MbS à Biden : « Je m’en fous »

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MbS à Biden : « Je m’en fous »

• Interviewé par ‘The Atlantic’, le Prince saoudien MbS a répondu à une question concernant la détérioration des relations américano-saoudiennes, et de savoir si Biden le « comprenait » : « Simplement dit, je n’en ai rien à foutre ». • Il y a donc un changement de ton, d’humeur, de considération, de la part de l’Arabique Saoudite à l’égard de cette puissance plus que tutélaire pendant bien plus qu’un demi-siècle. • C’est un exemple du vertigineux effondrement, comme une chute sans fin, de l’influence des USA, – de Biden à Kiev, en passant par Kaboul.

Il y a un puissant souffle de fronde qui parcourt tous les recoins du globe, pour ce qui est de l’influence hégémonique des États-Unis, et au-delà, pour ce qui est de la prétention tutélaire de la civilisation occidentale dans sa version suprémaciste anglo-saxonne sur le reste du monde. On sent la force de ce souffle dans cette interview, prise comme symbole et comme métaphore, du prince saoudien Mohammed Bin Salman, alias-MbS, dont l’interview donnée à ‘The Atlantic’ est répercutée ce 7 mars par ‘ZeroHedge.com’ :

« Et ce qui est peut-être encore plus intéressant, c'est sa réponse lorsqu’il a été interrogé sur la détérioration des relations avec la Maison Blanche de Biden, et s’il pense que Biden “le comprend”. “Simplement dit, je m’en fous” [ou : “Je n’en ai rien à foutre”], a déclaré le prince héritier ; il a expliqué que Biden pouvait s’en tenir “penser aux intérêts de l'Amérique”.

“Nous n'avons pas le droit de vous faire la leçon, à vous Américains”, a-t-il ajouté. “Il en va de même dans l'autre sens”.

» Le dirigeant de facto du premier exportateur mondial de pétrole, connu sous le nom de MbS, a également averti les États-Unis de ne pas s'ingérer dans les affaires internes de la monarchie absolue. »

Tout cela, cette rancœur de MbS, vient notamment de l’affaire de l’assassinat après torture du journaliste saoudien et collaborateur du Washington ‘Post’ Khashoggi, au consulat saoudien d’Istanboul. MbS avait été placé par l’‘establishment’ globalisé sous l’influence appuyée des États-Unis, sous mandat d’ostracisme général. Biden avait utilisé le mot de “paria”.  

« En particulier, le meurtre et le démembrement du journaliste saoudien et chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi ont placé MbS sous une “surveillance” internationale constante, même si, dans l'ensemble, les élites mondiales ont recommencé à se rapprocher de Riyad un an à peine après ce meurtre horrible d’octobre 2018 au consulat d'Istanbul. Biden lui-même avait déjà déclaré qu’il ferait du prince héritier “un paria” dans l'opinion mondiale... »

Pour bien mesurer l’évolution de cette affaire, on doit laisser de côté les considérations morales dont on sur son aspect sordide et affreux dont on a fait très grand usage selon notre habitude, et relever plutôt que la sentence de “paria“ prononcée par Biden l’est par le président d’un pays qui aurait, lui, mérité mille fois d’être traité en “paria”. Il ne l’a pas été, mais peut-être doit-on dire : “pas encore”, tant le poids d’influence des USA décroît actuellement avec une prodigieuse rapidité.

Pour ce qui concerne l’Arabie, on en veut pour preuve l’évolution de ces dernières semaines, du fait de l’Arabie vis-à-vis des USA.

« Mais maintenant que la guerre Russie-Ukraine fait rage, Biden a besoin [d’aide]. Le mois dernier, les États-Unis ont commencé à exhorter l'Arabie saoudite à augmenter sa production de pétrole dans un contexte de hausse des prix de l'énergie et de tentatives de trouver des approvisionnements supplémentaires pour l'Europe. Cela faisait partie de ce que Biden décrivait à l'époque comme “des mesures actives pour alléger la pression sur nos propres marchés énergétiques”.

» Cette demande a été rapidement rejetée par les Saoudiens, comme la revue ‘Middle East Eye’ l’a relaté à l'époque : Lors d’un forum sur l'énergie à Riyad mercredi, le ministre saoudien de l'Énergie, le prince Abdulaziz bin Salman, a rejeté les appels à pomper davantage de pétrole et a déclaré que la renégociation des quotas entre les membres de l'Opep risquait d'attiser la volatilité sur les marchés pétroliers...” »

Ce premier choc s’est largement prolongé par une prise de position de l’Arabie (ainsi que deux autres pays du Golfe, dont les EAU de plus en plus en position de confrontation avec les USA) contre une condamnation de l’action de la Russie en Ukraine, par le biais de la signature d’un document dans ce sens (pas de condamnation de la Russie) adopté par la Ligue Arabe.

« La semaine dernière, les experts en géopolitique ont été frappés par le fait que trois courtiers en puissance du Moyen-Orient, dont l'un des plus proches alliés des États-Unis dans la région du Golfe, l'Arabie saoudite, ont signé une déclaration de la Ligue arabe qui ne condamnait pas la Russie et appelait plutôt à la diplomatie, à éviter l'escalade et à prendre en compte la situation humanitaire. Nous savons maintenant pourquoi. »

La dernière phrase, assez vague, est ouverte à diverses interprétations (celle de ‘ZeroHedge.com’ renvoyant aux déclarations de MbS à ‘The Atlantic’). Il est vrai que la réponse assez leste de MbS est un argument largement suffisant, – MbS reprenant à peu près la phrase de Gable-Butler dans ‘Autant en emporte le vent’ : « Frankly, my dear, I don’t give a damn » (lestement traduit pour notre compte : “Franchement, ma chère, je n’en ai rien à foutre”). On pourrait dire aussitôt, pour ne pas trop charger MbS qui l’est déjà assez, que ce n’est qu’un accident de langage ; mais, dans une telle interview il y a l’intention d’une certaine brutalité, voire d’une vulgarité voulue, et alors la vulgarité devient messagère d’une vérité-de-situation qu’on veut faire savoir.

Alors, « Nous savons maintenant pourquoi »... C’est en effet, dans les circonstances que l’on sait, que l’épouvantable MbS devient une sorte d’acteur symbolique parlant au nom de tant de pays d’Amérique du Sud, d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Asie, qui, à l’ONU. Il s’agit des pays qui, en refusant lors de l’Assemblée Générale de l’ONU réunie sur la guerre en Ukraine le vote extrême (condamnation de la Russie + sanctions), ont exprimé dans les diverses nuances des trois autres choix (condamnation sans sanctions, abstention, refus de condamnation) leur lassitude extrême approchant désormais la révolte ouverte de cette pesante mainmise des USA sur le reste du monde, au nom d’une légitimité abusive que leur dispenserait encore leur grossière et brutale hégémonie à l’agonie (le Pentagone, Wall Street, le dollar, Hollywood).

Le problème est en effet, pour cette majorité qui n’ose encore s’exprimer à voix trop haute, que les États-Unis cessent enfin de se regarder avec une immense satisfaction dans leur propre miroir évidemment truqué à l’image d’un masque covidien, – pour réaliser, enfin là aussi, l’état de leur chute sans fin. La guerre en Ukraine, – notre ‘Ukrisis’ où ce texte pourrait trouver sa place, – est à cet égard une occasion inratable, alors que la chose se dit à voix haute à New York et à Washington :

« A chaque année son “disaster” dans l’Amérique-Woke de Joe Biden. 2021, ce fut l’“Afghan disaster” ; en 2022, c’est d’ores et déjà l’“Ukranian disaster”. Les péripéties de la ‘senile dementia’ de Joe Biden, lui donnant un comportement excentrique et imprévisible, commence par lasser même les plus chauds partisans du gauchisme-Woke du président, y compris MSNBC qui a critiqué sans détour la politique américaniste. »

Bref, l’on s’arrête à un mot, une phrase courte, une apostrophe brusquement coupante et brutale, et volontairement vulgaire. Cette vulgarité voulue signifie, pour les oreilles assourdies du ‘Ol’white Joe’, qu’il est temps de lever le camp et de débarrasser la table. Il en faudra plus pour se faire comprendre par ce président ‘senile dementia’ des Etats-Unis, décidément personnage absolument parfait pour achever l’effondrement de cette puissance sans prendre la moindre précaution, par autisme et par aveuglement, pour tenter de négocier cette chute, de la rendre un peu moins rude... Et au-delà, la chose vient bien à point, ‘Autant en emporte le vent’.

La différence avec cette référence fameuse, – bienheureusement à-demi cancelled aujourd’hui pour racisme à tous vents, – est qu’à ce moment de l’aventure, les Sudistes savaient qu’ils avaient perdu. (C’est bien ce que Scarlett reproche à Butler : aller s’engager dans l’armée de la Confédération alors que la guerre est perdue !) Aujourd’hui, les USA ne le savent pas, tout simplement parce qu’il n’est pas concevable dans leur psychologie originelle qu’ils puissent perdre, tout comme ils ne peuvent concevoir qu’ils puissent être coupables de quoi que ce soit (“indéfectibilité” & “inculpabilité”). Par conséquent, ils ne pourront pas le savoir, ce qui peut nous conduire assez loin... Comme dit monsieur de Castelnau :

« Nous allons probablement vers des temps difficiles. »

 

Mis en ligne le 7 mars 2022 à 16H40

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