L’hypothèse de l’anéantissement...

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L’hypothèse de l’anéantissement...

• Dans son très important discours de Davos-virtuel, Poutine avait, au milieu de ses alarmes nombreuses et fondées, introduit un “je l’espère” bien significatif : « Bien sûr, un conflit mondial d’une telle intensité est impossible en principe, dans tous les cas je l’espère. C’est sur cette impossibilité théorique que je fonde mes espoirs, car ce serait la fin de l’humanité. » • Or, il existe des mots et des phrases, du côté des USA, que l’on peut trouver bien menaçants pour les espérances théoriques et les espoirs de Poutine (lesquels nous paraissent de toutes les façons plutôt de pure forme, le président russe sachant parfaitement à quoi s’en tenir). • ... Car l’arrivée de Biden unanimement saluée par tous les démocrates politiquement-correct du monde (du bloc-BAO), pourrait bien recéler de très amers et angoissants lendemains, vraiment très proches. • On serait tenté de leur dire, histoire d’ironiser malgré l'aspect affreusement macabre du sujet, – parce qu'il importe de ne jamais manquer d’ironiser héroïquement face à la démence : “Vous avez détesté Trump ? Vous allez apprendre à le regretter...”.

7 février 2021 – Il est intéressant de réaliser le sérieux, l’importance et la progression d’une tension au travers d’une chronologie de l’annonce puis du commentaire de cette tension, par rapport à différents médias, et à partir notamment d’une seule information, publiée puis reprise, puis amplifiée selon en enchaînement qu’il s’agit de décrypter. C’est donc d’une véritable enquête qu’il s’agit,  à partir d’une progression complexe de la communication, sans qu’il n’y ait rien de fondamentalement nouveau depuis l’annonce de départ.

Par complet contraste avec les époques classiques précédentes, nous n’évoluons pas tant dans un univers où paraissent des informations nouvelles pour faire la communication, mais dans un univers où la communication se fait essentiellement à partir des multitudes de présentations différentes et de commentaires variés de chaque information nouvelle. Il se trouve alors que c’est bien ce processus complexe et désintégrateur d’une réalité stable qui crée la tension puis, au-delà, la possibilité de crise, avec la potentialité d’événements graves. Il s’agit là du caractère extraordinaire et sans précédent d’un monde politique où la communication dans cette nouvelle forme d’opérationnalisation, et non le contenu informationnel de la communication, règle tout.

Nous prenons donc cette information de départ, qui n’a rien de secret, rien de brutal, rien de sensationnel dans le sens de la technique de la communication. PhG a défriché pour notre compte le terrain dans une page du Journal-dde.crisis d’avant-hier, reprenant déjà une très courte information de la veille, qui ne faisait que reprendre à son tour, – reprises multiples, – un très court extrait, une simple affirmation, extraite d’un article paru dans la revue de l’US Navy ‘Proceeding’, de l’amiral Richard, chef du Strategic Command (STRATCOM) réunissant les forces nucléaires stratégiques des trois armes des forces armées US. Connaissant les procédures et la minutie de rédaction de ce type de texte venus d’un si haut niveau, nous pouvons faire l’hypothèse que cet article a été rédigé, relu, soupesé, communiqué en lecture  vers d’autres directions stratégiques et des forces, donc qu’il est issu d’une rédaction initiale dans les un à deux mois précédant sa mise en page dans la revue, vers le 20-25 janvier, donc sans rapport formel avec les événements politiques à Washington (l’arrivée de la nouvelle administration Biden). Ce sont les chefs des forces au Pentagone qui parlent, point final.

Donc, première intervention (de PhG) : « Là-dessus, je reviens sur un autre article déjà cité dans notre même texte, de l’exotique site WDIM (WhatDoesItMeans)... [...]
« ... [...D]e graves préoccupations concernant un avertissement du chef du US Strategic Command, l’amiral Charles Richard, qui met en garde contre “la possibilité très réelle” que les États-Unis “puissent avoir besoin d’utiliser des armes nucléaires contre la Chine et la Russie” ; [avertissement suivi d’effets] avec l’autorisation du leader socialiste Joe Biden de déployer des bombardiers B-1B à capacité nucléaire en Norvège, une première historique [pour une capacité nucléaire]... »
 [...]
« Tout le monde sait qu’un tel affrontement monterait aussitôt au nucléaire, mais nul ne doit le dire dans le langage des confrontations des forces dans la communication ; et surtout, nul ne doit explicitement afficher son intention d’user du nucléaire comme une simple étape dans un conflit... Si c’est le cas, c’est la fin de tous les conflits possibles du monde ! [par annihilation réciproque] »

Il faut bien savoir que la remarque initiale, l’acte de sortir de l’article de l’amiral Richard la phrase qui compte, vient de ce site (WhatDoesItMeans – WDIM) qui n’est en général pas (officiellement) pris au sérieux, – et peut-être faudrait-il sérieusement songer, au cas par cas, à modifier cette attitude et notre propre jugement... Quoi qu’il en soit, c’est en mettant assez longuement l’information développée et assortie de commentaires notables en exergue (en première place dans sa colonne des quatre premières nouvelles de sa première page d’accueil toute la matinée de samedi) que le site RT.com reprend la nouvelle. (Aucune citation de WDIM, bien entendu [nous ne parlons pas de dedefensa.org, sans valeur de références pour cette sorte de circuit de la communication, – pour le meilleur ou pour le pire !]). Voici donc la situation : une information sortie d’une référence absolument incontestable est signalée le 3 février du site officiellement très-très moyennement ‘sérieux’ WDIM et présentée de manière spectaculaire le 6 février par RT.com, – site très-sérieux par contre, et représentant assez souvent, surtout pour ce genre de domaines, une position stratégique russe, – voire, dans certains cas d’importance, une position officielle qui rassemble les plus vastes soutiens.

(Ceux qui veulent voir des connexions entre les deux médias peuvent le faire. Nous n’avons jamais tranché selon les jugements de la moraline postmoderniste en ce qui concerne les horreurs et délices des complicités et des complotismes, y compris dans ce domaine et avec de telles acteurs. Aucun intérêt pour ce qui nous importe parce que nous n’avons aucun goût pour le jugement moral des actes de communication dans une époque où les flics officieux de la morale sont à la fois faussaires, zombies et crétins achevés... Mais tout cela, certes, sur un plan réaliste politique et stratégique, car s’il y a effectivement collusion, et coordination entre WDIM et RT.com, cela confirmerait alors l’importance de l’information du point de vue des Russes et de la situation stratégique avec les USA, – point essentiel, certes, mais où la morale des ‘chasseurs de complotistes’ n’a que l’importance d’un papier toilette de qualité moyenne.)

Passons maintenant au texte de RT.com. On verra qu’il est conséquent, et encore ne prenons-nous pour l’instant que les écrits de l’amiral Richard. Des précisions très intéressantes sont citées, ainsi que des commentaires qui ne le sont pas moins. Par ailleurs l’ensemble des citations de Richard, qui démarrent sur l’affirmation que les Russe set les Chinois, placées en mauvaise posture conventionnelle, pourraient décider de passer au nucléaire, est suivi d’une série de commentaires et remarques qui, au contraire, laissent à penser que ce sont plutôt les USA qui pourraient se trouver dans la position de devoir utiliser du nucléaire. Cette singulière contradiction était d’ores et déjà expliquée dans le texte de PhG d’hier, déjà référencé :
« ...mais [les militaires US] sont dans une posture psychologique incroyablement délicate. Ils sont persuadés d’être les meilleurs du monde, ce qui est bien une assurance folle et en chute abyssale, témoignant d’une suffisance profonde qui tient au simulacre qu’ils se sont faits eux-mêmes d’eux-mêmes ; d’autre part, ils reconnaissent maintenant sans réticence ni sarcasme que les Russes ont complètement refait leurs forces, qu’ils ont développé des systèmes très avancés, dont certains dépassent très largement les équivalents US (voyez les missiles hypersoniques notamment), bref que leur certitude-arrogante d’être les meilleurs est méchamment contredite par ces réalités sur leur infériorité opérationnelle et technologique qui ne cesse de gagner ... »

C’est donc cette idée de la contradiction qu’il faut admettre, en bonne et saine schizophrénie, dans les extraits du texte de RT.com que nous donnons ci-dessous :

 « “Il existe une réelle possibilité qu'une crise régionale avec la Russie ou la Chine puisse rapidement dégénérer en un conflit impliquant des armes nucléaires, s’ils [la Russie ou la Chine] perçoivent qu’une défaite conventionnelle menacerait le régime ou l'État”, a écrit le chef et vice-amiral de STRATCOM, Charles Richard, dans le numéro de février du magazine mensuel de l'Institut naval américain.
» STRATCOM, qui supervise l'arsenal nucléaire américain, considère que la probabilité d'une guerre nucléaire est faible. Mais avec la Russie et la Chine qui renforcent leurs capacités et continuent à “s’affirmer au niveau mondial”, Richard a déclaré que STRATCOM doit comprendre ce à quoi elle est confrontée. [...]
» Richard a même affirmé que les puissances rivales profitent de la pandémie de Covid-19 pour faire avancer leurs programmes. “Nous devons rivaliser activement pour contenir leur agression”, a-t-il déclaré, ajoutant que si nous ne le faisons pas, la Russie et la Chine seront encore plus enhardis et les alliés penseront que les États-Unis ne peuvent ou ne veulent pas “diriger”.
» Ce type de sabotage s'est intensifié ces dernières années, en particulier entre Washington et Moscou. La Russie a modifié sa doctrine nucléaire en 2018 pour permettre l'utilisation de telles armes en réponse à une attaque nucléaire ou à une attaque conventionnelle qui menace l'existence de la nation. Un fonctionnaire du Pentagone a déclaré en 2019 que les États-Unis conserveraient leur droit de procéder à une première frappe nucléaire en réponse à une attaque conventionnelle, en faisant remarquer que les alliés ne se croiraient pas protégés autrement.

» [Phrase importante, essentielle, vertigineuse de Richard :] “Nous devons commencer par admettre que notre hypothèse  fondamentale, – que la dissuasion stratégique fonctionnera même en cas de crise et de conflit, – va être mise à rude épreuve, comme jamais auparavant.”

» En conclusion, Richard déclare que l'armée américaine doit changer de position et ne plus supposer qu’une guerre nucléaire n’aura pas lieu, mais travailler pour faire face à la possibilité réelle d’un tel conflit et le décourager, – ou alors “risquer de subir de graves difficultés, – ou peut-être pire, – face à nos adversaires”.

RT.com termine son texte par un commentaire d’un de ses collaborateurs réguliers, Scott Ritter, que le réseau russe a contacté par téléphone. Cet avis est bien venu, pour éclairer l’aspect extrêmement préoccupant et singulièrement complexe de ces diverses déclarations et écrits, alors que Scott Ritter est un spécialiste reconnu des questions diverses, notamment stratégiques, liées aux armes nucléaires. Ritter se montre très pessimiste sur le caractère inquiétant de ces déclarations.

« Les déclarations belliqueuses sur la guerre nucléaire sont plus dangereuses qu’il n’y paraît, a déclaré à la RT l’ancien inspecteur en désarmement des Nations unies, Scott Ritter. Les Ettats-Unis n'ont pas constitué leurs forces militaires conventionnelles au point de pouvoir garantir la victoire sur la Russie ou la Chine, de sorte que Washington déploierait probablement des armes nucléaires dans une guerre [en théorie conventionnelle] avec l’un ou l’autre de ces pays, a fait valoir Ritter. La Russie n’aurait pas d’autre choix que de répondre à une telle attaque avec le même armement [nucléaire], a-t-il dit.
» “C’est ce qui rend les déclarations de l'amiral sur la préparation d'une guerre nucléaire si dangereuses car il n’y a aucun moyen de dissuader un tel conflit”, a déclaré Ritter.
» S’il y a une guerre nucléaire entre les Etats-Unis et la Russie, ce sera une guerre nucléaire générale, ce qui signifie que non seulement les deux nations seront anéanties, mais que le monde tel que nous le connaissons actuellement sera également détruit. »

Pour en revenir aux considérations de communication et journalistiques de l’entame de ce texte, par rapport aux diverses sources consultées, nous dirions que la publication de ce texte de RT.com comme on l’a vu, dans les conditions chronologiques et techniques signalées, avec les références mentionnées, montre une organisation de la communication qui tend à nous dire que la Russie officielle, le Kremlin et Poutine, prennent très au sérieux cette nouvelle comme le signe d’un extrême durcissement des USA. Il s’agit certes des militaires, mais aussi de la poupée de son du bureau ovale qui a fait un discours très agressif, très antirusse, à partir du département d’État où il a parlé de politiquer étrangère. Il a réclamé des choses outrancières et folles en faveur de Navalny, annoncé que plus rien de tous les simulacres antirusses montés par le DeepState ne serait passé aux Russes.

(Curieuse posture autorisée par la manufacture du simulacre de réalité fabriquée à l’intérieur du simulacre qu’est la ‘politique’ des USA [du bloc-BAO] : on fabrique des choses pendables que les Russes auraient faites aux USA, et on affirme qu’on ne leur laissera plus faire ce qu’ils n’ont jamais fait, et que l’on ripostera à mesure contre toutes ces vilaines choses qu’ils n’ont jamais faites, et que le New York Times, le Washington Post et la CIA ont si bien détaillées.)

Regretter Trump ?

Donc, parlant du département d’État, ‘Ol’White Joe’ a été particulièrement sévère avec la Russie avec toutes les habituelles gâteries : « Les jours où les États-Unis n’ont pas riposté à la Russie, à son action agressive, à ses interférences dans nos élections, à ses cyberattaques, à l'empoisonnement de ses propres citoyens sont révolus... Nous n'hésiterons pas à le faire payer encore plus cher à la Russie et à défendre nos intérêts vitaux et notre peuple ». Il a fièrement annoncé qu’il avait ordonné la semaine dernière que trente vols de reconnaissance électronique aient lieu pendant ce laps de temps le long de la frontière russe, ce que les généraux de European Command (EUROCOM) ont accueilli avec une satisfaction ironique puisque ces vols avaient d’ores et déjà été décidés (par les militaires, sans consultation nécessaire du président).

(Vis-à-vis de la Chine, Biden répète les habituelles complaintes et exigences mais il met surtout en évidence la volonté US de coopérer avec la Chine quand c’est de l’intérêt des USA. Ses sponsors et speechwriters savent bien que si l’on veut laisser ce président en place pour mieux manœuvrer sans l’entrave d’une autorité suprême, il faut prendre garde à ne pas être trop sévère avec la Chine.)

Ces remarques étaient simplement faites pour déblayer le terrain et assigner au président Biden le rôle qui est le sien : « Après avoir décrit divers initiatives et incidents de ces derniers jours, de la part de l’administration Biden, Joe Cunningham, de RedState.com, note ceci (ce 2 février 2021), et très justement à mon avis : “Biden lui-même est probablement largement en dehors de tout ça, et les gens qu’on a mis en place dirigent ces différentes démonstrations de folie. Biden n’est là que pour signer les décrets.” »...

Pour être juste, on dira qu’en plus de signer, Biden a le rôle de porte-voix des divers groupes qui entendent que leur politique reçoivent le sceau officiel de politique officielle des États-Unis. Ce que nous avions vu plus haut et ce que nous voyons faire par Biden, rendent compte des intentions des militaires US. Dans ce cadre, les déclarations de l’amiral Richard, qui sont soigneusement mesurées, prennent effectivement une coloration dramatique. Laissons tous les plans des diverses mouches du coche, think tanks, etc., et venons-en à l’hypothèse principale en acceptant l’essentiel des remarques de Scott Ritter. Il doit être envisagé que les militaires estiment de plus en plus précisément que la Russie doit être réduite, sinon éliminée en tant que puissance militaire majeure, avant d’envisager un arrangement de contrainte avec une Chine privée de son allié stratégique.

Pour la cause d’une telle résolution qui nous semble pourtant tout à fait concevable, on mettra en évidence tout simplement la prise de conscience de plus en plus forte chez les militaires que les Russes ont pris une avance considérable et même irrattrapable dans ce qu’on nommait auparavant ‘course aux armements’. Le constat est surtout fortement accepté à STRACOM, d’où sont venues les premières estimations selon lesquelles les Russes avaient en effet réussi une percée considérable dans les hypersoniques. Là-dessus, il y a le constat tragique pour les militaires US que l’usure, la corruption, le gaspillage sinon l’inversion technologique du système du Pentagone ne permettent plus d’espérer rattraper, encore moins de reprendre l’avantage sur les Russes ; peuvent-ils accepter de perdre quasi définitivement, dans tous les cas pour le futur prévisible, leur supériorité stratégique ? Non, bien sûr, perspective encore plus ‘unthinkable’ qu’une guerre nucléaire.

Avec Biden, ils ont un président absolument manipulable, à 120%. A cause des influences dominantes sur lui, il n’est intéressé que par la wokenisation de l’armée parce que cela constitue un si bon thème de discours puisqu’aligné sur la tendance du Politiquement-Correct à laquelle invite l’Inquisition (Big Tech et le Système). On fait déjà des textes de satire là-dessus, sur l’armée-Woke, qui ne sont pas loin de la réalité. Dans de telles conditions, qui ne sont pas loin d’être idéales du point de vue de leur liberté d’action, les militaires peuvent tenter une manœuvre désespérée en entraînant la Russie dans un conflit, géographiquement contre la Russie elle-même, qu’ils estimeraient devoir être un conflit nucléaire limité à cause de leurs faibles capacités conventionnelles. C’est cela que leur susurre STRATCOM dans son article.

On parle paradoxalement et contradictoirement de “manœuvre désespérée” que l’on présente pourtant de facto comme un “coup d’audace” implicitement marqué d’un incroyable optimisme tactique, à la fois sur les capacités US que les militaires US jugent supérieures à tout le reste par une sorte d’essence divine tout en admettant leur propre infériorité inacceptable ; à la fois sur les faiblesses russes qui les donnent vaincus d’avance alors qu’on craint tant leur supériorité désormais reconnue. On doit admettre comme irrésistible, selon nous, l’hypothèse que l’évolution des esprits suit chez les militaires US les voies dystopiques de la folle schizophrénie de ‘D.C.-la-folle’. (Une preuve indirecte de cette faiblesse psychologique en est la façon dont ils acceptent le wokenisme qui va contre toutes leurs traditions.)

Un tel “coup d’audace” permettrait, estimeraient-ils selon notre hypothèse, d’emporter une victoire voulue comme limitée sur la Russie (pour éviter l’anéantissement complet et réciproque de la théologie du nucléaire), avec chute de Poutine et conditions draconiennes d’armistice ou de capitulation, dans le domaine d’un désarmement radical. Ils ont l’atout, qu’ils jugent énorme, de leur position d’encerclement au plus près, sur les frontières de la Russie et l’’avantage’ (!) intellectuel, – il en faut pour caresser un tel projet démentiel, – de tout ignorer de la détermination et de la résilience des Russes.

Tout cela semblerait pouvoir être complétée bientôt par l’investissement otanien de la Géorgie, qui plaît tant au secrétaire d’Etat Blinken, avec le langage inverti et orwellien qu’il faut pour cette affaire :
« M. Blinken a déclaré au Sénat que le fait d'offrir à la Géorgie de devenir membre de l'OTAN ne déclencherait pas nécessairement une guerre entre l'OTAN et la Russie. “Je pense en fait tout le contraire”, a déclaré M. Blinken, notant que l’adhésion de la Géorgie pourrait décourager l’‘agression’ de la Russie”. »

Il suffit alors d’inverser l’affirmation de Blinken, facilitée par l’affirmation russe qu’une adhésion de la Géorgie à l’OTAN serait un casus belli, et de préparer avec l’affaire géorgienne un piège où se jetterait la Russie pour offrir à EUROCOM/OTAN une victoire certaine sur un plateau, assorti de deux ou trois champignons tactiques (pour aider les forces conventionnelles otaniennes complètement inférieures). Cela implique, dystopie schizophrénique aidant, qu’on serait décidément assuré, au Pentagone, que les Russes, sans détermination ni résilience, n’oseraient pas en faire usage dans de telles conditions :

On admettra, dans de telles conditions hypothétiques, qu’on peut commencer à regretter Trump qui faisait grand usage de menaces d’emploi du nucléaire pour ne pas avoir à s’en servir, usant sans le réaliser de la grande tradition de la dialectique de la dissuasion. Jusqu’alors, depuis la crise ukrainienne (2014) où l’on put effectivement envisager un conflit direct et catastrophique (nucléaire) des USA avec la Russie, les militaires US étaient essentiellement préoccupés du phénomène Trump et de la nécessité affirmée (mais jamais fondée comme on l’a vu) de freiner Trump, jusqu’à l’insubordination, pour toutes possibilité de conflit débouchant sur le nucléaire. Si l’on veut, les nécessités de la démence interne aux USA les forçait à rester plus que jamais l’acteur modérateur de la pièce. De son côté, Poutine jugeait que ces furieuses conditions intérieures à Washington D.C. devenue ‘D.C.-la-folle’ en mode-turbo impliquaient justement que les militaires exerçassent une pression modératrice constante, et son alarme à propos d’une agression US restait tempérée et réduite à la possibilité d’un ‘accident’.

Désormais, ces deux freins n’agissent plus. Les militaires pensent qu’ils sont devant le cas de leur survie : d’une part parce qu’ils n’ont plus la supériorité stratégique, d’autre part parce qu’ils sont subrepticement infectés par le virus de l’intérieur, par le wokenisme qu’ils sont obligés d’accepter. De son côté, Poutine, qui est un fin limier, a compris cela, alors qu’il sait parfaitement que le Pentagone ne peut pas accepter sa supériorité stratégique et que lui-même ne peut transiger sur ce point parce qu’il est question de la survie de la Russie... Survie contre survie, mauvaise et sinistre équation.

Certes, il ne s’agit que d’hypothèses, dans une  époque où les occasions des hypothèses et du démenti des hypothèses par plus folles qu’elles ne manquent pas. Quoi qu’il en soit, il pourrait bien sembler qu’à nouveau le centre de gravité d’un possible conflit redevienne l’Europe et la Russie, malgré la superpuissance chinoise (et les ‘affections’ touchantes de ‘Ol’White Joe’) ; comme une sorte de revenez-y de la crise ukrainienne à son paroxysme, mais en infiniment plus grave à cause de la détermination désespérée des militaires US et de la résistance inflexible de Poutine.

Le grand facteur modérateur est, comme toujours, l’aspect intérieur US, ou la poursuite du grand bordel par d’autres voies que le trumpisme. La lèpre du wokenisme s’attaque directement à l’armée et elle peut effectivement conduire à des prolongements inattendus, à des écroulements imprévus, à des ruptures de tradition, par exemple (mais il y a d’autres possibilités) lorsque nous verrons arriver dans des postes de responsabilité (cela peut aller très vite) des généraux ‘wokenisés’. Après tout, les BLM ont fait toute une saison d’insurrection (qualifiées de ‘manifestations pacifiques’) sur le slogan “Defund the police”. Selon les circonstances, ils pourraient passer à un autre slogan du type “Defund the Pentagon” ; ajoutez-y un zeste de sécessionnisme type-Texas, et vous avez des occasions toutes trouvées pour déchaîner les angoisses obsessionnelles des généraux.

On a vu plus haut le rôle qu’a joué Trump durant les années de son mandat partout jugées catastrophiques. De la même façon qu’il avait mobilisé l’attention temporairement modératrice des militaires, Trump, qui était plus un symptôme qu’une cause, agissait au fond comme un paratonnerre, attirant sur lui toutes les foudres de ces temps crisiques. Il n’y a plus de Trump, reste un paysage dévasté, une Grande Crise plus grande que jamais, un champ ouvert aux obsessions et aux démences des uns et des autres.

... Effectivement, nous serions au point où l’on pourrait faire usage de l’ironie catastrophique, s’adressant à tout le chœur des bienpensants de ces dernières années : “Vous avez détesté Trump ? Vous allez apprendre à le regretter...”

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