Démence hystérique et collective

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Démence hystérique et collective

• Textes du 5 février 2021. • A Davos, avec un discours que certains comparent à celui qu’il fit à Munich en 2007, Poutine a tendu un miroir aux Occidentaux : “Voyez ce que vous êtes devenu. Contemplez-vous et soyez inquiets”. • Il a tracé une description de la crise profonde où se débat l’Occident (bloc-BAO), donc le Système. • En appendice, il n’a pas manqué de décrire une sorte de “crise de la crise” : puisque la crise persiste, changeons la perception de la réalité et imposons une “réalité” sans crise. • Contribution : dedefensa.org et Alastair Crooke.

Nous avons déjà dit quelques mots du discours prononcé en virtuel par Poutine, lors d’une réunion spéciale d’un petit comité de la ‘Davos Crowd’ qui a été privée en ce début d’année de son grand raout habituel. (La remise à juillet, à Singapour, est désormais elle-même remise en question.) Nous citons, pour rappel, un extrait du Journal-dde.crisis du jour, où éclate l’enthousiasme de certains pour ce discours :

» Voyez l’enthousiasme de Pépé Escobar, relayant celui de Rostislav Ishchenko, avec un sens inné de la guerre de communication de nos Derniers Temps, qui atteint désormais, démence hystérique en plus, l’intensité de la Deuxième Guerre mondiale (voir notre rarissime emploi du caractère gras) :  “La meilleure analyse approfondie de l’extraordinaire discours de Poutine, d’une source absolument fiable, a été fournie par Rostislav Ishchenko, que j’ai eu le plaisir de rencontrer à Moscou en 2018.
» “Ishchenko souligne comment, ‘en termes d’échelle et d’impact sur les processus historiques, [ce discours] est d’une plus grande force que les batailles de Stalingrad et de Koursk réunies’. Le discours, ajoute-t-il, était totalement inattendu, tout comme l'intervention stupéfiante de Poutine à la conférence de Munich sur la sécurité en 2007, ‘l’écrasante défaite’ infligée à la Géorgie en 2008, et le retour de la Crimée en 2014.” »

Dans son texte ci-dessous, Alastair Crooke nous donne une analyse magistrale du discours de Poutine. Une fois de plus, le président russe avertit les Occidentaux, et cette fois c’est en les plaçant devant leur réalité catastrophique, comme on tend un miroir : « Voyez ce que vous êtes devenus. Contemplez-vous et soyez inquiets. » Il ne fait guère de doute qu’il ne sera pas entendu, puisqu’il n’est de pire sourd que celui qui ne veut ni ne peut entendre ; car il ne fait guère de doute pour nous que le bloc-BAO, non seulement ne veut pas voir la crise, mais pire encore, il ne peut plus la voir parce que les fondements de cette crise le dépasse. Le constat de Crooke, fort juste pour notre compte on s’en doute, est en quelque sorte qu’il y a deux crises :

• Ce que nous nommons la Grande Crise, dont les éléments sont connus, aggravés irrésistiblement et portés à incandescence avec la Covid ;
• ... et une sorte de “crise de la crise”, c’est-à-dire la fabrication d’une autre réalité que celle de la crise, en ‘travaillant’ sur la perception de la réalité, distordue au moyen d’un ‘soft-totalitarisme technologique’, notamment par le moyen de Big Tech (GAFAM & Cie) et d’une répression totalitaire dirigée théoriquement contre les ‘dissidents’ qui persistent à voir ce qui doit être vu.

(A cet égard, Crooke montre bien dans ses nuances, sans nécessité de le dire aussi platement que nous, qu’aujourd’hui, dans nos démocraties pseudo-libérales,  la censure est devenue un des droits fondamentaux de l’homme. On surveille et contraint sévèrement la liberté pour nous conserver notre liberté, – la liberté est un acquis sublime, bien trop précieux pour qu’en use trop, – à trop en user, il faut craindre de l’user prématurément, – et ainsi de suite va la logique du simulacre.)

Si l’on veut, on dirait que rien n’a vraiment changé dans le chef des déconstructeurs-Système depuis la fameuse remarque de Karl Rove, chef de la communication de GW Bush, disant à Ron Suskind à l’été 2002 : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité. Et alors que vous étudierez cette réalité, – judicieusement, si vous voulez, – nous agirons de nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pourrez à nouveau étudier, et c’est ainsi que continuerons les choses. Nous sommes [les créateurs] de l’histoire... Et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous avons [créé]. »

... Rien n’a vraiment changé dans les intentions et les illusions, certes, mais les moyens se sont réduits comme peau de chagrin, la crise en apparence contrôlable en 2002 a morphé en une Grande Crise [GCES] parfaitement hors de tout contrôle ; la volonté de “[créer] notre propre réalité » s’est transformée en une démence hystérique ; la pseudo-création de cette autre réalité est devenue une monstrueuse camisole de force de la perception proche d’être totalement insupportable, même pour les plus doux des agneaux, à moins de choisir pour eux aussi la voie de la démence.

(Cela revient à cette situation surprenante, par rapport à la conception classique du troupeau de moutons : il n’y a plus de moutons consentants, il y a des moutons révoltés et des moutons devenus fous ; dans tous les cas, instabilité assurée et aggravation de la crise...)

Le président russe analyse cette extraordinaire situation devant ses ‘partenaires’ occidentaux médusés, et sous le sourire amusé et complice de son compère Xi-le-Chinois, dans des termes simples et frappants, comme l’on déroule une sorte de tapis roulant à contre sens sur lequel les figurants font semblent de marcher en faisant concrètement du sur-place, et en rythmant par des “marchons, marchons”. Nous en sommes à l’équivalent du chapitre brejnévien de l’histoire du ‘train du Socialisme’ qu’on se racontait dans les cocktails des ambassades soviétiques, entre petits fours et petits verres de vodka, dans les premières années 1980, en attendant Gorbatchev :

“Le ‘train du socialisme’ sous la direction du Camarade Staline tombe en panne. Staline fait descendre les passagers du train, qui tentent de faire redémarrer la chose. Le train persiste, Staline fait fusiller tout ce petit monde.
”Même chose avec Krouchtchev. Le train persiste toujours, Krouchtchev fait distribuer des bouquets de fleurs aux travailleurs improvisés et publier les prévisions des plans quinquennaux pour dans vingt ans.
”Même chose avec Brejnev. Le Premier Secrétaire s’adresse alors aux passagers du ‘train du Socialisme’ : ‘Camarades, fermez les rideaux de vos fenêtres et faites avec moi, et en cadence : tchouck-tchouck, tchouck-tchouck...’”

Crooke ne pense pas une seconde que Poutine soit arrivé à convaincre ses ‘partenaires’, et nous non plus, – et Poutine, certainement, pas davantage. Le point de la vérité-de-situation à cet égard doit être trouvé, selon nous, dans ceci que les premiers infectés chronologiquemernt et irrémédiablement par cette distorsion brutale des réalités de la crise, ce sont les dirigeants-Systèmes eux-mêmes ; par conséquent, certes et comme dit plus haut, ils ne veulent ni ne peuvent... Ils concèdent volontiers qu’il y a un accident qu’on pourrait nommer ‘crise’, et ils peuvent parler en dialecte covidien à cet égard ; mais l’accident, c’est bien connu par définition, n’affecte en rien les fondements systémiques de la crise, et qui, plus est il est causé par les ‘dissidents’ ; donc, le Système producteur de la crise reste intact et se renforce la ‘chasse aux dissidents’.

Il faut admirer le sang-froid, le calme et la persévérance de Poutine dans l’exercice de tenter d’éclairer le regard fou de tous ses dirigeants-Système aveuglés par leur fascination pour le Système qui les tient ainsi prisonniers. Ce n’est certes pas la première fois qu’il s’y essaie, et il a ainsi pu mesurer la dégradation de la situation tandis que ses dirigeants poursuivaient leur chemin vers les voies de l’abysse dont on sait bien qu’elles sont “impénétrables”. La question qu’on peut alors se poser est de savoir si cela sera la dernière fois alors que nous sommes si proches des abysses...

Il n’empêche, il l’a fait et l’on voit l’appréciation admirative qu’éprouvent certains à son endroit ; non seulement pour le contenu du discours, mais surtout, à notre estime, parce qu’il le dit ici (Davos, même virtuel) et maintenant (après l’arrivée de Biden). Cela signifie que Poutine a compris très rapidement, – parce qu’il s’y préparait sinon en était déjà convaincu, parce que les choses vont vite, – que les facteurs fondamentaux de la crise subsistaient et même allaient s’accroître, notamment avec une crise du pouvoir US qui va encore empirer avec la nouvelle équipe, entraînant le bloc-BAO comme un troupeau de moutons vers les espaces des abysses extrêmement et même décisivement dangereux jusqu’au terme de la chute.

Ainsi verrions-nous ce discours plutôt comme un requiem, se terminant effectivement par le rituel : “Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas avertis”.

dedefensa.org

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Hystérie collective

Les dirigeants occidentaux bossent pour changer la réalité

En 2007, à la conférence de Munich, le président Poutine avait défié l’Occident : “Nous ne l’avons pas fait. Vous l’avez fait. Vous attaquez continuellement la Russie mais nous ne plierons pas”.  L’assistance avait ricané. En 2021, s’exprimant à un Davos virtuel le mois dernier après une absence de douze ans de ce forum, le président Poutine a présenté un miroir aux principales ‘personnes d’influence’ de l’Occident : “Voyez ce que vous êtes devenus entre-temps. Contemplez-vous et soyez inquiets”.

Il ne s'agissait pas tant d’une gifle préfaçant un duel par “armes-de-votre-choix”, que d’une mise en garde sérieuse. Dominant le reste, la mise en garde concerne la dynamique socio-économique du taux d’intérêt nul et de la dette suscitée par le ‘modèle occidental’. Ce phénomène n’a pas seulement écrasé sous le poids d’une dictature économique des pans entiers de la société occidentale, il a surtout suscité l’extension de cette catastrophe socio-économique interne sur les ‘autres’ acteurs extérieurs.  C’est-à-dire qu’il a projeté à l’extérieur la pandémie psychologique d’un désir de combattre des démons imaginaires.

L'Italie du XVe siècle avait connu des tensions psychologiques quelque peu similaires à celles d'aujourd’hui, – les “mythes” anciens et les liens culturels hérités du passé pour assurer la cohésion sociale étant livrés à la tempête montante de la Réforme et des Lumières de la science moderniste.  Les nouveaux dirigeants décidèrent de soumettre les anciennes valeurs et l’éthique de la ‘continuité’ au bûcher de l’auto-da-fé de la brillante nouvelle culture du rationalisme sceptique. Il n'y avait alors pas de Chine à blâmer, mais l’hystérie des sorcières et de Satan de cette époque, – une hystérie collective de masse, – fit l’affaire en ‘annulant’ quelque dix mille Européens : ils furent brûlés vifs pour avoir voulu rester fidèles à des méthodes de l’ancien temps (jugées comme étant des négations de la ‘Vérité’). On arrangea tout cela en instituant l’Inquisition chargée de condamner et de punir l'hérésie.

La semaine dernière, le président Poutine a noté à Davos :

Cette [crise des modèles économiques], à son tour, provoque aujourd’hui une forte polarisation des opinions publiques, entraînant la croissance du populisme, du radicalisme de droite et de gauche et d'autres extrêmes ... Tout cela affecte inévitablement la nature des relations internationales, et ne les rend pas plus stables ou prévisibles. Les institutions internationales s’affaiblissent, des conflits régionaux apparaissent les uns après les autres et le système de sécurité mondiale se détériore... les différences conduisent à une spirale d’écroulement”.

La situation pourrait prendre une tournure inattendue et incontrôlable, – à moins que nous ne fassions quelque chose pour l’empêcher. Il y a la possibilité que nous soyons confrontés à un formidable effondrement du développement mondial, qui sera mené comme une guerre de tous, contre tous ... Et les tentatives de gérer les contradictions en désignant des ennemis internes et externes [comme boucs émissaires] des conséquences démographiques négatives de la crise sociale actuelle et de la crise des valeurs, pourraient avoir pour conséquence que l’humanité perde des continents civilisationnels et culturels entiers.

Le modèle existant, a expliqué Poutine, semble avoir inversé “les moyens et les fins”. Les moyens (par exemple, l’accent mis par la Great Reset sur l'instrumentation technologique, – voire transhumaniste, – de l’économie) semblent avoir pris le pas sur l’acteur humain comme Fin Dernière.

Oui, la globalisation a sans doute permis de sortir des milliards de personnes de la pauvreté, mais comme le souligne Poutine, “elle a entraîné d'importants déséquilibres dans le développement socio-économique mondial, et ces déséquilibres sont le résultat direct de la politique menée dans les années 1980, qui était souvent vulgaire ou dogmatique”. La globalisation a rendu “la stimulation économique par les méthodes traditionnelles, par une augmentation des prêts privés, pratiquement impossible. La méthode dite ‘quantitaive easing’ ne fait qu’accroître la bulle de la valeur des actifs financiers et qu’approfondir la fracture sociale. Le fossé qui se creuse entre l’économie réelle et l’économie virtuelle ... représente une menace absolument indiscutable, grosse de chocs graves et imprévisibles...”.

Les espoirs de pouvoir redémarrer l'ancien modèle de croissance sont liés à la rapidité du développement technologique. En effet, au cours des 20 dernières années, nous avons créé les bases de ce que l'on appelle la quatrième révolution industrielle, fondée sur une large utilisation de l'intelligence artificielle, de l'automatisation et de la robotique. Toutefois, ce processus entraîne de nouveaux changements structurels, je pense en particulier au marché du travail. Cela signifie que de très nombreuses personnes pourraient perdre leur emploi si l'État ne prend pas de mesures efficaces pour empêcher ce phénomène. La plupart de ces personnes sont issues de la classe dite moyenne, qui est la base de toute société moderne”.

Poutine souligne que ces défauts, inhérents au modèle de croissance occidental, et le ‘virage’ vers Big Tech comme planche de salut, n’ont pas été spécifiquement causés par la pandémie. Cette dernière a néanmoins fait tomber le masque flatteur du modèle économique, en exacerbant les symptômes de sa nocivité économique :

La pandémie de coronavirus ... qui est devenue un sérieux défi pour l'humanité, n’a fait que stimuler et accélérer les changements structurels dont les conditions avaient été créées il y a longtemps. Il va sans dire qu'il n'existe aucun parallèle direct dans l'histoire. Cependant, certains experts, – et je respecte leur opinion, – comparent la situation actuelle à celle des années 1930 [la Grande Dépression]”.

Poutine laisse entendre, mais ne dit pas explicitement, que la pandémie, en aggravant le stress socio-économique, a précisément contribué à l'hystérie générale (et à la polarisation), – et à la chasse à l’ennemi extérieur (comme le “virus CCP” [le “virus chinois”]).

Poutine note un autre facteur important :

Les géants technologiques modernes, en particulier les entreprises numériques, ont commencé à jouer un rôle croissant dans la vie de la société. On en parle beaucoup aujourd'hui, notamment en ce qui concerne les événements qui ont eu lieu pendant la campagne électorale aux États-Unis. Il ne s'agit pas seulement de quelques géants économiques. Dans certains domaines, ils sont de facto en concurrence avec les États. Leur public se compose de milliards d'utilisateurs qui passent une partie considérable de leur vie dans ces écosystèmes. Ces entreprises estiment que leur monopole est optimal pour l’organisation des processus technologiques et commerciaux. Peut-être, – mais la société se demande si ce monopole répond aux intérêts publics”.

Poutine fait ici allusion à quelque chose de plus préoccupant  : l'incapacité de ce modèle de système, de tenir la promesse de prospérité et d'opportunités “pour tous”, et plus particulièrement pour les moins favorisés de la société. Ne pourrait-on dire que ce défaut est directement lié à la montée du soft-totalitarisme technologique ? Puisque la nature systémique de l’échec ne peut être acceptable [dans le jugement que le système porte sur lui-même], est-il si surprenant qu’il y ait une tendance de Big Tech à fabriquer et à présenter leur version plus favorable de la réalité (c’est-à-dire une version qui insiste sur le fait que les échecs systémiques découlent tous plutôt du racisme et des injustices historiques, et qu’aucune déviation de cette narrative ne sera tolérée) ?

L'idée centrale ici, – la réponse à la colère civique et socio-économique, – est qu'une combinaison d'injection monétaire sans précédent, de discrimination positive radicale donnant la priorité aux identités non blanches, enfin l’accès à l’expertise technologique oligarchique de l’élite résoudront la plupart des problèmes de la société.  Il s’agit là de pure idéologie. Étant incapables de traiter directement les preuves de défaillances systématiques et de ‘truquage’ économique (sujet bien trop sensible), les dirigeants occidentaux s'efforcent plutôt de modifier la perception de la réalité.  Lorsque vous essayez d’étendre une économie imaginaire en imprimant de plus en plus de dettes, malgré l’échec historique de la méthode, il n’est pas étonnant que vous deviez faire taire les dissidents.

Ceux qui n'adhèrent pas à la propagande que les grandes entreprises technologiques et les médias [de la presseSystème] diffusent sans relâche doivent être mis hors d’état de nuire (‘déplateformé’) et repoussés en marge de la société.  Dans un écho-miroir  frappant de cette époque italienne de tensions psychiques du XVème siècle, le New York Times demande maintenant que l’administration Biden nomme un “Tsar de la Réalité” qui sera habilité à s’occuper de la “désinformation” et de “l'extrémisme” (fantômes de l’Inquisition) ?

Le discours de Poutine était une déconstruction (polie et très mesurée) de notre position, – avec les causes de cette position. Son public a-t-il entendu ? Et l’appel du président Poutine à un retour au modèle économique ‘classique’, à l’économie réelle, à la création d'emplois, à un niveau de vie confortable et à une éducation offrant des possibilités aux jeunes, aura-t-il un effet ?

Probablement pas, malheureusement.  Il suffit de constater l’‘hystérie’ européenne pour un retour rapide à la “normale” absolue, – à ce que tout soit “comme avant”, – surtout “nos vacances d'été”.  Poutine y fait encore allusion sans l’exprimer ouvertement : la pandémie a mis à nu la fragilité, la friabilité de la société européenne. Elle rend les difficultés impossibles à supporter (même pour ceux qui sont bien isolés des vraies difficultés, qui ont été réelles mais seulement pour certains : “Pire que la Seconde Guerre mondiale, cette pandémie”, m’a dit un vétéran ce matin !).  L’espace pour de véritables (et urgentes) réformes structurelles est de plus en plus restreint.

L'avenir des économies occidentales est évident : il suffit d'observer le retour de Janet Yellen (ancienne directrice de la Fed) au Trésor américain, de Christine Lagarde (ancienne directrice du FMI) à la BCE et de Mario Draghi (ancien directeur de la BCE) en tant que Premier ministre italien, pour comprendre qu’une véritable “dynamique de la relance” est en cours d’élaboration.

Et quant à la mise en garde de Poutine concernant “les tentatives de gérer les contradictions en désignant des ennemis internes et externes [comme boucs émissaires] des conséquences démographiques négatives de la crise sociale actuelle”, elle ne semble pas plus prometteuse que la scène financière.

Récemment, un ancien fonctionnaire anonyme du gouvernement américain a rédigé un document de recommandations politiques sur la Chine. Atlantic Council et Politico ont tous deux publié leurs versions du document et ils ont pris garde de garder secrète l’identité de l'auteur pour des raisons qu'ils sont seuls à connaître. Atlantic Council affirme que l'anonymat était nécessaire en raison de “l'importance extraordinaire des idées et des recommandations de l'auteur”. On ignore pour quelles raisons on juge ces idées et recommandations si extraordinaires ; le document est simplement un plan conforme de plus pour le sempiternel un coup du ‘regime change’ (dans ce cas, coup d'État contre le PCC chinois).

Il est fort possible que l’éventuelle ‘fenêtre d’opportunité’ d’une résolution pacifique des tensions entre les États-Unis et la Chine soit déjà fermée. L’intention de la Chine a toujours été de réabsorber pacifiquement Taïwan dans l’ensemble chinois, par le biais de l’intégration économique. Elle s’y est engagée. Mais il semble, d’après les déclarations de l’administration Biden, que cette administration soit déterminée à exacerber suffisamment la question de l’autonomie de Taïwan pour que Pékin n’ait d’autre choix que d'annexer Taïwan par la force (le dernier recours pour Pékin).  Dans les pages des principaux médias américains, les experts le regrettent ostensiblement, mais concluent néanmoins que l’Amérique sera à nouveau “obligée” d'intervenir, afin d'empêcher “un État agresseur” d'occuper un allié démocratique des États-Unis.

Toujours dans le contexte des tensions internes aux États-Unis, il s'agit davantage de la fragilité de la psyché américaine à un moment d’angoisse potentielle à-la-Thucydide, que de la Chine qui représenterait une menace réelle pour l'Amérique.  La Chine dépassera les États-Unis sur le plan économique, à un moment donné. Les dirigeants américains cherchent à suggérer que l'Amérique a toujours le pouvoir de modifier la “réalité” pour l'adapter à son propre mythe exceptionnaliste.

Le président Poutine, bien sûr, sait tout cela ; mais au moins personne ne peut se plaindre désormais que “Nous n’avons pas été prévenus”.

Alastair Crooke

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