Les mythes s’affrontent

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Les mythes s’affrontent

31 Janvier 2024 (16H40) – Ce texte de Andrea Marcigliano a sans aucun doute le mérite d’élever la réflexion concernant une partie de la GrandeCrise, – disons, une ‘subcrise’ parmi d’autres, – en faisant des protagonistes, non des acteurs de l’actualité jetés en pâture aux commentateurs des réseaux divers, mais des mythes représentatifs dans une perspective métahistorique des protagonistes de la ‘subcrise’. Il s’agit du mouvement de révolte des agriculteurs, – “révolte des tracteurs” serait une expression opérationnelle adéquate mais qu’il faut bien apprécier avec tous ses traquenards (voir plus loin), –  qui a pris une dimension européenne : Hollande l’année dernière, puis Allemagne, Autriche, Italie, France...

Note de PhG-Bis : « ...ou bien Allemagne déjà, l’année dernière, comme suggère Marcigliano ? Impossible de démêler les détails “scientifiques” de la chose, constate PhG qui a d’abord, chronologiquement, le souvenir de grandes manifestations hollandaises s’étant répercutées sur le résultat des élections, ; – impossible de démêler,  comme si la chose pouvait être confiée, pour être comprise, à la “science historique” ! L’histoire comme “science” est devenue une ridicule prétention, que certains entretiennent encore, y compris des gens que je favoriserais plutôt, qui par exemple veulent rétablir la “vérité scientifique” sur le conflit ukrainien à la lumière de la véritable puissance russe. Voilà une démarche de bien peu d’intérêt ; ce qui importe c’est de convoquer la métahistoire et la métapolitique, de parler de mythes et non de faits, même si les faits constatés par l’intuition peuvent être utilisés pour décrire le mythe. Cela signifie que la Vérité se construit sur les mythes que l’on bâtit avec des faits intuitifs. »

On l’a lu il y a quatre jours, Tom Luongo citait « les agriculteurs hollandais » parmi cet ensemble de mouvements populaires commençant aux Gilets Jaunes français, comme structure d’un mouvement insurrectionnel général, – “global”, dirait-on pour satisfaire Herr Schwab, du mythe d’en-face,  – de résistance contre la globalisation. Luongo aussi tenait peu compte des faits (Hollandais ou Allemands ?), ressentant effectivement l’événement du point de vue du mythe ; et il liait les événements, des Gilets Jaunes à la subcrise du Texas :

« C’est exactement ainsi qu’a commencé la Révolution américaine, dans les pubs et les salles de réunion. [...] Nous constatons cela partout en Occident. Et si je dois rendre hommage là où le crédit est plus que dû, alors ce mérite revient aux “Gilets Jaunes” de France. Vous vous rappelez ? [...]

» Nous pouvons facilement tracer une ligne de démarcation entre les gilets jaunes, les camionneurs canadiens, les agriculteurs néerlandais et Danielle Smith jusqu'à la situation à la frontière du Texas, qui devient clairement incontrôlable, mais dans le bon sens. »

Le style mythique

Le texte d’Andrea Marcigliano se caractérise effectivement par un style mythique, ne serait-ce que par le titre qui personnalise “la terre” et sort par conséquent la “colère des tracteurs” de son contexte économique, politique et social. Cela est d’autant plus bienvenu que ce contexte est extrêmement ambigu et nous plonge dans la sorte de contradiction où nous nous trouvons lorsque nous sommes projetés d’une subcrise l’autre.

“La révolte des tracteurs” est en effet un titre à double tranchant. D’une part, il nous signifie la colère des agriculteurs, écrasés par le système de la modernité et de la globalisation, – le Système lui-même ; d’autre part et tout au contraire, l’on sait bien que le tracteur est, dans le domaine, l’outil central de la modernité, de l’uniformisation catastrophique des monocultures qui nous nourrissent et sont en même temps prédatrices de toutes les traditions liées à la variété nécessaire et à la vérité cosmique de l’environnement. Ainsi a-t-on une révolte antimoderne qui se fait à l’aide de l’instrument essentiel de la main de fer technologique de la modernité appliquée sur la terre du monde.

Le slalom spécial

Il s’agit donc de bien distinguer les choses. Nous affectionnons, je crois, –ne m’en suis-je pas encore aperçu ?! – pour symboliser cette situation, l’image du slalom spécial (ou du “géant”, mais alors un “spécial-géant”), qui est apparue dans l’imaginaire collectif dans les années 1960, avec une forte publicité et le développement de la TV autour des JO d’hiver, et en France les triomphes des sœurs Goitschel et de Jean-Claude Killy. Leurs performances nous valaient ces images des skieurs “dansant” à une très grande vitesse entre les “portes” du parcours, changeant constamment de posture, de direction, d’élan selon l’obstacle, exactement comme l’esprit doit savoir changer son jugement et son avis selon les différences de situation qu’il perçoit. Le slalomeur ne suit qu’un objectif : pour accomplir la course dans le temps le plus court possible, choisir le parcours, donc changer tout le temps ; notre esprit doit également ne suivre qu’un objectif : avoir devant lui, continuellement, pour le frapper, son principal adversaire qu’est le Système, qui représente le mythe du grand malheur qui nous menace, et pour cela choisir son allié et son adversaire  de circonstance, donc changer tout le temps.

Nous sommes dans cette situation avec le texte de Marcigliano, comme nous le sommes lorsque nous soutenons, aux USA, des gens qui s’opposent à Washington D.C. mais qui s’affirment aussi comme des adversaires déclarés de la Chine ou de l’Iran. Lorsque nous serons dans une affaire impliquant un antagonisme avec la Chine et l’Iran, nous serons contre eux.

Le style poétique

En parlant de “la révolte de la terre”, Marcigliano parle effectivement sur un mode de composition du mythe, ce qui conduit à interpréter l’adversaire également comme un mythe inverti (Davos, Schwab). Cet emploi du style poétique qu’est le mythe est une des façons d’identifier et de désigner l’ennemi sans se compromettre dan s une cause accessoire, et choisissant ainsi, avec le maniement des mythges,  une approche poétique.

On l’a déjà lu, j’en ai déjà écrit là-dessus : la poésie, qui est une approche mythique, est donc une approche métaphysique permettant d’identifier et d’affronter l’adversaire autant de fois qu’il faudra, comme autant de portes qu’il y a dans le “spécial” et qu’il s’agit de franchir sans encombre. C’est une arme nécessaire qui peut devenir une arme absolue contre le mythe de l’inversion.

Voici donc « La révolte de la terre », originalement sur ‘electromagazine.it’, en français sur ‘euro-synergies.hautetfort.com

PhG – Semper Phi

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La révolte de la terre

Elle a commencé en Allemagne, immédiatement suivie par la Hollande. Puis, bien sûr, avec les Français, toujours prêts à saisir le vent de la contestation. Et à l'amplifier.

Elle s'est propagée, et maintenant elle est aussi en Italie. Dans le silence honteux des médias, des politiciens de tous les partis (majorité et opposition), des intellectuels... des plus hautes fonctions de l'État, en premier lieu le Quirinal...

La révolte des paysans. La révolution des tracteurs. Des milliers, des dizaines de milliers qui bloquent toutes les routes d'Europe. Qui marchent sur les capitales.

Et de tout cela, de maigres nouvelles dans les journaux locaux, sous la rubrique "problèmes de circulation". Comme s'il s'agissait d'un tel problème.

Mais il ne faut pas croire qu'il s'agit d'une simple protestation pour des raisons de taxes, de fonds, de subventions. L'ampleur et l'extension de cette révolte, ainsi que la manière dont elle s'est déroulée, sont une indication de quelque chose d'autre.

Pensez-y... elle a commencé juste avant le Forum de Davos. Et elle n'a cessé de s'amplifier.

 forum où l'on a beaucoup parlé d'agriculture. Sous tous ses aspects. La planification... la mort de tout le secteur.

Est-ce que j'exagère ? Klaus Schwab, dans ses habits de grand prêtre, s'est lâché, sans retenue, dans des discours que l'on peut qualifier d'hallucinants. Par exemple : il y a quatre milliards d'hommes dans le monde qui mangent inutilement. Ils consomment des ressources, sans être utiles à quoi que ce soit.

Traduit : il faut réduire la population mondiale de près de la moitié. Quatre milliards à éliminer. Sic et simpliciter. Et personne, absolument personne n'a sourcillé. Normal, voire conséquent pour les politiques que Davos, et les "puissants" qui s'y pressent en pèlerinage. Ils sont en train de mettre en œuvre ce projet terrifiant. Et, dès que possible, l'imposent partout par la coercition.

Ce n'est pas le soupçon de quelques infatigables conspirationnistes ou terrapianistes qui est à l'origine de ce schéma. Il est d'une évidence déconcertante, et ressort très clairement des documents et propositions qui circulent. Dans le silence absolu (ou presque) des médias. Et dans le silence de l'opinion (dite) publique.

Détruire l'agriculture européenne. C'est-à-dire le secteur primaire de l'économie. Et la source de vie. Facile à faire, en étranglant les agriculteurs avec des taxes et des systèmes usuraires. Facile à faire, étant donné le contrôle des banques et des financiers.

Les agriculteurs sont contraints de vendre. Et remplacés, dans la propriété des terres, par des entreprises qui produisent de l'énergie solaire. Avec des panneaux. Qui ne polluent pas, disent-ils. Alors que le bétail et les cultures polluent. Ce qui explique le financement des lobbies pseudo-environnementaux et l'accent mis, ces dernières années, sur Greta et ses gretinades.

La production agricole européenne appauvrie sera remplacée par des importations en provenance de pays où la qualité et la sécurité des produits ne sont pas contrôlées. Et où la main-d'œuvre bon marché abonde. C'est-à-dire des esclaves.

Et, ensuite, encourager l'introduction d'aliments alternatifs. Insectes, viande synthétique...

Les aliments normaux et sains seront destinés à un petit nombre. Les élus. À eux, en somme. Les autres peuvent mourir. Ou plutôt, ils doivent mourir. C'est ce qu'a expliqué le grand prêtre de... Davos.

Les tracteurs qui marchent sur Berlin, qui assiègent Paris, qui défilent dans les rues et sur les routes d'Italie en ces heures, représentent bien plus que la protestation fiscale d'une catégorie spécifique. Au-delà de ce que pensent les agriculteurs qui les conduisent, il s'agit d'une révolte de la terre.

Contre les forces abstraites de l'argent. Qui veulent la rendre stérile.

C'est une bataille entre des figures mythiques. Qui semblent, aujourd'hui, s'incarner derrière des institutions et des événements sociaux.

Andrea Marcigliano