• Parmi les signatures régulières que nous affectionnons et auxquelles nous prêtons grande attention sur le net, il y a celle du russe Dimitri Orlov. • Il est le créateur d’une forme de pensée que l’on pourrait désigner comme une “science de circonstance”, une “science” suscitée par les circonstances même que nous traversons et que nous décrivons et désignons nous-mêmes comme la Grande Crise de l’Effondrement du Système (GCES) : la “collapsologie”, ou “science de l’effondrement”. • Nous pensons que suivre régulièrement ses écrits est d’un intérêt qui rencontre complètement l’orientation de dedefensa.org : cela peut être fait grâce à nos excellents rapports avec Le Sakerfrancophone, qui reprend systématiquement les textes d’Orlov (en général deux par semaine) et les traduit en français. • Avec l’accord du Sakerfrancophone, que nous remercions bien chaleureusement, nous allons donc reprendre les textes d’Orlov dans cette rubrique propre intitulée “Le monde d’Orlov”. • Son fonctionnement est régi par les mêmes règles que celui d’Ouverture Libre mais cette rubrique a désormais une place structurelle dans dedefensa.org. • Le premier texte, une interview d’Orlov par Le Sakerfrancophone du 15 juin 2016, à l’occasion de la sortie en français du livre d’Orlov (Les cinq stades de l’effondrement aux éditions Le retour aux Sources) sert parfaitement de présentation de cet auteur.

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NordStream Kaput !    05/10/2022

La grande nouvelle du jour est que Biden a fait exploser 3 des 4 pipelines qui ne fournissaient pas de gaz naturel russe à l’Allemagne. Biden a fait exactement ce qu’il avait promis et, à l’heure actuelle, je ne vois aucune raison de le mettre en doute, car il existe de nombreuses preuves indirectes de l’implication des États-Unis dans cet acte : Des navires de l’US Navy circulant dans la zone, posant probablement des mines sur les tuyaux et repartant juste avant les explosions. Nous devons attendre que la Maison Blanche rende la Russie responsable de l’incident ; cela constituerait une marque supplémentaire de culpabilité. (C’est toujours le voleur qui crie le plus fort “Attrapez le voleur !”). Mais je ne suis ni le juge ni le jury dans cette affaire, donc n’attendez rien de plus précis de moi. Il y a juste quelques éléments importants à comprendre concernant la disparition prématurée de NordStream. 1. La puissance européenne qu’est l’économie allemande est maintenant kaput. L’ensemble du miracle économique allemand reposait sur la disponibilité d’un approvisionnement régulier en gaz naturel bon marché en provenance de Russie ; sans ce gaz, l’industrie allemande ferme ses portes, licencie des centaines de milliers de travailleurs et connaît un niveau de détresse et d’agitation publique jamais vu depuis l’époque de la République de Weimar. L’économie allemande ayant été la locomotive qui a tiré une grande partie du reste de l’Union européenne, la disparition de NordStream est également une mauvaise nouvelle spectaculaire pour le reste de l’UE. Les Européens sont maintenant confrontés à une tâche formidable : reprogrammer les cerveaux des uns et des autres pour qu’ils comprennent que l’Amérique n’est pas leur amie mais leur ennemie. (Suite)

Étouffer le bruit au sujet de l’Ukraine    30/09/2022

  Il y a des choses plus intéressantes à écrire que ceci, et j’y travaille, mais en attendant, voici une note rapide sur les événements en Ukraine qui contrediront très probablement ce que les gens peuvent glaner en écoutant les médias occidentaux. Non seulement cela, mais certains idiots utiles à l’intérieur de la Russie ont commencé à hyperventiler dès que les troupes russes se sont retirées de la région de Kharkov, affirmant que “c’est maintenant une guerre !”. Ils devraient aller lire la résolution 3314 de l’Assemblée générale des Nations unies du 14 décembre 1974. Cela devrait tempérer leur enthousiasme à déclarer des guerres. Il s’agit d’une opération spéciale ; si vous l’appelez autrement, non seulement vous vous trompez, mais vous commettez un crime en vertu de l’article 207.3 du code pénal russe. Je me contenterai d’énumérer quelques faits concernant le conflit et vous laisserai le soin de tirer vos propres conclusions. Ce matin, le ministre russe de la défense, Sergei Shoigu, a donné une interview dans laquelle il a déclaré que les pertes de la Russie sur le champ de bataille au cours de l’opération militaire spéciale (un secret d’État jusqu’à présent) s’élevaient à 5 937 morts. Il a également déclaré que 90 % des blessés ont été soignés et ont repris le service actif. On donnera leur sens à ces chiffres en notant que cela représente 0,004 % de la population russe. Au cours de la même période, la Russie a perdu environ 5 600 personnes dans des accidents de voiture, plus de 10 000 du fait d'overdoses de drogue et plus de 50 000 du fait de l’alcoolisme. (Suite)

Chats dans une pièce sombre et encombrée    28/09/2022

J’ai reçu des demandes de commentaires sur les récentes contre-attaques ukrainiennes, certaines personnes estimant que « le vent a peut-être tourné ». Il y a eu deux contre-attaques, l’une dans la région de Kherson, au sud, qui a été repoussée. Les forces ukrainiennes ont subi des milliers de pertes, remplissant tous les hôpitaux et morgues de la région et nécessitant des collectes de sang d’urgence. Cette petite attaque a coûté aux Ukrainiens une centaine de chars et autres véhicules, 4 000 morts et 8 000 blessés. Rassurez-vous, certains se réjouissent de la tournure des événements, en particulier ceux qui tirent profit du découpage des foies, des poumons et des reins des cadavres pour les expédier vers des cliniques en Israël et ailleurs en vue d’une transplantation (étant donné le grand nombre de victimes, cette activité est devenue une véritable industrie, au même titre que le blanchiment d’argent et la contrebande d’armes). Lors d’une autre attaque, censée être beaucoup plus réussie, le camp ukrainien a repris les zones autour d’Izyum et de Balakleya, avec des pertes tout aussi impressionnantes. Comme il s’agit du seul cas où les Ukrainiens ont réellement gagné du terrain depuis le début de l’opération, certaines personnes ont immédiatement commencé à hyperventiler et à prétendre que les Russes allaient certainement être mis en déroute et chassés de Crimée. Je ne dirai pas cela et j’expliquerai plutôt pourquoi la Russie, qui a engagé peut-être 16 % de ses soldats professionnels (pas d’appelés ni de réservistes, mais un nombre croissant de volontaires), est en train de réussir sa mission de démilitarisation et de dénazification de l’Ukraine, d’assurer la sécurité de la région du Donbass et, au-delà, de faire évoluer ses relations avec l’Occident (si elles existent) vers une base plus équitable. Tout se déroule selon le plan, et bien que nous ne connaissions pas les détails de ce plan à l’avance (il s’agit normalement d’un secret d’État), nous pouvons discerner certains de ses détails au fur et à mesure de son déroulement. Tout d’abord, il est important de noter que si, pour l’Occident, l’action en Ukraine est une« guerre totale » existentielle (comme l’a déclaré le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian), pour la Russie, il s’agit d’une opération militaire spéciale, et la Russie est prête à s’engager simultanément dans trois, voire quatre d’entre elles sans avoir à mobiliser ou à appeler des réserves. La raison pour laquelle il s’agit d’une question existentielle pour l’Occident est liée à l’énergie. Le pic pétrolier étant largement dépassé et le phénomène de la fracturation hydraulique aux États-Unis étant prêt à s’éteindre d’ici un an ou deux, le pétrole et le gaz russes, ainsi que de nombreux produits de base dont la production nécessite du pétrole et du gaz bon marché, sont absolument essentiels si l’Occident veut conserver ne serait-ce qu’une trace de sa position dominante dans le monde. Qui plus est, le pétrole et le gaz russes doivent être rendus très bon marché, alors qu’ils sont aujourd’hui beaucoup trop chers pour que l’Occident puisse maintenir sa capacité industrielle, avec des usines chimiques et métallurgiques, et même des boulangeries, qui ferment chaque jour. Ainsi, si l’Occident veut survivre, la Russie doit être détruite et son trésor de combustibles fossiles et d’autres matières premières doit être pillé. (Suite)

Une nouvelle guerre civile américaine ?    20/09/2022

Les États-Unis tiendront-ils le coup jusqu’en 2024 ? Au début de l’année, des complications liées à la Covid-19 ont coûté la vie à Vladimir Jirinovsky, l’éternel et grandiloquent leader du Parti libéral démocrate de Russie. Il était connu non seulement pour sa rhétorique inimitable, mais aussi pour la précision étonnante de ses prédictions. Par exemple, il a prédit le début de l’opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine presque jour pour jour, des mois avant le fait et à un moment où personne d’autre n’avait la moindre idée de ce qui allait se passer. Une autre de ses prédictions se lit comme suit : « Il n’y aura pas d’élection présidentielle américaine en 2024 parce qu’il n’y aura plus d’États-Unis. » S’avérera-t-il également prémonitoire sur ce point ? On verra bien ! Jirinovsky est loin d’être le seul à faire une telle prédiction. Selon des sondages récents, plus de 40 % des Américains craignent qu’une nouvelle guerre civile n’éclate au cours de la prochaine décennie. Que l’on n’aille pas croire que les personnes interrogées ont effectué une analyse indépendante, sur la base de laquelle elles ont pu calculer la probabilité d’une guerre civile ! Aujourd’hui, la grande majorité des Américains ont été conditionnés à percevoir la réalité comme une mosaïque composée de courts extraits de journaux télévisés, d’extraits sonores, de scènes dont la longueur ne dépasse pas celle de deux publicités télévisées et de récits miniatures qui présentent tel ou tel objet imaginaire sous un jour positif ou négatif. Ils pensent qu’une guerre civile est probable parce que c’est ce qu’on leur a dit à travers les médias de masse ou les médias sociaux, invisiblement mais implacablement chaperonnés. L’oligarchie, qui contrôle tout ce qui précède, joue avec deux business plans alternatifs. Le plan A, plus rentable et moins risqué, ne prévoit pas de guerre civile, tandis que le plan B, risqué mais toujours rentable, en prévoit une. Dans les deux cas, les profits proviennent de la confiscation des richesses de la population ; avec le plan A, une moindre partie de ces richesses est détruite, d’où des profits plus importants. Mais le plan A exige de s’assurer l’obéissance et la docilité totales d’une population de plus en plus désemparée et rétive. Pour paraphraser Klaus Schwab, ils doivent s’accommoder de ne rien avoir et faire semblant d’être heureux (à condition d’être autorisés à rester à l’intérieur et à être nourris). (Suite)

De quoi ‘Gorby’ est-il le nom ?    16/09/2022

On dit qu’il faut parler des morts en bien ou ne rien dire du tout ; et bien que je serais heureux d’envoye  ‘Gorby’ dans l’oubli instantané, mes lecteurs m’ont demandé mon avis, alors je vais m’acquitter d’une brève nécrologie. Il y a peut-être une valeur résiduelle à extraire du vieux récit fatigué de ‘Gorby’. Comme je le soutiendrai ici, il n’est pas tant une personne qu’une unité pratique de dysfonctionnement organisationnel au sein d’un empire qui s’effondre. Il est assez révélateur que ‘Gorby’ (qui était le surnom affectueux dont Margaret Thatcher avait affublé le secrétaire général du Politburo du parti communiste de l’Union des républiques socialistes soviétiques, Mikhail Sergeevich Gorbachev) ait été célébré par les ennemis de la Russie et presque universellement méprisé par les Russes et les amis et alliés de la Russie. Pour les Chinois en particulier, il a donné une précieuse leçon sur le type de personnalité qu’il ne faut pas laisser s’approcher de la direction du parti communiste chinois. Les Chinois ont également appris de Staline qu’il n’est pas sage de permettre à vos ennemis au sein du parti de vous survivre, comme l’a fait Nikita Khrouchtchev, et de Khrouchtchev qu’il n’est pas sage de dénigrer vos prédécesseurs au pouvoir à moins que vous ne vouliez qu’on vous fasse la même chose. Les Chinois n’ont pas fini d’apprendre des leçons des Russes, mais de nombreux Russes souhaiteraient qu’il en soit autrement. Il est certain que les Chinois ont eux-mêmes donné de précieuses leçons, notamment que la libéralisation économique et la libéralisation politique doivent être dissociées, afin que le libéralisme économique puisse être freiné lorsqu’il entre en conflit avec les intérêts nationaux. Il convient également de noter que la plus grande réussite de ‘Gorby’ au cours de sa vie, selon lui-même, a été de quitter volontairement son poste de président de l’Union soviétique (comme on l’appelait pendant son bref règne). Il a dit qu’il l’avait fait pour éviter une grande effusion de sang ; or, c’est ce que son départ précipité, et le vide du pouvoir qu’il a créé, a facilement produit, ayant donné libre cours à de petits nationalistes et à leurs manipulateurs étrangers parmi les ennemis permanents de la Russie. En cela, il a échoué ; il a également échoué dans sa campagne de “glasnost” (remplaçant la censure d’État par un déluge de ‘fake news’), dans sa campagne de “perestroïka” (détruisant l’économie soviétique en quelques années seulement), dans sa campagne contre l’alcoolisme (conduisant à une crise historique d’alcoolisme dans tout le pays), dans sa tentative de réforme du parti communiste (remplaçant les personnes réellement compétentes par des opportunistes, des arrivistes, des carriéristes et des criminels purs et simples) et dans la négociation (ou la capitulation) de la fin de la guerre froide à des conditions qui, à long terme, se sont avérées inacceptables pour la Russie. Il a échoué, échoué, et encore échoué. (Suite)

Comment s’opposer aux récits malsains ?    13/09/2022

L’une des principales techniques de guerre psychologique contemporaine est l’utilisation forcée de récits. Un récit établit un ensemble de définitions qui servent ensuite de filtre à la réalité : tout pas hors du chemin étroit que ces définitions fournissent est considéré comme automatiquement offensant et nécessitant une action disciplinaire, tandis que contester l’exactitude de ces définitions est aussi inutile que de contester des axiomes géométriques. Certains récits équivalent à un discours de haine et, en tant que tels, peuvent être combattus par des moyens légaux en tant qu’extrémistes, pour avoir encouragé la division sociale et les conflits. D’autres sont fondés sur une sorte de fausse moralisation, faisant appel à nos meilleures natures et réprimandant et cherchant à punir ceux qui refusent de suivre le programme. Il est difficile de s’opposer à de tels récits car ceux qui tentent de s’y opposer commettent souvent une seule et même erreur fatale : ils tentent de combattre le récit dans ses limites et ses définitions. Mais dès que vous acceptez la terminologie de la narration, vous en devenez le prisonnier. Dès lors, toute lutte pour s’en libérer devient futile. L’approche correcte consiste à priver le récit de toute sa validité en refusant d’accepter ses termes clés. Prenons quelques exemples. Une cible particulièrement facile est le récit des “droits des homosexuels” : les journalistes étrangers, faute de pouvoir poser des questions plus utiles, s’enquièrent souvent des droits des homosexuels, par exemple en Tchétchénie, une république musulmane qui, conformément à l’enseignement coranique, considère l’homosexualité comme ‘haram’ (interdite). Exiger d’eux qu’ils changent leurs habitudes en raison de la préférence culturelle d’une autre nation est une atteinte à leur liberté religieuse ; de plus, c’est complètement futile. (Suite)

Des choses absolument horribles    07/09/2022

C’est le pire moment possible pour être un nazi ukrainien. Je déteste avoir à les évoquer encore et encore. Heureusement, je n’aurai plus à le faire longtemps : ils disparaissent assez rapidement. Mais pendant ce temps, des choses vraiment horribles se passent. Pour résumer, le but de l’opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine est de démilitariser et de dénazifier l’Ukraine… et d’assurer la sécurité des régions de Donetsk et de Lugansk… et de la région de Kherson, et de Zaporozhye, et de Kharkov, et de Nikolaev… et d’Odessa… et ensuite d’organiser des référendums dans toutes ces régions pour qu’elles rejoignent la Fédération de Russie. Appelez ça de la folie des grandeurs. Mais c’est le bon genre de dérive de mission du point de vue russe : Les frontières de la Russie se déplacent dans la bonne direction et englobent de plus en plus de terres historiquement russes. Ces terres faisaient partie des « terres sauvages », où les Russes se sont installés pour la première fois sous Catherine la Grande, mettant ainsi fin aux incursions étrangères des Polonais et des Turcs et aux raids des tribus nomades. Mais qu’en est-il des objectifs initiaux de démilitarisation et de dénazification ? La façon dont se déroule la démilitarisation est décrite par des tableaux ennuyeux publiés régulièrement par le ministère russe de la défense : tant de chars, d’obusiers, de transports de troupes blindés, de mortiers, de lance-roquettes, de drones et d’hélicoptères détruits. À ce jour, 267 zones de population, grands et petits, ont été libérés, même si certains d’entre elles sont encore bombardées par des mortiers et de l’artillerie. À l’heure actuelle, les Russes ont détruit une grande partie du matériel de guerre initial, d’origine soviétique, et sont occupés à dévorer les armements occidentaux fournis par l’OTAN. À ce rythme, les forces ukrainiennes n’auront plus rien pour se battre. Déjà, les obus d’artillerie et les mortiers sont rationnés, chacun ne tirant qu’une poignée de missiles par jour, juste assez pour dissuader les Russes de déborder leurs positions défensives. Plusieurs des grands pays de l’OTAN, qui étaient au départ disposés à fournir des armes aux Ukrainiens, ont déjà changé d’avis, d’abord parce qu’au lieu d’être utilisées pour combattre en Ukraine, ces armes apparaissent sur les marchés noirs internationaux, à des prix très raisonnables, et ensuite parce qu’ils commencent à manquer d’armes. (Suite)

L’assassinat de la fille d’Alexandre Douguine    24/08/2022

Le samedi 20 août 2022, dans le quartier Odintsov de Bolshaya Vyaz’ma, près de Moscou, une voiture piégée avec la charge placée sous le siège du conducteur a coûté la vie à la journaliste Darya Dugina [Daria Douguine], 29 ans, fille du philosophe et politologue russe Alexandre Douguine. La bombe a été placée par la citoyenne ukrainienne Natalya Vovk, née en 1979, qui était arrivée en Russie le 23 juillet avec sa fille Sofia Shaban. Elles avaient loué un appartement dans l’immeuble où vivait Douguine et l’avaient suivie dans une Mini Cooper, utilisant trois plaques d’immatriculation différentes : de Donetsk, du Kazakhstan et d’Ukraine. Le jour de l’attaque terroriste, Vovk et sa fille étaient présents au festival « Tradition » auquel participaient Alexandre Douguine et sa fille. Après avoir déclenché l’engin explosif, les deux femmes ont fui vers l’Estonie en passant par Pskov. Alexander Douguine suivait Darya dans une autre voiture et a été témoin de l’explosion. Il se trouve actuellement dans un hôpital, où il est traité pour un traumatisme psychologique. Lui et sa fille étaient très proches et travaillaient ensemble sur divers projets. Bien que les médias occidentaux se soient empressés de qualifier Douguine de « conseiller de Poutine » ou de « nationaliste russe » ou de toute autre épithète insensée, il ne s’agit là que de la bêtise habituelle des médias occidentaux. Douguine est un philosophe et, étant plutôt controversé, il n’est en aucun cas proche du Kremlin. Il a produit une œuvre très impressionnante et ce n’est peut-être pas une bonne idée de la résumer en quelques phrases, mais je vais essayer. (Suite)

En attendant les Russes    26/07/2022

Lorsque le bataillon ukrainien Azov (des nazis tatoués et drogués) a finalement été chassé des rues de Marioupol, une ville russe d’un demi-million d’habitants située sur les rives de la mer d’Azov, pour se réfugier dans les sous-sols caverneux de l’usine métallurgique, les habitants, qui avaient été contraints de se cacher des mitrailleuses et des bombardements dans les sous-sols de leurs propres immeubles, ont d’abord hésité à quitter leurs abris. Puis certains d’entre eux, en écoutant le bruit à l’extérieur, ont entendu de puissants « Allahu akbar ! » (« Gloire à Dieu !»), ils ont poussé un profond soupir de soulagement – “les Russes sont enfin là !” – et ont envahi les rues pour accueillir leurs libérateurs russes, qui étaient, dans ce cas, les forces spéciales tchétchènes. Cette petite vignette de la vie réelle peut vous laisser perplexe. Comment vos vaillants amis ukrainiens peuvent-ils être des nazis ? Votre gouvernement leur a prodigué d’innombrables milliards d’euros d’aide militaire, qui ont rapidement disparu dans une sorte de trou noir sans que rien ne soit montré, si ce n’est une suite ininterrompue de retraites militaires, de défaites et d’humiliations. Pendant ce temps, de plus en plus de vos concitoyens n’ont même pas les moyens de chauffer ou de refroidir leur maison ou de nourrir correctement leurs enfants. Cela doit vraiment faire mal ! Et comment Marioupol, un important centre industriel ukrainien qui représentait autrefois environ un dixième du PIB de l’ancienne Ukraine, peut-il se révéler être habité presque exclusivement par des Russes patriotes, brandissant le drapeau blanc-bleu-et-rouge ? Et comment les Russes peuvent-ils se sentir heureux d’être libérés par des combattants musulmans criant « Allahu akbar ! » – ne sont-ils pas des chrétiens orthodoxes, et non des musulmans ? Les nazis ukrainiens sont des nazis parce que leur idéologie est nazie. Selon cette concoction diabolique, les Ukrainiens sont racialement supérieurs et distincts de tous les autres Russes parce qu’ils sont de purs Slaves, alors que les autres Russes sont un mélange de Slaves, d’Ugro-Finlandais, de Turcs et d’autres groupes ethniques. Leur pureté et leur supériorité raciales supposées leur permettent de tuer et de torturer tous ceux qui ne sont pas eux – les Polonais, les Russes et surtout les Juifs. Ils se sentent parfaitement justifiés de bombarder les quartiers résidentiels peuplés de ces Untermenschen et d’utiliser ces civils comme boucliers humains. Et lorsque cette tactique échoue et qu’ils sont contraints de battre en retraite, ils bombardent des écoles, des hôpitaux et des jardins d’enfants dans les quartiers qu’ils ont abandonnés. Rien qu’à Donetsk, plus d’une centaine de bâtiments doivent être réparés avant le début de l’année scolaire. Il est beaucoup plus sûr de bombarder des malades et des enfants que de bombarder les troupes russes, qui ripostent immédiatement. (Suite)

Le simulacre crevé de l’unité occidentale    22/07/2022

Il est souvent possible de diagnostiquer les problèmes des gens en prenant note de ce qu’ils évoquent de façon répétitive et compulsive dans la conversation. Il s’agit généralement des objets d’un désir ardent qui leur font cruellement défaut dans la vie. Par exemple, les Américains parlent souvent de manière compulsive des armes à feu, qu’ils considèrent comme un moyen d’assurer leur sécurité personnelle. C’est parce qu’ils manquent cruellement de sécurité personnelle : à tout moment, un maniaque fou armé jusqu’aux dents (il y en a des millions qui circulent librement parmi eux) peut venir les attaquer et les faire disparaître – pendant qu’ils dorment, qu’ils vont chercher leurs enfants à l’école, qu’ils sont assis sur les toilettes ou qu’ils se baissent pour ramasser un penny. Ils s’arment donc jusqu’aux dents et vivent dans un état de rage paranoïaque. Autre exemple : les dirigeants américains mentionnent compulsivement “la liberté et la démocratie”. Ce sont des choses qu’ils sont censés posséder et qu’ils doivent répandre sur le reste de la planète, que celle-ci le veuille ou non. Plus précisément, le reste de la planète ne devrait pas être autorisé à voter démocratiquement contre cette absurdité américaine de “liberté et de démocratie” et à en rester béatement libre. Étant donné que les États-Unis eux-mêmes ne sont pas une démocratie (comme on peut facilement le prouver avec des chiffres), ce que les politiciens américains entendent par “démocratie” est tout sauf cela. (Suite)

D’une époque l’autre    19/07/2022

Le plus difficile, lorsqu’on vit une période de profonds changements, c’est que personne ne se soucie de vous informer que les temps ont changé et que rien ne sera plus comme avant. Certainement pas les têtes parlantes à la télévision, qui sont souvent les dernières à le savoir. Vous devez vous en rendre compte par vous-même, si vous le pouvez. Mais je suis là pour vous aider. Tout est lié à l’énergie. Rien à la technologie – c’est accessoire -, rien à la supériorité militaire – c’est éphémère et largement imaginaire – et certainement rien à une quelconque forme d’autosatisfaction politique ou culturelle – c’est illusoire. Il n’y a pas de substitut à l’énergie. Si vous en manquez, vous ne pouvez pas faire fonctionner votre économie industrielle avec des baguettes de bois. Elle s’arrête tout simplement. Pire encore, les sources d’énergie ne sont même pas particulièrement substituables les unes aux autres. Si vous manquez de gaz, vous ne pouvez pas passer au charbon ou au fumier sec, même si vous en avez jusqu’au cou. L’industrie moderne fonctionne au pétrole, au gaz naturel et au charbon, dans cet ordre, et les substitutions sont très limitées. De plus, l’énergie doit être très bon marché. Le pétrole doit être le liquide le moins cher que vous puissiez acheter – moins cher que le lait, moins cher même que l’eau en bouteille. Si l’énergie n’est pas assez bon marché, toutes les industries énergivores qui en dépendent deviennent non rentables et ferment leurs portes. C’est le stade auquel nous sommes actuellement dans la plupart des pays du monde. Alors, que s’est-il passé ? (Suite)

Le vrai mouvement perpétuel    19/07/2022

Les rêves d’une machine monétaire à mouvement perpétuel s’effondrent, pour être remplacés par la douleur et le désenchantement. Les États-Unis sont passés sous sédation monétaire lourde en 2020 et n’ont pas encore repris conscience. Ils ont tenté de créer l’illusion d’un mobile à mouvement perpétuel : un état de fait où il est possible d’inonder chaotiquement les marchés de liquidités illimitées sans en subir les conséquences, tout en jouissant d’un sentiment éphémère d’immortalité. Les marchés sont en ébullition, le déficit budgétaire est illimité, il n’y a pas d’inflation et tout est doux et léger ! À cette époque, le gouvernement fédéral américain, séduit par un sentiment d’invulnérabilité et souffrant d’une perte de raison permanente, a généré des plans de sauvetage sans fin. L’argent jeté par hélicoptère n’en finissait pas de voltiger : environ 1 000 milliards de dollars en mars-mai 2021 ; 1 200 milliards de dollars de plans d’infrastructure à partir du 7 novembre 2021. Il y a eu des dizaines de plans de ce type créés par Biden & Cie. Lorsque leur foi en l’immortalité a atteint son apogée, la peur s’est estompée, les cerveaux se sont éteints et 6 000 milliards de dollars ont été distribués à tous ceux qui pouvaient les engloutir sous n’importe quelle excuse bidon. Les gens étaient littéralement forcés de se taire et d’accepter la fausse monnaie. À l’époque, en 2020 et dans la première moitié de 2021, alors que l’inflation était encore faible, il semblait que cet état de fait allait durer éternellement. À l’époque, on disait que l’inflation était temporaire et qu’elle était causée par divers facteurs transitoires et non récurrents. Ces facteurs disparaîtraient, disait-on, et la situation se normaliserait. Maintenant, il y a un nouveau sujet pour ce badinage éhonté : il n’y a aucun risque de récession, aucun ! Ils essaient de manipuler l’opinion publique en utilisant les prévisions officielles idiotes d’une croissance du PIB de 2,5% pour 2022. (Suite)

A propos des Divines Sanctions    09/07/2022

C’est le milieu de l’été, il fait chaud et tout le monde se sent paresseux. Pourtant, nous devons continuer à bloguer sans relâche et faire de notre mieux pour nourrir le coucou qui vit sous votre chapeau. Et aujourd’hui, je vais écrire sur les Divines Sanctions qui ont été conçues pour enrichir la Russie, détruire l’Europe et distraire temporairement l’Amérique de son économie défaillante et de sa société folle à lier. Il existe quelques théories sur l’origine de ces sanctions et la manière dont elles ont été imposées. La première théorie est qu’elles ont été rédigées à Washington et que, lorsque les Russes les ont découvertes, ils les ont adorées et ont lancé l’‘Opération Militaire Spéciale ’ dans l’ancienne Ukraine pour s’assurer qu’elles soient appliquées immédiatement, car ils étaient impatients d’en récolter les généreux bénéfices. Selon une autre théorie, les sanctions ont été rédigées au Kremlin, ratifiées à Washington et approuvées par Biden lors du tête-à-tête entre Poutine et Biden à Genève. Ensuite, Biden et Poutine ont joué ensemble un théâtre d’ombres autour de l’Ukraine, qui a culminé avec le lancement de l’opération spéciale, une fois que Poutine a pu prétendre que Biden l’avait forcé à le faire et que Biden a pu dire que Poutine avait l’intention de le faire depuis le début et qu’il était temps d’imposer des sanctions, en poussant gentiment ses fidèles marionnettes européennes à pousser des hauts cris sur le mode “C’est la faute à Poutine !”, avant de s’ouvrir cérémonieusement les veines sur l’autel poutinien en détruisant impitoyablement leurs économies et en causant des dommages graves et irréparables à leurs électeurs. (Suite)

Effondrement du “modèle de l’effondrement”     28/06/2022

Cela fait 14 ans que j’ai écrit l’article « Les cinq étapes de l’effondrement », que j’ai ensuite transformé en livre, qui a été publié dans une douzaine de langues. L’idée a été généralement bien accueillie. C’était une façon de systématiser ce qui, pour la plupart des gens, était et reste un processus imprévisible et chaotique. Il s’agissait également d’une idéalisation (ce qui est le langage de l’ingénierie pour une simplification excessive faite dans le but d’expliquer un concept ou de faire un calcul rapide, bien qu’inexact). J’ai basé mes cinq étapes d’effondrement (financier, commercial, politique, social et culturel) sur les cinq étapes du processus de deuil d’Elizabeth Kübler-Ross (déni, colère, marchandage, dépression et acceptation), mais la similitude est superficielle : oui, il y en a cinq et oui, ce sont des choses tristes ; comptez-les et pleurez. Mais c’est aussi comme le modèle en cascade, aujourd’hui dépassé, du développement de logiciels (recueillir les besoins, rédiger la conception, coder, tester/déboguer, lancer) – et, là encore, pleurez, car lorsque vous aurez terminé, les besoins auront certainement changé. Tout en pleurant abondamment et en maudissant leur sort, les gestionnaires de projets logiciels ont mis au point des mesures palliatives : développement progressif, versions bêta, lancements progressifs, etc. Mais la mode est finalement passée au développement agile, où les équipes de développement mettent en œuvre un ensemble limité de fonctionnalités avant une certaine date, puis recommencent. Au fur et à mesure que les exigences changent et que de nouvelles fonctionnalités sont greffées sur les anciennes, le logiciel accumule des résidus, ou tissus cicatriciels, sous la forme de code mort, d’énormes bibliothèques de fonctions qui sont à peine utilisées, d’autres d’une inefficacité flagrante et généralement avec une manière stupide de faire les choses. Tous ces éléments doivent être éliminés par un processus minutieux appelé ‘refactoring’, qui devient de plus en plus complexe et source d’erreurs au fil du temps. (Suite)

Accuser Poutine de tout, c’est aider Poutine    15/06/2022

La crise systémique à laquelle nous assistons actuellement en Occident (et dans d’autres parties du monde qui sont trop étroitement liées à l’Occident pour ne pas la vivre également) est objectivement causée par l’Occident lui-même. Mais les Occidentaux, qui n’ont pas l’habitude de reconnaître leurs erreurs (étant tous supérieurs, indispensables et infaillibles dans leur propre esprit), sont obligés d’expliquer leurs échecs épiques dans pratiquement tous les domaines en rejetant la faute sur Poutine. En fait, ils ne blâment même pas la Russie en général, mais Poutine personnellement ; après tout, la Russie peut être bonne et agréable par moments (comme elle l’était sous Gorbatchev et Eltsine), mais Poutine la fait mal se comporter. C’est pourquoi tout doit être de la faute de Poutine. Voilà où nous en sommes : un président des États-Unis (ou celui qui règle son téléprompteur), qui, au cours de sa campagne électorale, a juré haut et fort qu’il assumerait la responsabilité de tout ce qui se passerait sous son commandement, claironne maintenant la « hausse des prix de Poutine » de façon si régulière et monotone que l’expression est devenue comme un réflexe de demeuré. Aujourd’hui, le discours disant que “tout est de la faute de Poutine” s’est étendu à tous les problèmes les plus sensibles : l’inflation, le prix du carburant, la hausse des prix des denrées alimentaires et même… la pénurie de lait maternisé ! Il s’avère que les pénuries ne sont pas dues à la découverte de bactéries dangereuses dans les produits d’un producteur ayant un monopole, mais à une pénurie d’huile de tournesol importée depuis… l’Ukraine. C’est ce qu’affirme le ‘Wall Street Journal’, pas moins ! Les étapes logiques nécessaires pour rejeter la faute sur Poutine sont alors évidentes : les pénuries sont dues à la guerre et la guerre est la faute de Poutine. (Suite)

Qui crée la faim dans le monde ?    08/06/2022

La dernière fausse narrative  occidentale, émanant d’un minuscule cerveau secret situé, très probablement, quelque part dans un lieu discret de Virginie, nommé Langley, est que Poutine est responsable de la faim dans le monde à cause de la guerre en Ukraine. “Poutine bloque les exportations de céréales de l’Ukraine ! La faim dans le monde menace”, crie le titre mensonger des journaux concoctés par les experts. Une analyse très simple des chiffres disponibles suffit à prouver que cette narrative    récit est un faux. En 2021, la Russie et l’Ukraine ont fourni au marché mondial 75% de l’huile de tournesol, 29% de l’orge, 28% du blé et 15% du maïs. Près de 50 pays dépendent de la Russie et de l’Ukraine pour au moins 30% de leur blé, dont 26 pour plus de la moitié. La récolte de céréales de l’année dernière en Ukraine a été d’une ampleur sans précédent : 107 millions de tonnes, dont, en chiffres ronds, 33 millions de blé, 40 millions de maïs et 10 millions d’orge, dépassant la récolte de 2020 de 22% en tonnage et de 23% en rendement. La consommation annuelle de blé en Ukraine n’est que d’environ 4 millions de tonnes. Sans surprise, les Ukrainiens ont décidé d’exporter 70 millions de tonnes. Il s’agit d’une décision forcée : il n’y a nulle part où stocker une telle quantité de céréales. Les 15 principaux silos à grains, tous détenus par des étrangers, représentent au total moins de 21 millions de tonnes. Tous ces silos se trouvent dans le centre et l’ouest du pays et ne sont pas touchés par l’opération spéciale de la Russie qui se déroule dans l’est. (Suite)

Grâce aux USA, la Russie “grande à nouveau”    31/05/2022

Il vaut généralement mieux éviter d’attribuer des intentions malveillantes à des actions s’expliquant par la simple stupidité. Mais dans le cas présent, la simple stupidité ne peut expliquer la longue et régulière procession d’erreurs de politique étrangère sur trois décennies, toutes visant spécifiquement à renforcer la Russie. Il n’est pas possible d’affirmer qu’un surplus d’orgueil démesuré, d’ignorance, de cupidité et d’opportunisme politique et un manque d’analystes de politique étrangère compétents peuvent produire un tel résultat, car cela reviendrait à affirmer que quelques singes armés de perceuses, de moulins et de tours peuvent produire une montre suisse. La seule alternative serait de prétendre qu’il existe un réseau d’agents du Kremlin infiltrés dans les entrailles de l’État profond américain et qu’ils travaillent tous de concert pour promouvoir les intérêts de la Russie tout en maintenant méticuleusement un déni plausible à tous les niveaux de l’opération. Ostensiblement, le plan consistait à affaiblir et à détruire la Russie ; mais après l’effondrement de l’Union soviétique, la Russie s’est très bien affaiblie et détruite toute seule, sans qu’aucune intervention ne soit nécessaire. Ensuite, chaque effort américain pour affaiblir et détruire la Russie l’a rendue plus forte ; s’il avait existé un mécanisme de rétroaction, même rudimentaire, un écart aussi important entre les objectifs et les résultats de la politique aurait été détecté et des ajustements auraient été effectués. Superficiellement, cela peut s’expliquer par la nature du simulacre de démocratie américaine, où chaque administration peut imputer ses échecs aux erreurs commises par l’administration précédente, mais l’État profond reste au pouvoir tout au long du processus, et il serait simplement forcé d’admettre par lui-même qu’il y a un problème avec le plan visant à affaiblir et à détruire la Russie après quelques cycles de ce fiasco. Le fait qu’il n’ait pas détecté un tel problème nous ramène à hypothèse de départ, au soupçon que des agents de Poutine travaillent sans relâche au sein de l’État profond. (Suite)

Troller le Pentagone    28/05/2022

Selon des auditions tenues récemment par le Congrès américain, le Pentagone a accumulé un certain nombre de preuves d’intrusions d’origine extraterrestre : des avions ou des vaisseaux spatiaux dont le comportement défie la technologie actuelle et, peut-être, les lois de la physique. Les choses sont devenues vraiment intéressantes lorsqu’il s’est avéré que ces extraterrestres avaient désactivé un certain nombre de missiles nucléaires américains. À ce moment-là, la réunion a été levée à la hâte et reconduite plus tard dans un format top secret. Le fait que les meilleurs et les plus brillants as du Pentagone aient été déconcertés par des preuves déroutantes importe peu. En revanche, l’idée que des extraterrestres braveraient l’immensité de l’espace interstellaire juste pour se moquer d’une bande de crétins du Pentagone semble assez farfelue. Une question évidente à se poser est la suivante : qui voudrait troller le Pentagone, en se faisant passer pour des extraterrestres, tout en mettant l’arsenal nucléaire américain hors service ? Les Russes, bien sûr ! (Suite)

Le culte de la victoire russe    17/05/2022

De manière assez inhabituelle pour moi, ce billet est un véritable compte-rendu du site (accompagné de quelques commentaires). Hier, le 9 mai 2022, j’ai participé à une marche d’un million de personnes sur l’avenue Nevsky à Saint-Pétersbourg : la marche annuelle du Régiment Immortel. Un million de personnes (probablement un peu plus) ont défilé sous les portraits de leurs proches ayant combattu pendant la Grande Guerre patriotique (alias la Seconde Guerre mondiale). Nous avons défilé sous le portrait des grands-parents de ma femme, qui ont servi ensemble dans le corps des transmissions et se sont si bien entendus que ma belle-mère est née quelques mois avant la chute de Berlin. Ils ont vécu longtemps et heureux, mais de nombreux autres participants ont défilé sous les portraits de parents, de grands-parents et d’arrière-grands-parents dont la vie a été écourtée. Certains sont morts au combat ; beaucoup d’autres sont morts des mauvais traitements infligés par les nazis. C’était une tragédie aux proportions immenses et pratiquement aucune famille de Leningrad/Saint-Pétersbourg n’y a échappé, mais à l’immensité de la tragédie correspond l’immensité de la victoire, et la puissance brute d’un « Hourra ! » balayant plusieurs kilomètres de la Perspective Nevsky à six voies, bondée de murs en murs, était énorme. Au cours de cette guerre, la Russie a vaincu l’Allemagne nazie et (comme on l’oublie souvent) également la Roumanie, la Finlande, l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie, la Croatie et l’Autriche, qui ont envoyé leurs troupes sur le territoire russe, ainsi que de nombreux mercenaires et volontaires des Pays-Bas, du Danemark, de la Norvège, de la Suède, de la France et de l’Espagne, et, bien sûr, la Grande-Bretagne et les États-Unis qui ont financé les nazis allemands et leur ont fourni des technologies clés notamment autour du carburant. Ainsi, la victoire russe n’était même pas spécifiquement contre l’Allemagne, mais contre l’Occident réuni. Le coût en vies humaines a été absolument stupéfiant – une tragédie humaine qui dépasse l’entendement – mais la plupart des Russes vous diront que cela en valait la peine. En outre, de nombreux Russes vous diront qu’ils referons le même sacrifice si nécessaire. (Suite)

Conscience de l’effondrement, selon Marx    10/05/2022

L’une des citations les plus connues de Karl Marx est « L’être détermine la conscience ». Pour pouvoir la comprendre, l’« être » doit être étendu aux conditions physiques de la vie quotidienne de la société et la « conscience » à la conscience publique – tout ce qui s’y rattache, y compris les lois, les règles et les règlements, la procédure administrative, la moralité publique (ou son absence), le genre de signal de valeur qui est requis pour entrer dans la société polie et tout ce genre de mobilier mental et de bavardage pieux. Dans la version originale allemande, cela semble beaucoup plus piquant : « Das Sein bestimmt das Bewusstsein » – le vieux barbu avait vraiment le sens des mots ! Marx était un adepte du progrès social de type révolutionnaire. Dans sa vision bien ordonnée des affaires humaines, une vague de progrès économique dans les systèmes de production créait une superstructure de la culture humaine qui, avec le temps, devenait de plus en plus contraignante ; ensuite, une vague de changements révolutionnaires balayait l’ordre social dominant, faisant place à une nouvelle vague de développement économique. C’est ainsi que l’on est passé de l’esclavage au féodalisme, puis à la bourgeoisie et à la révolution prolétarienne (j’inclurais à la fois les variétés communiste et syndicale)… mais ensuite, de manière plutôt inattendue, on revient à la bourgeoisie, puis, une fois la base de ressources physiques épuisée, au féodalisme et, enfin, à l’esclavage. Comme je l’ai mentionné, Marx croyait beaucoup au progrès social et il n’a donc pas pensé assez loin, jusqu’à l’épuisement des ressources et à l’effondrement – mais je l’ai fait, et assez tôt j’ai eu l’idée que lorsqu’il s’agit d’effondrement, la citation de Marx pouvait être complètement inversée : c’est « das Bewusstsein » qui détermine « das Sein ». La première à disparaître est la croyance en l’existence continue du statu quo, et cette perte de foi se propage à travers toute la pile technologique de la conscience sociale, de haut en bas – financière, commerciale, politique, sociale, culturelle – dans une sorte d’effet domino psycho-socio-économique. À l’époque, je savais qu’il valait mieux ne pas mêler le vieux Karl à cette histoire, car je sentais bien que les membres de la bourgeoisie seraient moins ravis de m’avoir comme conférencier à leur dîner si j’aggravais le péché d’être russe en ressemblant à un bolchevik. Mais c’est une idée tellement bonne – que la régression remonte le progrès à rebours – que je crois que le vieux Karl doit recevoir son dû (encore une fois). Et donc, sans plus attendre… (Suite)