Biden & Navalny : un ReSet de quoi ?

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Biden & Navalny : un ReSet de quoi ? 

• Articles du 2 février 2021. • Navalny vient d’être condamné à trois ans et demi de prison ferme (sursis d’une peine de 2014 transformée en prison ferme). • Mobilisation général des pays du bloc-BAO “exigeant” sa libération immédiate, pour lancer le mécanisme de ce qui semble se profiler comme une crise-simulacre du type que ces pays affectionnent particulièrement. • Dans l’attente de la suite, qui devrait suivre rapidement, on s’attache à l’observation minutieuse de la journée de “protestation”, dimanche en Russie. • Contributions : dedefensa.org et Karine Bechet-Golovko.

Peut-être certains auront-ils remarqué qu’il existe une certaine ressemblance, nous dirions de la sorte de la psychologie accordée à l’allure physique, entre Navalny et  Guaino (*) Guaido. La perception qu’on a de ces deux-là est celle de deux marionnettes de circonstances des USA entraînant le troupeau des moutons européens ; le premier, dont il est question ici, l’est pour la Russie, le second pour le Venezuela. Il y a chez les deux hommes une sorte de commune fausseté dans l’absence de regard, une espèce de mollesse dans l’allure qui se voudrait martiale et autoritaire et qui sont du type à ‘se-la-ramener’ sans la moindre conviction. Le simulacre d’enthousiasme pour l’héroïsme et la démocratie fait d’eux des copies-conformes du coup d’État postmoderne, sans élan réel, sans intelligence stratégique ni brio tactique ; des exécutants médiocres d’une politique bureaucratique grossière, où la déloyauté, l’illégalité et la corruption sont les armes favorites et l’inversion le sens aussitôt trouvé.

(Par ailleurs, peut-être cette fière allure invertie des deux gaillards est-il dû, justement, à leur position de ‘servitude volontaire’ des USA, qui est par excellence une situation dissolvante de votre personnalité, sinon de votre identité.)

Cela dit pour l’exercice de la ‘révolution de couleur’, et bien entendu pour Navalny, condamné ce soir à Moscou à trois ans et demi de prison et désormais centre d’une crise entre le bloc-BAO et la Russie. Guaino (*) Guaido , lui, a perdu un peu de son lustre et l’on ne sait plus très bien ce qu’il fait, pour tenter de raviver l’intérêt de la bureaucratie washingtonienne, avec les dollars qui vont avec. Peut-être pourrait-il essayer le transgenre ?

Navalny est donc dans une toute autre position, dans une circonstance crisique désormais extrêmement active. Il entre probablement dans les plans du Washington de la bande à Biden. Quelles que soient les piètres idées du président-nouveau qui n’importent guère, il est manifeste que son équipe sera très Russie-orientée et pathologiquement russophobe à gerber dans sa vindicte ; il s’agit d’une résurrection du clan Obama avec son goût des révolutions de couleur, avec les conseils amicaux de BHO, avec les idées lumineuses de Victoria Jeanne Nuland célèbre pour sa distribution de hamburgers aux foules révolutionnaires et subventionnées de Kiev et pour avoir envoyé l’UE “se faire foutre”. Par conséquent, Navalny, déjà manipulé ces derniers mois dans une resucée d’Alice in Wonderland, avec l’omniprésent poison KGBiste qu’on sait bien, est redevenue une carte importante à jouer, – désormais presque un atout-maître avec sa condamnation. Alors que des manifestations manquant d’ampleur ont été organisées en Russie grâce aux plans de l’ambassade US et à des prises de vue panoramiques des journalistes occidentaux qui grossissent un peu l’objectif, on a annoncé ces derniers jours l’entrée en Mer Noire d’une troisième unité de la VIème Flotte US, bien entendu au nom de l’OTAN unanime. En même temps, on peut être asuré que le MI6 britannique continue à pousser à la charrue, en bons alliés extrêmement fidèles.

Autrement dit, Karine Bechet-Golovko n’a pas tort de nous présenter l’actuelle poussée “de couleur” en Russie comme un événement de peu d’importance et complètement fabriqué, mais soutenue par des forces qu’on connaît bien, dans une demie-pénombre, qui peuvent susciter des prolongements extrêmement dangereux. Certes, « Ca n’a pas marché en Biélorussie, ça ne marchera pas plus en Russie. Sans trahison intérieure, un système ne s’écroule pas tout seul, parce que des gens “se promènent”, autrement dit parce que des gens manifestent » ; certes, Navalny est, selon Medvedev, un « imbécile politique » et un « aventurier », mais « les forces qui se tiennent derrière sont réelles et non négligeables » et « il ne faut pas confondre l'acteur avec l'auteur de la pièce ».

Il s’agit d’une resucée du ‘modèle biélorusse’, et l’on dirait, si l’on jugeait selon des événements politiques maîtrisés, qu’elle se terminera comme son modèle, et d’ailleurs comme un certain nombre de ‘révolution de couleur’ dont le pourcentage de succès est assez bas. Sans doute Poutine et son équipe observent-ils les événements avec cette pensée à l’esprit, non sans montrer une certaine fermeté à l’égard des petits commissionnaires qui les harcèlent, comme par exemple l’UE qui voudrait avant tout rencontrer Navalny dans sa prison pour lui dire toute sa tendresse, avant d’exiger ce soir sa “libération, immédiate”. Les Russes ont répondu qu’il s’agissait là d’une “imbécillité” puis, pour la dernière demande, d’une ingérence qu’on juge en général “inacceptable”. (« “Il n'y a aucune raison de s'ingérer dans les affaires d'un Etat souverain. Nous recommandons que chacun s'occupe de ses propres problèmes”, a déclaré la porte-parole du ministère des affaires étrangères Maria Zakharova, lors d'une interview au média RBK. »)

Avant d’en venir aux injures, aux sanctions puis à la croisade, les Européens sont plongés dans une intense réflexion, puis dans une mobilisation citoyenne et globaliste. La France, dont la diplomatie est aujourd’hui une lumière dans la nuit de la Covid, a développé l’idée effectivement lumineuse qu’il faut bien fermement admettre, et bien évidemment, qu’il serait absurde de mener à terme l’oléoduc NordStream-2 avec un régime si déplorable, quasiment terroriste. Heureux hasard des balades conceptuelles dont notre roi-président est le maître, la conception française rencontre miraculeusement la feuille de route de Washington.

On reste, il est vrai, un peu interdit devant tant d’énergie déployée pour faire plus bête, encore plus bête, toujours plus bête. Mais tout cela est finalement un fidèle reflet de la situation, et de la civilisation occidentale, et du bloc-BAO, dont la politique est une reductio ad absurdum, toujours plus satisfaite de nous prouver qu’elle est faussaire, stupide, nihiliste et sans but de rien. Démonstration convaincante.

Les Russes le savent, – mais le savent-ils assez ? Jusqu’ici, ils ont dompté l’espèce de bête qui s’agite devant eux. Mais il y avait encore, chez cette bête, des restes de réflexe de mesure et de calcul ; aujourd’hui, entre Covid et ‘D.C.-la-folle’, tous les deux passés en régime-turbo, la situation intérieure des pays du bloc-BAO et surtout des USA est dans une situation absolument pathétique. Nous ne parlons même pas d’un calcul pour détourner l’attention du public qui ne prête même plus attention à ses dirigeants et suppute plutôt des idées de sécession. Nous parlons plutôt de l’entrée dans un trou noir dont nul ne sait ce qu’on y trouvera, et dont tout le monde se fiche de savoir ce qu’on y trouvera.

Dans de telles circonstances, une entreprise aussi foireuse que ce qu’on voit en Russie, avec comme pion un personnage aussi falot que Navalny, forment une équation quasiment à somme nulle qui, à cause de cela justement, pourrait entraîner ce qu’il reste de dynamique dans les pays du bloc-BAO pour frôler, voir risquer ce qui pourrait conduire à une déflagration majeure. Une fois de plus pour Poutine ? – comme ce fut le cas en 2014-2015 avec l’Ukraine, mais aujourd’hui en infiniment plus grave paradoxalement à cause de l’affaiblissement d’un adversaire (le bloc-BAO) toujours persuadé de sa puissance et de son exceptionnalité.

... Une fois de plus le prudent Poutine pourrait se trouver devant un dilemme dont l’un des termes serait la possibilité pour lui de devoir s’opposer avec le fer et le feu à un danger mortel pour la Russie, jusqu’à envisager de prendre l’initiative dans ce sens, – et nous parlons là, parce qu’il n’y a plus aucun espace stratégique de protection et de repli pour la Russie, d’une initiative militaire. Cela est d’autant plus envisageable que désormais l’affrontement se fait au cœur des affaires intérieures de la Russie, concernant un sujet certes futile, mais où tout le monde est ou va être conduit à des positions extrêmes, radicales et compagnie, parce qu’on ne peut songer à perdre la face dans de telles circonstances, parce qu’il y a des fous sans frein (sans camisoles) dans les protagonistes. (On devine lesquels ?). Vieille habitude, vieille rengaine depuis 9/11, cette radicalisation, mais chaque fois plus resserrée sur une perspective très-délicate.

On pourrait également signaler, comme le fait Scott Ritter, qu’on a déjà, à Washington, mis un nouveau fer au feu pour l’affrontement dans cette zone. Le nouveau secrétaire d’État Blinken a été longuement interrogé par les sénateurs à propos de l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN, laquelle Géorgie proclame y être complètement prête, rêvant de reprendre l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud à propos desquels elle reçut une sévère correction russe en 2008. La Russie a déjà averti qu’une telle décision provoquerait un conflit, ce qui est exactement l’inverse du sentiment de Blinken.

Quelques lignes de Ritter :

« Un autre point chaud potentiel que Biden n'a pas abordé dans son entretien avec Poutine est la Géorgie, qui présente peut-être le plus grand potentiel de conflit militaire à grande échelle entre les deux puissances. La République de Géorgie, ancien membre de l'Union soviétique, cherche à adhérer à l'OTAN depuis 2005. Ces efforts ont été compliqués par la guerre russo-géorgienne d'août 2008. Des forces géorgiennes avaient alors été dépêchées sur le territoire géorgien d'Ossétie du Sud pour “rétablir l'ordre constitutionnel”, mais elles ont été repoussées par les forces russes. La victoire de la Russie sur la Géorgie en 2008 et le contrôle de facto des territoires géorgiens d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie qui a suivi ont déclenché un débat au sein de l'OTAN sur l'importance de l’exigence faite aux postulants à l’entrée dans l’Organisation du règlement préalable de leurs différends territoriaux.
» La position officielle de l'OTAN est que la Géorgie doit remplir ce critère d'adhésion avant qu'une invitation puisse être officiellement lancée. Le secrétaire d'État Blinken y a fait allusion lors de sa récente audition de confirmation au Sénat où il a noté que l'OTAN devrait garder ses portes ouvertes pour le moment où la Géorgie remplira les conditions d'adhésion. Lors de son audition de confirmation, M. Blinken a déclaré au Sénat que le fait d'offrir à la Géorgie de devenir membre de l'OTAN ne déclencherait pas nécessairement une guerre entre l'OTAN et la Russie. “Je pense en fait tout le contraire”, a déclaré M. Blinken, notant que l'adhésion de la Géorgie pourrait décourager l'“agression” de la Russie.
» La déclaration de M. Blinken semble cependant être en décalage avec la pensée de la Géorgie elle-même. Dans des déclarations faites l'année dernière à l'occasion de l'anniversaire de la guerre de 2008 avec la Russie, le Premier ministre géorgien Giorgi Gakharia a déclaré que “aujourd'hui, la Géorgie est tout à fait prête pour l'adhésion à l'OTAN”, notant que l'intégration de la Géorgie dans l’OTAN était nécessaire pour restaurer son intégrité territoriale, ce qui implique qu'une fois que la Géorgie aura le soutien garanti de l'OTAN, elle tentera de reprendre le contrôle de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. »

Pour autant et par ailleurs, ceci pour animer le jeu :

1) pourrait-on imaginer qu’on accélère cette affaire avec l’adhésion de la Géorgie comme riposte au sort infâme du malheureux Navalny, et sans doute serait-on effectivement, comme dit Blinken, tellement plus éloignés d’un conflit qu’on ne l’était auparavant (que ce qui ont compris ne lèvent pas la main) ;
2) pourrait-on envisager que, cette fois, Poutine ait décidé selon la ligne de l'exclamation en forme de provernbe, – ‘assez c'est assez’, – et qu'il faut désormais opposer une extrême fermeté à l'asile psychiatrique ;
et 3) quel serait alors le sentiment du prisonnier Navalny, dont on dit qu’il a des opinions et qu’il s’agit d’opinions très-nationalistes, s’il se trouvait entre son opposition à Poutine soutenue par les USA/l’OTAN d’une part ; et d’autre part avec la Russie confrontée à l’OTAN absorbant un des anciens territoires de l’URSS ? Poutine lui offrirait-il de commander une division pour se battre contre une OTAN prise du vertige du Jugement Dernier ?

Situation à suivre, dirait Candide, homme-sage par excellence…

Le texte ci-dessous, de Karine Bechet-Golovko, a été publié sur son site RussiePolitics le 1er février 2021, sous le titre « Russie : des manifestations pro-Navalny sur le modèle biélorusse ».

dedefensa.org


Note (post-mortem)

(*) Oups, lecteur, lapsus daedalus kafkaïkus...

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Les manifs pro-Navalny sur le modèle biélorusse

Ce dimanche, des manifestations surfant sur la vague Navalny ont été organisées dans plusieurs villes de Russie ce 31 janvier, mais tournées contre le pouvoir en Russie. « Pour le nouveau Tsar, un nouveau 1917 », c'est bien d'un appel à renverser le régime constitutionnel dont il s'agit - et en effet, un février en appelle un autre, une nouvelle tentative d'offrir le pays. Si la présence était réelle, l'on est loin, très loin, d'un soulèvement populaire. A Moscou, dans une ville de plus de 15 millions d'habitants, l'on compte de 2 à 8 000 manifestants. Ce qui est en revanche remarquable, c'est l'importation de la technologie développée pour la Biélorussie et une condamnation internationale de la Russie, qui n'accepte pas de s'écraser, mais défend sa souveraineté. Le combat entre dans une phase décisive.

Nous avions déjà parlé de l'ingénierie occidentale derrière les manifestations du 23 janvier, organisées sous le slogan de la libération de Navalny (voir notre texte ici). Pour ces nouvelles manifestations du 31, le scénario biélorusse a directement été implanté.

Le groupe Navalny conduisant les manifestants grâce à leur canal sur Telegram, comme Nexta pour la Biélorussie. A Moscou, comme alors à Minsk, les instructions changeaient au fur et à mesure de la journée, conduisant les manifestants, regroupés en plusieurs groupes, dans les rues de la ville, rendant difficilement effectif le dispositif des forces de l'ordre, qui lui aussi suivaient le mouvement, – plus qu'il ne pouvait le prévoir, alors que tout le centre avait été préventivement bloqué. Comme Tikanovskaya, certains leaders appellent les Etats-Unis à adopter des sanctions contre les "amis" de Poutine. Du gaz de couleur orange a été lancé, des bouteille en plastiques pleines ont volé contre les forces de l'ordre. Evidemment, des coordinateurs ont été aperçus dans la foule, pour guider les groupes dans la bonne direction. Et l'on a retrouvé la chanson du chanteur de rock Tsoï, ‘Peremen’ (Changements), symbolique de la fin des années 80 et des manifestations à Minsk.

Selon les paroles d’une manifestante :

« Tous nos amis veulent sortir pacifiquement se promener tous les week-ends comme en Biélorussie. Ca va bientôt devenir un réflexe et comme ça, on fera tomber le régime. »

La presse d'opposition et la presse étrangère reprennent tous en choeur les données diffusées par l'ONG OVD-Info, qui supporte l'opposition russe et qui est elle-même supportée par des instances intéressantes, puisque l'on trouve parmi ses sponsors la Commission européenne, l'ambassade de France en Russie ou encore la FIDH. Cela s'appelle donc un retour sur investissement.

Et en effet, environ 5 000 personnes auraient été interpellées en Russie, une grande partie relâchée. De 2 à 8 000 personnes ont manifesté dans les rues de Moscou, au milieu des passants, ça fait du monde, mais ce n'est pas le soulèvement populaire. 550 personnes à Omsk, 30 personnes à Petropavlovsk-Kamtchatka, Iekaterinbourg 2 300 personnes, Novossibirsk de 1 300 à 5 000, etc. La Russie n'a pas mis à genoux ses policiers devant les "manifestants pacifiques" comme en Ukraine, elle reste maître du jeu. Le Procureur général appelle à transformer le sursis de Navalny en peine réelle, une nouvelle manifestation est donc prévue pour le 2 février.

La pression internationale continue à monter, toutes les chancelleries condamnent les interpellations, oubliant que si chacun a le droit de manifester, justement parce qu'il est un être humain, il doit répondre de ses actes - la responsabilité est l'envers de la liberté - puisque ces manifestations n'ont pas été autorisées. Ces mêmes chancelleries, qui se taisent devant les arrestations de Gilets jaunes, de manifestants en Europe contre les mesures liberticides liées au Covid, des manifestants aux Etats-Unis contre le Capitole. Une indignation très sélective.

Et les menaces se précisent. Par exemple, la France appelle l'Allemagne à définitivement interrompre le projet North Stream 2 :

« La France a appelé ce lundi 1er février l'Allemagne à abandonner le projet de gazoduc Nord Stream 2 avec la Russie en réaction au sort qui est réservé à l'opposant russe Alexeï Navalny dans son pays. « Nous avons toujours dit que nous avions les plus grands doutes sur ce projet dans ce contexte », a déclaré le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Clément Beaune sur la radio France Inter. La France est-elle favorable à un abandon ? « On l'a déjà dit, en effet », a-t-il répondu. »

Quel est le rapport entre l’affaire Navalny et un projet stratégique énergétique, dont l'Europe a besoin ? Aucun, sauf que l'on ne fait pas des affaires avec “l’ennemi”. Or, la Russie est de plus en plus enfermée dans l'image de l'ennemi. 

Ca n'a pas marché en Biélorussie, ça ne marchera pas plus en Russie. Sans trahison intérieure, un système ne s'écroule pas tout seul, parce que des gens “se promènent”, autrement dit parce que des gens manifestent. Tant que le pouvoir ne lâche pas les forces de l'ordre, ne joue pas le jeu ukrainien des vilains sadiques violents contre les pôv' petits enfants qui se promenaient, les risques sont limités.

Pour autant, il serait dangereux de prendre à la légère la capacité de nuisance, non pas de Navalny, mais de ceux qu'il représente, de ceux qui dirigent le jeu. Si Navalny peut être qualifié, comme le fait Medvedev, “d’imbécile politique” ou “d’aventurier” et de nous ressortir l'épouvantail confortable du Covid et de la conscience sanitaire globale pour ne pas manifester, les forces qui se tiennent derrière sont réelles et non négligeables. Il ne faut pas confondre l'acteur avec l'auteur de la pièce.

D'ailleurs, le ministère russe des affaires étrangères condamne l'organisation de ces manifestations illégales et la diffusion de fakes, soulignant que les Etats-Unis semblent revenir aux idées développées par la Rand Corporation pour déstabiliser la Russie dans son rapport “Overextending and Unbalancing Russia”.

Il est vrai que la période est propice à un mouvement de déstabilisation de l'Etat en Russie. Suite à la gestion globale du Covid, les revenus réels de la population ont baissé, les prix augmentent, si le pays s'ouvre lentement, chacun se demande pour combien de temps, la méfiance est la règle. Des décisions politiques impopulaires ont laissé des traces. Bref, il existe un mécontentement réel, que certaines forces veulent instrumentaliser. Ce qui ne veut pas dire que les Russes aient envie de détruire leur pays, comme les Ukrainiens l'ont fait. Pour autant, c'est le moment ou jamais de réduire l'espace idéologique grandissant entre les élites (néolibérales) et la population (conservatrice). La bêtise fanatique des globalistes peut favorablement y aider.

Karine Bechet-Golovko