Courage, rentrons

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Courage, rentrons


12 décembre 2007 — Gordon Brown a un plan pour quitter l’Afghanistan. The Independent annonce la chose aujourd’hui, avec un éditorial approbateur. Le quotidien annonçait ce matin que le Premier ministre détaillerait ce plan devant les Communes aujourd’hui même. Le plan consiste à “parler” aux talibans pour trouver un terrain d’entente et envisager un retrait de l’Afghanistan.

Bien évidemment, ce programme est très lourdement nuancé du fait que “les talibans” sont loin d’être ce qu’ils paraissent être lorsqu’on s’en tient à cette étiquette. Les Britanniques pensent qu’il s’agit en fait d’une résistance très fractionnée, très diverse, souvent localisée, et regroupée sous l’étiquette “taliban” pour la facilité. Il y a donc, selon ces mêmes analyses, une possibilité d’envisager des accords locaux pouvant mener à un apaisement général acceptable, permettant de passer la patate chaude de la sécurité en Afghanistan au gouvernement afghan.

Selon The Independent:

«Six years after British troops were first deployed to oust the Taliban regime, the Prime Minister believes the time has come to open a dialogue in the hope of moving from military action to consensus-building among the tribal leaders. Since 1 January, more than 6,200 people have been killed in violence related to the insurgency, including 40 British soldiers. In total, 86 British troops have died. The latest casualty was Sergeant Lee Johnson, whose vehicle hit a mine before the fall of Taliban-held town of Musa Qala.

»The Cabinet yesterday approved a three-pronged plan that Mr Brown will outline for security to be provided by Nato's International Security Assistance Force (Isaf) and the Afghan national army, followed by economic and political development in Afghanistan.

»But the intention to engage Taliban leaders in a constructive dialogue, which Mr Brown will make clear in a parliamentary statement today, will be by far the most controversial element of the plan. A senior Downing Street source confirmed the move last night and one Brown aide who accompanied the Prime Minister on his recent visit to Kabul, said: “We need to ask who are we fighting? Do we need to fight them? Can we be talking to them?”

»Senior government officials said it was an error to see the Taliban as a unified organisation rather than as a disparate group of Afghan tribesmen, often farmers recruited at the end of the gun, infiltrated by foreign fighters. The aim is to divide the Taliban's local support from al-Qa'ida and militants from Pakistan.»

Si cette orientation se confirme, il y aurait alors une analyse générale pour affirmer que la nouvelle position britannique sous la direction de Gordon Brown est d’établir une certaine distance vis-à-vis de la politique US, ou, plus justement dit, des imprécations US à l’intention des alliés de “la guerre contre la terreur”. C’est ce que craignent les Britanniques, comme The Independent le précise. Mais on voit mal, malgré les précautions de l’équipe Brown pour présenter ses intentions de compromis avec l’espoir d’un retrait d’Afghanistan, ce qui pourrait arrêter la dégradation de l’image d’allié inconditionnel des USA qui affecte le Royaume-Uni depuis le départ de Blair, dans tous les cas aux yeux des publicistes extrémistes de Washington qui continuent à influencer l’opinion, ou plus simplement à la faire puisque l’opinion US semble incapable de se faire elle-même.

«The determination to draw a line under the Bush-Blair years is threatening to heighten tensions between No 10 and the hardline neocons who still dominate the White House. The pace of the Basra handover has already caused dismay in hawkish Washington circles. The administration was also sceptical of the British deal with tribal elders that led to Musa Qala falling into the hands of the Taliban earlier this year and has also been pushing Britain to carry out an opium poppy eradication programme by spraying fields, a policy that Downing Street has said would drive farmers into the arms of the militants. But with Mr Bush in the final year of his presidency, his influence on events on the ground is waning.

»There are also hopes that since the departure of hawks such as Donald Rumsfeld, the US Defence Department is prepared to accept change. “There has been full consultation with the White House, and they have been talked through all of this,” a senior source at No 10 said last night.

»Inside the heavily fortified walls of the presidential palace in the capital, Kabul, Mr Brown was given a fresh commitment by Mr Karzai to prevent parts of Afghanistan from returning to the control of the militants who led to the country being used as a training camp for terrorism before the attacks on the US in September 2001.»

La fin de l’extravagante aventure anglo-saxonne?

Cette intention britannique d’amorcer une situation pouvant mener au retrait d’Afghanistan complète la politique britannique en Irak (de retrait également) et, d’une certaine façon, la politique US en Irak (la “victoire” à la Petraeus).

S’agit-il d’un tournant? Bien qu’en en prenant prétexte, on ne parle pas ici seulement de la décision de Brown de lancer une “stratégie de dialogue” qui est un faux-nez pour une tentative de repli d’Afghanistan, mais bien d’une tendance plus générale. Cette tendance est illustrée par les premiers replis britanniques en Irak, la “victoire à la Petraeus” des USA en Irak, l’affirmation grandissante du gouvernement irakien vis-à-vis des USA, etc. L’affaire de la NIE 2007 concourt également, même si indirectement, à la même tendance, en bloquant presque complètement la possibilité d’une montée de la tension dans la région du Moyen-Orient par le moyen d’un engagement US renouvelé, par une attaque contre l’Iran. On ajouterait, bien sûr, pour la scène américaniste, que le changement de perspective en cours aux USA pour la campagne électorale, sur fond de menace de crise fondamentale, renforce encore l’hypothèse analytique.

Ainsi se dessinerait un mouvement général de retrait de la part des Anglo-Saxons, après l’extravagante entreprise lancée par Bush-Blair à l’automne 2001. Nous serions très fortement tenté d’écarter tout plan structuré et orienté à cet égard, toute tactique délibérée, que ce soit de retrait réel ou d’apparence de retrait. Aucun des deux systèmes anglo-saxons, l’américaniste et le britannique, n’est plus capable de telles machinations. La machine anglo-saxonne est, du point de vue du renseignement et de la communication, et du point de vue de la planification par conséquent, plongée dans le plus complet chaos, complètement prisonnière de son virtualisme, de ses propres montages, des dissensions en son sein pouvant mener à des “coups d’Etat postmodernes” et ainsi de suite.

Plus simplement, il s’agit à notre sens de la soumission à l’évidence de la dynamique de la situation générale. Les deux pays, les USA et le Royaume-Uni, chacun avec ses spécificités et ses priorités, ne peuvent plus tenir face au désastre que leur politique commune a engendré. Ils sont en train de se soumettre à une évolution historique qu’ils ont largement contribué à accélérer, mais qui les dépasse évidemment, et dans la conception, et dans la dynamique, et dans les effets.

Very “maistrien”, indeed.