L’irrésistible ‘giletjaunisation’ des ‘Covidiens’

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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L’irrésistible ‘giletjaunisation’ des ‘Covidiens’

25 octobre 2020 – D’abord, entendons-nous sur le thème central, le sous-bassement nécessairement fondamental de cet essai très rapide : il ne s’agit de décrire ni une idéologie, ni un complot, ni un dessein politique, ni une fuite en avant ou une déroute, ni même, – surprise, surprise, – ni même une crise sanitaire. Il s’agit de décrire une mécanique effectivement irrésistible, une sorte de ‘En-Marche’ mais qui marcherait effectivement.

Maintenant, voyons les termes employés dans le titre, qui dépassent le seul jeu des mots qui m’est une si chère pratique, même s’il y sacrifie bien entendu.
• ‘Giletjaunisation’, il me semble avoir déjà vu ce néologisme facile sous la plume de l’un ou l’autre. Je ne réclame donc ici qu’un emprunt de circonstance, mais dans des circonstances qui justifient l’emprunt. Enfin, on comprend end ce que ‘giletjaunisation’ veut dire : transformation d’une cohorte sans but ni caractère en une troupe revendicatrice, assurée d’une tactique affirmée et s’élaborant par la pratique, éventuellement dure et résiliente, qui se juge dans son bon droit de fait comme une évidence, donc sans surprise ni même un certain élément de tragique, dans tous les cas une ferme résolution venue de loin, et tout de même une évolution inattendue.
• Le terme néologique de ‘Covidiens’ me paraît plus rare, mais qu’importe puisque je ne fais pas ici de porte-à-porte pour les droits d’auteur ; je ne fais qu’une fable qui a son poids. Dans ce cadre, on passe aisément du néologisme ‘Covidiens’ (être touché par le Covid, directement ou indirectement) à ‘Bovidiens” puis à “bovidés” ; et encore plus facilement, je veux dire plus vite parce que directement ; de ‘Covidiens’ à “Bovidés”.

Voilà, les codes de notre farce sont dévoilés, et je suis sûr qu’ici et là on distingue déjà un de ces petits maîtres qui abondent sur internet et se prennent pour un La Boétie postmoderne, ricaneur et condescendant, frétiller d’aise à l’idée de jouer au berger du troupeau rassemblé pour le sacrifice. Mais je ne vais pas parler de berger ici ou bien l’on se croirait en messe et en Evangelium ; je vais parler d’autres aventures plus de notre-temps, à la lumière de mauvais coups et de coups de colère, et de circonstances furieuses qu’on relève de plus en plus ici et ailleurs, de la part de ‘Covidiens’ qui en ont assez d’une façon assez confuse mais de plus en plus affirmée. Fier de ma trouvaille néologique, je dirais qu’ils en ont assez qu’on les prenne pour des “bovidés”, leur imposant des contraintes pesantes et aux perspectives certes incertaines, et peut-être bien effrayantes, avec des masques, des gestes étranges, des mœurs forcées et douteuses, des rassemblements interdits et des sentiments codifiés, et pourtant tout cela dont on les accuse d’en être les responsables. (Pour les détails, voir les divers La Boétie de service.)

Mais le point principal, essentiel, universel et exclusif parce que nous nous sommes construits un monde à cette mesure et selon cette horlogerie technologique, se trouve dans cet avertissement du début de cet essai de circonstance, repris ici et répété : “Il s’agit de décrire une mécanique effectivement irrésistible, une sorte de ‘En-Marche’ mais qui marcherait effectivement.” On comprend l’inutilité de tenter d’expliquer, et encore plus de comprendre ce qu’est effectivement cette mécanique : elle est, et c’est tout, et cela nous dépasse en nous emportant.

On admettra donc que nous n’y pouvons rien, que nous sommes dans les rets d’un enchaînement mécanique d’une puissance inéluctable, et que par conséquent nos psychologies en sont à la fois prisonnières et profondément sinon exclusivement influencées. Cela signifie (bis) que nous nous mettons nous-mêmes en scène, du fait de conditions objectives et du simulacre que la modernité a élaboré pour nous, et que cette mise en scène nous place dans une position de victimes récalcitrantes, et bientôt furieuses, jugeant que seule la révolte est la réaction adéquate. Bien que l’on ait conduit les ‘Covidiens’ sur les champs de l’herbe que l’on paisse et où l’on paisse, selon leur destin décrit avec aisance par nos La Boétie d’époque, ils n’en veulent plus entendre parler et refusent désormais de mastiquer le brin d’herbe au rythme des couvre-feux divers.

C’est-à-dire que, pour eux, la seule issue possible de cette situation est la révolte. Toute autre issue est barrée par les obligations qu’impose, de toutes les façons, la malédiction covidienne, et qui s’inscrivent dans plusieurs sortes de nécessités ;
• que ce soit la nécessité scientifico-sanitaire de vaincre le virus au nom de notre connaissance triomphante ;
• que ce soit la nécessité de solidarité laïque, qui fait de chaque victime désignée la cible d’un soutien salutaire de son compagnon de voisinage laïque, parce qu’ensemble ils fondent le Principe de la Laïcité qui est le nom courant du Dieu de circonstance ;
• que ce soit la nécessité de la Modernité, – ne dirait-on pas ‘Principe de Co-Modernité’, réglant souvent le sort mortel des bovidés-covidiens en fournissant la véritable cause de leur décès qu’on fait passer pourtant pour covidien ?, – de ne céder en rien à la possibilité d’une seule mort que la modernité-Science pourrait nous éviter, parce que c’est là son devoir imprescriptible de conduire à son terme toutes les possibilités de sauvegarde de toutes les vies possibles ;
• que ce soit la nécessité générale de la Morale-Système, qui domine tout, écrase tout, règle tout, et enfin verrouille toutes les clôtures par lesquelles le bétail covidien pourrait soit entrer ou soit sortir de l’aire du pâturage où il lui est ordonné et autorisé à la fois de remâcher plusieurs fois sa fureur, comme les covidés font habituellement, lorsqu’ils obéissent.

Tout cela fonctionne à merveille, comme ces portes qui se referment automatiquement une fois que vous avez franchi la seule ouverture permise par l’identification de votre carte magnétique. Le dispositif est impénétrable, il est insensible à tout argument qui ne soit de comptabilité, de logique interne au Système, d’absence absolue de possibilité de non-guérison d’une part, de ‘guérison-trahison’ par la mort d’autre part. Nous sommes enfermés, verrouillés à mort, et condamnés à la guérison perpétuelle ; nous irions s’il le faut et nous irons sans aucun doute jusqu’à l’extinction pour permettre que, perpétuellement, la guérison du fait de la Science et de la Modernité s’accomplisse. Nous nous éteindrons complètement guéris, et modernes que diable ! Voilà ce que dit la logique mécanique, qui ajoute, satisfaite, que cela suffit pour laisser tout cela en l’état et satisfaire à l’accomplissement de notre destin, et à la Fin de l’Histoire par conséquent.

Tout cela a un sens, vous affirme-t-on. Mais plus aucune oreille n’est plus là pour l’écouter, et plus encore, ou moins encore pour l’entendre.

Car la logique mécanique se trompe, car nos psychologies n’ont que faire, au bout du compte, ni de mécanique, ni de logique. Elles fonctionnent, nos psychologies, dans la mesure où certains impondérables irrationnels qui nous gouvernent sont satisfaits. Il y a là un divorce incompatible entre d’une part le broutage tranquille de l’herbage régulièrement arrosé, épandu sur tout l’espace de ‘confinement’ (le mot convient où l’on est soigné et où l’on est interdit de décès), et d’autre part la puissante et somptueuse nécessité où nous mettent nos psychologies, qui nous poussent à nous imposer une sortie de l’enclos herbagé.

Pour cette raison, nous nous révolterons, et ce sera la giletjaunisation des covidiens ; simplement parce qu’il n’y a pas d’alternative... Je ne vous dis pas que c’est raisonnable, ni promis au succès (de quoi, d’ailleurs ?), ni affublé d’un but constructif qui justifie l’audace de la chose. Je vous dis que cela se fera nécessairement, et extrêmement vite, parce qu’il s’agit bel et bien, dans cet acte fondamental du destin placé au milieu de toutes les contraintes et incertitudes, – il s’agit bel et bien de l’Effondrement du Système.

Il nous faut donc un nouveau La Boétie qui nous écrive, vite fait mais fait avec élégance, comme l’original, un Discours de l’inservitude volontaire, – sur cette catastrophique et inéluctable révolte des Covidiens, suivant bien contre leur gré l’exemple déplorable de qui-l’on-sait en se giletjaunissant contre leur gré, c’est-à-dire “à l’insu de leur plein gré”.

Aussi étrange que cela paraisse pour ceux qui croient me connaître, y compris pour moi-même, j’écris cela sans plaisir ni satisfaction quelconque. J’écris cela comme un de ces innombrables professeurs-médicaux de notre Corps-Médical-Mexicain, – abondance de généraux couverts de médailles et de commandements impératifs d’innombrables spécialités vitales et virales pour conduire à son terme l’Art Révolutionnaire du Bien-Guérir, comme à un Austerlitz grandiose de lits “de réa” et de Big Pharma, – j’écris cela comme un de ces innombrables professeurs-médicaux nous décrivant, sans nécessité de prendre le moindre gant de protection prophylactique, l’inéluctabilité de notre destin covidien. Moi aussi, je prétends savoir l’inéluctabilité, et ce n’est pas le leur, et le sort de notre destin tranchera.

Jamais, je crois, qu’en ces jours incertains où un bavardage dément écrase le monde de toute la communication du poids énorme de son vide, du « poids du rien » comme disait le comte Joseph, jamais je n’ai senti la Science humaine de la Modernité aussi et autant sans objet au fond d’elle-même, et aussi incroyablement bavarde à cet égard, c’est-à-dire sur rien du tout, aussi suffisante et bouffie de toutes ses multiples arrogances, aussi puantes de ses multiples parfums de Savoir et du Sachant-Tout ; jamais je n’ai eu tous mes sens les plus honorables, les moins modernistes, caressés comme on l’est d’une plume dans l’air vibrant, comme d’une brise du printemps ou de l’automne, par la beauté altière et l’ivresse contenues des effluves enchanteresses du passé salvateur, quand prétendument Sapiens Sapiens n’y connaissait rien et quand pourtant fleurissait l’antique sagesse.

... J’ignore si je me suis bien fait comprendre, – et à vrai dire, j’en doute un peu moi qui me comprend si peu, – et comprenne qui pourra, mais qui dira que cela importe... Mais ceci, par contre, doit figurer droitement et sûrement comme avertissement fondamental en Nota Bene pour les petites âmes les plus fragiles, aussi bien chez nos Sachants que chez nos antiSystème. Cette chose, cet essai qui précède dans les lignes qui viennent d’être écrites et parvient à son terme, ceci n’est en rien la description d’un complot ou d’une manigance dont nos fertiles imaginations sont coutumières. Je parlerais plutôt, moi, d’une ‘fatalité’ qui est le terme commun que les commentateurs en déroute offrent, comme une bouée de sauvetage qu’on jette dans la tempête, pour représenter le destin dont ils craignent tant de dire le nom.

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