jc
22/11/2017
Différentiation ou différenciation?
"Différenciation" signifie le fait de différencier, de distinguer par des caractéristiques non semblables. Il est synonyme de "distinction". Exemple : Ils ne font aucune différenciation d'âge ni de sexe.
Le nom "différentiation" est un terme de mathématiques qui désigne un calcul de différentielle, c'est-à-dire de la fonction linéaire à laquelle il est possible d'assimiler une fonction différentiable pour des valeurs d'accroissement proches de zéro. (Si vous comprenez quelque chose, vous pouvez m'envoyer un message…)
Exemple : Le théorème de différentiation de Lebesgue.
http://fondetforme.blogspot.fr/2013/02/differentiation-ou-differenciation.html
L'un des points clés de la compréhension de la vision thomienne de la morphogénèse (et donc de l'évolution) est l'analogie (que je trouve absolument géniale) entre différenciation cellulaire et différentiation des fonctions. Je recite une fois encore ce passage pour moi crucial de SSM:
"Expliquons de manière élémentaire le mécanisme qui, à mes yeux, commande toute morphogénèse, par l'analogie suivante entre le développement d'un embryon d'une part, et une série de Taylor à coefficients indéterminés d'autre part. Le développement d'un embryon peut se décrire grosso modo de la manière suivante: à partir d'un oeuf "totipotent" se séparent au cours du temps des masses cellulaires qui acquièrent des spécialisations histologiques irréversibles (en principe); mais il subsiste toujours à l'intérieur de l'animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation des cellules reproductrices (gamètes) dans l'individu adulte.
Considérons d'autre part une fonction différentiable de deux variables x,y, nulle à l'origine x=y=0, dont on va former les développements limités jusqu'au troisième ordre (par exemple) ... [suivent des considérations mathématiques] ...
La suite de ces ensembles de bifurcation constitue donc l'analogue formel de la lignée germinale en embryologie. Bien entendu il ne s'agit là d'une analogie formelle qu'il ne serait nullement question de poursuivre dans le détail."
jc
21/11/2017
Je prends votre e-papier comme une réponse à un question mal posée par moi (cf. "La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres"). Question qui aurait dû être formulée: "Que pensez-vous de la façon dont Thom juge le marxisme"?
A propos du caractère sacré.
D'où vient le fait que certains animaux défendent farouchement (éventuellement jusqu'à ce que mort s'en suive) leur territoire?
D'où vient le fait que certains animaux lancent des cris d'alerte à leurs congénères au risque de se faire remarquer par le prédateur avec les conséquences que l'on imagine?
D'où vient le fait que la femelle défende en général, parfois très farouchement, sa fraîche progéniture?
D'où vient "l'amour de ses racines" qui conduit certains animaux (tels les saumons et les anguilles) à venir se reproduire puis mourir sur leur lieu de naissance après s'être éloigné de ces lieux de distances et de durées parfois considérables?
D'où vient cette attitude, repérée par Philippe Grasset, du "poilu" de Verdun?
Dans l'un de ses dialogues avec Jean-Paul Baquiast sur ce site ("Le grain de sable divin"), Philippe Grasset écrit: "Le darwinisme me semble ainsi complètement acceptable dans cette place que je lui accorde d’intuition (quoiqu’avec l’une ou l’autre réserve, dont celle-ci que je cite de seconde main et qui me paraît capitale justement pour le cas signalé ici, – d’après Georges Steiner dans Les Logocrates : «Il est intéressant de signaler que Thomas Huxley, vers la fin de sa carrière, en arriva à la conclusion que le darwinisme n’avait offert aucune explication plausible des origines du phénomène du langage»). Par conséquent, je suis (au sens de “suivre”) le darwiniste que vous êtes, mais avec des réserves importantes qui concernent justement le fond de notre débat."
Je ne suis pas du tout convaincu que le darwinisme offre une explication plausible (autre que quasi-tautologique pour certaines questions) des origines des phénomènes précités. Selon moi nous sommes, là aussi, "au fond du débat".
jc
21/11/2017
Thom: "La voie de crête entre les deux gouffres de l'imbécillité d'une part et le délire d'autre part n'est certes ni facile ni sans danger, mais c'est par elle que passe tout progrès futur de l'humanité". Le temps presse, il nous faut impérativement prendre des risques, sortir des sentiers battus, formuler des conjectures, les plus vastes soient-elles, donner sa vison du monde, sa cosmogonie, la plus ample soit-elle. Que fait d'ailleurs Philippe Grasset, sinon cela?
Aussi je suis tout à fait d'accord avec votre "C'est urgent. Ne perdons plus de temps à égrenner les malheurs du monde…".
Bien qu'il ne soit pas d'usage sur ce site de dialoguer entre commentateurs je réagis à la vidéo liennée dans votre commentaire au e-papier "La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres" de Nicolas Bonnal.
En préambule:
Avant de démontrer un théorème il faut d'abord le formuler et le conjecturer: Aristote a pris cet exemple (entre autres) pour illustrer ses notions de puissance et d'acte.
Il me saute aux yeux que dans la triade "possible", "acte", "puissance" (dont vous dites qu'un chrétien doit les lire comme "Dieu le Père", "Jésus Christ", et "L'esprit Saint"), le "possible" est le "Dieu totipotent" (alias le "Dieu tout puissant"). "Dieu totipotent" se différencie alors en "acte" et "puissance" (puis en "anges", "fantômes", etc.).
"Dieu le Père" en "Oeuf totipotent"?
Dans "Stabilité structurelle et morphogénèse" (1972, période platonicienne de Thom), sous le titre "Algèbre et morphogénèse", sous-titre "Exemple de bifurcation", René Thom écrit:
"Expliquons de manière élémentaire le mécanisme qui, à mes yeux, commande toute morphogénèse, par l'analogie suivante entre le développement d'un embryon d'une part, et une série de Taylor à coefficients indéterminés d'autre part. Le développement d'un embryon peut se décrire grosso modo de la manière suivante: à partir d'un oeuf "totipotent" se séparent au cours du temps des masses cellulaires qui acquièrent des spécialisations histologiques irréversibles (en principe); mais il subsiste toujours à l'intérieur de l'animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation des cellules reproductrices (gamètes) dans l'individu adulte."
Vous faites dans votre vidéo une incursion en métaphysique extrême (je n'en imagine d'ailleurs pas de plus extrême que ça!). A la fin de "Esquisse d'une sémiophysique" (1988, période aristotélicienne) Thom fait une incursion de ce type:
"L'image de l'arbre de Porphyre me suggère une échappée en "Métaphysique extrême" que le lecteur me pardonnera peut-être. Il ressort de tous les exemples considérés dans ce livre qu'aux étages inférieurs, proches des individus, le graphe de Porphyre est susceptible -au moins partiellement- d'être déterminé par l'expérience. En revanche, lorsqu'on veut atteindre les étages supérieurs, on est conduit à la notion d' "hypergenre", dont on a vu qu'elle n'était guère susceptible d'une définition opératoire (hormis les considérations tirées de la régulation biologique). Plus haut on aboutit, au voisinage du sommet, à l'Être en soi. Le métaphysicien est précisément l'esprit capable de remonter cet arbre de Porphyre jusqu'au contact avec l'Être. De même que les cellules sexuées peuvent reconstituer le centre organisateur de l'espèce, le point germinal alpha (pour en redescendre ensuite les bifurcations somatiques au cours de l'ontogénèse), de même le métaphysicien doit en principe parvenir à ce point originel de l'ontologie, d'où il pourra redescendre par paliers jusqu'à nous, individus d'en bas. Son programme, fort immodeste, est de réitérer le geste du Créateur. Mais très fréquemment, épuisé par l'effort de son ascension dans ces régions arides de l'Être, le métaphysicien s'arrête à mi-hauteur à un centre organisateur partiel, à vocation fonctionnelle. Il produira alors une "idéologie", prégnance efficace, laquelle, en déployant cette fonction, va se multiplier dans les esprits. Dans notre métaphore biologique ce sera précisément cette prolifération incontrôlée qu'est le cancer.
Aristote a dit du germe, à la naissance, qu'il est inachevé. On peut dès lors se demander si tout en haut du graphe on n'a pas quelque chose comme un fluide homogène indistinct, ce premier mouvant indifférencié décrit dans sa Métaphysique; que serait la rencontre de l'esprit avec ce matériau informe dont sortira le monde? Une nuit mystique, une parfaite plénitude, le pur néant? Mais la formule d'Aristote suggère une autre réponse, théologiquement étrange: peut-être Dieu n'existera-t-il pleinement qu'une fois sa création achevée: "Premier selon l'être, dernier selon la génération"."
——————————————————-
Comme vous Thom est héraclitéen. Sa ligne de conduite, sa feuille de route, est: "La Nature nous envoie des signes qu'il nous appartient d'interpréter", signification, selon lui, de "Le Maître, dont l'oracle est à Delphes, ne dit ni ne cache: il signifie". Et pour lui c'est l'opposition discret/continu qui fonde et domine la pensée, opposition modulée selon les disciplines: ainsi c'est (grosso modo) l'opposition algèbre/géométrie qui domine les mathématiques. (Thom a choisi de donner la préséance ontologique au continu)
Vous avez choisi de présenter vos idées sous forme algébrique, du côté du discret donc, la visualisation (géométrisation) de vos idées n'apparaissant qu'à la fin de la vidéo (arbre, reflet, etc.). (idem dans la version "longue", e-papier).
Quel est le langage le mieux adapté pour exprimer le logos héraclitéen? Vous avez choisi celui de la logique symbolique (cf. les pages 12 à 40 de la version e-papier) mais dans votre vidéo vous avez (heureusement pour l'auditeur!) choisi de vous exprimer en Français. Thom a rassemblé une trentaine d'articles sous le titre "Apologie du logos" où il tente de (et selon moi réussit à) montrer les avantages du langage mathématique par rapport au langage naturel. Dans l'envoi de ce recueil il écrit ainsi: "De là vient que le formalisme mathématique (sous sa forme topologico-algébrique, celle de la théorie des catastrophes) est particulièrement bien approprié à la description des situations, en général conflictuelles, où se heurtent et se désagrègent progressivement les intentionnalités constitutives des concepts." Pour Thom le grand vice des langages formels classiques est qu'ils ne peuvent pas exprimer le mouvement, ce qui les rend très difficilement aptes à exprimer les idées héraclitéennes.
Pour en revenir à votre triade, l' "acte" premier est une différenciation, une séparation: c'est le début d'une analyse.
Thom: "Aristote dit quelque part que l'entéléchie sépare. Pour moi ça a été la formule qui m'a fait réellement comprendre l'aristotélisme, du moins dans la mesure où je prétends pouvoir le comprendre."
Mais Thom écrit aussi: "Il [Aristote] a espéré faire la jonction [entre logique et phénoménologie] à l'aide du concept de séparation, fondamental dans sa Métaphysique." (Le "Il a espéré" suggère que, pour Thom, Aristote a échoué*...)
Mais toute analyse appelle la synthèse, toute séparation appelle une réunion. Dans la "tirade de Porphyre" thomienne, il est question de la reconstitution de la lignée germinale. Est-ce le rôle joué par votre septième niveau, celui de l'âme?
Quid de l'alpha et de l'oméga? Dans l'adolescence Thom était pour l'éternel retour**. L'âge venant (cf. sa tirade) il semble qu'il n'en soit plus question: il écrit ailleurs (et beaucoup plus tard) "Je ne vois pas pourquoi un être pleinement différencié ne serait pas immortel."
* Jean Petitot a tenté cette jonction entre phénoménologie et logique modale dans "Le hiatus entre le logique et le morphologique":
http://jeanpetitot.com/ArticlesPDF/Petitot_ThomUrbino.pdf
** Cf. la fin de l'entretien Thom/Nimier pedagopsy.eau/entretien_thom.html
EricRobertMarcel Basillais
21/11/2017
Le site suivant nous apprend que l'affaire STRATCOM est un élément du coup rampant contre TRUMP, d'où le silence .
https://www.strategic-culture.org/news/2017/11/20/president-trump-faces-creeping-coup.html
EricRobertMarcel Basillais
20/11/2017
Sans doute naïf, je m'explique ce coup d'éclat Stratcom comme le dernier épisode de l'encerclement de Trump par l'état profond américain… le silence st alors logique.
jc
19/11/2017
Qu'est-ce que Thom pense du marxisme?
Je me suis posé la question en recopiant l'extrait (cf. mon précédent commentaire) du bouquin de Châtelet: "Marx est mort".
1. "Le marxisme, qui veut expliquer la structure des sociétés à l'aide des seuls facteurs économiques, est l'homologue de la théorie de Child en Embryologie et il souffre sans doute des mêmes simplifications. En effet, un caractère typique des champs morphogénétiques sociaux est qu'ils modifient, souvent de manière durable et irréversible, le comportement des individus. Ceux-ci sont induits à tout sacrifier*, jusqu'à leur existence propre, à la conservation de la forme sociale globale, considérée comme la suprême valeur*. Il y a là un effet -totalement dépourvu d'équivalent dans la nature inanimée qui a les plus fâcheuses conséquences sur la pérennité des injustices sociales." (Fin de SSM)
2. Ecouter le lapsus* (toujours révélateur selon Lacan) que Thom fait dans le court métrage tourné par Godard sur lui (39'40):
https://www.youtube.com/watch?v=B1t_o_CMA_E
Qu'en pense Nicolas Bonnal (du marxisme, pas de mon commentaire)?
*: J'écoute France Q en rédigeant ce commentaire. J'y entend parler de consumateur…
jc
19/11/2017
En attendant Godot, c'est-à-dire en attendant le troisième tome de "La Grâce de l'Histoire" dans lequel PhG va nous faire découvrir comment il conçoit le réenchantement de Dieu, l'allusion à Gilles Châtelet me fait penser à l'injonction de Pozzo à son esclave Lucky dans "En attendant Godot" de Samuel Beckett: "Pense, porc!"
On pourra se mettre en situation contemporaine en remplaçant Pozzo par Lloyd Blankfein (je rappelle que lors d'une audition devant le Sénat américain -à propos de l'affaire Tourre, je crois-, le chief executive de Goldman Sachs a déclaré: "Je fais le travail de Dieu") et Lucky par l'ingénieur en chef chargé de la conception et de l'évolution du F35.
Ceci dit j'ai rapidement refeuilleté le pamphlet "Vivre et penser comme des porcs", que j'avais initialement feuilleté avant de connaître le site Dedefensa. Et j'ai réalisé que Châtelet rime avec Grasset! Car le sujet traité est en partie* le même: Système du technologisme, Système de la communication, Système de l'entropisation.
Ceux qui ont du mal avec l'intuition haute de PhG (je pense à ceux qui ont subi un formatage initial "scientifique") seront peut-être plus sensibles à la façon de GC de présenter les choses. Pour les curieux un (e-)feuilletage s'impose et la fin du glossaire à-la-Grasset constitue selon moi une excellente mise en bouche: Extrait "Post-philosophes":
"Cartel d'intervention médiatique suffisamment audacieux pour avoir réussi à vendre la peau de l'ours sans même l'avoir tué (cf. leur livre culte: Marx est mort) et à convaincre que l'état de renégat pouvait être géré comme un excellent patrimoine. A joué un rôle déterminant dans la création de la Régie française des Jobards du Consensus rapidement reconnue comme la plus efficace des sectes ayant accouché de la Contre-Réforme libérale." (GC donne ailleurs le slogan de la secte: "Pas de vagues! Juste des vogues!")
Sur le fond j'approuve totalement sa charge contre l'entropisation -cf. ce qu'il dit de la thermocratie (néologisme châtelain)- qui, selon moi, renvoie à la "querelle fondamentale" Thom/Prigogine. Thom: "La thermodynamique ignore les formes, qu'elle ne peut que détruire".
* Il manque l'ancrage dans la Tradition, Tradition (très!) chère à PhG (j'opine).
jc
18/11/2017
Pour Thom (et donc pour moi…) c'est incontestablement le cycle de prédation lié à la catastrophe "fronce". Exploité dès SSM (rédigé en 1968 mais publié seulement en 1972…), il est à la base des modèles biologiques de Thom ("L'assertion de nature translogique "Le prédateur affamé est sa propre proie" est, selon moi, à la base de l'embryologie animale"). C'est un cycle qui se parcourt "naturellement", une sorte de parcours obligé, une chréode (sauf, bien entendu, empêchement: dans le cycle chat-souris, le cycle est interrompu par, par exemple, la mort accidentelle du chat). Mais il a fallu attendre la publication de ES en 1988 pour que le "grand public" découvre le "lacet de prédation revisité" avec le présence de deux fronces. Et découvre alors le rééquilibrage absent des premiers modèles, rééquilibrage absolument fondamental pour l'équilibre psychique du prédateur (prédateur qui, sinon, deviendrait fou d'être en permanence aliéné par sa proie -idem pour la proie bien entendu-).
Thom: "Le sommeil est une sorte de revanche de la proie sur le prédateur".
Le grand vice de l'organisation sociale actuelle vient à mon avis de là, du déséquilibre structurel créé par l'ultra-capitalisme prédateur.
Thom: "Nos modèles dynamiques conduisent à une présentation de l'organogénèse au cours de l'Evolution qu'on peut ainsi schématiser: toute fonction physiologique correspond à une régulation "catastrophique" du métabolisme, une véritable onde de choc physiologique; l'organogénèse est une sorte de lissage rétroactif de cette onde de choc, ce qui donne à l'organe sa finalité, car son fonctionnement prévient la catastrophe physiologique (ainsi, respirer par les poumons prévient l'asphyxie)." (Thom dit ici en quoi et pourquoi il est lamarckien)
L'onde de choc sociétale est là et elle gagne tous les jours en intensité. Une petite minorité (poètes, artistes, etc.), dotés d'une plus grande sensibilité que la moyenne, la ressentent déjà depuis longtemps et en ont pris conscience; Philippe Grasset fait évidemment partie de ceux-là. Pour la grande majorité il y a un malaise inconscient dont l'origine est mal identifiée ("le monde marche sur la tête").
Je suis convaincu que sous peu (quelques années? quelques décennies?) il va y avoir une un retour à l'équilibre par la régulation de l'onde de choc, régulation qui se fera en l'occurrence par la compensation de l'ultra-individualisme actuel par une nécessaire forme de collectivisme. (Ainsi je verrai peut-être en direct la société se réorganiser en validant les vues de Lamarck…)
Le principe de base de cette réorganisation sociale sera l'empathie, c'est-à-dire l'impérative obligation (plus que la faculté donc) pour le sujet de s'identifier à son objet, identification naturelle lorsque le sujet désire plus son objet que lui-même, auquel cas on peut parler d'identification amoureuse. (Cette empathie n'a rien à voir avec la sympathie ou l'antipathie: les chats ont de l'empathie pour les souris.)
Cette exigence d'identification du sujet à son objet va beaucoup plus loin que l'impératif kantien ("ne fais pas aux autres ce que tu ne souhaite pas pour toi-même") -impératif qui semble oublié des dirigeants allemands actuels…-, et la loi du talion "oeil pour oeil, dent pour dent".
Pour Thom l'empathie est synonyme d'intelligence: "L'intelligence est la faculté de s'identifier à autre chose, à autrui". (Intelligence naturelle qu'il semble à première vue difficile de simuler artificiellement.)
Respecter l'impératif d'empathie pour jeter les bases d'une nouvelle civilisation n'est pas chose aisée. Il y a en effet une exigence primordiale et nécessaire d'avoir de l'empathie pour soi-même, ce qui peut sembler évident à première vue, mais qui ne l'est pas et semblera même pour beaucoup une difficulté insurmontable liée à l'auto-référence. Le seul espoir alors est que la connaissance de soi-même permette de connaître le monde, vieille idée du microcosme isologue du macrocosme. C'est exactement la position de Thom:
"Les situations dynamiques régissant les phénomènes naturels sont fondamentalement les mêmes que celles qui régissent l'évolution de l'homme et des sociétés." Et dans la phrase suivante il enfonce le clou de l'anthropocentrisme: "Ainsi l'emploi de vocables anthropomorphes en Physique est foncièrement justifié."
Si se mettre dans la peau des choses n'est pas aisé, se mettre dans la peau d'un chat (Thom était passionné d'éthologie) est plus facile que de se mettre dans celle du boson de Higgs. C'est ainsi, selon Thom, que se font les petites et les grandes découvertes.
La situation dynamique fondamentale est celle du tourbillon crisique considéré plus haut, tourbillon qui régule selon le mode "à chacun son tour" le conflit entre deux actants. Pour Thom ce tourbillon est généré par un champ morphogénétique, une chréode, qui a pour lui autant de réalité que les champs gravitationnel et électro-magnétique (qui sont peut-être des manifestations partielles de ce champ morphogénétique). (Le terme de chréode a été utilisé la première fois en biologie par l'embryologiste anglais Waddington dans le cadre de l'épigénétique -cf. les cours de Edith Heard pour les progrès récents à ce sujet-)
S'opposer à un champ morphogénétique -en particulier au tourbillon crisique fondamental- est possible (par exemple on peut stopper l'embryogénèse en tuant l'embryon) comme s'opposer au champ gravitationnel est possible (par exemple on peut stopper la chute d'une pomme). Mais dans tous les cas il y a un coût qui se manifeste par un désordre de l'équilibre du monde, par un désordre de son harmonie.
L'hyper-individualisme et l'hyper-capitalisme de notre contre-civilisation moribonde ont créé un déséquilibre entre individualisme et collectivisme, déséquilibre qui a perturbé l'ordre et l'harmonie du monde. Ordre, harmonie et équilibre qu'il appartiendra à la civilisation à venir de rétablir. Il est très probable qu'au niveau civilisationnel l'intensité des champs morphogénétiques en jeu soit considérable, et que, par conséquent, l'intervention humaine pour tenter de canaliser (ou simplement infléchir) ces champs soit complètement illusoire (que ces humains se nomment César ou Alexandre…).
Il faut noter que de nombreuses civilisations (souvent qualifiées de primitives) ont été très sensibles à ce problème de l'équilibre, toute prédation devant être, réellement ou symboliquement, compensée par une contre-prédation (loi du talion), tout don de la "nature" devant être compensé par un contre-don (sacrifices, offrandes aux dieux…). L'anthropologue Claude Lévi-Strauss a consacré une grande partie de son oeuvre à ce problème et sa célèbre formule canonique du mythe (de formulation quasi-mathématique) a vivement intéressé (voire fasciné) certains thomiens (Jean Petitot) et certains anthropologues (Lucien Scubla) qui ont tenté une explication à l'aide de la catastrophe de double fronce.
C'est peut-être à cette catastrophe (de codimension 7, ce qui est énorme) que Thom a pensé lorsqu'il écrit au psychopathologue Benoît Virole: "La typologie des catastrophes élémentaires peut être utile au début, mais il ne faudrait pas s'y attacher rigidement. Après tout l'échange don/contre-don est socialement assez fondamental, mais il n'existe aucune singularité de codimension <4 qui le réalise…" http://virole.pagesperso-orange.fr/cata.htm
Peut-être ces lignes inspireront-elles l'écononiste nobélisé Jean Tirole? (cela m'étonnerait fort). Dominique Temple (élève de Marcel Mauss?) montre, à mon avis correctement, la difficulté du problème à résoudre: https://www.pauljorion.com/blog/page/2/?s=dominique+temple
David Cayla
18/11/2017
D'un côté nous avons un mouvement de résistance qui s'est construit et structuré en réaction à l'occupation israélienne, qui n'a jamais eu l'occasion de déposer les armes étant toujours en résistance, et dont on comprend mal pourquoi il devrait "vivre au grand jour" (pour offrir aux Israéliens une occasion inespérée de liquider l'ensemble de la résistance libanaise d'un seul coup d'un seul ?), et dont on comprend mal également pourquoi il devrait "officialiser sa position" plutôt que de se "cacher derrière un état fantoche qui lui offre un bouclier institutionnel face aux agressions israéliennes" (on a vu le peu de cas que les Israéliens ont pu faire dudit bouclier lorsqu'ils ont tenté leur chance en 2006, et peut-être que ce sont les membres de la "coalition contre Daesh" - et non le Hezbollah ! - qui considèrent l'état libanais comme un état fantoche en l'empêchant d'avoir une armée dotée d'équipements lourds et d'une défense anti-aérienne ?),
Et de l'autre nous avons une créature hollywoodienne qui entendait dès sa création ex-nihilo se parer de tous les attributs d'une structure étatique officielle, qui a prétendu être porté par la seule foi de pieux résistants à l'oppression alléguée des chiites, une foi qui lui a permis si pas de soulever des montagnes, du moins de se tailler un califat en un temps record, bardée d'une administration d'une efficacité comparable à celle des services d'occupation qui ont administré l'Irak après la chute de Saddam Hussein, cela tout s'emparant littéralement de montagnes d'armements qui se trouvaient opportunément à portée de main.
D'un côté, donc, nous avons non pas tant le seul Hezbollah qu'une résistance associant Russes, Iraniens, Irakiens, Syriens, Libanais,... qui ne dissimulent aucunement leur implication dans les combats qu'ils ont mené, de l'autre nous avons un artefact de communication fait pour dissimuler une très vaste et très coûteuse entreprise de mercenariat.
Après, que dire du concept assez fumeux de "G4G" ? Qu'il dissimule surtout des sommets d'hypocrisie ? Que, si les pays de l'OTAN et leurs alliés du Golfe persique n'avaient pas craint d'affronter la chasse et la défense anti-aérienne syriennes, ils n'auraient pas manqué de bombarder le pays comme ils l'ont fait pour la Libye (qui est parvenu à résister durant six longs mois, sans la moindre défense anti-aérienne et sans la moindre force aérienne), veto russe ou pas ? Que peu enthousiastes à l'idée d'un affrontement direct avec une armée pugnace et bien équipée, ils se sont livrés à une guerre d'usure, secrète, à grands renforts d'anciens des forces spéciales ? Que les "rebelles" ont toujours manifesté une étonnante propension à cibler les radars et autres sites de la défense anti-aérienne ?
Que le repli ordonné des forces syriennes vers les centres urbains a "obligé" leurs adversaires à monter des opérations de toujours plus grande envergure, jusqu'à envoyer des dizaines de milliers d'hommes soutenus par de l'artillerie et des blindés pour tâcher de prendre le contrôle de centres urbains comme Idleb en 2015 ? Que l'échec de ces opérations menées sans soutien aérien les avait finalement poussés à accepter le lancement d'une campagne aérienne en se disant que l'armée syrienne devait être alors suffisamment affaiblie pour que le risque soit perçu comme acceptable, mais que l'intervention russe leur a coupé l'herbe sous le pied ? Que toute la suite du conflit syrien a été marquée par un renforcement discret mais continu et toujours résolu des moyens anti-aériens déployés par les Russes, en incluant la remise à niveau de l'ensemble des moyens de l'armée syrienne, et que chaque épisode "crisique" a été marqué par le dévoilement de moyens supplémentaires déjà déployés sur zone par les Russes, étouffant à chaque fois toute velléité d'intervention aérienne ?
Et que aujourd'hui, finalement, l'alliance des Russes, des Syriens, des Iraniens, des Libanais, des Irakiens,... (et des Turcs ?) est seule maîtresse du terrain, aussi bien au sol que dans les airs avec ses moyens d'interdiction aérienne, que la Russie a largement prouvé sa capacité à apporter un appui-feu naval depuis la Mer Caspienne/Noire/Méditerranée (voire la Volga…) ou avec sa flotte de bombardiers stratégiques, et que leurs adversaires de la "coalition internationale" se retrouvent aujourd'hui dans une situation infiniment pire que celle qui prévalait en 2011, quand au vu des rapports de force d’alors, ils auraient pu l'emporter pour peu qu'ils aient accepté d'en payer le prix ?
Pour conclure, je dirais que les soutiens de Daesh se sont déstructurés tout en poussant ceux qui leur résistaient à se structurer toujours davantage, et qu'à cette aune, il est osé de mettre le Hezbollah et ses alliés et "Daesh" et ses parrains sur un même pied d'égalité.
jc
18/11/2017
C'est le lien à "l'éternel présent" dans "Le nucléaire: l'impasse Trump", lien qui renvoie à l'article "Du big Now à l'éternel présent", qui m'incite à prolonger mon précédent commentaire.
A titre purement spéculatif j'associe à l'éternel présent, l'Aïon des anciens grecs, le temps de la puissance aristotélicienne (rien à voir avec l'idéal de puissance): les événements sont là sans être là, ils sont là en puissance, en stand by. Et j'associe le temps de l'acte au Chronos des anciens grecs. (Puissance et acte étant pris au sens aristotélicien). Poussés dans leurs ultimes retranchements on a d'une part le temps éternel de la puissance pure, l'Aïon pur, avec un événement en puissance infiniment dilué, et d'autre part le temps instantané de l'acte pur, de l'événement acté en l'instant, en le big Now* du Chronos pur. Le passage de la puissance à l'acte se fait alors par contraction de l'Aïon sur le Chronos, d'un événement en puissance étalé sur toute la droite en un événement en acte concentré en un point. Toujours à titre éminemment spéculatif cette contraction me fait penser à la transformation de Fourier qui transforme la fonction constamment égale à 1 (l'événement élémentaire étalé en puissance sur toute la droite réelle) en la "fonction delta de Dirac" (l'événement élémentaire concentré en acte à l'origine). (Dans "Structure et fonction en biologie aristotélicienne" Thom associe cette contraction du temps à la contraction du muscle qui fait passer le bras de sa position au repos, en puissance (Aïon), à sa position fléchie, "au travail",en acte (Chronos))
Je retranscris ici un fragment de l'épilogue de "Stabilité structurelle et morphogénèse" qui m'a frappé récemment (je l'avais sans doute lu auparavant sans que cela me frappe):
"Dans le domaine des sciences humaines, il m'est difficile de me rendre compte si ma tentative présente quelque intérêt; mais en écrivant ces pages j'ai acquis une conviction: au coeur même du patrimoine génétique de notre espèce, au fond insaisissable du logos héraclitéen de notre âme, des structures simulatrices de TOUTES les forces naturelles AGISSENT, ou EN ATTENTE, sont prêtes à se déployer quand ce deviendra nécessaire." (C'est moi qui majuscule)
Puissance et acte, Aïon et Chronos.
("TOUTES…prêtes à se déployer quand ce deviendra nécessaire": une raison d'espérer?)
* Au moins depuis l'introduction de la théorie des ensembles dans l'enseignement des mathématiques (merci Bourbaki) nous (les scientifiques, au moins français) sommes formatés à voir le temps comme une succession d'instants, une succession de Now (pas tous big!). Même si ces instants sont infiniment proches les uns des autres (complétion des rationnels à la Dedekind ou à la Cauchy) cela ne fait pas de la droite réelle un continu, et cela ne permet pas de résoudre les paradoxes de Zénon (cf. "Les principes du calcul infinitésimal" de Guénon), et donc pas de penser le mouvement et le changement, pas de penser l'Histoire. Penser l'Histoire nécessite, selon moi, de penser le continu: aussi je classe Philippe Grasset parmi les penseurs du continu, même si l'intéressé n'en a pas conscience…
Thom: "Où se trouve le réel, l'univers concret où nous vivons? La réponse est simple: le monde réel se trouve immergé dans cet abîme, qui sépare le vrai continu, celui que nous donne l'intuition immédiate du temps, du faux continu pseudo-numérique que nous fabriquent les Logiciens et autres théoriciens des fondations de la Mathématique."
————————————————
Peut-être plus intéressant (et moins spéculatif) est l'instant du basculement, le Kairos des anciens grecs, distinct selon moi du début de passage à l'acte, du big Now. Je le vois comme l'instant de la prise de conscience d'un basculement décisif. Dans le lacet de prédation chat-souris c'est l'instant -postérieur au big Now, début de la poursuite de la souris en vue de sa capture (effet Libet)- où le chat prend conscience qu'il est redevenu un prédateur alors que (basculement) il s'identifiait jusque là à une souris virtuelle. Ce basculement est qualifié par Thom de catastrophe de conflit, réglé par la "convention de Maxwell", catastrophe intelligente, (alors que la catastrophe de bifurcation, catastrophe obtuse, est réglée par la convention de délai parfait): la perception de ce basculement (et en particulier de l'instant du basculement, du Kairos) exige en effet une intelligence globale du processus en cours (le cycle de prédation). Pour Thom cette intelligence globale nécessite la présence chez l'humain (et seulement lui?) d'un organe intelligent: un analyseur de fréquence, une sorte d'organe de Corti.
La perception du moment de la prise de conscience, du Kairos, a peut-être (sans doute?) peu d'importance dans le cas de prédation où l'homme se comporte peu différemment de l'animal (mais exige cependant une sensibilité "globale" que n'a peut-être pas l'animal). Ce n'est pas le cas dans le conflit circadien réel/imaginaire auquel l'humain est confronté tous les jours, ni dans le cas de conflits sociaux qui nécessitent de plus longues périodes (parfois beaucoup plus longues dans le cas de conflits civilisationnels) pour se réguler.
Georges Dubuis
17/11/2017
Il était une foi un quiproquo vécu par procuration. En France profonde, une nommée Kadijha en 2001 dansait de joie après que les tours de NYork fussent descendues par son équipe. Son mari , un enseignant philosophe anarchiste lui cassa la gueule. Elle se réfugia chez nous en disant qu'il était soûl, sans mentionner les tours….. que j'appris plus tard. Elle est sous médocs depuis, toujours dans l'enseignement et ce sont des agitateurs de NO BORDER…. leurs 2 enfants à prénom arabes ont tous les 2 la rage d'être entre 2 mondes. La rencontrant chez un maraicher dans la campagne , 15 ans plus tard, en 2016, je lui ai spontanément crié, allah ouakbar, les enfants m'ont jeté des pierres et le père a porté plainte…. recevable, avec GAVue, puis un avertissement du tribunal de police pour racisme !!!!!!
jc
17/11/2017
Je tente une réponse à ma propre question.
Si l'on accepte, suivant Thom, que c'est l'opposition continu/discret (alias unité/diversité) qui domine la pensée alors l'aporie fondatrice de l'Histoire ne peut être que l'opposition permanence (unité dans le temps)/changement (diversité dans le temps).
Si Thom n'a pas formulé d'aporie fondatrice pour l'histoire c'est sans doute parce qu'il y a un "loup" quelque part dans ce qui précède. Je ne vois pas où.
jc
17/11/2017
D'après ce que j'en ai compris, c'est l'effet Janus de la communication-Système qui, selon PhG, engendre et attise le tourbillon crisique.
Pour Thom le conflit entre deux actants se régule "idéalement" par un "à chacun son tour". L'exemple fondamental qu'il donne est celui de la prédation qu'il associe à la catastrophe "fronce". Dans son modèle il y a un cycle pendant lequel le prédateur (un chat par exemple) s'identifie d'abord à sa proie, une souris virtuelle (il désire les souris plus que lui-même), avant de redevenir prédateur réel (lui d'abord!) après avoir aperçu une souris réelle. Après capture, ingestion et digestion il s'identifie de nouveau à une souris virtuelle et le cycle recommence. Pendant ce cycle il y a, selon ce modèle, deux phases pendant lesquelles prédateur et proie virtuels coïncident: deux phases de bimodalité, alias deux "effets Janus". Thom utilise ce modèle pour expliquer comment, selon lui, se régule "idéalement" le conflit "Réel/Imaginaire", le cycle circadien faisant apparaître deux phases "Janus" pendant lesquelles "Réel" et "Imaginaire" coïncident: phases symboliques où le symbole prend son sens étymologique (phases qui sont d'ailleurs toujours un peu -parfois beaucoup!- diaboliques, toujours au sens étymologique).
Pour Thom (je crois!) on est (idéalement) "individualiste" pendant la phase consciente, (on est prédateur virtuel de son environnement -prédateur réel au moins pendant les repas…-) et (toujours idéalement) "collectiviste" pendant la phase inconsciente, (où l'on s'identifie au reste du monde, à son environnement). Cf. http://www.dedefensa.org/article/dialogues-22-de-langoisse-du-monde
Le collectivisme et l'individualisme ont été testés spatialement au XXème siècle, l'Europe de l'Ouest bénéficiant alors d'une sorte d'effet Janus spatial, à la fois collectiviste et individualiste, jusqu'à l'effondrement de l'URSS. Les gouvernements individualistes (GB, USA, etc.) ont alors crié victoire. Mais selon le modèle thomien c'est plutôt d'une alternance temporelle (et non spatiale) individualisme/collectivisme qu'il faudrait au monde. Or le Système, par la voix de Margaret Thatcher, nous dit qu'il n'y a pas d'alternance possible et, qui plus est, qu'il n'y a pas de société ("There's no such thing as society. There are individual men and women and there are families")...
On pense et on agit comme on est. Modèle darwinien ou modèle thomien? Qui sommes-nous?
PhG insiste beaucoup sur la déficience de la raison humaine et, en lieu et place, invoque l'intuition haute, voire la raison divine. Thom propose plus prosaïquement de géométriser la pensée pour pallier cette déficience. Car c'est le vénérable principe d'identité de Parménide ("Ce qui est est, ce qui n'est pas n'est pas") qui est mis à mal (par PhG et) par Thom avec son modèle géométrique du lacet de prédation. Thom qui remarque que "La possibilité pour un sujet d'accepter comme prédicat simultanément deux contraires impose en fait son caractère étendu. Là se trouve, en dernière analyse, la réponse d'Aristote à Parménide. Une proposition comme "X est -simultanément- à la fois A et non A n'est pas contradictoire, elle impose seulement le caractère étendu de X. (Toutefois cette extension n'est pas seulement l'expression temporelle du devenir, ni nécessairement l'extension spatiale de la matière "locale" (ulè topikè).) ", et qui enfonce le clou lors de l'une de ses rares "professions de foi platonicienne": "Dans cette confiance en l'existence d'un univers idéal le mathématicien ne s'inquiétera pas outre mesure des limites des procédés formels, il pourra oublier les problèmes de la non-contradiction. Car le monde des Idées excède infiniment nos possibilités opératoires." (pour un matheux -qualificatif que Thom, médaille Fields quand même, a toujours refusé- il faut oser!)
Bien que le lacet de prédation semble être le plus élémentaire des tourbillons crisiques, je ne pense pas* que celui que PhG a en vue pour la GCES soit le lacet de prédation associé à la catastrophe "fronce" pour le conflit entre le Système et, disons, l'anti-Système. Je crois plutôt que le Système est en permanence face à lui-même et à lui seul, que l'ultra-capitalisme prédateur est en permanence sa propre proie; il n'y a pas d'alternance, il y a au contraire inspiration permanente sans expiration (métaphore pulmonaire), tension permanente sans relâchement, systole permanente sans diastole (métaphore cardiaque), éveil permanent sans sommeil. Aucun être vivant ne peut résister longtemps à ça.
PhG: "de même y a-t-il “la dynamique crisique parvenue au stade du tourbillon crisique qui dévore le Système comme s’il [le Système] était sa principale production"."
——————————-
PhG: "» Notre idée intuitive est celle-ci : quand le volume et la densité du Temps-crisique (en état de compression) qu’accueille et entretient le “tourbillon crisique” dépassera le volume et la densité du temps-Système, le basculement se fera effectivement, et avec lui l’effondrement. Nous parlons d’un processus extrêmement rapide et puissant (l'Histoire en pleine accélération), en train de se faire, en train d’arriver à son terme."
Wikipédia: "Janus est le dieu romain des commencements et des fins, des choix, du passage et des portes".
Janus est souvent représenté "bifrons", fronts opposés, l'un des fronts, conservateur, regardant vers le passé, l'autre, progressiste, vers l'avenir. Il me semble que cette représentation symbolise assez bien le lacet de prédation thomien, mais que la symbolique serait plus forte si les deux actants étaient face à face, les yeux dans les yeux, le progressiste regardant l'avenir par delà les yeux du conservateur et le conservateur regardant le passé par delà les yeux du progressiste.
Il y a en effet peut-être plus qu'une contraction du temps-aïon (le temps atemporel de l'éternité, vide d'événements) en temps-chronos (le temps de l'action, porteur d'événements catastrophiques), comme le suggère PhG, mais, toujours peut-être, carrément une inversion sinon du temps, du moins de la perception qu'on en a. C'est ce que (me) suggère la "petite phrase" du lamarckien Thom dans son article "Structure et fonction en biologie aristotélicienne": "Toute fonction apparaît alors comme un pli des temps sur l'espace-temps". Suggestion confortée d'une part par les expériences de Benjamin Libet (on prend conscience du déclenchement de l'acte de prédation d'une forme prégnante après ce déclenchement) et par des considérations venant de la Mécanique quantique (Thom: "on pourra donner pour le caractère "déclenchant" de la forme prégnante un modèle inspiré de l'effet tunnel bien connu en Mécanique quantique.").
En voilà assez pour aujourd'hui. Pour moi, plus que jamais, Philippe Grasset et René Thom défrichent, chacun à leur manière -si différente-, un même nouveau monde dont je sens confusément, tel Rantanplan, et espère qu'il pourrait être celui de demain.
* Je pense plutôt à l'une des catastrophes généralisées répertoriées par Thom dans "Stabilité structurelle et morphogénèse".
Nicolas
16/11/2017
cet article me remémore cette vieille blague :
Believe it or not…this is the transcript of an actual radio conversation between a US naval ship and Canadian authorities off the coast of Newfoundland in October 1995. The Radio conversation was released by the Chief of Naval Operations on Oct. 10, 1995.
US Ship: Please divert your course 0.5 degrees to the south to avoid a collision.
CND reply: Recommend you divert your course 15 degrees to the South to avoid a collision.
US Ship: This is the Captain of a US Navy Ship. I say again, divert your course.
CND reply: No. I say again, you divert YOUR course!
US Ship: THIS IS THE AIRCRAFT CARRIER USS CORAL SEA*, WE ARE A LARGE WARSHIP OF THE US NAVY. DIVERT YOUR COURSE NOW!!
CND reply: This is a lighthouse. Your call.
le plus effarant, c'est qu'en cherchant cette blague sur le net, j'ai vu que l'US navy avait jugé nécessaire de faire un démenti officel sur son site, avec un argument imparable : le nom du bateau cité dans la blague ne navigait plus au moment où la blague circulait, c'est donc bien que c'est une fake news.
http://www.navy.mil/navydata/nav_legacy.asp?id=174
Bertrand Le Roy
15/11/2017
mmh.. les nord-américains savent très bien ce qu'ils font, non?
qu'est-ce qu'ils ont fait en Libye? en Afghanistan? en Iraq?
ils ont détruit ces pays. maintenant, dans quelle intention?
*je ne sais* :)
ce n'est qu'une hypothèse (pas pour l'auteur?), basée sur le document du sieur Thomas P. M. Barnett qui partage le monde entre la zone 'Empire Romain' et 'régions barbares'..
http://www.voltairenet.org/article197445.html
http://www.voltairenet.org/article197539.html
Pour poster un commentaire, vous devez vous identifier