jc
23/07/2017
Ces deux mots français ont même étymologie latine: ratio.
Selon moi raison renvoie ici au grec Logos qu'il est d'usage de traduire par Verbe. Auquel cas, à mon avis, il ne peut y avoir crise de la raison (si raison il y a), car la raison ne peut être que ce qu'elle est. Toujours selon moi, ce qui est en crise actuellement c'est la rationalité humaine, c'est-à-dire les règles choisies par les humains (au moins les occidentaux) pour tenter de déterminer cette raison, ce Logos, ce Verbe: la nature a sa propre raison (qu'il n'est pas interdit à certains de qualifier de divine) et la rationalité humaine de notre contre-civilisation a été (ou s'est-elle même) -selon moi- subvertie d'une façon telle qu'elle ne permet pas, qu'elle ne permet plus, d'avancer sur le problème qui consiste à tenter d'appréhender cette raison. Je m'explique en partant d'un exemple élémentaire.
Dans la suite infinie (donc complexe -au sens de compliquée) 1, 1/2, 1/4, 1/8, 1/16, 1/32, etc., dite décrite, comme c'est l'usage, en extension, on remarque que l'on passe d'un terme à son suivant immédiat en multipliant ce terme par 1/2, et donc que la suite est comprise, c'est-à-dire dite décrite cette fois en compréhension (on dit aussi en intension) dès qu'on a fait cette remarque et qu'on connaît le premier terme. [L'opération inverse de régénérer en extension la suite décrite en compréhension peut être confiée à un ordinateur à partir d'un programme très simple. Et les ordinateurs actuels peuvent générer en un éclair des milliers (voire des millions) de termes en un éclair]
Jadis (c.a.d. dans ma jeunesse) ce nombre (ici 1/2) qui permet de régénérer une telle suite à partir de son premier terme s'appelait sa raison (géométrique). Ce nombre est son Logos, son Verbe, et la suite expansée c'est sa Chair (une façon d'interpréter le premier évangile de Saint Jean…). Dans ce cas très élémentaire on sait donc passer du Verbe à la Chair et de la Chair au Verbe; en d'autres termes encore on sait développer l'oeuf totipotent (le Verbe) pour obtenir sa forme expansée, la poule, et inversement on sait extraire de la poule la lignée germinale qui permet de récupérer le précieux verbe qui permettra la perpétuation de l'espèce.
Le monde tel qui nous apparaît est d'une effarante complexité lorsqu'on le considère, à la suite de Leucippe, comme un ensemble d'atomes. Aussi l'esprit a toujours cherché à le simplifier, et toutes les civilisations ont produit des cosmogonies (cf. l'article Wiki).
En Physique moderne les lois fondamentales (attraction universelle, équations de Maxwell), ou même seulement les lois de Képler, peuvent être vues comme des fragments du Logos, du Verbe de l'Univers.
Mais notre contre-civilisation butte, comme celles qui l'ont précédée, sur le problème du Logos de l'être humain (par exemple -mais exemple qui nous intéresse au premier chef!). Et le Système refuse, au nom de la Science telle qu'il la conçoit, de faire appel à des hypothèses métaphysiques, contrairement à toutes(?) les civilisations qui l'ont précédé.
René Thom pose alors la question: "En quoi est-il plus scientifique de faire appel au hasard que de faire appel à Dieu?"
Le paragraphe "L’hypothèse du système constitué en tant que tel" se termine par: "la sagesse, aujourd’hui, c’est l’audace de la pensée."
Audace que René Thom et Philippe Grasset ont assurément.
Christian Feugnet
23/07/2017
On a un chef d'état major , compétent qui se fait virer pour des gamineries . çà n'aurait de sens que si le gamin fait le gamin pour s'en débarasser parce qu'il en a avalé des couleuvres le chef avec la Syrie .
Mais le gamin là c'est pas son premier , c'est pas un machiavel , il a fait d'autres conneries monumentales déjà .
Donc y a présomption d'innocence pour notre président .
Le général s'est exprimé en huis clos debant des parlementaires ; maniére virile comme il convient , on va pas se faire baiser , il defend son budget , c'est pas naturel ?
Alors _çà a fuité les journaleux en ont fait un scandale , pas de la fuite , mais de la virilité du général .
Alors notre gamin de président , il a méme pas pigé que c'était un piége pour lui . Alors il a pas sanctionné le ou les fuiteurs , miminum pour défendre la constitution , non il a été offensé le petit .
Et il a offensé le général devant ses subordonnés .
Innacceptable . Quel que soit le nouveau chef d'état major il aura çà en téte , on peut pas se fier à ce mec .
C'est pas bon pour nos institutions .
On a un gamin au pouvoir .
eric b.
23/07/2017
my end of world ?
jc
23/07/2017
La question terminale ("Qu'en pensent les logocrates?") de mon commentaire précédent est posée sur le mode: dis-moi ce que tu penses et je saurai qui tu es.
Car je n'ai aucune idée de ce qu'est un logocrate (qui n'est pas présenté sur le net sous un jour très favorable, c'est le moins qu'on puisse dire).
La définition trouvée que je préfère est:
"Toute pensée est plate (ou profonde, ce qui est la même chose) avant d'inventer une hauteur langagière. On reconnaît la logocratie aristocratique dans la démocratie des pensées." (Aristophane - vers 450–445 - 385 av. J.-C.)
[Je ne connais de George Steiner que les citations qu'en fait de temps à autre Dedefensa, sans doute tirées de "Les logocrates" (que je n'ai pas lu). Telle: "Le point de vue “logocratique” est beaucoup plus rare et presque par définition, ésotérique. Il radicalise le postulat de la source divine, du mystère de l’incipit, dans le langage de l’homme. Il part de l’affirmation selon laquelle le logos précède l’homme, que “l’usage” qu’il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. Dans cette optique, l’homme n’est pas le maître de la parole, mais son serviteur. Il n’est pas propriétaire de la “maison du langage” (die Behausung der Sprache), mais un hôte mal à l’aise, voire un intrus…"]
Je ne peux à ce propos m'empêcher de comparer RT et PhG:
selon moi Thom est quelqu'un qui "voit le monde", et qui tente de dire ce qu'il voit,
alors que PhG est quelqu'un qui "dit le monde", directement, sans éprouver le besoin de le voir.
L'apôtre Thomas à ses condisciples: "Je ne crois que ce que je vois".
Jésus à Thomas: "Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru!"
PhG logocrate en ce sens?
Christian Feugnet
22/07/2017
C'est quelqu'un de complétement étranger à nos problémes , çà lui donne une image d'arbitre , mais ambitieux , qu'on va pouvoir utiliser .
Dans une société raciste trés endogamme , patriarcale , concentration de la propriété par le sexe et autres , c'est un truc pour arbitrer faussement en cas de conflit social majeur .
Christian Feugnet
22/07/2017
y a un pb spécifique , incompréhensible pour un français .
La mégére apprivoisée çà ne pouvait étre qu'anglais .
Margaret Thacher , etc ...Quant à la guerre de cent ans elle a commencé avec Aliénor d'Aquitaine et fini
avec Jeanne d'Arc . Les femmes de part et d'autres de la Manche c'est pas les mémes .
Et c'est pas une question de gouine ou pas . Y a Don Juan aussi c'est une Anglaise qui l'a perdu .
C'était juste un apparté . La civilisation sera sauvée quand on sera sauvés des Anglosaxonnes frustrées .
Philippe Grasset
22/07/2017
Evidemment, et correction faite ... Merci et toutes nos excuses
PhG
Eric Basillais
22/07/2017
C'est étrange comme certains moments ls thèmes des uns et des autres se rapprochent…
Mais les mises au point mériteraient sans doute plus un séminaire ou un colloque que des interventions via le net…
Bientôt fin Août 2017) va sortir (en PDF gratuit toujours) un volume 3 très "LOGOS" dédié à la Métaphysique Quantique. intitulé COSMOS.
De quoi alimenter les nuits blanches d' "incertitudes" des Musk et compagnie.
ERIC BASILLAIS
Dedef
22/07/2017
L’acte de Villiers, s’il n’est pas comme un peu d’imagination pourrait le laisser croire un “refus d’obéir” de type subversif, un putsch, une sédition, apparaît par contre comme la MANIFESTATION– sans doute plus involontaire que préméditée sur ce point, – d’un malaise qui prend l’allure d’un mécontentement politique d'une grande importance.
Cordialement
Laurent Caillette
22/07/2017
Ces empilements de déclarations sur ce qu'on nomme imparfaitement IA ("intelligence artificielle") appellent quelques commentaires.
Déjà il convient de (dis)qualifier de quoi l'IA est le nom.
Prenons le jeu d'échecs. On a l'habitude de considérer quelqu'un qui joue bien comme intelligent, car la projection dans la combinatoire des coups nécessite une forte capacité d'abstraction. Mais avec suffisamment de puissance de calcul, on peut réduire le jeu à la simple exploration mécanique de cette combinatoire. Et ensuite avec un syllogisme assez idiot on en déduit que l'ordinateur est intelligent puisqu'on peut lui attribuer une des caractéristiques de l'intelligence. Pareil pour la traduction automatique, la reconnaissance d'images, le pilotage de véhicule, etc.
L'intelligence est une qualité horriblement mal définie, en tous cas c'est ce que dit l'introduction de tous les ouvrages sur l'IA que j'ai lus. Disons que l'intelligence consiste à tirer des relations pertinentes entre des sujets apparemment non connectés. La mesure de l'intelligence varie en fonction de différentes échelles : quelqu'un peut passer pour intelligent en résolvant un problème compliqué, mais il aura l'air un peu bête si quelqu'un d'autre découvre une méthode de contournement plus simple, genre "Tu t'es fatigué pour rien mon coco."
Elon Musk passe pour intelligent parce qu'il vend des fusées ou des voitures électriques, qui dans la culture populaire sont synonymes de progrès depuis de trop nombreuses décennies. Son succès tient à l'utilisation astucieuse de composants récents, ce qu'on peut voir comme l'exploration réussie d'un espace combinatoire assez vaste. En même temps si on compare à des mecs du calibre de Dirac ou Newton c'est atrocement limité. Il est possible qu'Elon Musk se voie lui-même comme un algorithme d'optimisation sophistiqué, ce qui expliquerait sa prise de position ridicule sur notre existence au sein d'une simulation informatique. Tout ce qu'on peut en déduire, c'est que ce genre de mec passe trop de temps devant son ordinateur.
L'IA consiste, depuis que le mot existe, à singer des comportements humains spécialisés. Les humains adorent faire de l'anthropomorphisme. Ils suffit de voir comment ils se comportent en compagnie des animaux. Mais les animaux ne sont pas duplicables à l'identique, alors que les phénomènes numériques le sont (appelons l'IA un phénomène numérique). Donc on se projette juste dans un monde qui introduirait la réversibilité et la reproductibilité alors que c'est la négation même du vivant. Même si on sait que c'est de la triche on aime ça et on en redemande. Comme tous ceux qui s'abreuvent des séries de science-fiction d'Hollywood où il n'est question que d'abus des sens, de tromperie et de subjugation. (Je recommande à cet égard la saison 4 d'Agents of the S.H.I.E.L.D., qui remue le sujet jusqu'à l'écœurement.)
Donc, si la civilisation industrielle a le temps d'exister encore un peu, le développement de l'IA sera l'occasion d'accentuer le clivage entre ceux qui aiment se laisser berner par l'illusion technologique, et ceux qui perçoivent la sottise monstrueuse cachée derrière. Appelons-ça un progrès, et constatons que celui-là, par définition, ne saurait être partagé par tous. Bien fait pour la gueule de tous ces idiots d'humanistes !
Une autre hypothèse à considérer, c'est que la recherche en IA mette à jour le déterminisme des êtres humains. Genre "Tu es un tas de molécules en mouvement et ton âme est juste une variable quantique au milieu. Des chercheurs mexicains la reproduisent assez bien avec une antenne à un dollar cinquante qui capte le bruit de fond cosmique." Là aussi on aura le choix entre rester subjugué devant cette vérité insoutenable, ou alors se dire que bon, l'important c'est que l'humanité a enfin une raison de ne pas trop se prendre au sérieux.
jc
22/07/2017
PhG: "Si le Système l’emporte, y compris dans son effondrement qui nous emporterait par refus de résistance, c’est bien que ce “nous”-là ne vaut pas grand’chose, – et alors vivement les robots, car ils nous valent largement…"
Wiki (Intelligence artificielle) commence par: "L'intelligence artificielle est l'ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l'intelligence"
Et dans Wiki (Intelligence) on trouve: "En 1986, plus d'une vingtaine d'experts en psychologie ont été interrogés pour donner une définition de l'intelligence, mais aucun consensus ne s'est dégagé. L'intelligence reste un concept encore mal défini sur le plan scientifique."
Pour Thom "l'intelligence c'est la capacité de s'identifier à autre chose, à autrui."
Au train où va le délire du Système je vois gros comme une maison le moment (proche!) où l'intelligence-Système sera définie comme la capacité de s'identifier à l'ordinateur, avec, bien entendu la sélection artificielle de ses élites-Système en rapport. Un darwinisme post-moderne, en somme.
Qu'en pensent les logocrates?
Christian Feugnet
21/07/2017
Je rebondis sur l'expression çà me heurte .
Bien l'affaire Villiers est significative . Bien sur nous entrons dans une époque qui est de plus en plus pathologique , et çà se généralise , çà fait des métastases etc ....Mais une civilisation çà s'effondre pas comme çà ; la base , la culture ; la vie quoi ( humaine ) çà tient c'est coriace , selon une chronologie de Spengler non démentie selon moi parce que l'affectif ( à distinguer du sentimental ) çà a son rythme , lent , trés lent ....faudra attendre encore 200 à 250 ans !
On peut appeler çà la métaphysique aussi c'est en plus savant .
Parce que Spengler , comme d'autres ( Toynbee , Kondratiev…) sans le savoir sont tombés sur des chiffres qui correspondent aux nombres de Feigenbaum s'applicant à tous les systémes .
Donc faudra cultiver son stoicisme , ou flegme ou boudhisme , ou autre comme on voudra .
Effondrement çà dramatise , çà en rajoute , çà communique , c'est journalistique oui , le mot qui conviendrai et qui sonnerai , je trouve pas , je suis pas poéte , mais faudrait autre chose parce qu"on va devoir encaisser encore pire .
jc
21/07/2017
Platon classe les régimes politiques en:
La première, l'aristocratie, qui est celle où les personnes les plus recommandables sous les rapports moraux commandent;
La seconde, la timocratie, qui est celle où le pouvoir est entre les mains des ambitieux;
La troisième, l'oligarchie, qui est celle où l'état n'a qu'un petit nombre de chefs;
La quatrième, la démocratie, qui est celle où le peuple a toute autorité;
La cinquième, la tyrannie, qui est la dernière et la pire.
On trouvera dans Wikipédia (La république, livre VIII) un résumé de la logique qui a amené Platon à faire cette classification (périodique?) des régimes politiques.
René Thom reprend cette analyse dans "Révolutions, catastrophes locales" (Apologie du logos) en mettant l'accent sur la stabilité structurelle des régimes: "Le problème qui va nous occuper est le suivant: existe-t-il en histoire des "champs morphogénétiques", des "chréodes"? [...] La partie la plus fragile de notre champ morphogénétique concerne évidemment la phase finale, le régime de restauration qui s'installe après la chute du dictateur. [...] L'explication de la stabilité du champ proposée ici repose premièrement sur une théorie de l'origine du pouvoir dans les sociétés humaines, et deuxièmement sur un modèle géométrique, inspiré de la théorie de l'élasticité."
L'aristocratie constitue la crème de la société, les aristocrates étant les "meilleurs" et sont à ce titre "naturellement" appelés à gouverner. Et pour Platon les "meilleurs" sont les philosophes.
A ma connaissance Thom parle très peu de sociologie:
1. il en formule ce qui est pour lui le problème central, l'aporie fondatrice, dans "Thèmes de Holton et apories fondatrices" (Apologie du logos), en des termes d'ailleurs analogues à l'aporie qui, selon lui, fonde la biologie;
2. l'article précité;
3. Trois pages (SSM, 2ème ed., pp.321 à 323) consacrées à la structure des sociétés;
4. La citation "fondamentale" suivante: "Les situations dynamiques régissant l'évolution des phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l'évolution de l'homme et des sociétés" (Conclusion de SSM).
5. "Dans les sociétés la fonction crée l'organe, ça il n'y a aucun doute ... et je pense aussi que c'est le cas en biologie" (Film de Godard sur Thom, 39'45'', https://www.youtube.com/watch?v=B1t_o_CMA_E )
Mon imagination est très nettement inférieure à celle de René Thom et ma sensibilité très nettement inférieure à celle de Philippe Grasset. Mais, contrairement à eux, je n'ai aucun rang à tenir, et je considère les blogs sur lesquels je commente comme des divans psychanalytiques sur lesquels je m'allonge. [Thom: "La voie de crête entre les deux gouffres de l'imbécillité d'une part et le délire d'autre part n'est certes ni facile ni sans danger, mais c'est par elle que passe tout progrès futur de l'humanité."...]. Ceci rappelé:
Je verrais bien comme aristocrate-philosophe le métaphysicien dont parle Thom à propos de l'arbre de Porphyre, celui capable non seulement d'atteindre le "sommet" de l'arbre mais aussi de redescendre par paliers jusqu'à nous, individus d'en bas.
"L'image de l'arbre de Porphyre me suggère une échappée en "Métaphysique extrême" que le lecteur me pardonnera peut-être. Il ressort de tous les exemples considérés dans ce livre qu'aux étages inférieurs, proches des individus, le graphe de Porphyre est susceptible -au moins partiellement- d'être déterminé par l'expérience. En revanche, lorsqu'on veut atteindre les étages supérieurs, on est conduit à la notion d' "hypergenre", dont on a vu qu'elle n'était guère susceptible d'une définition opératoire (hormis les considérations tirées de la régulation biologique). Plus haut on aboutit, au voisinage du sommet, à l'Être en soi. Le métaphysicien est précisément l'esprit capable de remonter cet arbre de Porphyre jusqu'au contact avec l'Être. De même que les cellules sexuées peuvent reconstituer le centre organisateur de l'espèce, le point germinal alpha (pour en redescendre ensuite les bifurcations somatiques au cours de l'ontogénèse), de même le métaphysicien doit en principe parvenir à ce point originel de l'ontologie, d'où il pourra redescendre par paliers jusqu'à nous, individus d'en bas. Son programme, fort immodeste, est de réitérer le geste du Créateur. Mais très fréquemment, épuisé par l'effort de son ascension dans ces régions arides de l'Être, le métaphysicien s'arrête à mi-hauteur à un centre organisateur partiel, à vocation fonctionnelle. Il produira alors une "idéologie", prégnance efficace, laquelle, en déployant cette fonction, va se multiplier dans les esprits. Dans notre métaphore biologique ce sera précisément cette prolifération incontrôlée qu'est le cancer."
Bien entendu, pour nous humains, atteindre le "sommet" est illusoire et notre condition humaine nous condamne, je le crains, à tenter de remplacer une idéologie par une autre, à guérir un cancer en en provoquant un autre, tel le sapeur Camenber.
Je considère la position (nécessairement) métaphysique de Thom comme minimale puisqu'il suffit de croire en la réalité des Idées platoniciennes qu'il développe en acceptant comme "vraie" l'analogie "Développement de l'embryon"/"Développement de Taylor". Il s'agit d'un Rubicon que beaucoup ne verront pas l'intérêt de franchir, que certains ne pourront pas franchir et que, peut-être, certains parmi les certains pourront mais ne voudront pas franchir pour la raison qui suit.
La citation favorite de Thom, récurrente dans toute son oeuvre, due à Héraclite, est: "Le Maître, dont l'oracle est à Delphes, ne dit ni ne cache; il signifie." Que Thom traduit: "La Nature nous envoie des signes qu'il nous appartient d'interpréter".
Je soupçonne que Thom, à travers son oeuvre, ne nous livre pas le fond de sa pensée, qu'il ne nous dit pas tout; il se contente en maints endroits de nous envoyer des signes, de nous indiquer des directions dans lesquelles le lecteur est invité à orienter ses propres réflexions.
Ainsi, dans la citation "Porphyre" ci-dessus le "alpha" du "le point germinal alpha" n'apporte rien à la compréhension du texte (et ne renvoie à aucun alpha précédent dans le paragraphe ou, plus, dans le chapitre). Et, dans ce contexte "alpha" renvoie pour moi à Teilhard de Chardin et au "Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley.
Je sens confusément, tel Rantanplan, que c'est dans ces directions que Thom (pour moi évidemment "alpha" d'Huxley) nous invite à nous tourner.
L'espèce "abeilles" donne l'impression d'une espèce qui a terminé son évolution, d'une espèce mature et l'observation d'une ruche donne l'impression de l'ordre, de l'harmonie et de l'équilibre chers à PhG. Peut-être est-ce ce qui attend notre espèce, pour l'instant risiblement immature? Mais, si c'est le cas, peut-être certains y verront alors une atteinte intolérable à leur liberté?
jc
21/07/2017
Sissi, Sissi impératice, Sissi face à son destin. Des films que j'ai regardés (en boucle!) avec mes deux dernières filles, alors pré-ado, blotties contre moi. De très bon souvenirs.
PhG conclut l'article "De la BA à l'IA" par
"Si le Système l’emporte, y compris dans son effondrement qui nous emporterait par refus de résistance, c’est bien que ce “nous”-là ne vaut pas grand’chose, – et alors vivement les robots, car ils nous valent largement… C’est ce qu’on appelle, cela valant pour le sapiens, “être face à son destin” : c’est bien pour cette libération-là que nous nous sommes glorieusement battus pour la Modernité ? Eh bien, nous y sommes.".
Article qui, selon moi, aurait donc fort bien pu s'intituler: "Le sapiens face à son destin".
J'ai découvert (pas plus tard qu'hier!) dans la fin de l'épilogue de "Stabilité Structurelle et Morphogénèse une phrase qui, j'en suis sûr, va meubler mes insomnies pendant un certain temps (Cf. mon commentaire "Face à notre destin"):
"des structures simulatrices de toutes les forces extérieures agissent, ou EN ATTENTE, sont prêtes à se déployer QUAND CE DEVIENDRA NECESSAIRE"
Je ne m'attendais pas du tout à ça de la part d'un Thom qui a pris soin d'écrire "Prédire n'est pas expliquer" (Flammarion, 1991) où l'on peut lire, je crois, une opposition entre d'une part le Progrès auquel renvoie la prédiction et d'autre part la Tradition à laquelle renvoie l'explication (Thom prenant "évidemment" le parti de l'explication). Pour cette raison il me paraît impensable d'interpréter la phrase ci-dessus comme une prédiction. Reste la prophétie… Thom face à son destin?
PhG invoque dans cet article "De la BA à l'IA" l'intuition haute, l'âme poétique, la pensée pérenne, etc. Ces invocations ne m'évoquant pas grand chose (c'est un euphémisme), je me suis replongé dans la conclusion-qui-est-bien-plus-qu'une-conclusion du tome II de "La Grâce de l'Histoire" (A LIRE ABSOLUMENT) où ces concepts sont omni-présents.
Bien que je n'aie fait aucun progrès dans leur compréhension (par manque de sensibilité?), de ma relecture de cette conclusion il ressort confusément l'impression que les destins de RT et de PhG se croisent (cf. en particulier bas de p.414 et p.420*).
En tout cas il saute aux yeux qu'il y a une différence de ton entre le corpus du tome II et sa conclusion, conclusion dans laquelle Philippe Grasset, délibérément, se dévoile (ou pour le moins lève un coin du voile), conclusion qui, compte tenu de ce qui précède, aurait pu selon moi avoir pour titre:
"PhiPhi face à son son destin"
* distinction futur/avenir
Pascal B.
20/07/2017
D'abord une petite précision patronymique pour mieux souligner la dimension aristocratique du personnage dont le véritable nom à l'état-civil est : Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon.
Ensuite nous pouvons voir dans le choeur unanime des commentateurs à saluer le général la conscience aiguë de la grosse bourde du jeu fils prodigue qu'il convient de rattraper avec humilité étant donné le caractère très sensible de la situation : la conjugaison d'une armée très populaire et de la figure emblématique d'un général très apprécié. La charge politique de ce cocktail renforcée par l'éclat d'une démission sans précédent depuis 1958 est prise très au sérieux par les gardiens du système placés ici en tuteur du fils prodigue. Il y a urgence à brosser le bon peuple dans le sens du poil et à ne surtout pas donner prise à l'idée d'une opposition frontale entre d'un côté un pôle mediatique systematiquement solidaire du pouvoir présidentiel et de l'autre un général chef d'une armée incarnant la défense de la nation France et jouissant d'une très bonne appréciation dans le peuple.
Enfin toujours pour caractériser cette "grande stratégie de l'honneur" et la "tactique lucide de la parole donnée", citons les mots de celle des "Lettres à un jeune engagé" publiée sur le Facebook du CEMA dès le 14 juillet soit le lendemain du prurit d'autoritarisme du chef de l'Etat :
Confiance
14 JUILLET
Mon cher camarade,
« Confiance, confiance encore, confiance toujours ! ». C’est par ces mots que le général Delestraint conclut ses adieux à ses compagnons d’armes, au mois de juillet 1940, à Caylus. Alors même que la défaite est actée, son discours est une exhortation ferme à rejeter toute « mentalité de chien battu ou d’esclave ».
Quelques mois plus tard, conformant ses actes à ses paroles, il prend la tête de l’Armée secrète. Arrêté, torturé puis déporté, il meurt au camp de Dachau, le 19 avril 1945, moins de trois semaines avant la victoire, dont il a été l’un des artisans les plus actifs.
Ce qui m’a toujours frappé dans cette recommandation du général Delestraint, c’est d’abord ce qu’il ne dit pas. Il ne dit ni « en qui », ni « en quoi » avoir confiance. A ses yeux, le plus important est, avant tout, cet état d’esprit singulier – cet « optimisme de volonté » - qui choisit de voir la plus infime parcelle de lumière au cœur des ténèbres les plus noires.
La confiance, c’est le refus de la résignation. C’est le contraire du fatalisme, l’antithèse du défaitisme. Et, en même temps, il y a dans la confiance une forme d’abandon. Agir sans s’abandonner, c’est faire preuve d’orgueil. S’abandonner sans agir, c’est se laisser aller.
Choisissons, donc, d’agir comme si tout dépendait de nous, mais sachons reconnaître que tel n’est pas le cas. Autrement dit, si toute notre foi, tout notre engagement et notre détermination sont nécessaires, ils sont à jamais insuffisants pour envisager la victoire. La vraie confiance réconcilie confiance en soi et confiance en l’autre.
La confiance en soi, d’abord. Vertu essentielle qui se construit dès l’enfance. Vertu qui naît des obstacles surmontés. C’est le cas dans les stages d’aguerrissement, que certains d’entre vous ont vécus. Ils vous révèlent vos capacités réelles qui dépassent, de beaucoup, ce que vous auriez pu imaginer. La confiance en soi est un moteur. Elle libère les énergies et encourage à l’action. Les fausses excuses tombent. Tout ce dont je suis capable devient possible !
La confiance dans l’autre, ensuite. Celle par laquelle je reconnais que je ne peux pas tout ; que le salut passe autant par mon camarade, mon chef, mon subordonné que par moi-même. Par cette confiance, je m’assume dépendant. Cette reconnaissance est le ciment de nos armées. La confiance mutuelle fait notre unité, en même temps que notre assurance. C’est elle qui fait dire au capitaine de Borelli, considérant ses légionnaires : « Par où pourrions-nous bien ne pas pouvoir passer ? ».
La confiance dans le subordonné est, particulièrement, féconde. On a pris l’habitude de lui donner un nom savant : la subsidiarité ; mais ça ne change rien. Comme chef d’état-major des armées, je mesure chaque jour davantage à quel point je suis dépendant de l’action de chacune et de chacun d’entre vous. Seul, je ne peux rien. Ensemble, rien n’est impossible !
Je terminerai par une recommandation. Parce que la confiance expose, il faut de la lucidité. Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité. Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi. La confiance est une vertu vivante. Elle a besoin de gages. Elle doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte.
Une fois n'est pas coutume, je réserve le sujet de ma prochaine lettre.
Fraternellement,
Général d’armée Pierre de Villiers.
Et en annexe l'ultime communiqué du général d’armée Pierre de Villiers du 19 juillet 2017.
J’assume les responsabilités de chef d’état-major des armées depuis trois ans et demi. Je suis pleinement conscient de l’honneur qui m’est fait, de la confiance qui m’a été accordée et des devoirs qui sont attachés à cette fonction. J’ai toujours veillé, depuis ma nomination, à maintenir un modèle d’armée qui garantisse la cohérence entre les menaces qui pèsent sur la France et sur l’Europe, les missions de nos armées qui ne cessent d’augmenter et les moyens capacitaires et budgétaires nécessaires pour les remplir. Dans le plus strict respect de la loyauté, qui n’a jamais cessé d’être le fondement de ma relation avec l’autorité politique et la représentation nationale, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à plusieurs reprises, à huis clos, en toute transparence et vérité. Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. Par conséquent, j’ai pris mes responsabilités en présentant, ce jour, ma démission au Président de la République, qui l’a acceptée. J’éprouve une vraie reconnaissance envers nos soldats, nos marins et nos aviateurs avec lesquels j’ai partagé ma vie, pendant quarante-trois
années, au service de la nation, en toute sincérité. Je sais pour les connaître qu’ils continueront à assurer la mission aux ordres de mon successeur avec autant de détermination et de fidélité. Je reste indéfectiblement attaché à mon pays et à ses armées. Ce qui m’importera, jusqu’à mon dernier souffle, c’est le succès des armes de la France. Général d’armée Pierre de Villiers
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