Forum

Pour poster un commentaire, vous devez vous identifier

Aristocratie

Article lié : Zeus, l'Olympe devient glissant

jc

  21/07/2017

Platon classe les régimes politiques en:

    La première, l'aristocratie, qui est celle où les personnes les plus recommandables sous les rapports moraux commandent;
    La seconde, la timocratie, qui est celle où le pouvoir est entre les mains des ambitieux;
    La troisième, l'oligarchie, qui est celle où l'état n'a qu'un petit nombre de chefs;
    La quatrième, la démocratie, qui est celle où le peuple a toute autorité;
    La cinquième, la tyrannie, qui est la dernière et la pire.

On trouvera dans Wikipédia (La république, livre VIII) un résumé de la logique qui a amené Platon à faire cette classification (périodique?) des régimes politiques.

René Thom reprend cette analyse dans "Révolutions, catastrophes locales" (Apologie du logos) en mettant l'accent sur la stabilité structurelle des régimes: "Le problème qui va nous occuper est le suivant: existe-t-il en histoire des "champs morphogénétiques", des "chréodes"? [...] La partie la plus fragile de notre champ morphogénétique concerne évidemment la phase finale, le régime de restauration qui s'installe après la chute du dictateur. [...] L'explication de la stabilité du champ proposée ici repose premièrement sur une théorie de l'origine du pouvoir dans les sociétés humaines, et deuxièmement sur un modèle géométrique, inspiré de la théorie de l'élasticité."

L'aristocratie constitue la crème de la société, les aristocrates étant les "meilleurs" et sont à ce titre "naturellement" appelés à gouverner. Et pour Platon les "meilleurs" sont les philosophes.

A ma connaissance Thom parle très peu de sociologie:
1. il en formule ce qui est pour lui le problème central, l'aporie fondatrice, dans "Thèmes de Holton et apories fondatrices" (Apologie du logos), en des termes d'ailleurs analogues à l'aporie qui, selon lui, fonde la biologie;
2. l'article précité;
3. Trois pages (SSM, 2ème ed., pp.321 à 323) consacrées à la structure des sociétés;
4. La citation "fondamentale" suivante: "Les situations dynamiques régissant l'évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l'évolution de l'homme et des sociétés" (Conclusion de SSM).
5. "Dans les sociétés la fonction crée l'organe, ça il n'y a aucun doute ... et je pense aussi que c'est le cas en biologie"  (Film de Godard sur Thom, 39'45'', https://www.youtube.com/watch?v=B1t_o_CMA_E )


Mon imagination est très nettement inférieure à celle de René Thom et ma sensibilité très nettement inférieure à celle de Philippe Grasset. Mais, contrairement à eux, je n'ai aucun rang à tenir, et je considère les blogs sur lesquels je commente comme des divans psychanalytiques sur lesquels je m'allonge. [Thom: "La voie de crête entre les deux gouffres de l'imbécillité d'une part et le délire d'autre part n'est certes ni facile ni sans danger, mais c'est par elle que passe tout progrès futur de l'humanité."...]. Ceci rappelé:

Je verrais bien comme aristocrate-philosophe le métaphysicien dont parle Thom à propos de l'arbre de Porphyre, celui capable non seulement d'atteindre le "sommet" de l'arbre mais aussi de redescendre par paliers jusqu'à nous, individus d'en bas.

"L'image de l'arbre de Porphyre me suggère une échappée en "Métaphysique extrême" que le lecteur me pardonnera peut-être. Il ressort de tous les exemples considérés dans ce livre qu'aux étages inférieurs, proches des individus, le graphe de Porphyre est susceptible -au moins partiellement- d'être déterminé par l'expérience. En revanche, lorsqu'on veut atteindre les étages supérieurs, on est conduit à la notion d' "hypergenre", dont on a vu qu'elle n'était guère susceptible d'une définition opératoire (hormis les considérations tirées de la régulation biologique). Plus haut on aboutit, au voisinage du sommet, à l'Être en soi. Le métaphysicien est précisément l'esprit capable de remonter cet arbre de Porphyre jusqu'au contact avec l'Être. De même que les cellules sexuées peuvent reconstituer le centre organisateur de l'espèce, le point germinal alpha (pour en redescendre ensuite les bifurcations somatiques au cours de l'ontogénèse), de même le métaphysicien doit en principe parvenir à ce point originel de l'ontologie, d'où il pourra redescendre par paliers jusqu'à nous, individus d'en bas. Son programme, fort immodeste, est de réitérer le geste du Créateur. Mais très fréquemment, épuisé par l'effort de son ascension dans ces régions arides de l'Être, le métaphysicien s'arrête à mi-hauteur à un centre organisateur partiel, à vocation fonctionnelle. Il produira alors une "idéologie", prégnance efficace, laquelle, en déployant cette fonction, va se multiplier dans les esprits. Dans notre métaphore biologique ce sera précisément cette prolifération incontrôlée qu'est le cancer."

Bien entendu, pour nous humains, atteindre le "sommet" est illusoire et notre condition humaine nous condamne, je le crains, à tenter de remplacer une idéologie par une autre, à guérir un cancer en en provoquant un autre, tel le sapeur Camenber.

Je considère la position (nécessairement) métaphysique de Thom comme minimale puisqu'il suffit de croire en la réalité des Idées platoniciennes qu'il développe en acceptant comme "vraie" l'analogie "Développement de l'embryon"/"Développement de Taylor". Il s'agit d'un Rubicon que beaucoup ne verront pas l'intérêt de franchir, que certains ne pourront pas franchir et que, peut-être, certains parmi les certains pourront mais ne voudront pas franchir pour la raison qui suit.


La citation favorite de Thom, récurrente dans toute son oeuvre, due à Héraclite, est: "Le Maître, dont l'oracle est à Delphes, ne dit ni ne cache; il signifie." Que Thom traduit: "La Nature nous envoie des signes qu'il nous appartient d'interpréter".
Je soupçonne que Thom, à travers son oeuvre, ne nous livre pas le fond de sa pensée, qu'il ne nous dit pas tout; il se contente en maints endroits de nous envoyer des signes, de nous indiquer des directions dans lesquelles le lecteur est invité à orienter ses propres réflexions.

Ainsi, dans la citation "Porphyre" ci-dessus le "alpha" du "le point germinal alpha" n'apporte rien à la compréhension du texte (et ne renvoie à aucun alpha précédent dans le paragraphe ou, plus, dans le chapitre). Et, dans ce contexte "alpha" renvoie pour moi à Teilhard de Chardin et au "Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley.

Je sens confusément, tel Rantanplan, que c'est dans ces directions que Thom (pour moi évidemment "alpha" d'Huxley) nous invite à nous tourner.

L'espèce "abeilles" donne l'impression d'une espèce qui a terminé son évolution, d'une espèce mature et l'observation d'une ruche donne l'impression de l'ordre, de l'harmonie et de l'équilibre chers à PhG. Peut-être est-ce ce qui attend notre espèce, pour l'instant risiblement immature? Mais, si c'est le cas, peut-être certains y verront alors une atteinte intolérable à leur liberté?
 

PhiPhi face à son destin

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

jc

  21/07/2017

Sissi, Sissi impératice, Sissi face à son destin. Des films que j'ai regardés (en boucle!) avec mes deux dernières filles, alors pré-ado, blotties contre moi. De très bon souvenirs.

PhG conclut l'article "De la BA à l'IA" par

"Si le Système l’emporte, y compris dans son effondrement qui nous emporterait par refus de résistance, c’est bien que ce “nous”-là ne vaut pas grand’chose, – et alors vivement les robots, car ils nous valent largement… C’est ce qu’on appelle, cela valant pour le sapiens, “être face à son destin” : c’est bien pour cette libération-là que nous nous sommes glorieusement battus pour la Modernité ? Eh bien, nous y sommes.".

Article qui, selon moi, aurait donc fort bien pu s'intituler: "Le sapiens face à son destin".


J'ai découvert (pas plus tard qu'hier!) dans la fin de l'épilogue de "Stabilité Structurelle et Morphogénèse une phrase qui, j'en suis sûr, va meubler mes insomnies pendant un certain temps (Cf. mon commentaire "Face à notre destin"):

"des structures simulatrices de toutes les forces extérieures agissent, ou EN ATTENTE, sont prêtes à se déployer QUAND CE DEVIENDRA NECESSAIRE"

Je ne m'attendais pas du tout à ça de la part d'un Thom qui a pris soin d'écrire "Prédire n'est pas expliquer" (Flammarion, 1991) où l'on peut lire, je crois, une opposition entre d'une part le Progrès auquel renvoie la prédiction et d'autre part la Tradition à laquelle renvoie l'explication (Thom prenant "évidemment" le parti de l'explication). Pour cette raison il me paraît impensable d'interpréter la phrase ci-dessus comme une prédiction. Reste la prophétie…  Thom face à son destin?

PhG invoque dans cet article "De la BA à l'IA" l'intuition haute, l'âme poétique, la pensée pérenne, etc. Ces invocations ne m'évoquant pas grand chose (c'est un euphémisme), je me suis replongé dans la conclusion-qui-est-bien-plus-qu'une-conclusion du tome II de "La Grâce de l'Histoire" (A LIRE ABSOLUMENT) où ces concepts sont omni-présents.

Bien que je n'aie fait aucun progrès dans leur compréhension (par manque de sensibilité?), de ma relecture de cette conclusion il ressort confusément l'impression que les destins de RT et de PhG se croisent (cf. en particulier bas de p.414 et p.420*).

En tout cas il saute aux yeux qu'il y a une différence de ton entre le corpus du tome II et sa conclusion, conclusion dans laquelle Philippe Grasset, délibérément, se dévoile (ou pour le moins lève un coin du voile), conclusion qui, compte tenu de ce qui précède, aurait pu selon moi avoir pour titre:

                                                            "PhiPhi face à son son destin"


* distinction futur/avenir





 

Le système courageux mais pas téméraire fait le dos rond et colmate les brèches

Article lié : Zeus, l'Olympe devient glissant

Pascal B.

  20/07/2017

D'abord une petite précision patronymique pour mieux souligner la dimension aristocratique du personnage dont le véritable nom à l'état-civil est : Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon.

Ensuite nous pouvons voir dans le choeur unanime des commentateurs à saluer le général la conscience aiguë de la grosse bourde du jeu fils prodigue qu'il convient de rattraper avec humilité étant donné le caractère très sensible de la situation : la conjugaison d'une armée très populaire et de la figure emblématique d'un général très apprécié. La charge politique de ce cocktail renforcée par l'éclat d'une démission sans précédent depuis 1958 est prise très au sérieux par les gardiens du système placés ici en tuteur du fils prodigue. Il y a urgence à brosser le bon peuple dans le sens du poil et à ne surtout pas donner prise à l'idée d'une opposition frontale entre d'un côté un pôle mediatique systematiquement solidaire du pouvoir présidentiel et de l'autre un général chef d'une armée incarnant la défense de la nation France et jouissant d'une très bonne appréciation dans le peuple.

Enfin toujours pour caractériser cette "grande stratégie de l'honneur" et  la "tactique lucide de la parole donnée",  citons les mots de celle des "Lettres à un jeune engagé"  publiée sur le Facebook du CEMA dès le 14 juillet soit le lendemain du prurit d'autoritarisme du chef de l'Etat  :

Confiance
14 JUILLET 

Mon cher camarade,
« Confiance, confiance encore, confiance toujours ! ». C’est par ces mots que le général Delestraint conclut ses adieux à ses compagnons d’armes, au mois de juillet 1940, à Caylus. Alors même que la défaite est actée, son discours est une exhortation ferme à rejeter toute « mentalité de chien battu ou d’esclave ».
Quelques mois plus tard, conformant ses actes à ses paroles, il prend la tête de l’Armée secrète. Arrêté, torturé puis déporté, il meurt au camp de Dachau, le 19 avril 1945, moins de trois semaines avant la victoire, dont il a été l’un des artisans les plus actifs.
Ce qui m’a toujours frappé dans cette recommandation du général Delestraint, c’est d’abord ce qu’il ne dit pas. Il ne dit ni « en qui », ni « en quoi » avoir confiance. A ses yeux, le plus important est, avant tout, cet état d’esprit singulier – cet « optimisme de volonté » - qui choisit de voir la plus infime parcelle de lumière au cœur des ténèbres les plus noires.
La confiance, c’est le refus de la résignation. C’est le contraire du fatalisme, l’antithèse du défaitisme. Et, en même temps, il y a dans la confiance une forme d’abandon. Agir sans s’abandonner, c’est faire preuve d’orgueil. S’abandonner sans agir, c’est se laisser aller.
Choisissons, donc, d’agir comme si tout dépendait de nous, mais sachons reconnaître que tel n’est pas le cas. Autrement dit, si toute notre foi, tout notre engagement et notre détermination sont nécessaires, ils sont à jamais insuffisants pour envisager la victoire. La vraie confiance réconcilie confiance en soi et confiance en l’autre.
La confiance en soi, d’abord. Vertu essentielle qui se construit dès l’enfance. Vertu qui naît des obstacles surmontés. C’est le cas dans les stages d’aguerrissement, que certains d’entre vous ont vécus. Ils vous révèlent vos capacités réelles qui dépassent, de beaucoup, ce que vous auriez pu imaginer. La confiance en soi est un moteur. Elle libère les énergies et encourage à l’action. Les fausses excuses tombent. Tout ce dont je suis capable devient possible !
La confiance dans l’autre, ensuite. Celle par laquelle je reconnais que je ne peux pas tout ; que le salut passe autant par mon camarade, mon chef, mon subordonné que par moi-même. Par cette confiance, je m’assume dépendant. Cette reconnaissance est le ciment de nos armées. La confiance mutuelle fait notre unité, en même temps que notre assurance. C’est elle qui fait dire au capitaine de Borelli, considérant ses légionnaires : « Par où pourrions-nous bien ne pas pouvoir passer ? ».
La confiance dans le subordonné est, particulièrement, féconde. On a pris l’habitude de lui donner un nom savant : la subsidiarité ; mais ça ne change rien. Comme chef d’état-major des armées, je mesure chaque jour davantage à quel point je suis dépendant de l’action de chacune et de chacun d’entre vous. Seul, je ne peux rien. Ensemble, rien n’est impossible !
Je terminerai par une recommandation. Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte.
Une fois n'est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre.
Fraternellement,
Général d’armée Pierre de Villiers.

Et en annexe l'ultime communiqué du général d’armée Pierre de Villiers du 19 juillet 2017.

J’assume les responsabilités de chef d’état-major des armées depuis trois ans et demi. Je suis pleinement conscient de l’honneur qui m’est fait, de la confiance qui m’a été accordée et des devoirs qui sont attachés à cette fonction. J’ai toujours veillé, depuis ma nomination, à maintenir un modèle d’armée qui garantisse la cohérence entre les menaces qui pèsent sur la France et sur l’Europe, les missions de nos armées qui ne cessent d’augmenter et les moyens capacitaires et budgétaires nécessaires pour les remplir. Dans le plus strict respect de la loyauté, qui n’a jamais cessé d’être le fondement de ma relation avec l’autorité politique et la représentation nationale, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à plusieurs reprises, à huis clos, en toute transparence et vérité. Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. Par conséquent, j’ai pris mes responsabilités en présentant, ce jour, ma démission au Président de la République, qui l’a acceptée. J’éprouve une vraie reconnaissance envers nos soldats, nos marins et nos aviateurs avec lesquels j’ai partagé ma vie, pendant quarante-trois
années, au service de la nation, en toute sincérité. Je sais pour les connaître qu’ils continueront à assurer la mission aux ordres de mon successeur avec autant de détermination et de fidélité. Je reste indéfectiblement attaché à mon pays et à ses armées. Ce qui m’importera, jusqu’à mon dernier souffle, c’est le succès des armes de la France. Général d’armée Pierre de Villiers

 

Face à notre destin

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

jc

  20/07/2017

Extrait de l'épilogue de SSM:

"En écrivant ces pages j'ai acquis une conviction; au coeur même du patrimoine génétique de notre espèce, au fond insaisissable du logos héraclitéen de notre âme, des structures simulatrices de toutes les forces extérieures agissent, ou en attente, sont prêtes à se déployer quand ce deviendra nécessaire. La vieille image de l'Homme microcosme reflet du macrocosme garde toute sa valeur: qui connaît l'homme connaîtra l'univers. Dans cet essai d'une théorie générale des modèles, qu'ai-je fait d'autre, sinon de dégager et d'offrir à la conscience les prémisses d'une méthode que la vie semble avoir pratiqué dès son origine?
Ce n'est pas sans quelque mauvaise conscience qu'un mathématicien s'est décidé à aborder des sujets apparemment si éloignés de ses préoccupations habituelles. Une grande partie de mes affirmations relèvent de la pure spéculation; on pourra sans doute les traiter de rêveries… J'accepte le qualificatif; la rêverie n'est-elle pas la catastrophe virtuelle en laquelle s'initie la connaissance? Au moment où tant de savants calculent de part le monde, n'est-il pas souhaitable que d'aucuns, qui le peuvent, rêvent?"

Au fond insaisissable du logos héraclitéen de notre âme, des structures simulatrices de toutes les forces extérieures agissent, ou en attente, sont prêtes à se déployer QUAND CELA DEVIENDRA NECESSAIRE…



 

A propos de la citation de J-F Mattéi

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

jc

  20/07/2017

Le point de vue de Thom extrait de "Les mathématiques modernes: une erreur pédagogique et philosophique?"(Apologie du Logos)

Long extrait qui se termine par "Car le monde des Idées excède infiniment nos possibilités opératoires, et c'est dans l'intuition que réside l'ultima ratio de notre foi en la vérité d'un théorème -un théorème étant avant tout, selon une terminologie aujourd'hui bien oubliée, l'objet d'une vision", dont le but est d'attirer (la référence à l'intuition…) l'attention de PhG (entre autres…).

"Quelle conception faut-il se faire de la rigueur en mathématiques? Trois attitudes peuvent être adoptées.
a) La conception formaliste [...].
b) La conception réaliste ou platonicienne. Les êtres mathématiques existent indépendamment de notre pensée  - en tant qu'Idées platoniciennes. Est vraie une proposition qui exprime une relation entre Idées, c'est-à-dire une Idée hiérarchiquement supérieure qui structure un ensemble d'Idées subordonnées.
c) La conception empiriste ou sociologique. Une démonstration est tenue pour rigoureuse si elle entraîne l'adhésion des meilleurs spécialistes du moment.
De ces trois attitudes, la plus en faveur actuellement chez les mathématiciens, c'est la première.
[...]
Les mathématiques se rencontrent non seulement dans l'agencement rigide et mystérieux des lois de la physique mais aussi, de manière plus cachée mais aussi indubitable, dans le jeu infini de la succession des formes du monde animé et inanimé, dans l'apparition et la disparition de leurs symétries. C'est pourquoi l'hypothèse [b)] d'Idées platoniciennes informant l'univers est -en dépit des apparences- la plus naturelle et -philosophiquement- la plus économique.
[...]
Les adversaires de la thèse ontologique b) feraient bien de réfléchir au point suivant: il n'est pas, dans l'histoire des mathématiques, d'exemple où l'erreur d'un homme a entraîné la science dans une voie erronée; très fréquemment, les mathématiques se sont égarées dans le développement formel de théories insignifiantes et sans intérêt. Elles l'on fait dans le passé, elles le font actuellement, et le feront sans doute encore. Mais jamais une erreur de quelque importance n'a pu se glisser dans un résultat sans qu'elle soit presque aussitôt relevée. Comment un tel "consensus" pourrait-il s'expliquer, s'il ne répondait pas à un sentiment général, fruit du conflit de l'esprit avec des contraintes permanentes, intemporelles et universelles? Dans cette confiance en l'existence d'un univers idéal, le mathématicien ne s'inquiétera pas outre mesure des limites des procédés formels, il pourra oublier le problème de la non-contradiction. Car le monde des Idées excède infiniment nos possibilités opératoires, et c'est dans l'intuition que réside l'ultima ratio de notre foi en la vérité d'un théorème -un théorème étant avant tout, selon une terminologie aujourd'hui bien oubliée, l'objet d'une vision."

Vallée dérangeante

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

Schlachthof 5

  20/07/2017

La géométrie: la grande absente de l'IA?

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

jc

  20/07/2017

Selon Frazer les deux modes d'action magique dans les sociétés "primitives" sont la propagation par contact et la propagation par similarité.
Pour le philosophe Thom (géomètre de formation…) ce qui sépare la magie et la science c'est la prise de conscience d'un substrat universel (l'espace-temps):
"La physique est une magie contrôlée par la géométrie",
"La géométrie est une magie qui réussit".

Son programme ("énorme" selon ses propres termes) est de géométriser la pensée:
"L'ambition ultime de la théorie des catastrophes, en fait, est d'abolir la distinction langage mathématique-langage naturel qui sévit en science depuis la coupure galiléenne. Quel est l'intérêt de la mathématisation en physique? C'est qu'on peut, par le calcul sur les nombres, faire des opérations que ne permet pas le raisonnement sur les concepts du langage ordinaire. Une modélisation géométrique de la pensée verbale ordinaire n'aura d'intérêt que si l'on peut, grâce à elle, aboutir à des assertions que ne permet pas de fournir la logique usuelle du langage ordinaire. Cela suppose qu'on puisse:
1) modéliser géométriquement toutes les déductions (rigoureuses) de la pensée ordinaire. Autrement dit réaliser le rêve leibnizien de la "caractéristique universelle";
2) aller au-delà." (Apologie du Logos, p.409)

Les principes qui gouvernent la rationalité occidentale (identité, non contradiction, etc.) sont des évidences lorsqu'on les spatialise et c'est sans doute pour cette raison qu'on les accepte et qu'on rechigne à les transgresser.
De même un syllogisme tel que le célèbre "tous les hommes…" apparaît comme une évidence lorsqu'on en fait le diagramme de Venn. Mais ce n'est déjà plus le cas pour un syllogisme Celarent (par exemple), dont le diagramme de Venn est plus compliqué et dont la vérification "à la craie" de la véracité booléenne est déjà fastidieuse. Vérification booléenne qu'un ordinateur effectue aveuglement en un éclair (amorce de décollage sémantique?).

Dans sa recherche de modèles de l'activité psychique Thom s'appuie sur des modèles géométriques qui sont difficilement interprétables dans le cadre de la rationalité classique (le modèle de Zeeman de l'agressivité du chien) voire carrément transgressifs (le lacet de prédation thomien: "Le prédateur affamé est sa propre proie" associé à la catastrophe "fronce").

Il est pour moi indéniable que Thom est un être (très!) intelligent. Ce type d'intelligence est-il artificiable (est-il déjà artificié)?


 

L'importance de chacun

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

Disciple égaré

  19/07/2017

Philippe Grasset, sauf erreur, n'est qu'un honnête homme… Je dis ça avec déférence et en forme de compliment, et entendant par là qu'il n'est ni expert scientifique, ni homme politique, ni philosophe patenté du transhumanisme bon teint.

Or il nous livre aujourd'hui encore une belle leçon, avec cette intuition des '2 moments de vérité', du passage (en pente descendante) de la reproduction/expérimentation de l'après-guerre, au simulacre de notre époque. Belle leçon, car de quoi s'agit-il: PhG nous montre—sans forcément le vouloir—l'importance qu'il y a à ce que tout honnête homme mette le temps de côté nécessaire, dans sa vie, dans sa journée, pour réfléchir, et expliciter les intuitions et l'intelligence des choses dont il est porteur à ses proches et à ses contemporains, là où il est. Où elle est. Au lieu de courir, quel devoir majeur, quelle vérité essentielle que de concéder à témoigner de ce que l'on a en son coeur. En y investissant, j'y insiste, le temps requis. C'est il me semble faire oeuvre de bien, au juste niveau, et sans que l'on puisse juger de la portée de la chose, qui est assez certainement importante. 

Merci donc à ce très cher ami que de nous livrer cette belle leçon ce jour.
 

Le mur du çon

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

jc

  19/07/2017

Wiki m'apprend que le mur du son a été franchi pour la première fois en 1945 par un Messerschmitt. Peut-être le JSF restera-t-il dans l'histoire comme le premier avion à avoir franchi le mur de l'intelligible, le mur du çon?

Qu'est-ce qui peut éviter le décollage sémantique de l'informatique embarquée dans le JSF?
Plus généralement qu'est-ce qui peut empêcher le décollage sémantique d'un programme informatique?

En mathématiques c'est la géométrie qui limite le décollage sémantique de l'algèbre. [D'où les rôles centraux joués en mathématiques par la géométrie algébrique, la géométrie algébrique infinitésimale (alias géométrie différentielle), la géométrie analytique, etc.]

La géométrie, cette grande absente de l'IA?




 

Suite...

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

Eric Basillais

  19/07/2017

Sur le Technologisme, il nous semble être en phase  avec l'auteur de l'Article (P.Grasset).  L'aspect développé par P.G. depuis le début de Dedefensa, en particulier le suivi "technologique" de la défense, éclaire le  lien indéfectible "militaro-industriel". L'article suivant sur le tonneau des danaïdes du Technologisme, le lien "Défense-Monnaie", le cas le plus connu étant le $ USA.
C'est pourquoi nous voyons à l'évidence limpossibilité de "contrôller" l'une sans l'autre… Or, en matière militaire notamment, la Technologie a ses propres impératifs… car elle contient virtuellement un rapport de force qu'il n'est pas possible de "lâcher" sans conséquence… c'est donc un tonneau des danaïdes à plus d'un sens… Une sorte d'esclavage de l'homme à la technologie… dont l'esclavage de l'homme à l'IA n'est qu'un avatar…

ERIC BASILLAIS
https://ericbasillais.wordpress.com/2017/07/10/logos/

https://ericbasillais.wordpress.com/2017/06/27/metaphysics-principles/
 

Suite...

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

Eric Basillais

  19/07/2017

Sur le côté ultra-droite, il existe Unabomber (le leftist étant sa bête noire).

Mais d'un ultra à l'autre, la différence est nominale : une fois balayée la technologie, un Unabomber ressemble à un Thoreau, figure américaine de l'anarchisme franco_Français, surtout si on enlève à ce dernier ses oripeaux "gauchistes" qui ne datent jamais que de la révolution colorée de 1968…

Sur le Technologisme : en tant que "métaphysicien improvisé imprévu", il nous semble utile de dire directement notre positionnement "idéologique" :
Anti-Surpopulation ET Anti-Technologie ET Anti-Monnaie (tout court)...
Cela nous vaut, en off du mainstream, des débats passionnés avec les anti-libéraux de tendance plus "classique", à base de Droit, Etat, Ethique à Nicomaque ...etc…

Loin très loin des Macronades et autres Trumpetteries…

Sur le fond, la découverte de "l'autre Monde" devrait avoir des effets calmants voire neuroleptiques sur le delirium tremens Universaliste ( à l'origine de la possibilité même du système industriel). D'où un Négationisme inquisitorial de même proportion au sein de la "noosphère"...

Nous nous en plaingnons depuis des décades et le tic tac ...final nous donne à penser que les "instabilités" techno seront peut-être le cauchemar d'un Musk ou d'un Hawkins, mais peut-être aussi le glas de leur utopie Wellsienne.

Quant à savoir comment, certes "l'INCERTITUDE" règne et c'est justement la seule possibilité de faire échec à ce Système ...

Ce qui est bien une forme d'auto-destruction…

ERIC BASILLAIS
https://ericbasillais.wordpress.com/
 

Divers...

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

Eric Basillais

  19/07/2017

sur FERMI : c'est lui-même qui propose la solution il me semble…Auto-destruction des systèmes techno.

Sur l'arbre de Porphyre et laMétaphysique consulter ma pomme :
PDF et articles gratuits en ligne sur ce sujet…

https://ericbasillais.wordpress.com/

Sur la question de l'"IA" :  j'observe cette contradiction que je qualifie de "mystique"  qui consiste à oeuvrer pour une technologie et s'en faire le critique de référence….

Je parie donc sur une ruse plutôt que sur la sincérité de Musk. Après tout il n'est pas obligé et nous attendons sa démission comme un aveu. D'ici là il n'est pas qualifié pour détruire l'IA.

C'est en dehors de la technosphère qu'il faut chercher les dissidents 

: à l'ultra-gauche : pièces et main d'oeuvre
 

Le crabe besogne

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

jc

  19/07/2017

Depuis les temps immémoriaux les civilisations ont toutes(?), d'une façon ou d'une autre, sacralisé la nature.

Notre contre-civilisation a choisi en lieu et place de sacraliser ce qui la désacralise, à savoir la technologie*,**.


"Pour Jacques Ellul le système technicien est dans la société moderne comparable à ce qu'est le cancer dans l'organisme : un nouveau milieu, qui pénètre l'ancien, l'utilise, le phagocyte et le désintègre." (Wiki, "Le système technicien")

On retrouve à ce même propos cette même référence au cancer dans l'organisme chez Thom (ES p.216):
"L'image de l'arbre de Porphyre me suggère une échappée en "Métaphysique extrême" que le lecteur me pardonnera peut-être. Il ressort de tous les exemples considérés dans ce livre qu'aux étages inférieurs, proches des individus, le graphe de Porphyre est susceptible -au moins partiellement- d'être déterminé par l'expérience. En revanche, lorsqu'on veut atteindre les étages supérieurs, on est conduit à la notion d' "hypergenre", dont on a vu qu'elle n'était guère susceptible d'une définition opératoire (hormis les considérations tirées de la régulation biologique). Plus haut on aboutit, au voisinage du sommet, à l'Être en soi. Le métaphysicien est précisément l'esprit capable de remonter cet arbre de Porphyre jusqu'au contact avec l'Être. De même que les cellules sexuées peuvent reconstituer le centre organisateur de l'espèce, le point germinal alpha (pour en redescendre ensuite les bifurcations somatiques au cours de l'ontogénèse), de même le métaphysicien doit en principe parvenir à ce point originel de l'ontologie, d'où il pourra redescendre par paliers jusqu'à nous, individus d'en bas. Son programme, fort immodeste, est de réitérer le geste du Créateur). Mais très fréquemment, épuisé par l'effort de son ascension dans ces régions arides de l'Être, le métaphysicien s'arrête à mi-hauteur à un centre organisateur partiel, à vocation fonctionnelle. Il produira alors une "idéologie", prégnance efficace, laquelle, en déployant cette fonction, va se multiplier dans les esprits. Dans notre métaphore biologique ce sera précisément cette prolifération incontrôlée qu'est le cancer."

Le crabe besogne…


* J'ai lu ça chez Ellul, je ne retrouve plus où.
** On pourra consulter l'article de Thom (Apologie du Logos) "Classification des sciences et techniques" où "l'idée de base est de classifier les activités humaines selon leur finalité biologique".





 

Hors de la matrice (fin)

Article lié : La crise Out Of The Matrix

jc

  19/07/2017

Dans mon précédent commentaire j'ai émis l'idée (bien naturelle!) qu'il serait bon d'approfondir notre connaissance de la matrice avant de tenter d'en sortir: d'abord mieux se connaître soi-même, d'abord se poser la question d'une intelligence et d'une rationalité naturelles, avant de se lancer dans des extrapolations hasardeuses de ce que nous croyons être mais que nous ne sommes peut-être pas, de ce que nous croyons être la nature et qu'elle n'est, elle non plus, peut-être pas.

Dans l'article du jour consacré au même sujet (de la BA à l'IA) PhG cite François Mattéi:

"Le premier niveau, qui a été théorisé par Platon, est celui de la modélisation. Il consiste à construire un modèle théorique à partir d’une idée directrice… [...] Ce modèle est susceptible d’engendrer la réalisation d’un nombre considérable d’œuvres scientifiques, techniques, artistiques et littéraires dont la nature est architectonique puisqu’elles sont construites sur un fondement rationnel, arché."

C'est, à mes yeux, exactement la démarche de René Thom dont le coeur de sa théorie de la morphogénèse* est, selon moi, l'analogie "entre le développement d'un embryon d'une part, et une série de Taylor à coefficients indéterminés d'autre part" (SSM, 2ème ed., p.32).
[En écho à la fin de la citation de F. Mattéi je signale que SSM est sous-titré "Essai d'une théorie générale des modèles]

La physique moderne a fait le choix de la calculabilité et a orienté le développement des mathématiques (mathématique de la maîtrise -Cédric Villani, ardent soutien de Macron…) dans cette direction.
Thom a fait le choix de la stabilité structurelle et des mathématiques qui vont avec (qualifiées par lui de mathématiques de l'intelligibilité) et écrit:
"La Physique [moderne] a sacrifié la stabilité structurelle à la calculabilité**. Je veux croire qu'elle n'aura pas à se repentir de ce choix."

Ce qui précède permettra peut-être d'aider certains à lire autrement que distraitement ce qu'écrit Thom (SSM, 2ème ed. p.320) et d'en tirer profit:

"En permettant la construction de structures mentales qui simulent de plus en plus exactement les structures et les forces du monde extérieur -ainsi que la structure même de l'esprit- l'activité mathématique se place dans le droit fil de l'évolution. C'est le jeu signifiant par excellence, par lequel l'homme se délivre des servitudes biologiques qui pèsent sur son langage et sa pensée et s'assure les meilleures chances de survie pour l'humanité."



* Morphogénèse est pris au sens très général de "processus créateur ou destructeur de formes" (les formes n'étant pas nécessairement biologiques)

** L'arrivée de l'ordinateur a amplifié le mouvement.
 

10-solutions-to-the-fermi-paradox/

Article lié : De la B.A. à l’I.A.

Marcpier Lecocq

  19/07/2017

https://futurism.com/10-solutions-to-the-fermi-paradox/
Sorry pour la redondance, on partage en direct:
Voici sûrement la meilleure synthèse graphique au titre "De la B.A à l'I.A"

Bonnes Vacances quand-même à l'équipe de DEDEFENSA,  Monsieur Ph.Grasset !