L’odeur du mensonge et le bouquet du simulacre

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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L’odeur du mensonge et le bouquet du simulacre

29 septembre 2020 – On a remarqué que je préfère le mot plein de sophistication, d’élégance, presque de la légèreté d’une bulle ou d’un songe, de ‘simulacre’, au mot, infiniment plus grossier et vulgaire, de ‘mensonges’. Je trouve que c’est là, comme on dit dans les débats sur nos plateaux, un “vrai débat” de notre temps, au terme duquel on peut avancer des jugements sur notre temps, son étrangeté, sa radicalité, son exceptionnalité, – et finalement, au bout, badaboum, – sa chute.

Je mets les deux mots en balance, comme l’on dit dans un débat, alors que deux textes très récents viennent apporter beaucoup d’eau au moulin de notre souffrance, et à l’argument de votre désespérance. Le premier m’a été signalé par un mien ami qui veille sur le bon fonctionnement et l’entretien de ma santé approximativement intellectuelle tandis que le second m’est tombé sous la dent comme à l’habitude, lors de mes pérégrinations de sentinelle de nos esprits agressés par les termites de leur déconstruction et de nos âmes pressées par les docteurs de leur néantisation.

• Le premier texte à signaler est celui du chroniqueur anglais George Galloway, ancien parlementaire, dissident notoire du Système de Sa Majesté, dans RT.com évidemment, sur ‘The Fabric of Lies’, comme principale, sinon seule industrie du bloc-BAO encore parfaitement productive malgré Covid. Galloway prend plusieurs exemples (l’Irak, la Syrie, Navalny, etc.) ; ce qui le stupéfie est la construction étrange de cette architecture de mensonges, l’absence complète de la moindre vérité, alors qu’avant les mensonges courant de la politique cherchaient toujours à se structurer sur un facteur, un élément de vérité. Aujourd’hui, rien de cela et l’auteur s’en stupéfie : « Ce qui me stupéfie le plus, c’est la profonde infantilisation de notre propagande. » Galloway conclut :
« L’industrie du mensonge est peut-être le seul secteur des économies occidentales encore en pleine production. Il n’est pas nécessaire de lui accorder des prêts de secours ou de relance. Les machines à mensonges ne sont jamais à l’arrêt. On ne détecte généralement pas de fumée sortant des cheminées, mais à l’intérieur les machines brûlent à force de produire. »

• Le deuxième texte est celui d’un autre ‘dissident de gauche’, comme Galloway, c’est-à-dire un ‘dissident’ qui, dans sa dissidence, ne s’embarrasse nullement et en rien des conformismes de gauche pour attaquer le Système ; aussi bien ‘dissident’ appartenant à la gauche que ‘dissident’ de la gauche-Système officielle. (On comprend qu’il est difficile d’attaquer quelque chose [le Système] avec des arguments tirés d’un des principaux composants de cette cible [le conformisme-Système de gauche].) Il s’agit de l’Américain, nullement américaniste à mon sens, Eric Zuesse. Sa particularité est d’être minutieux et très détaillé dans l’argumentation de ses textes. Zuesse nous présente une analyse statistique de Gallup sur la “fermeture des esprits” aux Etats-Unis : refus de l’argument de l’autre, refus d’admettre que certains de ses propres arguments peuvent être contestables, manichéisme, absence d’esprit critique et du doute du jugement, condamnation haineuse du compromis, dénonciation de l’absence de condamnation par moraline, etc. La “fermeture des esprits” est évidemment productrice de toujours plus d’une implacable radicalité, puisque reposant sur le mensonge et le simulacre, avec ‘montée aux extrêmes’ permanente. Ce qui attriste Zuesse et qui doit nous apparaître comme extraordinaire pour une civilisation-turbo comme la nôtre, c’est qu’aux USA, plus les esprits sont éduqués plus ils sont fermés sur leurs certitudes absolument cadenassées, auto-certitudes si vous voulez ; c’est-à-dire, si l’on admet que l’éducation est faite pour ‘ouvrir l’esprit’, que ‘plus on a l’esprit ouvert, plus l’esprit est fermé à l’ouverture de l’esprit’... On mesure le labeur que les déconstructeurs de la French Theory ont accompli :
« Mais ce qui est encore plus déprimant, c'est que le système éducatif américain, et plus particulièrement ses collèges et universités, encouragent, au lieu de décourager, cette fermeture de l’esprit. Plus un Américain est instruit, plus son esprit est fermé, – comme le montre ce rapport Gallup du 11 septembre :
» “Alors que 52 % des Américains ayant un niveau d’études secondaires ou moins sont plus préoccupés par les préjugés dans les informations des autres que dans les leurs  [et 45 % de ce groupe peu éduqué pensent que les informations qu’ils lisent pourraient être biaisées], le chiffre est de 64 % parmi ceux qui ont fait des études universitaires et est encore plus élevé parmi les diplômés de l'enseignement supérieur (73 %) et ceux qui ont fait des études supérieures (77 %) [et seulement 22 % de ce groupe très éduqué pensent que les informations qu’ils lisent pourraient être biaisées]. Les Américains les plus instruits sont les plus manipulables (les plus fermés). »

On comprend maintenant pourquoi je préfère le mot ‘simulacre’, plus élégant, plus sophistiqué, qui dégage un bouquet pour nos narines frémissantes, au mot ‘mensonge’ qui fait vraiment vulgaire, poisseux, trop vite et mal trafiqué avec un peu de cette saloperie impossible qu’est la réalité, ou la vérité si vous voulez, et quelque Deplorable ici ou là. On s’adresse en priorité aux plus élevés dans la mesure de l’éducation, donc aux plus intelligents, assez pour avoir compris qu’il semble désormais n’y avoir rien de mieux que mettre cette intelligence au service de la bêtise. Ah ! Avoir son esprit ouvert par tous les diplômes du monde, pour mieux le fermer et le verrouiller face aux agressions de la réalité.

Nous accueillons avec délice ce constat ‘scientifique’ que nous signale Zuesse, sur les ‘élites’ US. (Mais bien entendu, la situation est très proche dans les autres pays du bloc-BAO,  dans tous les cas il y a au niveau des élites globalisation du bloc en bloc, uniformisation, homogénéisation, simulation coordonnée et automatique, etc.) C’est une idée constante que nous avons, dans les divers avatars de ce site, de considérer que les esprits officiellement ‘les plus hauts’ au sens du hachoir postmoderne de l’expression de nos sociétés, c’est-à-dire de notre Système et en conformité avec lui, sont les plus touchés, les plus affectés par les effets du Système, et notamment cette extraordinaire pathologie qui fait créer une réalité alternative en complète rupture et indifférence avec la réalité-qui-s’acharne-à-exister, et même en état de complète hostilité méprisante à son encontre, laissant bien entendre que celui qui y est sensible démontre une pathologie lourde...

(Voir par exemple notre Glossaire.dde du 30 mars 2015 reprenant un texte de janvier 2012, avec les remarques qui s’imposent, sur « La terrorisation de la psychologie ». On en reprend un extrait en note, ci-dessous [*].)

On comprend que, pour une telle ambition d’abrutissement, ou plutôt et d’abord d’auto-abrutissement, il faut soigner le décor, l’environnement, le monde qui vous entoure mais vous appartient ; ainsi fabrique-t-on un simulacre, de préférence à un spectacle peuplé de mensonges, dont on pourrait découvrir aisément qu’il s’agit de ‘spectacle’ et de ‘mensonges’. Nos élitesSystème ne veulent que du premier choix, du bouclé dont nul ne peut s’échapper ; une caverne évidemment platonicienne fermée à double tour, avec soleil artificiel et élaboration divine ; ainsi toute leur intelligence est-elle utilisée à structurer absolument ce temple du Faussaire et de la Bêtise que devient le simulacre, et dont elles savent bien, elles nos élitesSystème, qu’il s’agit du Nouveau-Monde, racisé, transgéré, transhumanisé et ainsi de suite.

Ainsi nos élitesSystème, les directionsSystème, nos zombieSystème comme vous voulez les nommer, ne sont ni des simulateurs, ni des manipulateurs, ni des comploteurs, etc. Tout ce qui est complexe et demande le sens de la nuance, de la mesure des choses, tout cela qui vient d’être énoncé les révulse et doit être excommunié. Pour cette raison, les élitesSystème ne peuvent réussir, car leur réussite se situe dans le champ sphérique de leur simulacre, où l’existence ni ne précède ni ne procède de l’essence, mais s’oppose absolument à l’essence. Mais plus encore : leur action , même juste si cela arrivait, n’ont strictement aucun rapport avec le réel. Par conséquent, non seulement les élitesSystème vont continuer à faire des sottises considérables, activant effondrement après effondrement en clamant ‘C’est si bien pensé, effondrons-nous encore plus, on reconstruira encore plus haut et encore plus stupide, pour que ça tombe à nouveau d’encore plus haut’ ; mais, de la façon qu’elles ont déjà largement commencé à faire, elles vont nous envoyer des choses de plus en plus folles... A ce stade, bien entendu, il y a longtemps que je me doute que les élitesSystème sont sous l’empire de quelque chose d’autre, de ‘plus’ qu’elles, et de ‘hors d’elles’, qu’elles ‘sont agies’ bien plus qu’elles n’agissent.

Tout cela nous promet non seulement de la collapsologie en masse, mais bien plus encore, bien différent en fait, de l’inattendu en masse. La collapsologie nous collapsologue effectivement, mais pas de la façon prévisible que nous attendons tous, que nous calculons et mesurons avec nos diverses raisons. Le Covid19 et les incroyables ravages que l’événement a provoqués et ne cesse d’activer constituent un exemple de ce domaine nouveau où la prévision et la prospective sont bannies. J’ai à cet égard une conviction qui ne cesse de grandir, de se renforcer, à ce point que lorsque j’entends ou vois l’annonce d’une affirmation ou d’une probabilité pour 2030 ou 2040, je me dis que tout se passe comme si nous nous trouvions dans un asile d’aliénés...  « Le monde est devenu complètement fou » écrit le Saker US dans un texte d’il y a 4 jours.

Ce week-end, l’avocat Leo Terrell (black, donc matters), qui a quitté récemment des affaires traitant de droits civiques pour les démocrates en pleine rage électorale, venaient dire sa furieuse consternation, à la ‘Judge’ Janine Perro, dans son émission sur Fox.News : « Ce sont des haineux. ... [Les démocrates]  passent leur temps à haïr. Quand ils n’ont pas d’argument, ils inventent un argument pour haïr... Je devais m’en aller, quitter cet asile de fou ! Vous voyez ç’a été comme une évasion ! »

 

Note

(*) Extrait du texte du Glossaire.dde du 30 mars 2015 reprenant un texte de janvier 2012 avec les remarques qui s’imposent, sur « La terrorisation de la psychologie ».

« Il est devenu évident que le monde central de notre contre-civilisation, ce que nous nommons le bloc américaniste-occidentaliste (ou “bloc BAO”) n’a plus aucune direction politique. Nous parlons d’une “direction politique” contrôlée, évaluée rationnellement, mesurée dans ses effets ; de ce côté, plus rien, sinon un déferlement de désordre et une perception hallucinée... L’emportement se situe essentiellement au niveau de la psychologie, selon une dynamique qui interdit toute perception critique de soi, par conséquent toute réalisation critique de cet état d’emportement. Cette crise générale se distingue d’une façon intuitive et instinctive à la fois, sinon anatomique, sur quelques visages, notamment sur le visage régulièrement halluciné d’Hillary Clinton, qui semble être l’une des plus sensibles, psychologiquement, à ce phénomène que nous décrivons.
» Il est assuré dans notre chef qu’il s’agit d’un phénomène central de notre crise générale, ou “crise haute”, un phénomène qui ne peut se décrire en termes politiques, ou économiques, ou géostratégiques, etc., mais essentiellement en termes psychologique et, complémentairement, en termes de communication. Il va de soi que ce phénomène renvoie, dans la nomenclature du Système, au système (sous-système) de la communication, et nullement au système (sous-système) du technologisme dont la dynamique surpuissance-autodestruction s’abîme de plus en plus dans la paralysie (celle de la technologie elle-même autant que des actions issues du technologisme, des conflits sans but et embourbés dans des évènements non-conclusifs et sans fin, images saisissantes de la paralysie de cette sorte d’action).
» Il est également évident que ce phénomène central affecte prioritairement, sinon exclusivement dans certains cas, les directions politiques en place, les milieux de la communication et les bureaucraties autour d’eux, des pays du bloc BAO, effectivement formant un bloc très homogène dans ce cas. Il s’agit d’une homogénéité entropique d’une telle puissance, d’une telle efficacité, qu’on peut avancer sans crainte d’exagération l’hypothèse d’une psychologie collective, ou d’une pathologie collective. Le phénomène implique que les différenciations courantes entre les différents éléments du bloc BAO (leadership US, pays soumis ou asservis d’Europe) sont de plus en plus déplacées et insignifiants. L’homogénéité entropique de la psychologie dont nous parlons affecte de plus en plus toutes ces directions, au point que l’on peut de plus en plus clairement parler d’une sorte d’“égalité” niveleuse entre ses composants, et l’homogénéisation ne permettant plus de distinguer les membres européanistes des membres américanistes. »

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