Ce sera A Very Good Year

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Ce sera A Very Good Year

• Nous parlons de 2022, de deux échéances électorales, les présentielles en France et les élections législatives “mid-term” aux USA. • Ces deux échéances uniront dans un destin catastrophique commun, deux entités (une nation, un pays) qui ont, depuis l’origine du second, cultivé un rapport et une proximité extraordinaires, dites d’amour-haine. • Les Français disent qu’ils sont touchés chez eux (“indigénistes”) par un mouvement venu des USA (“wokenisme”), comme si les USA utilisaient leur puissante influence maléfique pour pervertir la vertueuse France (une fois de plus). •...Alors que ce mouvement a été initié sur place, aux USA, en très forte part par une école française de philosophie (la “déconstruction” et les “déconstructeurs”), dans les années 1970 et au-delà lorsque ces philosophes (Deleuze, Derrida, Foucault) enseignèrent la “French Theory” dans les universités américanistes. • Aujourd’hui, soutenus à fond par les grandes entreprises du néo-capitalisme (le “Woke-capitalisme”), le wokenisme et le reste suscitent une tension extraordinaire (à voir en 2022?) dont le véritable effet est moins d’imposer une nouvelle idéologie démente que d’accélérer le mouvement d’effondrement du Système.

1er mai 2021 – Sinatra chantait, in illo tempore, sa fameuse complainte « T’was A Very Good Year » ; nous chantons, pour ceux qui voudraient expérimenter une certaine façon d’avoir les yeux en face des trous, “It Will Be a Very Good Year”. Nous parlons de 2022 parce que, d’ores et déjà, “tout le monde en parle” ou tout comme, –  en France et aux Etats-Unis, sans faire le rapprochement entre les deux, ce qui apparaît d’une aveuglante évidence une fois qu’il a été fait.

En France, règne une atmosphère incandescente, dans un système de communication exacerbé par les divers incendies en cours : la crise sanitaire, la crise identitaire, la crise migratoire, la crise sécuritaire (de l’insécurité). Ces divers incendies se rassemblent régulièrement pour former brutalement un foyer crépitant, et ce sont là les soubresauts habituels d’une crise française devenue structurelle depuis les Gilets-Jaunes, sous la présidence Macron. Il est donc question de confronter en mai 2022 cette présidence Macron à son avenir, – ou bien son élimination (sorte de “Grand Remplacement”), ou bien sa poursuite par reconduction d’une situation réduite à des acquêts furieux et grondants. On signale quelques faits notables, de l’ordre de la statistique, de l’hypothèse, de la rumeur :

• Des indications statistiques notables qui laissent entendre qu’un deuxième tour qui opposerait Macron et le Pen serait extrêmement serré, au point que la victoire de la seconde est considérée comme possible : ce serait le fracassement du très-fameux “plafond de verre” qui tenait le Rassemblement National sous le contrôle des lois de la pesanteur démocratique.

• D’inattendues rumeurs persistantes sur la possibilité d’une candidature Zemmour en 2022, l’un des chroniqueurs les plus suivis et les plus contestés de France, et donc impliquant une initiative explosive ; maintenant vieilles de plusieurs mois et sur lesquelles Zemmour a pris soin de se prononcer en rien, ni pour ni contre, ces rumeurs sont régulièrement relancées par des initiatives de soutien difficilement classables (voir « Les femmes pour Zemmour », à Toulouse et à Aix).

• Il y a eu la récente lettre ouverte de militaires (aujourd’hui une trentaine [vingt il y a dix jours] de généraux et près de 10 000 militaires au statut divers [1 000 il y a dix jours], d’abord mise sur un site peu connu (Place d’Armes, le 13 avril), puis reprise à la demande des signataires le 21 avril sur le site de “Valeurs Actuelles”, soit le 60ème anniversaire du putsch d’Alger. Cette occurrence, voulue ou non on ne sait, et qui porte sur un acte sans aucun lien, ni similitude, ni d’esprit, ni de circonstance, ni de rien du tout avec la “lettre ouverte”, a déclenché un tollé d’avalanches d’alertes et d’alarmes contre le “coup d’Etat des factieux” sur un ton grandiloquent et que nous qualifierions d’absolument “stupéfiant”. (*)

• ...Ce qui n’empêche que 58% des Français soutiennent les signataires-militaires ; et, cerise sur le gâteau, on trouve dans le détail de ce soutien, très curieusement, « 44% des sympathisants du Parti socialiste et 43% de ceux de la France insoumise défendent les militaires ».

• Tout cela se fait sur un fond d’actes d’incivilités, d’agressions plus ou moins graves, de blessés ou de morts de policiers et gendarmes, voire de pompiers, harcelés, caillassés, traquenardés, d’une zone de chaos l’autre dans de nombreuse villes et régions françaises. On connaît la population en cause ; selon l’état de l’esprit, de l’émotion et de l’emportement, on parlera de dealers, de “jeunes voyous”, des “jeunes issus de l’immigration”, d’“islamistes”, etc., et même d’“ensauvagement” pour l’ensemble malgré les frissons d’indignation linguistique du Garde des Sceaux Dupont-Moretti. Dans cette situation généra   le, on peut dire que le volcan, après qu’on y beaucoup dansé dessus, est entré en en pleine activité. La crise sanitaire a exacerbé cette situation pour deux raisons :
1) en imposant des restrictions de présence et de circulation poussant à une révolte encore plus affirmée, lors des relâchements intermédiaires, à l’aide de coups de main qui ne dédaignent pas l’emploi de “mortier d’artifice” et d’une incivilité massive ;
2) en forçant à la comparaison entre la sévérité des forces de l’ordre devant les contrevenants des interdictions sanitaires, et le laxisme pour les contrevenants aux lois de l’ordre et de la sécurité, et cela selon des consignes précisées de l’autorité civile.

Il résulte de tout cela, de la tension ainsi générée, selon notre appréciation, que les présidentielles pourraient se jouer presque exclusivement sur ces sujets brûlants et extrêmement polémiques : crise sanitaire, crise identitaire, crise migratoire, crise sécuritaire. Cela constituerait un contraste notable avec le courant des consultations électorales françaises où il est habituel d’aborder cette sorte de sujets (ceux qui existaient) d’une façon accessoire (ou en faisant en sorte qu’ils deviennent accessoires), le clou du spectacle se trouvant en général dans les habituels incontournables, les sujets économiques et sociaux ; ce serait un “contraste notable” pour des temps qui sont eux-mêmes contrastés, et notablement par rapport au courant.

La très forte tension identitaire et sécuritaire existant en France, sur fond de Covid19 dont il serait étonnant qu’il soit complètement effacé au printemps 2022, rend très difficile un tel exercice d’escamotage. Bien entendu, de telles élections, – quel(le) que soit l’élu(e), – ne peuvent qu’engendrer, une fois achevées et même si la tension devait être magiquement écartée pour l’instant électoral, un climat de quasi-guerre civile, du genre de celui qu’on reproche sottement aux militaires-signataires de vouloir installer.

Or, il est bien possible que les élections législatives US, dites du “mid-term” (mi-mandat), soient de la même eau : place principale laissée à des affrontements extrêmement furieux et rageurs, sur des sujets culturels et de société, idéologisés et radicalisés jusqu’à des extrêmes qui peuvent être de violence ; même situation probable qu’en France probablement... L’analyste Martin Armstrong va même jusqu’à prédire que les élections elles-mêmes, dans leur processus, pourrait constituer une bataille d’où la possibilité de la violence ne saurait être exclue, et cela à la lumière du processus de l’élection de Biden :

« Selon un récent sondage, 51 % des Américains pensent que Joe Biden a triché pour accéder à la Maison Blanche.  La répartition est la suivante : 74 % de républicains et un étonnant 30 % de démocrates pensent que la tricherie a joué au moins un rôle dans le résultat des élections de 2020.  En Arizona, les bulletins de vote de l’élection de 2020 sont enfin vérifiés, alors que les batailles judiciaires pour y mettre fin se poursuivent.  Le légendaire analyste des cycles financiers et géopolitiques Martin Armstrong prédit une “panique électorale en 2022’.
» Armstrong explique : “Cela signifie une volatilité extrêmement élevée...”
» “Malgré tout ce qu’ils veulent dire, il y a une grande partie de la population qui ne croit pas à l’élection.  Les sondages disent qu’elle est à 51%, mais elle est probablement proche de 60% ou 70%.  Vous voyez aussi que 60% des Américains veulent un troisième parti, et vous parlez des démocrates et des républicains...
» “Je pense que parce que nous avons un nombre aussi élevé de personnes qui ne font pas confiance aux résultats des élections, je ne pense pas qu'ils vont pouvoir s'en sortir en truquant à nouveau les élections.  Cela va se transformer en violence.  Il n'y a aucun doute là-dessus”. »

Encore Armstrong n’aborde-t-il qu’une partie de ces élections de 2022 en laissant de côté la tension idéologisée. La campagne est jugée ouverte depuis le discours de Biden au Congrès, avec la confirmation de ses grandes options idéologiques gauchistes ; avec par exemple et pour l’exemple, cette affirmation ubuesque, “stupéfiante” dirait Mélenchon, que « le suprémacisme blanc est désormais considéré comme la principale menace contre les États-Unis ». Lorsqu’on songe à ce que fut l’“insurrection” du 6 janvier au Capitole, pêché originel des suprémacistes blancs de l’ère Biden, on se doit d’être confondus et bluffés par cette représentation du simulacre “de spectacle”.

Biden a donc lancé toutes les initiatives gauchistes qu’il annonçait au cours de sa campagne (bel exemple de promesses tenues...) et s’est imposé, lui qui s’annonçait comme le réunificateur après la monstruosité-Trump, comme le plus grand diviseur antagoniste du pays. Aujourd’hui, la côte de popularité de Biden (moyenne des instituts de sondage) est autour de 52-53% de satisfaction, ce qui est très faible pour un président. A part les deux cas spécifiques de Gerald Ford en 1974 (très impopulaire parce qu’il avait accordé la grâce à Nixon) et de Trump, qui est le cas spécial qu’on sait, la moyenne de soutien (depuis 1945) des présidents dans leurs premiers cent jours est de 66%. Le spécialiste des sondages John McLaughlin, évidemment conservateur, voit dans ces chiffres un « sombre présage » pour l’évolution de la popularité de Biden, et autant pour les démocrates en 2022.

On comprend que l’antagonisme et la haine du temps de Trump s’en trouve multipliées, qu’elle se sont fixées sur les attaques du wokenisme concernant la culture et le mode de vie, toutes ces choses fondamentales confrontées à une idéologisation radicale et un racisme “anti-blanc” forcené, rendant la perception de la justice comme déséquilibrée et partiale, ouvrant toutes grandes les frontières à l’immigration et mettant en marche un déplacement de population entre zones idéologisées sans précédent depuis la Guerre de Sécession, accroissant vertigineusement l’insécurité à cause du traitement fait à la police et de l’effondrement des effectifs qui en résulte (Seattle a vu la démission de 180 officiers de police en 2020, et il y en aura sans doute plus de 190 cette année).

Aujourd’hui, dit-on (Armstrong), commence l’« election panic ». L’impopularité palpable de Biden et des démocrates dans de nombreuses zones donnent aux républicains, dont nombre de tendance populiste, l’espoir de reprendre en 2022, comme ils firent en 1994, la Chambre et le Sénat. Ce serait pour paralyser totalement le gouvernement, tandis qu’à l’inverse les démocrates ne cessent au rythme de Biden d’accentuer leur gauchisme institutionnel et culturel. La guerre des cultures et des idéologies continue, plus forte que jamais, touchant les États eux-mêmes et renforçant l’interventionnisme des gouverneurs républicains contre cette idéologie, comme dans le cas de l’Idaho ou de celui du gouverneur de Floride DeSantis.

Wokenisme pseudo-nietzschéen

Notre idée centrale en exposant ces deux occurrences électorales pour 2022 est bien de rapprocher les cas de la France et des États-Unis devant la montée chaotique de la puissance idéologique déconstructrice du wokenisme. (Comme on le voit par ailleurs pour un des sujets qui les touchent également, nous mettons le plus souvent dans ce terme formé à partir du verbe US “to woke” les décolonialistes et racialistes français ; cette proximité jusqu’à la confusion fait justement partie de l’analyse, voire de la thèse présentée ici.)

La proximité des deux scrutins rend évidemment beaucoup plus forte cette perception que les deux pays se trouvent confrontés à une poussée idéologique similaire, avec des effets directs ou indirects qui sont également assez proches et s’expriment en une crise identitaire analogue. Une remarque souvent entendue, y compris dans la bouche du président Macron, est que les remous wokenistes français ont été importés des USA, à partir de leur évolution qui au départ s’apparentait au PC (Politiquement-Correct) développé dans les milierux universitaires US. D’une façon très significative, illustrant soit son double langage, soit la confusion de son esprit, c’est à une organisation de la presseSystème américaniste US (la chaîne de télévision CBS) que Macron a parlé de la nécessité de déconstruction : « Nous devons déconstruire notre propre histoire. »

Il employait ainsi un terme extrêmement présent chez les wokenistes américanistes, – mais aussi, dira-t-on aussitôt, dans le langage intellectuel français, avec l’école déconstructrice français, et par conséquent de facto chez les wokenistes français. L’on sait bien entendu que les philosophes déconstructeurs (Deleuze, Derrida, Foucault) ont exercé une influence absolument décisive aux USA, dans les années 1960 et 1970, sous l’ombrelle ultra-connue dans le monde de la communication de la “French Theory”. Ainsi, l’influence américaniste sur les événements français dans la filière wokeniste, vient d’une influence française directe et déterminante dans la création aux USA de cette filière.

L’essayiste et philosophe Pierre-André Taguieff rappelle une fois de plus cette proximité USA-France, ce lien inaliénable, dans un livre récent consacré aux “nietzschéens” (“Les nietzschéens et leurs ennemis. Pour, avec et contre Nietzsche”). Il y parle évidemment des philosophes déconstructeurs (ou “postmodernes”, ou “poststructuralistes”), qui ont largement puisé dans Nietzsche, en ne s’en tenant qu’à une seule partie de sa pensée, jusqu’à se bloquer en son contraire et alors bien loin de toute la fécondité de cette pensée multiple du philosophe. Taguieff note (dans interview à “Figaro-Voxdu 30 avril) :
 

« Dans leurs publications des années 1960, Jacques Derrida et Michel Foucault ont légitimé et banalisé la pratique de la déconstruction, accompagnés par Gilles Deleuze et Jean-François Lyotard. Avec son “Nietzsche et la philosophie”, publié en 1962, Deleuze a relancé l’intérêt pour la pensée nietzschéenne, définie comme une machine de guerre contre la dialectique socratique, la pensée chrétienne et la philosophie hégélienne de l’histoire. La déconstruction des “grands récits” (de la “Raison dans l’histoire”, du Progrès, de la libération ou de l’émancipation, etc.), qui doit beaucoup à Nietzsche, est à l’origine de la pensée postmoderne, fondamentalement relativiste.
» Mais, à partir des années 1980, sur les campus américains, on a assisté à l’élargissement du champ de la déconstruction: des déconstructeurs militants se sont attaqués à la civilisation européenne ou occidentale, réduite à une production de la “race blanche” supposée hétéro-patriarcale, impérialiste et raciste. Après la déconstruction du “logocentrisme” par les émules de Heidegger et d’un Nietzsche heideggérianisé, suivie par celle du “phallocentrisme” sous la pression des féministes radicales, en passant par celle du “phallogocentrisme” (Derrida), les déconstructeurs en sont venus à s’attaquer au “leucocentrisme” (de “leukós”, “blanc”), en dénonçant le “privilège blanc” et en appelant à “déconstruire l’innocence blanche”. La pratique de la déconstruction a pris un sens idéologico-politique en devenant le rite d’initiation du “décolonialisme” comme nouvelle vision révolutionnaire du monde: ceux qui veulent “décoloniser” tous les savoirs et toutes les institutions doivent d’abord apprendre à tout déconstruire. Dans les milieux intellectuels se voulant “de gauche” ou “progressistes”, la déconstruction est ainsi devenue le premier geste révolutionnaire. »
 

Taguieff note à propos de ces hypothèses de proximité des déconstructeurs de Nietzsche, et pour nous rasséréner, que « Nous sommes là en effet très loin de Nietzsche, qui se situait aux antipodes d’un quelconque engagement révolutionnaire », et que « C’est à coup sûr trahir ce qu’il est convenu d’appeler la “dernière pensée de Nietzsche” ». Cela montre que nous sommes sur un terrain intellectuel mouvant sinon inverti par rapport aux origines nietzschéennes qu’il prétend se donner, mais il n’en est certes pas de même pour la filiation entre les penseurs déconstructeurs et déconstructurateurs français et les wokenistes dont nous héritons. Opérationnellement (plutôt qu’intellectuellement tant tout cela est trituré et mastiqué), on voit bien que le courant des USA vers la France fut d’abord un courant de la France vers les USA... Grande gloire française ?! s’exclameront certains à propos de nos relations avec cette Amérique qui nous fascine. C’est une bien piètre occurrence sur le fond et pour l’esprit.

Par contre, du point de vue de la métahistoire qui se construit avec ce qui est désormais une “métapolitique”, c’est une occurrence intéressante. Elle confirme les liens très serrés mais extraordinairement complexes et ambigus existant entre la France et les USA depuis l’origine, lorsque Louis XVI prônait et organisait le soutien des “révolutionnaires” américains en pensant aux siens propres dont un récent ouvrage affirme qu’il était de leur parti (voir “L’intrigant” de Aurore Chéry).

L’intérêt de la chose est que nous trouvons une unité des événements dans deux pays qui jouent, chacun à leur manière, et chacun avec des intentions et des fatalités différentes sinon concurrentes, un rôle important dans la dynamique générale de déconstruction. Nous ne parlons pas ici de la déconstruction selon le wokenisme avec toutes ses gâteries genristes et racisées, mais d’un mouvement plus vaste de déconstruction où le wokenisme a sa place involontaire, moins pour ce qu’il ambitionne selon ce qu’on en déduit de ses liens ridicules avec le “marxisme-culturel” et de ses liens beaucoup plus sérieux avec le Woke-Capitalisme (Hollywood, Big Tech, Big Media/presseSystème aux USA, les industries de luxe et du spectacle en général, la bureaucratie européenne, les réseaux globalistes du Corporate Power).

La “place involontaire” de la dynamique du wokenisme concerne beaucoup plus, par le biais de la déstabilisation qu’il provoque là où il se développe et évidemment a contrario de ses ambitions idéologiques, le désordre général transformé en chaos que nouys connaissons. Par conséquent, il participe à la mise en évidence en l’aggravant de l’effondrement du Système et poussant à la recherche d’alternatives qui doivent de plus en plus, pour avoir quelque chance, se détacher du Système.

Le rôle qu’on peut voir au wokenisme, tel qu’il est structurellement (!) présent en France et aux USA est de pure méthode opérationnelle par rapport à la situation dynamique d’effondrement du Système, et pour y concourir avec zèle et efficacité (même et surtout sans le savoir). Il est inutile de voir chez eux une quelconque possibilité d’une nouvelle “grande politique” (comme disait Nietzsche), ou encore, l’application sanitaire du diagnostic du docteur Gramsci avec son “marxisme culturel”. L’idée rejoint ainsi cette remarque de Taguieff, dont nous avons cité plus haut les premiers mots :
« Nous sommes là en effet très loin de Nietzsche, qui se situait aux antipodes d’un quelconque engagement révolutionnaire, mais il faut cependant reconnaître dans les délires idéologiques décoloniaux [wokenistes] les traces d’un héritage falsifié de la dernière philosophie de Nietzsche, quand ce dernier invitait ses lecteurs à faire de la philosophie “à coups de marteau”. Mais ni le “renversement du platonisme” ni sa volonté d’en finir avec l’héritage chrétien n’impliquaient pour Nietzsche la destruction de la “pensée blanche”. C’est que Nietzsche ne pensait pas en termes racialistes. [...] [...O]n se trouve aux antipodes de la pensée nietzschéenne, destinée aux “esprits libres”... »

Non, décidément, ces wokenistes franco-américanistes, ultra-révolutionnaires subventionnés par le Système dont le jugement se brouille de plus en plus, sont là pour renforcer sans cesse le climat de tension insaisissable et déraisonnable qu’ils savent si bien développer. Il ne faut pas craindre que ces cohortes ivres de concepts aberrants, guidées par une bêtise lestée de béton, nous accouchent un monde nouveau, – “de toutes les couleurs” sauf le blanc of course. Curieusement générés et fortement soutenus et subventionnés, dans chaque pays à leur façon, par les “Masters of the Universe” pour briser des structures que les jugements embrumés de ces mêmes “Masters of the Universe” craignant d’une trouille sans bornes qu’elles échoient au spectre national-populiste, ils déstructurent effectivement, mais essentiellement les dernières structures encore valides de la coque du Titanic.

Le wokenisme et l’impromptu Covid19 sont les deux piliers de circonstance qui maintiennent la Grande Crise en son paroxysme après l’y avoir hissée. Il nous paraît bien difficile, dans ces circonstances, que ces deux opérations électorales de 2022, dans les deux symboliques pays-phares de notre civilisation, se déroulent selon les plans habituels du Système et de ses élites empressées. On peut ainsi envisager que l'année 2022 ne sera pas moins intéressante que 2020 et 2021. Poursuite, donc, de la belle décennie des “Années Folles” d’un siècle plus tard.

Note

(*) Mot “stupéfiant” employé par Mélenchon, pour qualifier la “lettre ouverte” et la similitude avec 1961. Si, en général, l’inculture éclate dans le rapport avec le 21 avril 1961 à propos des conditions du putsch d’Alger, dans le cas de Mélenchon, pied-noir qui prétend n’avoir jamais oublié l’Algérie de ces temps affreux (voir la note du texte du 6 avril 2017, qui nous est chère), on y ajoutera une honteuse hypocrisie de cet homme et, dans l’esprit de cet homme, la trahison d’une origine tragique qui est la caractéristique du passé de tous les pieds-noirs qui ont pourtant tant donné à la France.

Autre note qui nous est chère, à la fin du texte du 3 novembre 2020 : notre vieux capitaine PhG tient effectivement que ce conflit qu’il a vécu, et qui est sans doute l’épisode le plus caviardé et le plus inverti de l’histoire moderne avec la Guerre de Sécession des États-Unis, est « absolument un symbole et une métaphore de la profondeur, de l’infamie, et du simulacre de la crise de la modernité ; il est donc d’une signification exceptionnelle, que personne n’a jusqu’ici vraiment explorée ». Dans tous les cas, l’explication de sa vérité-de-situation est une expédition absolument nécessaire pour comprendre notre Grande Crise et le piètre destin de la France : qui ne sent pas qu’il y a là une vérité-de-situation fondamentale n’a guère de munitions pour explorer la cause de ce que nous vivons aujourd’hui].)