jc
18/07/2017
Dans mon précédent commentaire j'ai développé (très brièvement) l'idée que la sortie de la matrice nécessitait le retour à la métaphysique, au sacré, seule façon (personnellement c'est Thom qui m'en a convaincu, mais il y a très certainement d'autres voies d'accès), de redonner du sens au monde.
Le problème de notre contre-civilisation c'est qu'elle se fout complètement du sens, du "pourquoi", puisqu'elle postule, actuellement quasi-explicitement, que le monde, en particulier le monde vivant (celui qui nous intéresse au premier chef), n'en a pas: "nos" élites nous affirment et nous serinent en effet que nous sommes là par hasard, par le hasard des mutations (et tout contrevenant est immédiatement taxé de créationniste par les chiens de garde du "scientifiquement correct").
On ne peut qu'être pris de vertige quand on voit la dégradation des problématiques qui avaient jadis cours (opposition Platon/Aristote, querelle des universaux, etc.) et qui ont fait place (entre autres) aux "Principes mathématiques de la philosophie naturelle" de Newton ("Hypotheses non fingo"!) et aux "Lois de la pensée" qu'ont prétendu nous imposer Boole et les néo-positivistes.
Mais "notre" contre-civilisation ne s'intéresse pas au "pourquoi", seulement au "comment". Comprendre le monde ne l'intéresse que dans la mesure où sa compréhension lui permet d'augmenter la maîtrise qu'elle a sur lui. Devenir maîtres du monde (et éternellement maîtres du monde tant qu'on y est!)) tel est l'idéal visé par les élites de "notre" contre-civilisation.
Mais la réalisation de cet idéal nécessite sans (aucun?) doute de passer un pacte faustien:
"Finalement, le “pacte faustien” pourrait s’apprécier comme un acte de “servilité volontaire” de la raison, ou “servilité rationnelle”, par rapport à la puissance de la matière déchaînée, dans l’espoir d’ainsi obtenir et maîtriser le moyen de l’affirmation de sa propre puissance par l’intermédiaire de la matière déchaînée." (PhG, "La crise de la raison (humaine)").
[Il est clair que pour moi il y a servilité volontaire des "cerveaux" qui acceptent d'être financés par des hyper-riches pour travailler sur de tels sujets]
Avant de s'occuper du transhumain et du posthumain il est selon moi absolument nécessaire (et plus fructueux pour la civilisation à venir) de tenter au préalable de faire avancer la problématique posée par Socrate: "Connais-toi toi-même" (et de se poser au passage la question de l'existence d'une intelligence et d'une rationalité naturelles).
Selon moi les dogmes de la contre-civilisation actuelle enferment la pensée-Système dans une prison qui interdit pratiquement tout progrès significatif sur ce sujet.
jc
18/07/2017
J'aime bien les oxymores. Je trouve qu'il y a en certains d'entre eux une énigmatique puissance.
A mon avis "création destructrice" ne va pas si mal que ça à la contre-civilisation que "nos" élites nous imposent: Cronos dévorant ses propres enfants ...
Dans "Topoi de l'utopie" (bel oxymore!) Thom écrit:
"Il n'est pas étonnant que l'utopie et l'oxymore aient partie liée. Tous deux résultent de l'effort de briser les limites que
l'esprit humain s'est à soi-même imposées." *
https://www.ecole-alsacienne.org/CDI/pdf/1301/130112_THO.pdf
* Ce n'est visiblement pas la voie choisie par "nos" ultra-riches (en dollars) pour tenter de sortir de la matrice!
(allusion à l'article récent:"La crise Out of the Matrix")
AB_ Jeannot
18/07/2017
Je ne suis pas si certain de la fin de l'hégémonie américaine, pourvu qu'on distingue l'Américain, déjà aliéné depuis fort longtemps, et l'Amérique comme pôle d'aliénation. Peut-être sommes nous dans une bulle, alimentée par des optimistes, ou des revendeurs d'or.
Car l'Empire a d'énormes atouts sur le long terme :
- le monopole sur les technologies numériques, Google, Microsoft, Internet, avec des capacités infinies de renseignement dont on n'a même pas encore vu les fruits concrets
- l'anglicisation dès l'enfance, désormais étendue dans tout l'OTAN, et au-delà jusqu'en Inde, avec toutes les retombées économiques, militaires et culturelles
- le très haut degré d'abrutissement écolo-impérialiste, puisque toute l'Europe démonte ses centrales nucléaires qui lui fournissent un semblant d'indépendance énergétique face au pétrodollar
Et c'est sans parler du reste, des immenses forces centrifuges contre tout ce qui est enraciné, l'expansion du droit anglo-saxon, etc.
Trump représente bien un désordre, mais d'une telle force qu'il ne peut être que temporaire, le temps par exemple de justifier un changement de stratégie comme les Anglais avant de signer l'Entente cordiale en 1904. Il y a trois obstacles à l'Américanisation totale de la planète : les résidus de la IIIe internationale, l'anti-américanisme islamique, et la puissance économique allemande. Les premiers, Russes-Chinois-Iraniens-Nord-Coréens, ne sont pas menaçants, mais Trump réarme, pour son successeur. Le second demande une nouvelle stratégie militaire, et le troisième du temps : c'est pourquoi il se du TAFTA et TTIP.
jc
18/07/2017
En refusant toute métaphysique, toute référence au sacré, notre contre-civilisation a réussi le tour de force de résoudre le paradoxe de Fermi, c'est-à-dire à se fabriquer elle-même un monde dont elle ne peut sortir. Et si quelque hurluberlu (voire la réalité elle-même) tente quelque objection? Le silence pour toute réponse. [Cf. à ce propos le superbe article du glossaire: "La crise de la raison humaine"]
Pour moi la seule façon de sortir de la matrice c'est de réintroduire la métaphysique, le sacré. [et il n'est pas nécessaire -mais il n'est pas non plus interdit- de se réfugier dans le religieux pour cela (PhG insiste régulièrement sur ce point)]
Thom a écrit deux ouvrage majeurs ("Stabilité Structurelle et Morphogénèse" et "Esquisse d'une Sémiophysique" publiés respectivement en 1972 et 1988) ainsi qu'une kyrielle d'articles philosophiques (certains rassemblés dans "Méthodes Mathématiques de la morphogénèse" et dans "Apologie du Logos".
Dans le dernier paragraphe de la conclusion de ES Thom résume bien, à mon sens, la situation actuelle de notre contre-civilisation:
"La Science moderne a eu tort de renoncer à toute ontologie en ramenant tout critère de vérité au succès pragmatique. Certes, le succès pragmatique est source de prégnance, donc de signification. Mais il s'agit d'un sens immédiat, purement local. Le pragmatisme -en ce sens- n'est que la forme conceptualisée d'un certain retour à l'animalité. Le positivisme a vécu de la peur de l'engagement ontologique."
Pour les élites qui nous imposent cette contre-civilisation il n'y a pas d'alternative à la matrice de l'empirisme, du pragmatisme et du positivisme (le pragmatisme de Trump l'affectif et le positivisme de Macron l'intello?), c'est à dire à la matrice du Système anglo-saxonniste: TINA.
La dernière phrase de cette conclusion de ES est:
"Seule une métaphysique réaliste peut redonner du sens au monde."
MB
18/07/2017
La crise du monde moderne (1927) de René Guénon offre aussi une synthèse stupéfiante de tous les maux du monde moderne et surtout de leurs véritables racines.
Un autre éclairage fondamental pour trouver un sens dans ce chaos généralisé : "Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques" (1938) dans Formes et Cycles cosmiques.
jc
18/07/2017
PhG (à propos du persiflage selon Bourguignat et Chartier):
"qui donne à la linguistique la dimension substantielle d’exprimer, sinon de créer des pensées fondamentales par des mots qui, littéralement, précèdent cette pensée".
Thom:
"C'est une des thèses fondamentales de notre théorie que l'opposition aristotélicienne substance/prédicat tend toujours à être ressentie comme l'opposition état de base/état excité d'un système dynamique; le prédicat est alors associé à la transition, et en symbolise les caractères qualitatifs (voire quantitatifs) propres."
"L'opposition entre la singularité créée comme un défaut d'une structure propagative ambiante et la singularité qui est source de l'effet propagatif lui-même, pose un problème central que l'on retrouve dans presque toutes les disciplines scientifiques. La physique contemporaine admet plutôt le deuxième aspect: la particule est source d'un champ qu'elle génère. En relativité générale, la particule apparaît plutôt comme une singularité d'une métrique de l'espace-temps. On retrouve ici cette aporie fondamentale du continu et du discret qui est au coeur de la mathématique. On la retrouvera jusqu'en psychologie: est-ce que nous parlons parce que nous pensons ou, au contraire, est-ce que nous pensons parce que nous parlons?"
"Il ne fait guère de doute que d'un point de vue psychologique (et pour moi [Thom!], ontologique) le continu est l'être premier."
Sur ce point la position de Thom diffère donc fondamentalement de celle d'Aristote:
" [Aristote] veut que le lieu soit un prédicat de la substance, et non la matière un prédicat de l'étendue. L'histoire et la science n'ont pas tranché entre Mach et Einstein: E. Mach tenait pour un espace engendré par la matière (et le rayonnement), et Einstein, dans son vieil âge, voyait la matière comme une "maladie" de l'espace-temps. Ma lecture d'Aristote est évidemment "einsteinienne", non machiste. En ce sens, elle est fondamentalement "infidèle" à l'auteur."
[Cf. aussi la conclusion de "Topologie et signification" dans "Modèles mathématiques de la morphogénèse" (formation de néologismes, signification d'un mot comme étant l'usage de ce mot).]
"La pensée conceptuelle est une embryologie permanente."
Olivier T
16/07/2017
La France va recycler
63 Mirage auprès de l'armée de l'air américaine
Luis Martos
16/07/2017
Excélent texte Monsieur Bonnal
D.M.
15/07/2017
... Ne te contente pas d'un extrait, ne passe pas à côté d'un chef-d'oeuvre, achète Les Âmes de Verdun.
Christian Feugnet
13/07/2017
L'époque nazie qui précéde , la défaite de 45 ., est une exception dans ce parcours de la Prusse à l' "Allemagne " . Parce qu'à mon avis c'est la revanche du Sud sur le Nord , des cathos sur les protestants et du paganisme , intrinséque des cathos .
Tout çà suite à la défaite 14/18 , flagrante de la Prusse aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur . Et là pour nous Français y a rupture entre la droite et l'extréme droite . L'extréme revient trés bétement je m'excuse , comme les le Pen actuels à la nostalgie de l'ancien régime . Nonobstant le déchainement de la matiére .
Mais je suis convaincu que l'Histoire c'est différent des films , on peut pas se la repasser à l'envers .
Christian Feugnet
13/07/2017
Personnellement , je serais tenté de nuancer tout çà , d'abord parce que il n'est pas précisé ce qu'on entend par là , qui est bien différent selon qu'on envisage , ( sans remonter aux Habsbourgs ou au St Empire ) le pré Bismarkien ou plutot le pré prussien , et le post prussien ( aprés 1945) où la Prusse a été demantelée et castrée sous forme d'Allemagne de l'Est , maintenant piéce rapportée aux pays rhénans , certes formellement Prussiens à l'origine quoique distincts .
Qui plus est celà a annexé la Saxe , et pire la Baviére et autres aussi opposés à la Prusse , et réunis à l'instar des US pour le Nord et le Sud , comme l'Italie ou le Japon par une guerre civile qui ne dit pas son nom .
Quant à la position de la droite française , sur la question , il s'agit aussi de la droite post Bismark et prés 45 , pour les mémes raisons opposées .
Parce qu'avant la droite était pro "Allemande" ( exilés de la Révolution) , ainsi qu'aprés 1945 ( voir maintenant les pro"Européens" ) .
Le fil directeur constant est intérieur : le positionnement social .
Christian Feugnet
13/07/2017
Les guillemets conviennent puisque c'est une inversion , une sophistication ,au sens classique grec , une complexification , au sens Kolmogorov de complexe militaro industriel ( version dépassée depuis Eisenhower , puisque maintenant elle s'est étendue aux financier , médiatique et politique ), en un autre mot de contre civilisation .
Au départ le Barbare s'oppose au civilisé , comme un demeuré , quoique possédant lui méme une culture ( autre) et des techniques méme quelques fois supérieures mais pas en général .
Ensuite le civilisé dégénere , le "Barbare" apparait alors supérieur de par ses succés , attribués a son meilleur "naturel" .
Alors "barbare" devient flatteur pour le contre civilisé , mais au sens pervers perçu par lui de l'autre , étranger radical : demeuré , cruel et perfide ...Tels sont nos dirigeants actuels , fine fleur de notre "civilisation" . Ils s'auto et nous détruisent .
A bien y réfléchir la notion de complexe militaro etc , n'est pas nouvelle . L'Emplre Romain , exemple type , mais non prototype , de la décadence , se caractérise par une montée en puissance de l'armée mélée ( bien différente de celle initiale des Romains faites de citoyens ) à celle de l'ager publicus , son patrimoine , ses affairistes , pontifes et subalternes .
Il me parait que nous obervons les mémes phénoménes dus selon Montesquieu à la concentration de la propriété paralléle à son pouvoir par l'état elargi sur le reste de la société .
Aucun reméde à celà , faute de prévention , sauf le débranchement par les vrais barbares , c'est en préparation , mais trés long historiquement ., malgré tous nos progrés , aucune accélération sur ce point .
Christian Feugnet
10/07/2017
Cette question suppose un implicite , aquiéscé par tout le monde ou presque : quelle réponse politique ?
A mon avis il n'y en a plus , ou que de trés partielle . Le , les problémes sont trop profonds et , autres .
Maintenant il n'y a plus que le chacun pour soi et que les meilleurs gagnent .
Jean-paul Baquiast
10/07/2017
Il s'agit pas seulement de critiquer, mais aussi de proposer. Comment faire face aux pbs d'un monde de bientôt 10 mds d'habitants, plongé dans les inextricables difficultés que l'on sait?
Même questions aux activistes intermondialistes de Hambourg.
Il y a sûrement des réponses. Mais pour ma part je les cherche et ne les trouve pas (hors quelques généralités). Qui pourrait m'aider?
Eric Basillais
10/07/2017
About greek "philosophers", it is not as simple as we were taught…
Apart from noticeable geniuses like HERACLITUS, ARISTOTLE and, up to a point, PLATO… it's a bunch of fools.
They dispised their own religion (Olympism) to end in neo-platonism… there is nothing rational here…
They began to worship average instead of former excellence.
At last, their foolish demos-cratos fell into foreign barbarous hands.
It did not last more than 2 centuries…at best.
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