HR 1207, la “loi Ron Paul”, – ou la Fed rattrapée par la réalité

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Il semble bien qu’une loi, la numéro 1207 de la House of Representatives (HR 1207), soit sur le point de connaître un destin heureux à la Chambre des Représentants du Congrès US. Cette loi, dont Ron Paul est l’inspirateur et le rédacteur, et qui a reçu le parrainage de 222 représentants (sur les 435 que compte l'assemblée) depuis qu’elle est débattue en commission, en février, porte le nom évocateur de Federal Reserve Transparency Act. Elle fait devoir à la Fed de rendre compte au Congrès de sa situation présente et courante (audit), des circonstances de ses interventions dans la situation financière et monétaire du pays, – et cela, particulièrement bien sûr, durant la crise financière de l’automne 2008.

HR 1207, si elle a le destin heureux qu’on lui prévoit et qu’on lui souhaite, mériterait d’entrer dans l’histoire des USA comme la “loi Ron Paul”, tant elle est marquée de l’esprit du parlementaire républicain du Texas, à la fois légiste rigoureux et représentant du courant “populiste” et communautaire (souvent désigné par le mot grass-roots, qui se dit d’un mouvement spontané, né hors des structures du système). Ron Paul a déclaré jeudi qu’il attendait beaucoup de HR 1207, au vu du soutien parlementaire bipartisan exceptionnel qu’elle a reçue à la Chambre: «The tremendous grass-roots and bipartisan support in Congress for HR 1207 is an indicator of how mainstream America is fed up with Fed secrecy. I look forward to this issue receiving greater public exposure.»

RAW Story donne des informations sur HR 1207, le 11 juin 2009. C’est le démocrate Dennis Kucinich, autre “marginal” du Congrès pourtant président de la sous-commission pour la politique domestique (dépendant de la commission des services financiers) de la Chambre, qui a annoncé que HR 1207 serait débattue devant la Chambre en assemblée plénière pour y être votée. On note que Kucinich annonce déjà que sa sous-commission a ordonné à la Federal Reserve de comparaître devant elle pour produire les documents concernant la reprise, dans des conditions urgentes marquées par l’opacité et les soupçons, de Merryl Lynch par la Bank of America.

«After months of activism and lobbying by Congressman Ron Paul’s supporters, House Resolution 1207, the Federal Reserve Transparency Act, will move out of committee to be debated by the full House of Representatives.

»In a show of cross-party unity, Ohio Democratic Congressman Dennis Kucinich became the bill’s 218th co-sponsor, pushing it over the threshold for debate in Congress. The bill, which achieved its 222nd co-sponsorship on Thursday, has been in consideration by the House Financial Services Committee since Feb. 26.

»Congressman Kucinich, along with Rep. Edolphus Towns (D-NY), announced Tuesday that the House Financial Services Committee [2] will subpoena the Federal Reserve to ascertain the details of the Fed’s agreements with Bank of America in the institution’s acquisition of Merrill Lynch.

»“The full committee and Domestic Policy Subcommittee, under the leadership of Chairman Dennis Kucinich (D-OH), have been investigating the circumstances surrounding the federal government’s bailout of the Bank of America-Merrill Lynch transaction,” Kucinich’s office noted in a Tuesday release. “Specific documents subpoenaed include emails, notes of conversations and other documents.” While the bill enjoys some Democratic supporters, the vast majority of H.R. 1207 co-sponsors are Republican.»

L’on sait qu’au Sénat également, un débat est en cours pour parvenir à une loi équivalente, avec des tentatives de priver la proposition initiale, du sénateur “socialiste” Sanders, un démocrate, de toute sa saveur populiste. Le tout présente une situation qui, évoluant discrètement, a des implications intéressantes, sinon potentiellement révolutionnaires.

Il s’agit d’une situation où le système est pris à son revers, on dirait presque “à son propre piège”. Il y a dans le système de l’américanisme la nécessité d’un cadre législatif rigoureux, d’une architecture législative particulièrement puissante, autant d’outils pour empêcher l’expression de tensions déstabilisantes et dangereuses pour lui, venues d’éventuelles poussées populaires. Mais des hommes comme Ron Paul sont capables de tourner à leur avantage cette carapace extraordinairement puissante, et la puissance du système devient sa faiblesse parce qu’il n’y a aucun moyen d’arrêter un Ron Paul sans se dédire en mettant en cause la légitimité de cette carapace.

Ron Paul est un légiste respecté, à la puissance de raisonnement avéré, qui, depuis février, fait du lobbying dans la tradition US. C’est-à-dire qu’il manœuvre et fait campagne pour rassembler des soutiens pour un projet dont il sait mettre en évidence la force et la logique. Le climat est évidemment favorable, comme l’est le fort sentiment “populiste” chez nombre d’élus, notamment républicains, qui voisine avec l’habituelle situation de corruption générale. (Ce “populisme” est latent chez les représentants, très proches de leurs électeurs, comme on a pu le voir déjà avec le premier vote négatif de la Chambre du “plan Paulson”, le 28 septembre 2008.) Bien entendu, le cas de l’information sur la réalité de la situation de la Federal Reserve, – on ne parle même pas de contrôle, – est un cas en or pour l’exploitation de ce point de force du système pouvant être retourné contre lui.

…En tout état de cause, une loi donnant au Congrès un pouvoir d’audit de la Fed, dont on sait le caractère extraordinaire de son statut d’organisme privé contrôlé par un conseil constitué de représentants de puissances financières privées, constitue, outre le fait lui-même, une brèche considérable dans le monolithisme structurel contrôlé par la haute finance capitaliste de Wall Street. La chose serait ressentie par cette puissance financière, à la fois comme une défaite formelle majeure, et comme une déclaration de guerre d’une autre branche du pouvoir du système. L’évolution la plus prometteuse est toujours la même: non pas attaquer le système de l’extérieur en espérant le vaincre pour le changer, – ce qui est une parfaite utopie doublée d’une impasse tactique, – mais entretenir et élargir ses querelles internes en brisant cette solidarité systémique qui fait toute sa puissance. Que des personnalités aussi originales et indépendantes, et normalement marginalisées et isolées, – qu’une personnalité comme Ron Paul, pour résumer et revenir à notre cas, puisse se glisser au sein du système, s’y affirmer après avoir publiquement proclamé son intentions de l’attaquer, puis s’y manifester de la sorte et obtenir le soutien massif de 222 députés pour un projet de loi de cette importance, – voilà qui mesure évidemment la situation intérieure du système, sa décrépitude, son évolution achevée vers des événements d’affrontement interne particulièrement dommageables.


Mis en ligne le 13 juin 2009 à 11H53