La Russie accélère : BRICS & guerre hybride

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La Russie accélère : BRICS & guerre hybride

• A la réunion des BRICS, Poutine est accueilli « comme une rock star ». • Les BRICS commencent à chuchoter de géopolitique, sans riens dire de l’Ukraine et beaucoup de mal d’Israël à Gaza. • Pendant ce temps, l’offensive russe en Ukraine se poursuit et accentue d'autre part une tactique qui semble être de “la terreur-chaos en mode hybride”. • On y trouve tout un catalogue d’attaques de train à deux kilomètres de la frontière polonaise, presque comme une menace, et diverses actions de sabotage contre des usines d’armement pour l’Ukraine.

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Poutine a été « accueilli comme une rock star en Inde » (pour le sommet des BRICS), confie notre ami M.K. Bhadrakumar à Glenn Diesel, sur la chaîne de ce dernier, le 14 septembre. Il a redoublé d’activité et, selon Bhadrakumar, a prolongé et renforcé une très chaleureuse relation avec Modi. Bhadrakumar, qui a souvent été critique d’un Modi trop tenté de se rapprocher de la partie américaniste selon lui, s’est montré cette fois affirmatif quant à l’engagement indien dans les BRICS, — et des BRICS qui se sont montrés à la fois plus unis et plus fermes dans certaines positions qui frisent la géopolitique.

Il n’a guère, sinon pas du tout été question de l’Ukraine, dont Modi avait pourtant parlé récemment en termes que la Russie n’avait pas vraiment appréciés. Par contre, les critiques contre le comportement génocidaire d’Israël n’ont pas manqué. Cela ne signifie pas que les BRICS ont oublié leur principale préoccupation, et ils ont largement progressé sur la voie d’une coordination entre les différents échanges en monnaies  locales de leurs membres. Cela enterre définitivement l’idée d’une monnaie-BRICS commune mais, surtout, contourne le dollar par dédollarisation conforme à la souveraineté des nations.

Tout cela se faisait pendant que l’activité russe contre l’Ukraine de Zelenski, mais aussi, — “peut-être bien”, comme nous serions tentés de croire, — dans des pays européens OTAN/UE qui arment l’Ukraine, maintenait et même augmentait un rythme soutenu d’intervention. Cela ne troubla en rien la réunion des BRICS, montrant qu’à cet égard Poutine a gagné la partie. Il faut se rappeler qu’il deux-quatre années, Poutine restreignait son action en Ukraine pour ne pas compromettre ses relations avec les pays du Sud Global et donc du BRICS. L’atmosphère a changé, simplement parce que tout le monde mesure désirais la nuisance du comportement des USA et de l’Occident-compulsif.

... D’ailleurs, malgré cette prudence dix et cent fois notée des années passées, il arrivait parfois que la vérité-de-situation montrât le bout de son nez. Ce avait été dit en termes lyriques et comme prémontoires par PhG le 10 décembre 2023, en commentaire d’une visite de Poutine en Arabie et dans les UAU :

« Poutine affirmait la puissance ressuscitée de la Russie et la position incontestée de leader d’influence et symbolique de la nouvelle géographie sacrée du monde dont ce pays-civilisation est le mandataire symbolique, avec son glaive bronzé au feu de la guerre d’Ukraine. Poutine, au nom de la Russie, l’affirmait devant tout ce “Sud Global” en pleine insurrection contre l’Occident ligoté en bloc-BAO, lequel “Sud Global” trouve en lui le symbole d’une direction qui jamais n’affirme de supériorité, mais au contraire affiche son respect pour les uns et les autres comme ses pairs. La Russie est en train de créer une nouvelle “géographie sacrée” où tous trouvent leur place, une “géographie sacrée” que l’un de nos petits chorégraphe de la pensée-conforme pourrait qualifier de “démocratique”... »

Passeports sans frontière

Ce n’est pas tant l’activité des attaques aériennes contre l’intérieur de l’Ukraine qui a été remarquable durant les réunions des BRICS, — elle a été impressionnante, comme à l’habitude, — qu’une série d’attaques sur des voies et des gares de chemins de fer, quasiment sur les frontières des pays limitrophes, tous membres de l’OTAN/UE. On a même frôlé un convoi ferroviaire diplomatique où l’on trouvait Boris Johnson et Carl Bild à son bord, et c’est naturellement sur cette attaque que l’on donne des précisions (‘Times  of India’, le 13 septembre).

« Une attaque de drone russe a visé un train de voyageurs près de la frontière ukrainienne avec la Pologne, pays membre de l'OTAN, attisant les craintes quant à l'extension du rayon d'action des frappes de Moscou. Le train a été touché à seulement deux kilomètres de la frontière polonaise, peu après le passage, sur le même itinéraire, d'un train diplomatique transportant des responsables européens. L'opérateur ferroviaire ukrainien a laissé entendre que le train diplomatique aurait pu être la cible visée, tandis que Kiev a averti que les attaques russes se rapprochaient dangereusement du territoire de l'UE et de l'OTAN.

» L'attaque a eu lieu peu après le passage, sur le même itinéraire, d'un train diplomatique transportant l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson et d'autres responsables européens, ce qui a suscité des interrogations quant à savoir si le premier train était la cible visée. L'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt a déclaré que son train avait traversé la zone quelques minutes seulement avant la frappe, tandis que l'opérateur ferroviaire ukrainien indiquait que les horaires avaient été ajustés en temps réel en raison de la menace persistante d'attaques russes. ‘Ukrzaliznytsia’ a affirmé qu'il était tout à fait possible que le drone russe visait le train diplomatique, lequel était parti plus tôt que prévu en raison de l'évolution de la situation sécuritaire. Bien qu'il n'y ait eu aucune confirmation immédiate quant à la cible visée par Moscou, le train de passagers qui suivait a été évacué à l'approche du drone et aucune victime n'a été signalée, selon les autorités. »

Effectivement, ce type d’attaque (il y en a eu d’autres, essentiellement sur la frontière polonaise) implique des frappes à un ou deux kilomètres de la frontière, ce qui implique effectivement une intentionnalité, sinon de menace, certainement d’avertissement des pays concernés. De ce point de vue se dessine un étrange épisode d’une guerre hybride en guise d’“invasion” des pays européens hostiles, peut-être plus efficaces qu’une véritable pénétration de l’espace de ces pays. La pression augmente considérablement, mais sans moyens de défense contre une attaque absente, sinon à risquer une riposte justifiée des Russes. Il s’agit de “grapiller” des possibilités de pénétration dans ces territoires, de les “frôler”, ce qui suscite chez l’adversaire une tension permanente et très diversifiée : la peur d’une attaque, mais de quelle sorte d’attaque et contre quel objectif ?

Peut-être les Russes sont-ils en train d’adapter à la tactique la technique de la “mosaïque” adoptée par les Iraniens pour leur stratégie : varier les sortes d’attaques, les cibler dans des conditions extrêmes et très différentes grâce à l’exceptionnelle précision de leurs engins et de leurs communications. Même le ratage du train diplomatique pose question : a-t-il été provoqué par une décision polonaise de dernière minute d’avancer le départ ? Ou bien a-t-il été délibéré pour faire peur sans faire de dégâts pour les gros titres des journaux russophobes occidentaux ? Et dans ce cas, l’information sur l’imminence de l’attaque a-t-elle été véritablement obtenue ou fuitée pour le deuxième cas envisagé ?

Parallèlement, d’autres attaques sur cette frontière ont lieu, contre d’autres types d’objectifs... Celle-ci, après une attaque contre un train « près de Kostrytsia, dans la région ukrainienne de Volhynie (ouest), à environ deux kilomètres de la frontière polonaise. » :

« Une autre attaque de drone a endommagé une station-service près du poste-frontière de Yahodyn-Dorohusk, provoquant l'incendie de bâtiments et de camions en stationnement. Le poste-frontière a été temporairement fermé avant la reprise des opérations. Rien n'indique que l'un ou l'autre des drones ait pénétré dans l'espace aérien polonais ou que le territoire de l'OTAN ait été touché. Toutefois, la proximité de ces attaques risque d'accentuer les inquiétudes en Europe face à l'intensification de la campagne russe contre les infrastructures ferroviaires et frontalières ukrainiennes. »

Variations de la “terreur-chaos” en mode hybride

Un autre “front” insaisissable et sujet à bien des hypothèses sur les auteurs, — avec des démentis imperturbables de Moscou, — est celui d’attentats en général contre des usines de production d’armements des pays OTAN/UE, drone essentiellement, à destination de l’Ukraine. Un autre pays OTAN/UE a été touché pour la deuxième fois : la Bulgarie, sans qu’on sache rien pour l’instant des coupables et des responsables : Russes ou non ? Ou bien des groupes de délinquants du lieu recrutés par internet et payés en bitcoin selon l’hypothèse la plus novatrice ?

Borzikkman’, qui avait été le premier à signaler cette offensive de la “terreur-chaos” signale même la possibilité d’une frappe d’un missile russe sur l’entreprise touché...

« Dans un contexte de soutien accru de l'OTAN à l'armée ukrainienne, de puissantes explosions et des incendies ont commencé à embraser l'Europe, au sens propre du terme. Ainsi, on a appris que, la nuit dernière, une violente explosion s'est produite dans les entrepôts d'une usine d'armement appartenant à la société EMCO. Cet incident a eu lieu près de la localité de Tsarev-Livada, à quelques kilomètres de la ville de Tryavna, dans le centre de la Bulgarie. »

Une autre affaire fort embrouillée, dans laquelle le gouvernement allemand s’est impliqué plusieurs jours après les faits, accusant évidemment la Russie, d’ailleurs d’une façon logique mais bien tardivement, connaît un nouveau rebondissement. Il s’agit de l'affaire des drones à Leipzig. Un journal allemand, ‘Welt am Sonntag’, donne diverses précisions de sources non identifiées et met surtout en évidence un énorme ratage des services de sécurité allemands qui auraient identifié le prétendu suspect avant l’attaque mais ne l’auraient pas mis sous surveillance et l’aurait laissé partir par un vol régulier de Berlin en Serbie sans l’intercepter. Le fait, s’il est conforme à la réalité, fait s’interroger sur la compétence de ces services, ou sur leur éventuelle loyauté à la politique suivie par le gouvernement allemand.

« L’enquête allemande sur l'affaire des drones à Leipzig a pris une tournure spectaculaire : les enquêteurs auraient remonté la piste des préparatifs d'une attaque présumée jusqu'au renseignement militaire russe. Selon le ‘Welt am Sonntag’, un individu soupçonné d'appartenir au GRU aurait orchestré les préparatifs visant l'aéroport de Leipzig-Halle avant d'entrer en Allemagne via la Turquie, puis de se rendre en Serbie par avion. La révélation la plus frappante est que les services de renseignement allemands auraient eu connaissance des liens potentiels du suspect avec des activités d'espionnage avant sa venue, sans pour autant le placer sous surveillance. De précédentes informations avaient déjà fait état de deux suspects dans ce dossier. La “guerre de l'ombre” attribuée à Poutine a-t-elle pénétré en Allemagne alors que les services de renseignement de Berlin laissaient passer leur chance ? »

Une action (russe ?) de plus en plus hybride

Comme on le sait, ces divers événements constituent une deuxième vague d’informations en une dizaine de jours sur ce qu’on soupçonne être une nouvelle tactique, assez novatrice dans le contexte générale, des Russes. Considérons les faits supposés et fortement caractérisés  comme d’origine russe. Ils ont la logique tactique avec eux et marquent à la fois la prudence de la direction civile, Poutine en tête, et une sorte de passion russe pour la “Maskirovska”, qui pourrait bel et bien dans nombre de cas être la traduction de nos “faux drapeaux” et de “simulacre”. Même les pires actions ont une face réjouissante, toujours selon l’effet-Janus...

• Des attaques toutes proches (pas plus de 2-3 kilomètres) des frontières des pays de l’OTAN (Pologne, Bulgarie), qui ne sont pas des attaques contre l’OTAN mais en sont presque, — qui pourraient très bien dissimuler d’autres actions ou constituer des répétitions pour d’autres attaques du genre, plus ambitieuses...

• Des attentats divers, si possible évitant des pertes humaines et surtout des pertes civiles, parfois sous-traitées à des groupes de gangsters ou autres du pays par des moyens électroniques et informatiques (internet, bitcoin) où les Russes excellent sans laisser de traces.

Tout cela est bien moins spectaculaire que “les frappes en profondeur en Russie” acclamées et portées au pinacle du président Zelinski, mais bien plus efficace. Un climat est créé tandis que, grâce aux précautions prises, la causse antirusse a bien du mal à s’en trouver renforcée ; au contraire, si l’on en juge par la dénonciation soudaine des Russes par Merz des drones de Leipzig, plusieurs jours après l’incident et trois-quatre jours avant les élections de Saxe-Anhalt. Par rapport aux sondages, ces élections ont donné presque 1% de vote en plus pour AfD et BSW, tous deux fortement favorables à une reprise des bonnes relations avec la Russie.

Si l’évolution des choses confirme le schéma d’explication, si même les Russes s’inspirent de ce schéma pour lancer une grande offensive de cette sorte, on découvrira alors que l’attaque russe contre l’Europe tant redoutée et dénoncée par l’Europe, se fait comme les multiples métastases d’un cancer dans une situation dont le centre producteur est la situation européenne elle-même, avec ses multiples colères populaires et ses manifestations de masse. Cela paraît bien plus efficace et productif qu’un ‘Barbarossa 2.0’ inversé, avec des frappes violentes et tous les risques d’une guerre de haute intensité. C’est du Sun-Tzu inversé et un plan CIA-Zelinski de regime change en Russe tout aussi inversé : “Retourne contre l’ennemi ses propres faiblesses, jusqu’à l’autodestruction”.
 

Mis en ligne le 14 septembre 2026 à 20H40