Western du-Temps : L’Iran et la Bombe

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Western du-Temps : L’Iran et la Bombe

• Dans ce texte un peu disparate et parfaitement illustratif de notre temps jusqu’à dire que nous sommes déjà dans l’éternité de la bêtise humaine, nous nous attachons au sujet de l’arme nucléaire de l’Iran. • La grande nouvelle est que des précisions sérieuses disent que l’Iran a d’ores et déjà la bombe, dont elle est prête à faire une démonstration expérimentale pour qu’on le sache. • La même nouvelle dit que Trump y verrait l’occasion de clore le dossier en mettant  ce « putain de dingue» de Netanyahou devant ses responsabilités. • Quoi qu’il en soit, on continue à parler de cette possibilité d’une bombe iranienne. • En attendant, nous pensons qu’il serait bienvenu de remettre à l’ordre de la  mémoire un texte essentiellement de 2007, avec la “gaffe” de Chirac-le-magnifique disant qu’après tout, “un Iran nucléaire, pourquoi pas ?”.

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4  juin 2026 (15h30) – Depuis quelques jours, on parle d’une supposée bombe nucléaire dont disposerait finalement l’Iran. On savait depuis longtemps que l’Iran était très proche d’en disposer. L’explication iranienne était simple et n’a jamais varié : le Guide Suprême Ayatollah Khameini estimait, dans son interprétation du Coran, qu’il était contraire aux exigences de la religion de fabriquer une telle arme de destruction massive.

Maus l’ayatollah a été tué le premier jour de la “guerre”, fin février, grâce à la maestria de la “frappe de décapitation” amérisraélienne.  Cette capacité fait la gloire de nos forces armées civilisatrices, mais le triste détail est dans ce cas qu’ainsi fut emportée la dernière digue qui interdisait à l’Iran, de sa propre autorité, de fabriquer l’arme ; et le successeur du Guide, son fils et également Ayatollah Khameini, réputé plus radical, pourrait devoir sembler beaucoup plus incliné à autoriser, sinon à recommander la production de la bombe dans certaines circonstances. La manœuvre amérisraélienne est à cet égard superbe et égale à elle-même dans son infinie bêtise, puisqu’il est et fut difficile de faire pire.

Pour cette raison, la Bombe et l’Iran redeviennent d’actualité. L’on en reparle, dès le tout début de ce mois.

« Quelques heures avant que deux responsables américains et une troisième source informée de la conversation ne révèlent à Axios que Trump avait qualifié Netanyahou de “putain de dingue”, le haut commandant militaire iranien, le général de brigade Mohammad Jafar Asadi, avait lancé un avertissement : « Nous l’avons dit à maintes reprises, nous n’avons pas encore dévoilé tous nos atouts, et nous en utiliserons beaucoup si nécessaire. » Cet avertissement menaçant était accompagné d’un rapport de renseignement transmis à plusieurs experts occidentaux [dont Larry Johnson], qui documentait gravement la situation, [en affirmant que l’Iran avait bien la Bombe]. »

Larry Johnson, effectivement, écrivait ceci ce même jour, sur son site ‘Sonar21’, confirmant les allusions faites à sa position exprimée.

« Pepe Escobar et moi avons reçu jeudi dernier le rapport de renseignement suivant, produit par une source bien informée et ayant accès à l'information. Je ne reproduis pas l'intégralité du rapport, mais je souhaite souligner la question de savoir si l'Iran possède ou possédera bientôt l'arme nucléaire. Je tiens à préciser que je partage pleinement les évaluations antérieures des services de renseignement américains selon lesquelles l'Iran, jusqu'à présent, n'avait aucun intérêt à se doter de l'arme nucléaire.

» Cependant, il semble que l'attaque surprise du 28 février, qui a suivi la tentative avortée de révolution de couleur fin décembre 2025, ait joué un rôle déterminant dans l'évolution de la position de l'Iran sur ce sujet. »

Larry Johnson s’explique

Ce 4 juin, Larry Johnson revient sur le sujet et s’en explique plus précisément. En même temps, il donne des précisions politiques, notamment sur Trump qui proclamerait qu’on est prêt d’un accord de cessez-le-feu général,  — quasiment la paix, si vous voulez ! Notez, il y a bien Netanyahou, qui est certes un « putain de dingue », — mais dont on se demande si cela est suffisant.

Bien et comme d’habitude, — on verra. Pour l’instant, il s’agit de nucléaire iranien, et, tout de même, ce n’est pas sans intérêt. Le texte de Johnson est donc de ce 4 juin...

« ... Trump croit que l’Iran a la Bombe

« Non, je n'ai pas eu accès aux renseignements d'origine électromagnétique de la NSA, mais j'ai la confirmation que l'appel téléphonique de la semaine dernière entre le président iranien Pezeshkian et le Premier ministre pakistanais Shariff a eu lieu sur une ligne non sécurisée. Selon des sources fiables, les Iraniens et les Pakistanais l'ont fait délibérément, comptant sur une écoute américaine et israélienne. Voici l'élément clé de la conversation entre Pezeshkian et Shariff :

Le président Massoud Pezeshkian a communiqué un ultimatum stratégique formel en trois points si les frappes américaines se poursuivaient :

1. Retrait immédiat des négociations de paix nucléaires en cours.
2. Abandon total du cadre du traité nucléaire envisagé.
3. La détonation d'un engin nucléaire sur le sol iranien – non pas comme une arme de guerre, mais comme une démonstration incontestable de souveraineté et de maîtrise absolue de l'escalade
.

Lorsque Marco Rubio a été contacté une heure plus tard par le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, et a reçu le même message, la Maison Blanche a su que l'information était légitime. Si les services de renseignement américains ne peuvent probablement pas confirmer que l'Iran possède effectivement l'arme nucléaire opérationnelle, les Pakistanais en sont convaincus. La conversation interceptée entre Pezeshkian et Shariff, suivie de celle de Rubio avec Ishaq Dar, a persuadé Trump et ses conseillers que l'Iran ne proférait pas une menace en l'air.

On comprend maintenant le changement radical de la rhétorique de Trump envers l'Iran… Il a même minimisé l'incident de missile survenu la veille dans le golfe Persique, au cours duquel l'aéroport international du Koweït a été ravagé par un missile Patriot PAC3.

Pepe et moi avons essuyé de vives critiques de la part des sceptiques après avoir rapporté les allégations pakistanaises selon lesquelles l'Iran menaçait de faire exploser une bombe nucléaire sur son sol si les États-Unis poursuivaient leurs frappes et ne mettaient pas un terme aux attaques israéliennes contre Beyrouth. Mais ce n'est pas nous qui avons à ravaler nos paroles ni à nous rhabiller. Robert Barnes, ancien avocat de Trump, a déclaré mercredi lors d'un podcast avec Mario Newfal avoir eu confirmation auprès d'une source proche de Trump à la Maison Blanche que nos informations étaient exactes.

Le Pakistan continue de jouer un rôle central dans les négociations entre Téhéran et Washington et souhaite amener Donald Trump à Islamabad pour une rencontre avec le président iranien Pezeshkian, au cours de laquelle un accord de paix mettant fin à la guerre avec l'Iran serait signé. Si cela se produit, Internet risque de s'enflammer. Le Pakistan n'agit pas seul… Il bénéficie du soutien total de la Chine et de la Russie, la Chine étant à la tête de ces négociations.

Le Pakistan doit encore surmonter certains obstacles s'il veut amener Trump et Pezeshkian à la table des négociations… Le principal étant Israël. Trump parviendra-t-il à contraindre Israël à se retirer du Liban ? Bien que la Maison Blanche ait annoncé aujourd'hui en grande pompe la conclusion d'un accord de paix entre le Liban et Israël, les détails divulgués sont inacceptables pour le Hezbollah. Ce dernier continuera de bombarder le nord d'Israël tant que Tsahal ne se sera pas retirée du sud du Liban. L'accord libano-israélien stipulerait que le Hezbollah ne peut avoir aucune force au sud du fleuve Litani… Comme je l'ai écrit plus haut, c'est un point inacceptable et un obstacle insurmontable pour le Hezbollah.

Si la situation au Liban se stabilise, il est fort probable que Trump puisse conclure un accord avec l'Iran qui éliminerait la menace d'une utilisation de l'arme nucléaire par ce pays. Mais un tel accord devra être contraignant, notamment en étant ratifié par le Congrès américain et assorti de garanties de sécurité de la part de la Russie et de la Chine. Nous entendrons sans doute d'autres déclarations optimistes de Trump dans les prochains jours concernant un accord imminent. N'oublions pas qu'il reste encore des questions techniques très complexes à résoudre.

“Mario” m'a de nouveau contacté pour discuter de la réaction de l'administration Trump face à la menace iranienne de procéder à un essai nucléaire. »

Ah, si Chirac avait su...

Tout cela nous a rappelé une bien vieille affaire, de près de vingt ans, une interview de Jacques Chirac, dans ses derniers jours de présidence, alors que les jeunes et vifs futurs présidents français, pleins de fougue et d’idées  nouvelles pour notre bonheur, commençaient à se lasser des excentricités du vieux gâteux devenu complètement dingue... Pourtant, Chirac avait parlé et il n’y avait pas été avec le dos de la cuillère ! Tout de même, quand on voit les avortons à la langue de plomb et au cul bardé de corruption grossière qui ont suivi, on a la cœur soulevé d’un hoquet qui a peine à dissimuler quelques regrets du typer-nostalgie...

En 2019, nous avions déjà mis en ligne un texte général qui reprenait nombre d’éléments et textes de l’époque cette affaire de l’Iran-nucléaire de 2007. On fait remarquer combien l’attitude publique d’alors, pourtant déjà corsetée à mort pour ce qui concerne la franchise, le courage, la chasse au conformisme, l’emprisonnement des esprits devenus si débiles depuis vingt ans, — combien tout cela a changé depuis, dans le sens du pire en pire jusqu’à nous, en 2026 !

Enfin, rajeunissez-vous... avec ce texte venu des catacombes du 1er octobre 2019

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Notes sur Chirac, l’Iran et “sa” Bombe

1eroctobre 2019 – Si l’on a beaucoup parlé des positions de Chirac sur la guerre en Irak (“Chirac & l’Irak”), avec de grandes satisfactions et envolées sur l’indépendance de la politique française à cet égard, d’ailleurs amplement justifiées ; par contre, on a dit peu dit sinon rien, – du moins, pour ce que nous avons lu et entendu, – à propos d’un autre problème beaucoup plus brûlant aujourd’hui, qui est “Chirac & l’Iran”, notamment sur la question-réponse qu’il nous a légués, qui paraitrait incroyable aujourd’hui jusqu’à paraître un sacrilège bordant la trahison et l’infamie : “l’Iran doit-il avoir la bombe nucléaire ?” et y répondant : “Oui bien sûr, pourquoi non ?”

Ce rapide résumé d’une question plus encore à la fois étouffée et polémique, et étouffée parce que polémique, explique le silence assez assourdissant qui a entouré cet aspect de la conception politique de Chirac, durant les célébrations de ses funérailles où les enthousiasmes très-conformes n’ont pourtant pas manqué.

En 2003 et alentour, les principaux pays européens (Allemagne, France & Belgique), mais surtout Schroeder et Chirac très fortement soutenus par un Poutine qui s’entendait parfaitement avec les deux hommes, avaient une politique iranienne de pacification extrêmement audacieuse. (Voir notamment le 22 octobre 2003, puis le 5 décembre 2007 quand on rappela cette affaire de 2003 que les USA firent bien entendu échouer avec l’aide de Blair, trahissant conformément au spasme pavlovien des dirigeants britanniques.)

Malgré une politique du Quai d’Orsay de plus en plus influencée par la faction neocon du Quai, Chirac, à cette époque considéré comme diminué, n’en restait pas moins accroché à cette idée d’une entente avec l’Iran. Dans ses derniers mois de pouvoir, il agit en franc-tireur et laissa libre cours à ses conceptions profondes. C’est dans cette atmosphère et dans cette psychologie du président déclinant qu’il faut placer son intervention tonitruante qui avait tout du bon sens, et la possibilité potentielle de boucler enfin cette crise iranienne en comprenant parfaitement la justesse de la politique de l’Iran. D’où son intervention explosive qu’il fit, fin janvier 2007, à quelques mois de la fin de son mandat, lorsqu’il n’avait plus rien à perdre, et qu’il confia ses conceptions iconoclastes sur l’Iran et la Bombe à des journalistes US du New York Times et de l’International Herald Tribune. Il y eut un grand mais bref tintamarre … On s’empressa d’étouffer benoîtement l’affaire en s’inquiétant de la fatigue mentale du président français tant les déclarations de Chirac soulignaient par contraste la brutalité aveugle et la pure stupidité de la politique voulue par les USA. 

Chirac se plaçait du point de vue fondamental de la dissuasion nucléaire. Il énonçait droitement le tabou que tout le monde s’employait à ignorer : que la puissance nucléaire écrasante d’Israël (autour de 200-300 bombes) protégeait complètement d’un éventuel Iran nucléaire, tandis que cet Iran devenu nucléaire établirait justement cet équilibre pacificateur de la dissuasion.

« Le danger n'est pas dans la bombe [que l’Iran va avoir], et qui ne lui servira à rien [sinon à établir un équilibre]... Il va l'envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n'aura pas fait 200 mètres dans l'atmosphère que Téhéran sera rasée. »

Nous publions ci-dessous deux textes publiés à l’époque des confidences de Chirac (2 février 2007 et 5 février 2007, avec un complément de confirmation, non repris dans ce qui suit, du 13 février 2007.). L’affaire fut enterrée rapidement ensuite par la communication de propagande habituelle, notamment en déformant certaines déclarations du président iranien Ahmadinejad pour le faire passer comme un fou irrationnel voulant une bombe pour anéantir Israël sans s’attarder une seconde aux conséquences pour l’Iran d’une telle folie transformée en simulacre de l’irrationalité criminelle et bien entendu nazie prêtée à tout dirigeant ne faisant pas partie de la sublime clique des suprémacistes anglo-saxons.

... Il n’empêche que cette idée d’un Iran avec la Bombe n’était pas tant un anathème que cela, ni un tabou indicible réservé aux présidents quasiment gâteux. On en veut pour preuve une occasion, quelques mois après la sortie de Chirac, où deux hommes, l’ancien général US commandant CENTCOM Abizaid et le ministre des AE français de la nouvelle présidence Sarkozy, Bernard Kouchner, discutèrent chacun de leur côté de ce sujet sans connaître de malaise : voir le 20 septembre 2007 et le 23 septembre 2007où Abizaid admet clairement la possibilité de “vivre avec un Iran nucléaire”.

Note-PhGBis: «Les deux textes sur Chirac ont été réunis en un seul, avec des emplacements différents pour certaines parties, de façon à donner une nouvelle cohérence à l’ensemble. On doit donc lire ce qui suit en comprenant bien que cela fut écrit en 2007, dans un contexte complètement différent de celui d’aujourd’hui, – ne serait-ce que celui d’un Chirac toujours président. Au moins, ce que l’ensemble nous dit de Chirac reste par contre une vérité-de-situation indiscutable. Il y est question également et largement du conformisme devenu depuis narrative, simulacre, déterminisme-narrativiste, etc., dominés par un Politiquement-Correct qui est la marque de fabrique de notre liberté-chérie. A cette époque, les consignes du Système étaient déjà clairement et largement affichées. »

Notre sensation, étayée sur rien d’autre que sur une éventuelle conviction, nous suggère que l’extrême tiédeurà la limite de la politesse ou de la grossièreté c’est selon, de l’attitude US vis-à-vis du défunt Chirac, tient plus à ses positions sur l’Iran qu’à son opposition à la guerre en Irak, bien que les deux entrent en ligne de règlement de compte. 

L'Iran, Chirac et le conformisme

Le cas Chirac est un “cas”. Jusqu’au bout, l’homme devenu personnage ou vice-versa demeurera un mystère par rapport à ce qu’il semble paraître, par rapport à son époque… Est-il vide de sens, machiavélique, confus, corrompu, voire gâteux désormais, – ou bien, est-il un peu comme l’idiot du village des anciens temps et nous dit-il parfois des vérités révélatrices sans avoir l’air d’y toucher et sans avoir l’air de le réaliser ?

Le problème est que nous posons ces questions et que nous n’avons pas de réponses. Le problème est que nous n’avons pas d’avis ni d’information sur les circonstances de l’interview faite et refaite, puis largement commentée, du président français sur l’Iran. Le problème est que la “gaffe” de Chirac nous dit des choses qui sont moins éloignées de la sagesse que l’argument “boum, boum, boum !” des  généraux  de l’USAF, recyclés GW-Cheney.

Nos lecteurs, qui sont bien informés, connaissent le dossier. En consultant les textes de base, ils verront qu’on n’a pas chômé, entre président et journalistes, — entre la première interview du 29 janvier 2007, la seconde du 30 janvier 2007, avec “clarifications” du côté de l’Élysée, tout cela avec le texte du 31 janvier 2007 de commentaire des journalistes américaines (New York Times et International Herald Tribune), Elaine Sciolino et Katrin Bennhold.

Poursuivant leurs investigations, nos lecteurs seront également au courant des réactions en France… Les références en la matière peuvent, par exemple, aller au Monde. D’abord parce que ce journal signale les réactions de divers “acteurs” de la vie politique française, — assez curieusement qualifiées, ou bien qualifiées de manière significative par les mots “étonnement et prudence”.

Ensuite parce que son éditorial (1erfévrier 2007) est un monument de conformisme et d’hypocrise comme-il-faut qui nous indique bien comment les esprits conformes doivent réagir. Il apparaît évident que, pour ce commentaire, le plus grand vice de l’intervention chiraquienne, — que le journal prend pour du comptant malgré les rectifications, ce qui est une indication, — est dans le fait qu’elle va “dérouter les partenaires de la France…” et qu’elle “contredit la ligne officielle de la diplomatie française…” ; qu’elle va faire une mauvaise réputation à la France, parce qu’elle ne suit pas la “ligne officielle” de la “communauté internationale” ; qu’elle va obliger éventuellement à confirmer cette “ligne officielle”, ce qui pourrait passer par le douloureux exercice de savoir ce qu’elle vaut ; et ainsi de suite.

Citation, pour confirmation:

« Jacques Chirac va encore, avec ses commentaires estimant qu'il n'est “pas tellement dangereux (que l'Iran ait) une bombe nucléaire, et peut-être une deuxième un peu plus tard”, dérouter les partenaires de la France sur la scène internationale. “Le danger n'est pas dans la bombe qu'il va avoir, et qui ne lui servira à rien’', a estimé le chef de l'État. “Il va l'envoyer où, cette bombe ? Sur Israël ? Elle n'aura pas fait 200 mètres dans l'atmosphère que Téhéran sera rasée.”
» Le propos, outre qu'il contredit la ligne officielle de la diplomatie française, incite à poser diverses questions…
 […]
» Ce second signal — l'idée que l'Iran va posséder l'arme nucléaire et que ce ne sera pas un danger immédiat — est un tournant plus radical encore, et qui intervient au mauvais moment. Lorsque la communauté internationale va se réunir à New York et de nouveau menacer l'Iran, on se demande quelle crédibilité la position de la France aura encore. »

Il y a également les réactions internationales. Parlons-en puisqu’elles ne sont pas inintéressantes. Il y a celle de l’âge du capitaine, qui ne rajoutera pas à la gloire du  Guardian, — l’argument de l’interrogation soupçonneuse sur la santé mentale pour toute personne émettant une opinion opposée à l’opinion conforme, ou “l’opposition comme maladie mentale”, création dans son institutionalité de l’Union Soviétique ; curieux argument d’ailleurs, les imbéciles, les gâteux et les vrais fous étant en général très prompts à embrasser les causes conformistes, mais en les habillant d’un vernis d’originalité par la conviction sans filets, la pompe de la fausse sagesse ou le bruit et la fureur. Au reste, la chute de l’argument fait se demander qui est le plus gâteux d’entre nous :

« Les propos du président français devant les journalistes ont suscité des interrogations quant à savoir si, à 74 ans et dans les derniers mois de son second — et probablement dernier — mandat, il perdait son sens politique, voire sa vigueur mentale. Certains se sont également demandés si M. Chirac n'avait pas simplement exprimé la crainte qu'un Iran doté de l'arme nucléaire soit une fatalité. »

D’autres réactions, tirées d’un florilège rassemblé par AP et reprises par l’International Herald Tribune, nous paraissent plus roboratives:

• De Jesus Nunez Villaverde, co-directeur de l’Institut des Etudes sur les Conflits et l’Action Humanitaire de Madrid :

« Ce serait formidable si davantage de personnes pouvaient penser ainsi et cesser de traiter l'Iran comme s'il était le seul pays proliférateur. […] Il connaît parfaitement les règles du jeu, et ces règles stipulent qu'il est important de posséder des armes nucléaires, mais pas de les utiliser. »

• De Alireza Nourizadeh, chef des recherches à l’Arab-Iranbian Studies de Londres :

«Chirac nous a offert un moment de franchise. Son commentaire reflétait fondamentalement ce que je crois être la position de la Grande-Bretagne, des États-Unis et d'une grande partie de l'Occident : si Israël est attaqué, il n'y aura aucune hésitation à riposter et à détruire l'Iran..»

Chirac a-t-il changé la donne?

Pour avoir les réactions de fond sur la “performance” de Chirac, une fois passés quelques jours qui est le délai-standard des plumes avisées tenons nous-en aux Anglo-Saxons, qui connaissent la musique.

• L’article du Financial Time du 2 février 2007  est un classique “pour rappel”. C’est l’habituel monument d’hypocrisie pateline, tenant pour acquise la responsabilité de la nature des choses dans ce qui est implicitement constaté comme une “sottise” monumentale, qui est l’affirmation chiraquienne qu’“on peut bien vivre avec un Iran nucléaire”, laquelle affirmation n’est d’ailleurs absolument pas pesée ni débattue. C’est de la belle ouvrage : le propos est à mettre au compte de son mauvais état de santé et de son âge, ce qui suppose qu’il est absurde ; alors on discute de son mauvais état de santé et de son âge, ce qui évite d’avoir à démontrer l’absurdité du propos.

De ce fait, certains passages sont surprenants. Un exemple est celui où Hubert Védrines est cité, et la présentation laisse ouvert le choix de savoir si Chirac a cédé à un dérangement mental ou au besoin (accidentel ?) de dire la vérité. Comme nous avons le choix entre l’une et l’autre explication pour la même démarche, il vient très vite à l’esprit que dire la vérité est aujourd’hui l’équivalent du dérangement mental. Voici le passage :

«Pourtant, la plupart des experts ont estimé que la gaffe de M. Chirac ressemblait moins à une aberration mentale qu'à un moment de sincérité spontanée. « Jacques Chirac a dit ce que disent de nombreux experts dans le monde, même aux États-Unis », a déclaré Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères..»

Bref, l’article dans la grande tradition de la prestigieuse presse anglo-saxonne, n’a qu’un seul but : démolir un homme dès lors qu’il est président français. C’est de bonne guerre mais cela nous en dit long sur ce canard de référence, plus que jamais “canard”. On ajoutera ce qu’il faut au jugement en précisant que certaines appréciations dans l’article renvoient à une inspiration, — ou disons une collaboration de l’équipe sarkozyste à Paris.

• La même intervention de Védrines est reprise par un article publié par l’International Herald Tribune, le 3 février 2007, qui présente des avis d’experts divers :

« Jacques Chirac a dit ce que de nombreux experts affirment à travers le monde, même aux États-Unis : un pays qui possède la bombe ne l’utilise pas et entre automatiquement dans le système de dissuasion, évitant ainsi de prendre des risques inconsidérés », a déclaré vendredi Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères de 1997 à 2002, sur la chaîne LCI.

[…] « On constate une prise de conscience croissante du fait que la communauté internationale échoue à empêcher l’Iran d’acquérir la capacité d’enrichir l’uranium », a déclaré Mark Fitzpatrick, chercheur principal à l’Institut international d’études stratégiques. « Le gouvernement américain ne l’accepterait pas, mais la situation devient un fait accompli. Peut-on empêcher la prochaine étape – l’arme nucléaire ? Chirac a éludé la question et est allé droit au but en déclarant : “Nous pouvons vivre avec un Iran doté de l’arme nucléaire.” »

D’une façon générale, cet article est très laudateur pour le président français. Il ne cherche plus précisément à distinguer ce qui a été dit d’abord, puis la “rectification”, mais amalgame les deux pour en faire un ensemble qui présente le cas d’une déclaration (celle de Chirac) venant préciser le problème iranien sous une lumière beaucoup plus mesurée, pragmatique, que l’anathème primaire qui sert de politique officielle.

« L'administration Bush rejette l'idée d'une bombe iranienne et a fait de sa neutralisation l'objectif d'une politique de plus en plus agressive. Cependant, en Europe, un consensus quasi unanime se dégage : la guerre menée par les États-Unis en Irak a été un échec total et la stratégie de Washington à l'égard de l'Iran pourrait aboutir à une confrontation militaire encore plus déstabilisatrice.

« C'est Chirac qui a mené l'opposition européenne à l'invasion de l'Irak et, dans un discours où il semblait dire : "Je vous l'avez bien dit !" le mois dernier, il a déclaré que ses prédictions, selon lesquelles la guerre engendrerait davantage de chaos, d'instabilité régionale et de terrorisme, s'étaient réalisées.

« Dans ses remarques de cette semaine, il aurait pu parler au nom de la majeure partie de l'Europe lorsqu'il a affirmé que ce qu'il a appelé "l'affaire irakienne" avait "repoussé les limites".

« Même au sein de l'administration Bush, certains responsables ont reconnu au cours de l'année écoulée que l'Iran pourrait à terme posséder l'arme nucléaire, ou du moins la technologie et les composants nécessaires pour en assembler une rapidement. » En dehors des cercles gouvernementaux, l'idée que le monde pourrait devoir coexister avec un Iran nucléaire a été exposée dans une étude réalisée en 2005 par deux chercheurs de l'Université de la Défense nationale, financée par le gouvernement américain.

« Les États-Unis peuvent-ils vivre avec un Iran doté de l'arme nucléaire ?» interrogeait le rapport. « Malgré sa rhétorique, il se pourrait qu'il n'y ait pas le choix.» Le rapport ajoutait que le coût du démantèlement du programme nucléaire de Téhéran « pourrait être supérieur au coût de la dissuasion et du confinement d'un Iran nucléaire ».

« En un sens, c'est précisément ce que Chirac cherchait à démontrer lorsqu'il a déclaré, dans des entretiens accordés à trois publications, dont l'International Herald Tribune, qu'une bombe ne serait guère bénéfique à l'Iran, car ce pays ne pourrait jamais l'utiliser sans s'exposer à des représailles immédiates.

« Il a également clairement indiqué que Téhéran ne devait pas être complètement humilié et isolé, mais encouragé à devenir un acteur régional positif.» « Comment pouvons-nous imposer des contraintes suffisamment fortes à l'Iran ?» a-t-il demandé lors de l'entretien de lundi. Qualifiant la République islamique de « quelque peu fragile », il a déclaré : « Il faut savoir ce que l’Iran peut supporter ou non. »

La sincérité et la psychologie

Rapprochons l’exercice de Chirac de celui de  Zbigniew Brzezinski. C’est dire qu’il n’est pas de notre intention, une fois de plus, de parler du fond du problème. Les arguments de Chirac et des experts sont évidents par contraste à la fausseté grossière et pesante de la position occidentale officielle.

Les arguments de la volonté de livrer une pensée plus conforme à la réalité, une pensée plus sincère, sont acceptables pour expliquer l’intervention de Chirac. Le constat est que les réactions ont été beaucoup plus diverses qu’on aurait pu craindre. Il y a eu beaucoup plus de réactions d’approbation qu’attendu et le torrent de réactions défavorables et ricanant a été maigrelet. Les officiels américains ont été particulièrement discrets comme si, en fait, la question abordée par Chirac ne concernait pas les USA.

(C’est un peu le cas d’ailleurs : les USA ayant décidé leur politique sur quelques principes intangibles, dont l’un est que l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire point final, toute discussion concernant ces principes est inutile. Il n’est même pas nécessaire de s’exclamer à propos de Chirac. On s’en tient aux mises au point officielles françaises selon lesquelles rien n’est changé dans la politique des Occidentaux et l’affaire est entendue. De ce côté, comme par bien d’autres aspects, l’administration GW est du type autiste.)

L’effet des déclarations de Chirac doit être évalué au niveau des psychologies, par rapport au conformisme de fer qui est généralement observé. Ces déclarations constituent une brèche considérable, non parce qu’elles apporteraient une nouveauté (l’article ci-dessus, de l’IHT, montre que l’appréciation de Chirac est sans doute majoritaire) mais parce qu’elles devraient susciter une certaine audace dans les attitudes privées et semi-publiques, mais sans doute pas dans les déclarations publiques, — on veut dire : audace d’exprimer à voix haute ou clairement écrit sur le papier ce qui est ainsi en général accepté.

Il n’y a rien de révolutionnaire dans les déclarations de Chirac. On hésiterait même à qualifier de révolutionnaire cette démarche de les avoir faites ; tout juste y aurait-il une certaine ingénuité et un certain goût de la provocation (à l’encontre des Anglo-Saxons et de Sarkozy, dans le désordre) de la part de Chirac.

Mais l’époque est déjàsi complètement sclérosée, “rigidifiée” à l’image d’un conformisme qui peut être comparé à une névrose selon notre appréciation, que la simple démarche de la sincérité, même avec des arrière-pensées, est explosive. Ce qui est intéressant, et rassurant, c’est la maigre résistance opposée à cette sincérité. C’est comme si, un bref instant, il y avait une libération avec l’autorisation un instant volée de pouvoir dire ce qu’on pense et d’honorer la vérité.

Nous croyons que cette sorte de coups de boutoir ne reste pas sans effet. Ils font évoluer l’attitude psychologique, d’une façon éventuellement insensible mais certaine.

Conformisme social, conformisme individuel

Revenons-en au début du propos. Nous n’avons pas la réponse à la question : la soi-disant “gaffe” était-elle délibérée, pour dire quelque chose sans le dire? (Par exemple, ce qui part d'un bon sentiment qui n'est pas dépourvu de sagesse, pour tenter de freiner la folie belliciste de nos alliés et amis américanistes, avec lesquels nous partageons tant de valeurs communes.)

Nous n’avons pas de réponse non plus à propos du “cas” Chirac, ce qu’il est, ce qu’il pense, etc. Nous avons aussi le sentiment que cela n’a pas grande importance, ou une importance anecdotique. Reste ce qu’il a dit et les leçons à tirer des effets que cela a provoqués ; cette formulation nous dicte notre commentaire, — en deux parties.

• Ce qu’il a dit. Il va sans dire, pour notre compte, que le président français n’a fait que rappeler quelques vérités premières sur la dissuasion et, par conséquent, qu’il a puissamment alimenté le débat sur la question de savoir si l’Iran a “le droit” d’avoir des armes nucléaires quand quelques autres en possèdent “illégalement”, au su et au vu très hypocrites de tout le monde. On connaît la chanson et l’argument. On sait qu’à part les lubies, les préjugés et les sottises incroyables des thèses américanistes alimentées par les obsessions courantes du domaine, l’affaire est prestement entendue. (On sait également que, depuis 1999 au moins, les Israéliens  se préparent  à la possibilité de l’installation d’une situation de dissuasion réciproque avec les Iraniens sans y voir une seconde une perspective apocalyptique.)

Que l’évolution de l’Iran vers la puissance nucléaire soit un problème, nous n’en disconvenons pas ; mais l’Iran voulant devenir nucléaire n’est pas la cause du problème, il en est la conséquence. La fermeture sclérosée (voir plus loin) de l’esprit occidental nous rend coutumiers de ce sophisme du raisonnement consistant à confondre cause et conséquence. A moins de demander aux généraux de l’USAF de changer la forme de la raison humaine et le fonctionnement de la logique à coups de “boum, boum, boum !”, nous ne sommes pas à l’aise dans le cas iranien.

Par conséquent, la “gaffe” de Chirac dérange bon nombre d’esprits éclairés qui sont à la barre pour nous indiquer l’avenir du monde. S’il pouvait être vrai, l’argument de l’âge du capitaine arrangerait tout ce beau monde. Rien que pour cela, il nous paraît si suspect que les déclarations chiraquiennes nous procurent, par réaction et par esprit de contradiction, comme un bain de Jouvence de l’esprit.

• Les leçons à tirer des effets que cela a provoqués. En fait et somme toute, il n’y en a qu’une, — une seule leçon si l’on veut aller au fond des choses. La voici : la vraie crise du monde et de notre civilisation, c’est le conformisme. La plupart des réactions à l’intervention de Chirac, c’est “l’étonnement et la prudence” ; étonnement pour ceux qui découvrent qu’il y a la possibilité d’une autre vérité que celle à laquelle ils sacrifient sans s’interroger ; la prudence pour ceux qui se doutent de quelque chose mais qui craignent l’aventure (celle de la liberté de jugement) et regardent avec une sorte d’effroi contenu l’iconoclaste, le relaps ou l’idiot du village c’est selon, qui a soulevé un coin du voile, — volontairement ou par inadvertance qu’importe.

Confirmons : la vraie crise du monde et de notre civilisation, c’est le conformisme ; et un conformisme si profond qu’il ne concerne plus le jugement (je me conforme parce que c’est plus facile, plus avantageux, plus confortable, etc., — définition du conformisme social, par hypocrisie) ; un conformisme si profond qu’il concerne la psychologie (le processus de formation du jugement, processus inconscient pour beaucoup, est réalisé à l’aide d’un “matériel” de perceptions et d’expériences lui-même soumis au conformisme, — ce qui nous suggère une définition d’un “conformisme individuel”, par corruption de la psychologie, un peu comme une pathologie).

(Bien entendu, nous ne décrivons pas un processus absolu. Comme dans le cas du conformisme social, contre lequel certains jugements résistent, certaines psychologies résistent à la perception et à l’expérience selon le seul conformisme, et leur jugement formé notamment à partir des “outils” que leur fournit leur psychologie échappe au conformisme individuel.)

• Extrait du Volume 22, n°10 du 10 février 2007, “de defensa & eurostratégie. Pour illustrer ce propos, nous proposons ci-dessous un extrait de notre chronique Journal de notre Lettre d’Analyse dd&e du 10 février. L’extrait concerne effectivement le constat de la puissance du conformisme ; la chose est considérée à partir de l’exemple de Davos, et du triomphe du conformisme (voir notre F&C du 25 janvier 2007) avec l’acceptation de deux propositions fondamentales, — la réalité de la crise climatique et l’effondrement de l’influence de l’américanisme. Il va sans dire que le processus qui intéresse notre analyse critique est bien le processus psychologique, puisque sur le fond de la chose (la crise climatique et l’effondrement de l’influence américaniste), nous serions plutôt approbateurs de cette évolution. (Nos lecteurs auront reconnu ou reconnaîtront en se référant à notre autre F&C du  25 janvier 2007 le rôle tenu par les journalistes Garton-Ash et Gardels dans notre démonstration.)

« La puissance bouleversante du conformisme dans la formation du sentiment et de la perception des élites internationales: un facteur dépendant de la communication et marquant la réalité de l'“ère psychopolitique

»…Le Forum de cette année à Davos a été un formidable exercice en conformisme; voilà le constat qui nous importe, qui est un constat différent de celui qu'on peut faire sur la réalité ou pas des deux événements concernés. Le conformisme est aujourd'hui une attitude intellectuelle qui s'exerce dans tous les sens, sans tenir compte de l'orientation idéologique des événements sur lesquels elle porte, de la justesse de l'analyse, etc. On peut donc parler d'un phénomène psychologique et, éventuellement, d'un phénomène psychologique s'apparentant à une pathologie. Analysant les travaux du psychothérapeute américain Milton Erikson, le médecin psychiatre Marc L. Bourgeois rapporte la conception qu'avait Erikson de la névrose. Bourgeois la définit comme une “rigidification de la personnalité”, fermant cette personnalité aux réalités extérieures d'une façon aussi dure que la dureté du ‘bois de fer’, “propre à certaines régions désertiques américaines, [...] si dur qu'il a la consistance du métal”. On observera combien on peut transposer cette définition à l'attitude du conformisme dans la mesure où cette attitude revient effectivement à une fermeture de l'esprit, et combien on est justifié de le faire si l'on considère que le conformisme est plus désormais un produit de la psychologie que du jugement plus ou moins conscient quoique influencé. Ce qui s'est passé à Davos est assez caractéristique à cet égard. Il n'y a, chez Gardels ou chez Garton-Ash, aucune précaution explicatoire, aucune gêne éventuelle, dans le constat qui est fait de l'effondrement de l'influence américaniste et dans l'acceptation presque consentante de ce constat; alors que ces deux auteurs célébraient la puissance américaniste, deux ou trois ans plus tôt, comme un fait indubitable, fondamental et complètement heureux [et quasiment promis à l’éternité]. Il semble y avoir une démission du jugement, un refus de l'engagement analytique au profit d'un constat qui est la conséquence d'un entraînement conformiste de la perception. C'est à ce point qu'on comprend que le conformisme n'est plus ce phénomène social qui influait sur le jugement, — surtout, conformément à l'hypocrisie du sujet; il est devenu un phénomène psychologique qui influe d'une façon automatique sur le jugement. Il n'y a plus d'hypocrisie sinon inconsciente, — et, certes, une hypocrisie inconsciente n’est plus de l’hypocrisie au sens habituel mais un processus mécanique incontrôlé.»