De California Dreamin’ à California Burnin’

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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De California Dreamin’ à California Burnin’

21 septembre 2020 – C’est devenu une règle de cette époque tournée vers un futur technologiquement et moralement radieux, d’être absolument sans aucune vision réaliste, concrète, concevable, de l’avenir. Ainsi, chacun des deux partis du ‘monde en place’ (voyez que je ne dis même pas ‘ancien monde’ ou ‘vieux monde’, montrant ainsi mon mépris sans fin pour les besogneux puants de la com’), chacun qui argumente sur son extraordinaire vision et sa capacité progressiste infinie, tournée vers le futur, ‘chacun des deux partis’ dis-je choisit pour seuls arguments irrésistibles pour soi-même, pour ‘son propre parti de soi-même’, la dénonciation des  travers innombrables du parti adverse, interdisant à ce parti adverse de jamais prétendre à représenter l’issue glorieuse de cette Grande Crise non-autorisée et à peine reconnue comme telle.

Ils ne voient le ‘futur radieux’ que dans leur opposition à ce qu’ils pensent que sont leurs adversaires. Ils ne savent rien de l’avenir et ne parlent que du futur. (Car, vous l’avez noté, le ‘futur’ n’est certes pas ‘l’avenir’). Le Système les rend fous.

Les deux partis trouvent leurs seules vertus dans l’infinie accumulation des vices de l’autre. Comme si l’avenir avait le choix pour un voyage organisé soit pour Charybde, soit pour Scylla, comme si les espérances devaient choisir entre la défécation urgente et les selles extrêmement liquides, toutes deux puantes sur les trottoirs des rues de San Francisco.

Effectivement, il est notamment question de cette ville magique qui abrita les beatniks de Jack Kerouac, devenue la productrice d’une magie-noire puant non d’une quelconque extension maléfique de la magie, ce serait lui faire bien de l’honneur, mais simplement de la merde très-humaine et noircie des trottoirs, que plus personne ne se charge de nettoyer. Tiers-Monde, diriez-vous ? Notre nouveau ‘Nouveau-Monde’, oui...

Ainsi en est-il de Nial Ferguson, éminent et sulfureux historien anglo-américaniste, cultivant la virilité du propos qui donne l’apparence du mépris des convenances pour mieux respecter, ‘en douce’, le conformisme du Politiquement-Correct (PC). (Pour mon compte, lui-même, Ferguson, très bien défini par cette expression déjà ancienne, forgée pour l’occasion : « Maître du persiflage postmoderniste ».) Ferguson, qui soutint avec emphase l’‘empire’ de l’Empereur G.W. à l’assaut de l’Irak avant de faire amende honorable pour une marche-arrière de circonstance, reste complètement acquis à l’ordre néo-libéral. C’est ainsi qu’il écrit une chronique sur San Francisco tombé dans l’enfer sociétal-démocrate, qu’il a récemment évité en ne s’y rendant plus après avoir si souvent cédé à son charme, Californian Dream aidant...

« Dans les années 1960, la Californie était la destination de rêve du monde entier. ‘California Dreamin’, ‘California Girls’, ‘Going to California’, – vous connaissez les chansons. Mais les réputations ont une façon bien à elles de survivre à la réalité. Malgré le miracle économique qui s'est produit dans la Silicon Valley, à partir de la genèse d'internet dans les années 1970, et malgré la force continue des universités de l’État, le rêve en termes de qualité de vie s’est lentement dégradé et [subrepticement] éteint.
» Lorsque j’ai visité San Francisco pour la première fois en 1981, c’était encore l’une des plus charmantes villes que j’avais jamais visitée. Aujourd’hui, ses rues sont si sales, – les excréments humains et les seringues sont les principaux obstacles, – que je l’évite. (J'allais dire “comme la peste”...). »

La chronique décrit un spectacle horrible, auquel je crois aisément. (Les mêmes choses ont été déjà dites, peut-être avec moins de talent, ces temps derniers, avec notamment l’annonce qu’on évite désormais cette ville autrefois pleine de charme, ni même d’y tenir des congrès.) Cette horreur s’étend aisément à la Californie toute entière. Même les incendies, dont Ferguson minimise la gravité par rapport à la norme nécessaire pour la régénération de la faune, sont dus à la terrifiante chute des services collectifs d’entretien, qui affecte tout l’État et accompagne sa plongée dans la pauvreté et la laideur, bien plus qu’aux argumentations sans fin sur la crise climatique...

Finalement, Ferguson s’explique de tout cela, et nous en revenons à la GC4G en cours aux USA. La Californie, dit le titre de son article, est un État où règne un “parti unique”, le vrai de vrai, celui de l’URSS adopté par les démocrates les plus gauchistes... Toutes les mesures, l’évolution sociale, économique, tout indique cela : « California Burnin’, – A Warning Against One-Party Rule. »

« Le candidat républicain a remporté la Californie à toutes les élections sauf une (1964) entre 1952 et 1988. Puis, ce fut au candidat démocrate de l’emporter en Californie à chaque élection depuis, la part des voix démocrates étant passée de 46 % en 1992 à 62 % en 2016. [...]
» Les démocrates ont maintenant 61 des 80 sièges de l'Assemblée de l'État de Californie. La dernière fois que les républicains ont eu une majorité (une voix), c’était en 1994, mais c’était une anomalie. Les démocrates contrôlent essentiellement le Sénat de l’État depuis 1958, avec des majorités croissantes depuis les années 1990. Hormis 1994, la seule autre année depuis 1958 où ils n’ont pas obtenu la majorité des sièges à l'Assemblée est 1968.
» Lorsque le vote régulier n’a pas d’effet, les gens votent avec leurs pieds. De 2007 à 2016, environ cinq millions de personnes se sont installées en Californie, mais six millions ont quitté l’État. Auparavant, les arrivants étaient plus pauvres que les partants. Cet exode net est en forte hausse en 2020. Les entreprises s’en vont aussi. Silicon Valley devient virtuelle, de nombreuses grandes entreprises technologiques envisageant de généraliser le travail à domicile permanent. (Le CEO d’une entreprise de haute technologie m’a dit la semaine dernière que ses ingénieurs plaidaient pour ne pas retourner au bureau).
» Les gens quittent la Baie autant et peut-être plus qu’ils ne fuient aujourd’hui New York City. Le Texas n’est qu’une des alternatives favorisées. Les agents immobiliers du Montana font état d’une demande record de la part des réfugiés de la côte ouest. Les hôtels sont pleins, ce qui est du jamais vu à cette époque de l’année. Je connais aussi un certain nombre d'éminents Californiens qui sont maintenant des Hawaïens.
» L’écrivain et diffuseur conservateur Ben Shapiro, né à L.A., vient d’annoncer qu'il se rendait à Nashville, dans le Tennessee. “J’aime l’État, j’ai grandi dans l’État, je me suis marié dans l'État et j’ai eu des enfants dans l’État”, a-t-il déclaré à Laura Ingraham. Mais la Californie n’est “plus désormais un endroit idéal pour élever des enfants et pour créer une entreprise”.
» Maintenant, nous connaissons la véritable signification de Calexit. Ce n’est pas une sécession. C’est l’exode.
» Je ne peux pas blâmer ceux qui partent. Lorsque j'ai déménagé dans l'Ouest en 2016, je croyais naïvement que la Californie était le Massachusetts sans neige et que Stanford était Harvard avec un temps de septembre toute l’année. J’avais tort.
» Mais vais-je m’en aller ? Ce n’est peut-être pas la peine. Comme l’a dit le prédécesseur de Newsom, Jerry Brown, la semaine dernière :
» “Il va y avoir des problèmes partout aux États-Unis. C'est la nouvelle normalité. Elle a été prédite et elle se produit... Dites-moi : Où allez-vous aller ? Quelle est votre alternative ?” »

En effet, partout, dans les États, républicains ou démocrates, ou bien Démocrates-Républicains sur le même pied, vous trouvez les mêmes questions, le même sentiment d’effondrement. Depuis le virage gauchiste (du gauchisme-“à l’ancienne”, précisons) des démocrates et la monstruosité-trumpiste (populistes postmodernes) des républicains, les USA sont le pays où les deux ‘systèmes’ du monde d’avant s’affrontent, capitalistes et socialistes. Désormais, les coupures et ruptures entre États sont significatives, marquées par les différences d’idéologie (oui, d’idéologie !) entre les deux partis. Pour autant, aucun n’est capable de mettre en avant ses qualités pour vous convaincre, tant tous les deux se sont réfugiés dans la catastrophe. La seule façon de faire leur promotion, c’est de montrer l’autre camp, et de sembler dire : “Voyez en face, c’est encore pire que chez nous, alors venez chez nous”.

Ainsi retrouvai-je une fois de plus la grande caractéristique de cette crise de l’américanisme, d’abord qui est totalement la crise du Système, ensuite qui l’est dans son entièreté, avec les crises des deux pseudo-alternatives que nous offre le Système. Le choix nous est donné entre une catastrophe de l’effondrement et un effondrement catastrophique.

Il n’y a vraiment qu’aux USA, que je croyais pourtant totalement en état de rejet furieux de tout ce qui approchait le socialisme-communiste, qu’une telle situation est possible, – Dieu, que les choses changent... Trouver des États de la même Fédération, de cette Fédération-là où est né le capitalisme moderne et la modernité-capitaliste, qui appliquent, officiellement, légalement, des idéologies économico-politiques aussi incompatibles et farouchement haineuses les unes pour les autres ? Jamais, je n’aurais cru cela possible pour notre époque suivant la Guerre de Sécession.

(Je pense qu’une seule fois s’est présentée la possibilité d’une telle situation, déjà avec la Californie, mais cela ne concernait qu’un État, et c’était une exception dans tous les sens du terme : si la campagne EPIC [End Poverty In California] de l’écrivain Upton Sinclair avait réussi à le faire élire gouverneur en 1934. Mais Sinclair fut roulé dans la farine par le faux-masque Roosevelt, véritable sauveur du capitalisme avec sa gauche-bidon, et par quelques bandes de ‘mob’, cogneurs-gangsters engagés par les moguls d’Hollywood pour saboter la campagne EPIC. En ce temps-là, les riches-0,1% n’étaient pas progressistes-sociétaux ni marxistes-culturels.)

Je pense qu’ainsi se révèlent des phénomènes peu ordinaires, qui aggravent la situation profonde des USA, qui accélèrent la désintégration de cette puissance, etc. , – préparez vos gilets de sauvetage !

• Une sécession de fait s’établit au travers de l’opposition des politiques entre États, entre républicains et démocrates... Une sécession légale, puisque conduite par les autorités légales des États.

• Certains regroupements géographiques sont politiquement évidents : le groupe Californie-Oregon-État de Washington sur la côte Ouest (groupe dit-Cascadia).

• Cette sécession est d’autant plus forte que les plus fédéralistes (centre fort) sont traditionnellement les démocrates, et qu’ils sont pour ce cas opposés à la politique traditionnelle du centre.

• Certes, les populations ne suivent pas unanimement les directions des États, mais ce qui est remarquable est qu’un auto-nettoyage ethnique accompagne le processus (les gens qui “votent avec leurs pieds”, quittant la Californie, New York...), accompagnant la tendance sécessionniste. L’immigration renforce cette tendance, avec la puissance de l’immigration latinos vers les États de la ceinture Sud-Ouest/Ouest, à dominante démocrate.

Dieu pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ; et moi, je parle comme si je savais : d'où me vient cette audace?

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