porte. Alors, pourquoi ses membres frémissent-ils encore ? Peut-être ne sait-il pas qu’il est mort ? Il semble que les organisations mortes, en particulier celles qui sont bien financées, sont a peine différentes des mille-pattes ou des poulets sans tête partiellement écrasés, par exemple : elles peuvent volontairement exclure toute reconnaissance de leur disparition prématurée et persister dans un état zombie. C’est ainsi que la CIA, le Département d’État américain, l’USAID, diverses ONG occidentales [dont la NED]  et les médias occidentaux s’appuient tous sur des mouvements hautement coordonnés qui tentent de fomenter la révolte, de saper l’autorité légitime et d’installer un gouvernement fantoche, suivant le guide officiel de la Révolution Colorée, qui a été élaboré avec minutie dans tous ses détails. Dommage, leur méthodologie ne fonctionne plus ! (Suite)

La révolution technologique dévore ses enfants    14/08/2019

Cela fait presque trois ans que j’ai publié mon livre  Shrinking the Technosphere, et un critique avisé pourrait faire remarquer que cela n’a pas fonctionné comme prévu parce que la technosphère ne s’est pas rétrécie. C’est vrai qu’il s’agissait d’un guide pratique un peu ironique, mais on ne sait pas combien de personnes ont pris la peine de le lire et de mettre en pratique ce que je prêche. Il est possible d’être un peu équivoque sur le fait que la technosphère ne rétrécit pas : par exemple, les commandes de camions lourds aux États-Unis sont  en baisse de 81%  par rapport à l’année dernière. Ces camions de classe 8 transportent la grande majorité des marchandises aux États-Unis et cet effondrement signale un ralentissement majeur de l’économie dans son ensemble. La technosphère n’est peut-être pas tout à fait florissante, mais elle ne semble pas non plus particulièrement rétrécir. Ce ne sont pas les techno-optimistes qui manquent pour parler des nouvelles technologies comme les nanotechnologies, la biotechnologie, la technologie moléculaire, cellulaire et nucléaire, la technologie des cellules souches, la culture des tissus et des organes, la nanobiotechnologie, la biomimétique, la nanobionique, la nanotronique, sans parler des éternelles techno-utopies autour de l’intelligence artificielle, des énergies renouvelables, des voitures électriques sans conducteur et de l’internet des objets. “Une nouvelle révolution technologique est à portée de main !”,s’exclament-ils. D’accord, je dis, mais quelle est la nouvelle ressource surabondante pour cette nouvelle révolution technologique ? (Suite)