Forum

Pour poster un commentaire, vous devez vous identifier

La puissance impuissante de la Russie

Article lié : La Syrie, l’ONU et le tournant de la Russie

Christian Merlinki

  28/04/2011

« Les Russes en ont donc assez de cette prétention continuelle de vertu des Occidentaux, et des erreurs grotesques et déstabilisantes qui découlent de leurs actions intempestives et incontrôlées. »
Je ne pense pas que leurs actions soient intempestives et incontrôlées. Tout d’abord car toute opération sur la scène internationale fait l’objet d’une étude approfondie de faisabilité dans les meilleures conditions même si la qualité du travail de Moby Dick peut, ces derniers temps, sembler confuse pour des raisons de désordre interne dû à son financement ou à des contradictions politiques domestiques; donc elles ne sont pas intempestives. On ne provoque pas des événements internationaux à conséquence majeure sans préparation sérieuse. Incontrôlées? Il ne peut interférer des états d’âme d’ordre personnel qui influeraient sur le cours des événements, dans une mesure qui reste à hauteur de l’importance du pouvoir du personnage qui agirait soudainement à l’encontre du programme. Le facteur humain peut toujours intervenir, mais il est pris en compte dans le cahier des charges et serait contrecarré immédiatement par une intervention plus importante encore qui balaierait cette velléité comme incident mineur. Il serait tout de même surprenant qu’un personnage influent tel qu’un Obama, sur un coup de folie passagère donc suicidaire, veuille imprimer une tout autre direction à un programme de déstabilisation planifié par l’équipe dirigeante qui ne pourrait s’accommoder de distraction individuelle. Une initiative personnelle n’est acceptable et même souhaitée que dans un cadre tactique et non géostratégique (qui répond à une vision géopolitique précise sur le long terme). Et ce qui se passe sur le théâtre des opérations en cours sur le sol africain incluant le Proche et Moyen-Orient, est loin d’être une manifestation spontanée mais participe au même titre que bien d’autres conflits antérieurs à une volonté inébranlable d’instaurer le New World Order. Tel un chapelet de désordres ordonnés enfilé par une suite implacable de faits d’appropriation de la domination mondiale hyper centralisé, mondialiste. Erreurs grotesques? J’en doute car elles sont payantes dans la logique de la recherche de domination mondiale à tous prix. Contrairement à ce que d’aucuns pensent, les USA ne régressent pas, ils gagnent des points sur beaucoup de terrains. Croire au premier degré que leurs défaites militaires précédentes ne leur servirent pas réellement pour l’érection d’un New World Order serait se méprendre sur la volonté d’une oligarchie qui échappe à tout ancrage national, culturel, religieux, clanique, donc qui a toute la puissance qu’elle désire grâce à son pouvoir financier sur les décisions politiques nationales et transnationales et internationales. Ou alors, s’il y a une once de religiosité, elle ne s’exprime que dans le culte de Mammon, nouvelle divinité New Age. Contrairement à beaucoup de gens, et même souvent bien informés et instruits, les défaites n’en étaient pas réellement dans cette optique mondialiste, elle (oligarchie marchande) a utilisé un des principaux et plus perfides outils à sa portée et qui reste méconnu par la majorité, la REGIONALISATION du monde. Pour schématiser, le monde nouveau devrait advenir telle une fédération de fédérations régionales ou blocs continentaux fédéralistes d’ethnies et régions. Les frontières territoriales sont à bannir pour mieux contrôler les masses dans le cadre de régions qui auront, chacune, à répondre devant de nouveaux pouvoirs centraux dans le cadre d’une fédération régionaliste ou d’un bloc continental de régions. Ces régions devront présenter l’originalité d’être homogènes, selon des critères soit ethniques, soit confessionnels, soit linguistiques. Ainsi, la question du multiculturalisme des Etats disparaîtra avec les frontières nationales qu’il faut à tout prix disloquer pour l’assise du New World Order. Même si certains Etats resteront en place tel quel car ils conviendront dans la nouvelle structure mondialisée. Comment ont-ils pu diviser certains pays? Le soutien à la culture et au trafic de stupéfiants aura été un excellent investissement, Triangle d’Or, Croissant d’Or, etc. Le soutien au trafic des armes et à l’édification de réseaux mafieux et terroristes. Le racket est généralisé et entretenu par des services spéciaux. Par cette voie, on obtient le mutisme de nombreux gouvernements sur des provocations locales qui préparent à des troubles plus importants. Ainsi, les snipers que l’on retrouve à l’œuvre dans toutes les révoltes afin d’aggraver une situation pour qu’elle n’échappe pas à la révolte et affaiblissent assurément le régime à renverser.
Voir une Russie renaissante avec l’éclat d’une nouvelle puissance est tout aussi erronée. Sa puissance actuelle n’est fondée que sur l’économie, qui est minée de toutes parts, du reste par les USA et l’Allemagne. Sa technologie est loin des sommets atteints par le camp occidental. Ses richesses naturelles sont progressivement rachetées par les prises d’actions successives dans les principales sociétés qui déterminent la bonne santé de l’économie russe, exception faite pour Gazprom (quoique…). D’accord, la prise d’actions reste à un quota encadré, mais… Sa politique extérieure n’est axée que sur le commerce; elle n’a fait preuve d’une volonté politique notable que contre la Géorgie, car la défense aux frontières de son territoire était un enjeu capital. Elle a été testée, et elle a bien réagi pour montrer aux prétendants à la colonisation de la grande slave qu’elle a récupéré les atouts militaires assez convaincants pour les tenir en respect. Mais cela n’est que de l’esbroufe au regard du rôle qui lui est dévolu pour le futur. Alors qu’avec l’incident (délibéré) du Koursk… La grande Slave a bien failli y laisser sa toilette. Qu’a-t-elle fait depuis? On se serait attendu à ce qu’elle oppose fermement son veto à la résolution 1793 et la Chine lui aurait emboîté le pas. Elles (Russie, Chine) se sont contentées de s’abstenir, confites dans leur coin. Sa diplomatie étrangère tombe en poussière à voir comme elle s’aplatit devant les agressions continues de l’Occident : guerre des Balkans, Irak, Soudan, Nigéria, indépendance autoproclamée du Kosovo, Egypte, Côte d’Ivoire, Libye, Syrie, et l’Algérie à venir; toutes régions où ses intérêts étaient incontestables. Son économie recule à chaque avancée de l’Otan. Connaissez-vous le projet AMBO? AMBO (Albanie, Macédoine, Bulgarie) fut à l’origine, de la disparition de la Yougoslavie, de la guerre du Kosovo avec le bombardement des ponts de Belgrade (dont l’un enjambe le Danube), de Nis et Novi Sad (donc d’un contrôle accru du trafic fluvial du Danube) et de l’indépendance autoproclamée du Kosovo. Alors, qu’elle avait tout à perdre à nous laisser faire, puisqu’il s’agissait d’un tracé prévoyant le transport par oléoduc d’hydrocarbures et installations de nouvelles voies ferrées (la pression allemande fut énorme dans la décision du bombardement) et du contrôle régional (primordial pour le reste de l’Europe via par la Pannonie) en installant des bases stratégiques. Elle est donc absente et impuissante pour tenir un rôle conséquent sur la scène internationale. Et sa participation dans les Brics en est l’aveu même. A cinq, on doit se sentir plus fort. Toutefois, les USA ne froncent même pas les sourcils lorsque la Russie feint de montrer les dents dans son coin avec ses protestations qui ne sont entendues que par les Russes-mêmes. En fait, si on observe les craintes émises par la Russie, ce qui se passe en Afrique et au Proche-Orient, semble moins cruciale car d’intérêt commercial que le démembrement de la CEI et de la Russie à proprement parlé au profit de cette Régionalisation programmée. Et l’Europe n’y échappera pas non plus. Le pouvoir politique russe représenté par Medvedev et Poutine. Le premier prône le patriotisme qui a pour mission de réunir toutes nationalités résidentes sous la bannière russe, alors que Poutine serait de tendance nationaliste, donc prônerait plutôt la préférence nationale des ethnies russes rejetant par là les essences exogènes. Sous cette apparente dichotomie à la russe se profile l’allégeance au New World Order dans le cadre duquel ils bien placer les Russes (d’origine) à des places enviables. Medvedev avait présenté à la presse (août 2009 la future pièce de monnaie universelle) et Poutine, depuis son avènement, a préparé le terrain du régionalisme par un écheveau commercial dans l’Est de la Sibérie. Politique commerciale qui, à force d’inclure les pays limitrophes dans la responsabilisation des accords bilatéraux approfondis voire trilatéraux, forcera l’élimination progressive des frontières territoriales entre ces pays par l’intérêt commercial croissant, devenant par là prédominant sur toute politique nationale, en faveur des régions qui se voient prendre un poids qui leur assureront un atout non négligeable lorsqu’elles se frotteront au pouvoir central de l’Etat; ce qui à terme déclenchera une volonté d’autonomie voire d’indépendance de toutes ces régions sur base ethnique. La Chine sera donc également contrainte de céder du terrain au régionalisme au profit d’un bloc asiatique économique fédérant les régions, comme on le voit à l’œuvre en Europe et en Amérique du Sud. Malgré tout, le budget de l’armement russe augmente incessamment et sa subséquente sophistication. L’armement actuel suffirait déjà à intervenir sans rougir sur plusieurs théâtres d’opération dans le monde grâce à une confiance retrouvée chez les militaires et ce malgré quelques purges inévitables dans la caste mafieuse des généraux, tous inquiétés les uns après les autres. Pourquoi donc n’être pas intervenu lors d’incidents graves portant atteinte à l’intégrité économique donc vitale pour la société russe? Elle aurait certainement été capable de freiner l’ardeur provocatrice étatsunienne dans certaines parties du globe en lui faisant contrepoids par l’installation de bases menaçantes qui auraient contrôlé les faits et gestes des services spéciaux des USA, notamment à proximité de Sao-Tomé. Au Kosovo, ils y ont répondu par le South Stream, Nabucco étant rendu caduque, mais elle aurait dû s’interposer au démembrement de la Yougoslavie (restreinte). En Irak? En Afghanistan? Remarquez que tous les pays africains touchés par la déstabilisation sont tous des comptoirs commerciaux russes, anciens ou récents! Ce n’est pas tant pour s’approprier les richesses que pour en priver les concurrents russes et chinois.
Pour la question iranienne, la Russie a rejoint les rangs occidentaux par méfiance du Régime iranien qui pourrait aussi être adversaire, dans le Caucase russe, avec des pays que Moscou ne veut pas lâcher comme partenaires privilégiés et tenant compte de ce que les Iraniens force leur influence en Asie Centrale et dans le Caucase. Ainsi, s’est-elle jointe au concert de protestations concernant le nucléaire uniquement comme coup de semonce, mais s’est toujours opposée aux sanctions. Le Caucase et l’Asie Centrale sont la cible des puissances régionales telles que l’Iran, la Turquie, la Russie, la Chine et une intercontinentale que sont les USA. Je pourrais poser la même question à l’endroit de la Chine, pourquoi ne s’est-elle pas montrée plus ferme et décidée contre le système belliciste étatsuniens? Alors qu’on l’imagine aisément surarmée et possédant l’arme nucléaire, et de surcroît est devenue la 2ème économie mondiale. Car c’est un géant aux pieds d’argile, en ce sens que ce que nous vivons en Europe comme velléité indépendantiste de nos régions respirant un nationalisme exacerbé la concerne également mais on en parle moins chez nous car elle-même mouche toute information susceptible d’aggraver la situation qui n’est pas plus solide que la nôtre, ensuite sur le plan militaire, son armement n’est pas aussi avancé que nous le croyons, selon les critères occidentaux et s’avèrerait de bien piètre prestation en cas de guerre de haute intensité, et pour finir sur le plan économique, elle peut craindre des troubles sociaux qui minent la confiance dans son économie par des manifestations d’une nouvelle classe moyenne qui réclame un relèvement de sa condition sociale et économique, et peut craindre aussi que sa détention de fonds souverains étatsuniens pourrait lui briser le dos si les Etats-Unis faisaient faillite. Et il m’étonnerait qu’elle puisse les revendre facilement. Plus personne n’en veut, même les pays arabes. Ainsi donc, la Chine et la Russie sont coincées, pourtant elles pourraient imiter les USA en se lançant ensemble dans des campagnes militaires extérieures qui contreraient les Etats-Unis dans leur quête d’appropriation des richesses mondiales pour se les conserver à tous prix. Non. Rien! Ces puissances ne lèvent pas le petit doigt, alors que les BRICS représentent une force incontestable. Je ne vois que l’explication de l’inféodation confirmée au New World Order dans lequel elles espèrent se positionner le mieux possible. Un jour, on apprendra que la Corée du Nord aura été lâchée par la Chine ou que la Corée du Nord s’ouvrira miraculeusement au reste du monde en se soumettant à l’hégémonie impériale d’Océania.
Les interventions sur le globe de la puissance américaine endettent les USA mais c’est le reste du globe qui finance leurs dettes, donc ils ne s’appauvrissent pas, ils poursuivent leur plan de folie du pouvoir à outrance. Le jour où les Etats-Unis ne pourront plus tabler sur les autres nations pour poursuivre leur course à l’endettement afin de dominer le reste du monde, ils se déclareront en faillite pour faire surgir un bloc Nord-Américain composé de l’Alena et sans doute quelques petites nations d’Amérique Centrale. Les autres nations, notamment européennes, voleront en éclat dans le sillage des Etats-Unis par l’effet domino sur nos banques et Etats qui détiennent trop de dettes souveraines. La Chine vacillera et l’Eurosibérie sera mûre pour s’associer aux bribes étatiques de l’Union européenne, dont les régions et certains Etats réclameront l’indépendance, afin de former l’Eurasia. La Russie vient, par la voix de Poutine, d’en proposer à l’UE la version économique, imbrication des économies russes et européennes afin de former un conglomérat monstrueux de Lisbonne à Vladivostok. Ce qui arrivera sûrement lorsque la susnommée Union européenne se disloquera par les coups de boutoir nationalistes et l’écroulement économique et financier des Etats. La Deutsche Bank, qui n’est plus si deutsche que ça, pourrait être la mèche qui fera exploser la maison Europe avec l’Allemagne en pôle position.

Réplique à l'ouest ?

Article lié : La Syrie, l’ONU et le tournant de la Russie

Jack v.

  28/04/2011

Traduction française de "Avenging Planet" de Michael T. Klare

Article lié : La “Teerre” change notre psychologie

Patrick Barret

  28/04/2011

Réponse à Mich - Rafale

Article lié : Orient contre Occident

Max JAMES

  28/04/2011

le Rafale est « simplement le meilleur et le plus complet avion de combat sur lequel j’ai volé. Si je devais aller au combat, quelle que soit la mission, contre quiconque, je choisirais sans hésitation le Rafale »

Peter Collins : ancien pilote de la Royal Air Force, et des Red Arrows.

Pour mieux comprendre les marchés internationaux, je vous conseille d’étudier le cas Paris vs Londres pour les olympiades.

La valeur intrinsèque de l’avion n’a que peu d’importance dans son succès sur les marchés.

Mais il faut garder espoir..

http://supersonique.blogs.challenges.fr/archive/2011/04/28/inde-le-rafale-en-pole.html

Psychiatrie économique et géopolitique...

Article lié : Les somnambules de l’apocalypse

Jack v.

  28/04/2011

Le bulletin du GEAB du 15 avril 2011 parvient à des conclusions assez semblables à ce qu’on peut lire sur ce site. On y retrouve notamment des références à la “folie” qui semble s’être emparée du système.

“Les chiffres peuvent donner le tournis : « 6.000 milliards de coupes budgétaires sur dix ans », dit le Républicain Ryan, « 4.000 milliards en douze ans » réplique le déjà-candidat pour 2012 Barack Obama, « tout cela est loin de suffire » renchérit l’une des références des Tea Parties, Ron Paul. Et de toute façon, sanctionne le FMI, « les Etats-Unis ne sont pas crédibles quand ils parlent de réduire leurs déficits ». Cette remarque inhabituellement brutale du FMI, traditionnellement très prudent dans ses critiques concernant les Etats-Unis, est en tous cas particulièrement justifiée au regard du psychodrame qui, pour une poignée de dizaines de milliards de Dollars, a failli faire fermer l’état fédéral faute d’accord entre les deux grands partis. Un scénario qui va d’ailleurs se reproduire prochainement à propos du plafond d’endettement fédéral.

Le FMI ne fait donc qu’exprimer une opinion largement partagée par les créanciers des Etats-Unis : si pour quelques dizaines de milliards USD de réduction des déficits, le système politique américain atteint un tel degré de paralysie, que va-t-il se passer quand dans les mois à venir vont s’imposer des réductions de plusieurs centaines de milliards USD par an ? La guerre civile ?
...
“Le contexte n’est donc plus à la simple paralysie mais bien à une confrontation tous azimuts entre deux visions de l’avenir du pays. Plus la date des prochaines élections présidentielles va s’approcher (Novembre 2012), plus la confrontation entre les deux camps va s’intensifier et se dérouler au mépris de toute règle de bonne conduite, y compris pour sauvegarder l’intérêt général du pays : « Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre » dit Ulysse dans l’Odyssée. La scène politique washingtonienne va de plus en plus ressembler à un hôpital psychiatrique dans les mois à venir, rendant de plus en plus probable « la décision aberrante ».”
Source : leap2020

Déjà Bush père...

Article lié : Les somnambules de l’apocalypse

Jack v.

  27/04/2011

La crise de somnambulisme a commencé il y a bientôt une vingtaine d’années par un refus de la réalité et la revendication par les US de conserver un statut définitif de nation privilégiée puisque George Bush déclarait déjà en 1992
« le mode de vie des Américains n’est pas négociable ».

Hors du système point de salut

Article lié : Ron Paul, 2012 & le Système

Fabrice

  27/04/2011

J’avais effectivement eu la même lecture du commentaire de ce personnage sur Ron Paul.

Si j’avais pour ma part un commentaire à faire sur Ron Paul c’est que son obstination malgré la mauvaise foi du système m’impressionne. D’autres auraient abandonné et choisi d’oeuvrer complètement hors du système.
Réussir à garder toute son “honnêteté” quand on est constamment entouré par le système ne doit pas être facile tous les jours.

D'un frédéric Lordon en verve

Article lié : Bye bye AAA, la pire menace depuis Pearl Harbor…

GEO

  27/04/2011

Les deux gros cochons
mardi 26 avril 2011, par Frédéric Lordon

http://blog.mondediplo.net/2011-04-26-Les-deux-gros-cochons

Ainsi donc il va falloir envisager d’agrandir la porcherie… Car deux fameux gorets tapent du groin à la porte.

Au commencement, ils étaient trois petits – les cochons. Grèce, Portugal, Espagne. Et comme il fallait un « I » (pour bien faire PIGS), on eut d’abord l’idée de l’Italie – puisque les crottés sont nécessairement les Méditerranéens. Sauf que ce fut l’Irlande. Et la théorie financière des types et des climats connut un premier accident. La pauvre se prépare des lendemains scientifiques difficiles. Car voici que les Etats-Unis – et bientôt sans doute le Royaume-Uni – commencent à faire parler d’eux. Evénement dans le landerneau des marchés, Standard & Poor’s, le 18 avril, a confirmé le triple-A de la dette souveraine étasunienne, mais en la plaçant sous surveillance négative (outlook negative), avec probabilité d’un tiers d’une dégradation ferme à horizon de deux ans. Se peut-il que la race des seigneurs finisse se roulant dans le purin et poussant grognements ?...

Comme par un effet d’habitat préféré, la finance, culturellement anglo-saxonne, a toujours eu un faible pour ses appartenances. Seule en tout cas une sorte de privilège d’anglo-saxonnité parvenait à rendre compte de certaines distorsions du jugement financier, comme par exemple celle qui cloue le Portugal et l’Espagne au pilori quand la situation objective du Royaume-Uni et des Etats-Unis n’est pas beaucoup plus reluisante (si elle n’est pas plus mauvaise). Les Etats-Unis ont des déficits et des dettes plus dégradés que le Portugal ; l’Espagne, qui est le « meilleur » des quatre (sur la base de ces deux ratios), fait mieux que le Royaume-Uni. Seule la croissance met les Anglo-saxons en position avantageuse, et pour cause : les Britanniques, hors de l’UEM (Union économique et monétaire), ont fortement dévalué la livre (presque 30% contre l’euro), quant aux Etats-Unis, en général grands pourvoyeurs d’anathèmes théorico-idéologiques mais à l’usage des autres, eux n’ont pas eu la bêtise de se mettre sur le dos l’invraisemblable carcan des Européens et mènent depuis trois ans une politique économique puissamment expansive avec déficits à gogo et monétisation à peine dissimulée (quoique encore recouverte de l’aimable euphémisme de Quantitative Easing…)

(......)

une bonne stratégie intertemporelle, en politique économique comme en n’importe quelle autre matière, est une affaire de patience, c’est-à-dire de tolérance à des inconvénients transitoires. Or, si l’on autorise cette aimable litote, la patience n’est pas le fort des marchés à qui la propriété de liquidité a donné l’habitude des ajustements instantanés et de la satisfaction immédiate du désir patrimonial. Avec parfois l’ombre d’un doute, tel qu’il se manifeste dans les invraisemblables revirements par lesquels les marchés en viennent à reprocher aux gouvernements les effets de ce qu’ils les ont forcés à appliquer… Pour l’heure en tout cas, la finance, dont les agences sont en quelque sorte la voix, a pris son parti – on sait lequel il est. Or cette prise de parti, loin d’être la seule expression d’une opinion comme feignent de le croire les agences (qui s’abritent systématiquement derrière le premier amendement (freedom of speech) de la Constitution étasunienne pour ne jamais encourir la moindre conséquence des inénarrables boulettes qu’elles commettent à répétition), cette prise de parti, donc, est un acte d’immixtion politique qui ne prend même plus la peine de se cacher.

Sous ce rapport, la lecture de la note de Standard & Poor’s est des plus édifiantes [11]. Il y est presque exclusivement question des péripéties parlementaires qui voient s’affronter le plan Obama et le plan Ryan… l’un et l’autre bien d’accord sur l’objectif d’une réduction de déficit cumulé de 4 trillions de dollars à horizon de dix ans, mais toujours divergents quant aux moyens d’y parvenir. Et la note entière n’est qu’une grande exhortation à sortir de ces stériles querelles pour enfin « régler le problème » raison revenue et tous enfantillages mis à part. Voilà donc finalement quel était l’objectif de Standard : peser directement sur le processus politique et, par un coup de cymbales, mettre un terme aux tergiversations et forcer l’accord bipartisan – puisque les Etats-Unis sont en situation de cohabitation.

La palabre parlementaire, ses longueurs, ses atermoiements, tout ça énerve la finance. La démocratie est dispensable puisqu’on sait déjà très bien ce qu’il faut faire – il n’y a qu’à le faire ! Des épisodes tels que celui du 18 avril, mais on en trouverait centaines d’équivalents, ont au moins le mérite de faire percevoir distinctement à quel degré intense la finance fait de la politique : elle se pose en tiers intrus au contrat social, y impose ses réquisits au point d’évincer ceux du peuple, pour finir à la limite par s’ériger en corps politique de substitution – comme en témoignent assez les politiques publiques désormais implicitement ou explicitement (la réforme des retraites !) agencées pour son seul bon plaisir (« conserver à la France son AAA… ») On aurait grand tort de voir là une regrettable mais réversible dérive de la finance – on se demande d’ailleurs what on earth pourrait la convaincre de renoncer aux formidables conquêtes que lui a permis un rapport de force (structurellement armé) ultra-favorable. Sauf miraculeux accès de sainteté, on n’a jamais vu groupe de puissance abandonner de lui-même ses ressources de pouvoir. Le plus caractéristique dans le cas présent tient à l’objectif de l’accord bipartisan poursuivi par les agences, objectif de l’extinction du dissensus politique (trop générateur d’instabilité), de la cessation du conflit des opinions (toujours susceptible de faire renaître des idées indésirables), bref de la négation même de la démocratie en tant qu’elle est essentiellement controversée… et par là source d’incertitude. L’idéal de la finance est unanimitaire : que le peuple se range comme un seul homme ! – derrière les « bonnes » idées bien sûr.

(.....)

Ukraine 9 nouveaux réacteurs nucléaires après Tchernobyl.

Article lié : Fukushima, révélateur d'une crise institutionnelle majeure

Francis Lambert

  27/04/2011

Comme pour les banques, la catastrophe nucléaire est LA politique Nationale.

Article lié : Fukushima, révélateur d'une crise institutionnelle majeure

Francis Lambert

  27/04/2011

La loi du 30 octobre 1968 publiée au Journal officiel de la République française est fort instructive. On y lit : “Le montant maximum de la responsabilité de l’exploitant nucléaire est fixé à 50 millions de francs pour un même accident. Au-delà du montant de la responsabilité de l’exploitant, les victimes sont indemnisées par l’Etat.”

Tchernobyl ... 161 milliards d’euros ... entre 1986 et 2015
Fukushima ... de l’ordre de 8,4 milliards d’euros

Il s’agit d’une subvention cachée extrêmement importante en faveur de cette énergie.

Les sociétés privées recherchent le profit, quitte à abaisser les normes de sécurité, en sachant qu’elles ne subiront qu’une responsabilité limitée en cas de catastrophe. Un peu comme des banques qui précipiteraient le système financier dans l’abîme sans en subir les conséquences…

renationaliser, chez nous, EDF et Areva. C’est l’inverse de la politique suivie en France ...

Nationaliser EDF ! Hervé Kempf http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/26/nationaliser-edf_1513005_3232.html

Japon : un fascisme qui a réussi, Yan Barcelo

Article lié : Orient contre Occident

Francis Lambert

  27/04/2011

Orient contre Occident ... la lune contre la terre.

(L’ère Shogun, 600 ans en Vase clos ... NB ce qui rappelle l’Empire du milieu, la Chine)
C’est une “expérience unique que le Japon a menée depuis plus de 600 ans : la lente et systématique création par ses élites d’une société hautement organisée et intégrée et d’une population étonnamment conformiste et docile. L’essentiel de ce travail a été mené par le Japon des shoguns, en vase-clos, sur une île qui s’est fermée à toute incursion étrangère pendant plus de 500 ans, jusqu’à la Restauration Meiji au milieu du XIXe siècle. Ce patient et systématique travail a livré un résultat tout à fait original dans l’histoire : un fascisme de facto, un fascisme réussi.” (...)

(Hegel, la fin dans l’état)
On retient surtout du fascisme certains éléments qui n’en sont pas constitutifs au départ, notamment le racisme, la violence et l’eugénisme. Le théoricien à l’origine de l’idéologie fasciste a été Hegel, un des plus éminents philosophes du XIXe siècle. Sa doctrine faisait culminer dans l’État tout le parcours de l’histoire de la raison et de la liberté où celles-ci trouvaient leur point d’accomplissement. Selon lui, les humains étaient vraiment libres seulement dans la mesure où ils soumettaient librement leur volonté à l’État, porteur de la civilisation, garant de la liberté de tous. Dans une telle pensée, nous sommes loin de l’idéologie libérale et individualiste qui prévaut aujourd’hui et pour laquelle la liberté tient à une zone franche dans laquelle chaque individu peut faire à sa guise sans interférence extérieure, dans la mesure où il ne nuit pas à la même sphère d’autrui, l’État ayant pour rôle de préserver cette sphère individuelle.
• En théorie, l’idéologie fasciste semble presque idéale en ce qu’elle propose une harmonisation optimale entre l’individu et l’État. Mais c’est un leurre, car elle fait l’économie de l’individualité qu’elle soumet à des transcendants supérieurs de la Raison et de la Liberté. À quoi servent la raison et la liberté si elles ne sont pas portées par chacun des membres du corps social ? (...)

(un fascisme “culturel”)
On sait que les fascismes européens ont échoué, à cause justement de leurs manifestations scandaleuses de violence extrême et de racisme.
• Mais on peut imaginer un fascisme plus « pur » en quelque sorte, plus proche de l’idéal formulé par les philosophes. Et c’est ce type de fascisme que le Japon a patiemment mis en place au cours des siècles, un fascisme non théorisé, certes, mais un fascisme de fait. Et surtout, un fascisme réussi. (...)

(Triade et zaibatsu)
Au sommet de la société japonaise on trouve un conglomérat qui réunit la triade gouvernement, entreprises et banques dans un tissage extrêmement serré. Entre les parties de cette triade, les hauts dirigeants circulent très librement, un haut fonctionnaire pouvant devenir dirigeant d’entreprise, pour ensuite devenir ministre puis retourner au mandarinat d’État. Les grands groupes dominants, qu’on nomme les zaibatsu et où on trouve les colosses Mitsubishi, Mitsui, Sumitomo et quelques autres, sont les faisceaux autour desquels les élites du pays articulent et organisent la société japonaise.
-          Ces grands groupes ont des comportements qui sont inimaginables pour nous, en Occident. Par exemple, quand j’étais là en 1990, tous les jeunes recrutés par les grandes sociétés vivaient dans des colonies et dortoirs entretenus et payés par leurs entreprises. Ce n’est qu’au moment de se marier que ces jeunes avaient la permission d’acheter une maison et de quitter la « colonie ». En fait, 40% des mariages étaient arrangés, planifiés, organisés et payés par les entreprises. (...)

(sélection à mort)
-          Le système d’éducation est une vaste chaîne de promotion organisée comme une pyramide qui s’appuie à sa base sur les écoles primaires dans les préfectures et au sommet de laquelle trônent quelques universités, comme celles de Tokyo et de Kyoto. Et au-dessus de ces universités, prennent place les zaibatsu, qui ne recrutent que parmi les finissants de celles-ci. Pour le jeune, c’est une longue course à obstacles extrêmement éprouvante, où l’échec est coûteux. Chaque année, on assiste à des dizaines de suicides de la part de jeunes qui se sentent déshonorés parce qu’ils n’ont pas réussi les examens d’entrée des écoles supérieures, souvent même d’écoles ou de collèges à des échelons inférieurs.

(japonais par consensus)
Aucun individu n’ose se détacher du groupe et du consensus du groupe. Avant qu’un membre ne s’en détache, il aura toujours minutieusement recueilli l’avis du groupe pour en obtenir l’autorisation. Et son rôle, à partir de là, ne sera pas celui d’un individu solitaire et original, mais d’un simple porte-parole du consensus.
Cette référence au groupe opère à tous les niveaux de la société, du plus anodin au plus important. Le travail de mise en consensus opère lentement et systématiquement, que ce soit en économie, en politique ou dans les échanges quotidiens. (...)

(Le charme de l’acier poli)
Le Japon a une âme ! Et celle-ci exhale un charme indicible, fait de féminité et… d’acier. Car je me suis quelque fois heurté au tranchant de cette âme, à sa dureté inflexible et à son mépris, tout particulièrement chez de plus hauts responsables dans la hiérarchie sociale. J’ai senti aussi l’action invisible et irrépressible de sa xénophobie : la surface d’accueil est large et d’une politesse exquise, plus encore, d’une gentillesse sans égale, mais au-delà de ce vestibule d’accueil, un rideau d’acier tombe. L’étranger n’est plus à sa place. Souvent rien n’est dit, mais le rejet et la réprobation silencieuses sont presque physiquement palpables. (...)

(Le bonzai comme culture)
Dans aucun autre pays, les élites et les oligarchies n’ont-elles pu procéder à un tel travail de modelage sur leurs populations respectives. En Europe, ouverte à une multitude de courants et travaillée par le souffle individualisant du christianisme, les doctrines, les pensées et les influences culturelles les plus diverses ont balayé les nations et les esprits et rendu le contrôle exercé par les élites beaucoup plus précaire et ténu. L’arbre européen et occidental, abreuvé de cette multitude de courants, a donné un chêne puissant et rebelle. L’arbre japonais, abreuvé au compte-gouttes et minutieusement manucuré, a donné un bonzai, fascinant et fort, et docile.

(Code intégral bushido)
Ce tableau que je peins peut donner l’impression que les élites japonaises se tiennent à distance cynique de leur œuvre d’ingénierie sociale. Je crois que les élites entretiennent toujours une distance quelque peu cynique et craintive des masses qu’elles surplombent et dominent. Mais qu’elles le veuillent ou non, elles sont elles-mêmes tributaires des idéologies de domination qu’elles formulent et formées par elles. Il en est de même pour les élites du Japon, et plus encore qu’en Occident. Elles sont elles-mêmes soumises aux exigences du code bushido qu’elles ont formulé, leurs comportements et attentes déterminées par lui. De telle sorte que la société japonaise à tous les étages de sa pyramide sociale et politique présente une cohérence et une solidarité peu communes.

Extraits avec mes sous-titres de
http://les7duquebec.wordpress.com/2011/04/03/japon-un-fascisme-qui-a-reussi-2/
http://les7duquebec.wordpress.com/page/3/

The Dangers of Ending the American Empire

Article lié : Saint-Wikileaks (ou qui que ce soit), “fuitez” pour nous

Dominique Larchey-Wendling

  26/04/2011

Un autre article intéressant sur les conséquences potentielles du retour des “boys” ....

http://www.lewrockwell.com/maloney/maloney34.1.html

et le rafale

Article lié : Le JSF et la fascination du pire

mich

  25/04/2011

je suis toujours épatés par le nombre d’article que vous consacrer au jsf , il faut dire que ce programme un peu hors norme le justifie . Alors voila , a moins que vous ne l’ayez déjà fait , pourrait on avoir aussi votre avis sur notre programme national rafale , a moins que vous ne le considériez comme quelconque et plutôt standard .

El Baradei est-il fiable?

Article lié : L’Ouest face à l’Iran, vus par El Baradei : l’infamie as usual

Jean-Paul Baquiast

  25/04/2011

Un franco-iranien de ma connaissance me dit que El Baradei a toujours joué la carte iranienne, y compris celle des ayatollahs. Est-ce exact?

Quelle belle ecriture !

Article lié : Autopsie d’un massacre

Stephane Eybert

  25/04/2011

Merci.