Notes sur le “Woke-Capitalisme”

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Notes sur le “Woke-Capitalisme”

• Voici une affaire qui n’avait guère retenu notre attention, qui aurait dû passer son chemin et qui, pourtant, s’avère déboucher sur une dynamique crisique d’une importance que l’on pourrait considérer comme considérable. • Au départ, c’est l’adoption d’une loi modifiant la procédure du vote dans l’État de Géorgie, où se déroulèrent de rudes batailles et de vicieuses polémiques durant les dernières élections (présidentielles et parlementaires). • Biden a choisi cette nouvelle loi pour dénoncer le racisme qu’on y trouve, selon lui, avec comparaison avec l’époque de la ségrégation raciale. • Erreur d’appréciation ou (et ?) faiblesse pathologique d’un président de plus en plus dévasté ? L’attaque provoque de dévastateurs coups de fouet en retour. • Mais surtout, cette affaire est l’occasion de l’apparition d’un regroupement idéologique d'un millier d’entreprises qui proclament leur engagement vers l’extrême-gauche. • C’est l’apparition officielle et structurée d’une nouvelle forme de capitalisme, dont l’on reparlera. • Événement essentiel : voici le Woke-Capitalisme”, le capitalisme aligné sur le wokenisme.

8 avril 2021 – Au départ de cette étrange aventure, il y a une loi sur la technique du vote qui a été adoptée dans l’État de Géorgie, la loi SB-202 (Senate Bill 202) du 25 mars 2021. Cette loi prévoit certains aménagements permettant de mieux contrôler la légalité des votes, notamment la nécessité de faire connaître la carte d’identité de l’électeur. Il y a eu dans cet État de l’Union de très fortes contestation du système de vote alors en vigueur, de la part de l’équipe Trump pour l’élection présidentielle de novembre 2020, de la part du parti républicain pour l’élection des deux sénateurs de l’État le 5 janvier 2021.

Si SB-202 modifie le système électoral de la Géorgie notamment par rapport à ces réclamations, elle n’en est nullement le produit, et notamment elle n’est en rien une loi qu’on dirait d’une sorte de “pro-Trump”. La Géorgie a été le théâtre de très vifs affrontements au sein du parti républicain, le parti de cet État étant nettement antiTrump et plutôt aligné sur la ligne “mandarin” du parti (ce que les trumpistes et les populistes désignent comme les RINO, – ou “Republicans In Name Only”, c’est-à-dire des faux républicains selon cette appréciation). La perte de la Géorgie par Trump et la perte des deux sièges de sénateurs par le parti républicain sont sans aucun doute le résultat de cette division qui a notamment donné la majorité au Sénat au parti démocrate.

C’est le premier paradoxe de SB-202, présentée par le grand ennemi de Trump, le secrétaire d’Etat de Géorgie, le républicain Brad Raffensperger : la loi refait l’union du parti républicain du fait de la réaction absolument furieuse et disproportionnée de Biden, et de certains éléments du parti démocrate ou proches de lui. Surtout, elle suscite la constitution d’un groupe de sociétés, une partie du Corporate Power qui se scinde du courant classique et s’institue en un “Woke-Capitalisme” (“capitalisme-éveillé”, c’est-à-dire ultra progressiste, ou wokeniste, toutes les références allant au verbe ‘to woke’, choisi comme devise du mouvement). Ce groupe s’est constitué en une “Alliance Civique” : 1 119 compagnies employant 5 194 415 personnes répertoriées sur le site CivicAlliance.com (consultation le 8 avril).

Les lendemains qui chantent du capitalisme

Attachons-nous d’abord à cette “Alliance Civique”, ce “Woke-Capitalisme” dont la constitution n’est certainement pas une surprise lorsqu’on sait le soutien capitalistique accordé au mouvement “Black Lives Matter” (BLM) entre autres choses, lorsqu’on connaît la position ultra-progressiste et antiTrump des GAFAM (bien entendu, Facebook, Twitter, Amazon font partie de l’alliance). Voici un texte de WorldNetDaily (WND) qui présente l’historique de cette alliance, ses buts, etc.
 

« L’opposition de grandes entreprises telles que Coca-Cola et Delta Airlines à [la loi SB-202] a attiré l’attention sur une alliance de plus d’un millier de sociétés qui, en fait, se sont identifiées selon la référence de l’opposition à cette loi.
» “En tant que coalition d’entreprises, nous utilisons notre voix, notre marque et notre portée pour renforcer notre démocratie. Nous soutenons des élections sûres, accessibles et fiables, et nous incitons nos employés et nos clients à participer à la vie civique”, indique l’alliance.
» L’objectif de rendre les élections “accessibles” se traduit par une opposition à des lois telles que celle de la Géorgie, qui visent à garantir que chaque vote représente un électeur légitime et que les électeurs ne sont pas privés de leur droit de vote.
» [...] L’Alliance civique a publié vendredi dernier une lettre condamnant [effectivement] tout effort visant à “restreindre” l’accès aux bulletins de vote, signée par 200 entreprises, dont Salesforce, ViacomCBS et The Estée Lauder Companies.
» “Les entreprises suivent avec la plus grande attention les positions et jugements de leurs consommateurs et de leurs employés, et si c’est une priorité pour les gens, elles en font une priorité pour elles-mêmes”, a déclaré Mike Ward, cofondateur de l'Alliance civique, selon NBC News.
» La lettre indique notamment : “Nous sommes solidaires des électeurs, – et des cadres et dirigeants noirs à la tête de ce mouvement, – dans notre engagement non partisan pour l’égalité et la démocratie”.
» La déclaration indique qu’il existe “des centaines de projets de loi menaçant de rendre le vote plus difficile dans des dizaines d'États du pays.”
» Les membres de l’alliance se lisent comme un who's who des entreprises américaines, avec Amazon, McDonalds, Microsoft, PayPal, Uber, Airbnb, Best Buy, Capitol One, Dow, Hewlett Packard, Macy’s, Starbucks, United Airlines, Pepsico. [1 119 compagnies employant 5 194 415 personnes répertoriées sur le site CivicAlliance.com le 8 avril.]
» “Nous avons peut-être un long chemin à parcourir, mais en travaillant ensemble, nous créerons une culture où le civisme compte et où la participation est une habitude”, affirme la même lettre de l’alliance.
» Elle demande aux entreprises qui deviennent membres d'accepter un engagement :
» “Nous croyons que la force des États-Unis réside dans ses habitants, chacun ayant le pouvoir et le potentiel de façonner l’avenir de notre pays.
» “Ensemble, nos entreprises disposent de la plate-forme et de la portée nécessaires pour encourager chaque Américain à s’exprimer et à tenir la promesse de sa participation.
» “Comme tous les Américains, nos entreprises ont des valeurs spécifiques. Pourtant, nous sommes unis dans la vision d’un avenir où chacun s’engage dans l’éducation civique, en commençant par voter à chaque élection”. »

Même les RINO s’effraient

Ce regroupement, et surtout les arguments du type progressistes-sociétaux et de moraline, wokenistes pour tout dire, n’a rien pour surprendre. On connaît l’engagement d’une partie importante et surtout grandissante de certains domaines de l’industrie US dans les causes gauchistes (wokenistes), à commencer par les High Tech mais aussi Hollywood et les industries d’entertainment et de luxe. BLM a construit un beau petit pactole là-dessus, tout en construisant un monde meilleur en lançant des tonnes de caillasse sur les bâtiments, les magasins et les gens au cours de sa propre campagne de relations publiques dans les villes US, lors de la campagne des présidentielles à partir de la mort du martyr George Floyd (25 mai 2020).

Ce rassemblement CivicAlliance.com a pris comme point de départ et événement symbolique fondateur l’adoption de la fameuse loi SB-202 qu’on a vue plus haut. L’événement a été marqué par la décision de la principale ligue nationale de base-ball (MLB, ou Major League Baseball) de quitter son siège central de la capitale de la Géorgie, Atlanta ; son Commissaire Rob Manfred a expliqué que la Ligue « soutient fondamentalement les droits de vote », pour expliquer le départ de Géorgie de la MLB.

Cette décision a effectivement suscité l’attention nationale sur cette politisation et cette orientation gauchiste de nombre d’entreprises, et provoqué un choc important. L’effet principal a été une très violente réaction des républicains, y compris la faction RINO dont l’archétype est le sénateur Mitch McConnell, chef de la minorité républicaine au Sénat ; McConnell s’est retrouvé au côté de Trump et des populistes dont il est d’habitude l’adversaire, – et inaugurant pour l’occasion une expression nouvelle et dénonciatrice : l’OIC, ou ‘Outrage-Industrial Complex’.

Evan Craighead, de Sputnik.News rapporte cet aspect le plus spectaculaire de l’épisode, qui permet de mesurer l’ampleur de l’effet de l’évolution de ce Woke-Corporate sur une partie importante de la direction américaniste. Il s’agit d’un remous de plus, et très important, du pouvoir du système de l’américanisme.
 

« Dans un mémo publié lundi [5 mars], le chef de la minorité du Sénat Mitch McConnell a fait référence à la récente décision de la MLB en proclamant que le “secteur privé américain doit cesser de s'inspirer du Complexe Industriel-Outrageant” conçu par “des gens puissants et riches”.
» Il a poursuivi en affirmant que “[p]lusieurs États dirigés par des démocrates accordent moins de jours de vote anticipé que ne l’exige la nouvelle loi de Géorgie”.
» Selon McConnell, les démocrates, y compris le président Joe Biden, se servent de l'histoire des États-Unis pour faire référence au projet de loi SB-202. [...]
» La déclaration de McConnell intervient une semaine après que la section de Géorgie de l'Association nationale pour l’avancement des personnes de couleur (NAACP) a déposé une plainte contre le secrétaire d'État de Géorgie, Brad Raffensperger, et les responsables électoraux de l’État, affirmant que la nouvelle législation sur la réforme du vote fait partie d'un “effort concerté pour supprimer la participation des électeurs noirs”. La plainte affirme que SB-202 viole les premier, quatorzième et quinzième amendements, ainsi que la section 2 du Voting Rights Act.
» Biden et le sénateur Raphael Warnock, premier sénateur noir des États-Unis à représenter la Géorgie, ont tous deux qualifié la loi SB-202 de “loi Jim Crow sous stéroïdes” (“Crow on Steroids”), en référence aux lois qui organisèrent la ségrégation raciale à la fin du XIXe siècle.
» “Personne ne peut penser vraiment que le conflit actuel s’approche de l’horrible brutalité raciste de la ségrégation”, a déclaré M. McConnell lundi. “Mais il y a un vieux dicton cynique qui dit que ‘l’histoire n’est que l’ensemble des mensonges sur lesquels on s’entend’. Et une foule de personnes et d'institutions puissantes pensent apparemment qu’elles ont tout à gagner à répéter ce grossier mensonge”.
» Le chef de file de la minorité sénatoriale a averti que les entreprises agissant comme un “gouvernement parallèle-‘woke’” risquent d’être victimes de “graves conséquences si elles deviennent un véhicule pour les forces d’extrême gauche, pour détourner notre pays de l’ordre constitutionnel”. »
 

Les divers autres acteurs de la direction politique ont pris position sans surprise, selon le rangement habituel. Obama a bien entendu applaudi à la décision de la MLB de quitter Atlanta ; Trump, qui a trouvé là une occasion de reprendre un peu de la notoriété qu’il a grandement perdue depuis son départ, a condamné cette décision et invité le public, et particulièrement ses partisanes, à boycotter aussi bien les manifestations organisées par la MLB que les entreprises qui souscrivent au wokenisme en général, au sein de l’Alliance Civique notamment.

Atlanta Gone with the Wind

Cette affaire d’Atlanta montre plusieurs choses, avant de passer au plat principal qu’est le “Woke-Capitalisme”. En effet, une confusion considérable s’est emparée de l’événement du vote de la loi SBN-202. Les démocrates ont monté des faiblesses et des erreurs considérables, caractérisant en vérité une position de force politique qui est complètement l’otage et la créature du simulacre nommé wokenisme, lui-même créé par les mêmes démocrates qui en sont devenus les victimes, comme dans une sorte de cercle vicieux.

• Les démocrates en général, par certains de leurs relais tel le NAACP, ont jugé qu’ils tenaient une affaire de première grandeur pour torpiller toute tentative des républicains de contrer leurs propres projets (des démocrates) de réorganisation des votes devant leur assurer une majorité pour des décennies grâce à une participation extraordinairement laxiste donnant à tous les illégaux (immigrants jugés tous acquis aux démocrates) le moyen de voter. Ces divers facteurs mesurent essentiellement l’arrogance et la suffisance des analyses et des actes des bureaucrates et compagnons de route démocrates.
• L’intervention de Joe Biden a été catastrophique, comme on va le voir ci-après. La répétition de plusieurs affirmations outrancières, voire mensongères, le maintien de ces affirmations ou leur déni selon les circonstances, le soutien aveugle de la presseSystème (CNN en particulier) ont constitué la mise en évidence, à la fois de la faiblesse psychique et de l’irresponsabilité du président, et du rôle absolument pervers jusqu’au ridicule de la presseSystème.
• On voit, dans le texte ci-dessous, quelques-unes des conséquences où s’entrecroisent des nécessités politiques de tendances et de conceptions opposées pour parvenir à une position de communication catastrophique pour Biden et les démocrates.
 

« Il est de plus en plus évident que la Maison Blanche a largement surestimé sa position dans son intervention dans l’affaire de la nouvelle loi électorale de Géorgie récemment signée par le gouverneur Brian Kemp. Pendant des semaines, le président a comparé les nouvelles règles de vote en place aux lois racistes les plus pernicieuses que nous ayons connues dans ce pays. Ce genre de langage diviseur et intolérant de la part du Grand Unificateur a inspiré les grandes entreprises à se comporter comme des étudiants activistes, et maintenant l’administration se voit face aux conséquences d’un énorme fiasco.
» Suite à l'insistance de Biden pour décrire [le langage de la SB-202] comme du “Jim Crow sous stéroïdes”, l’administration est confrontée à la réalité de l'impact sur les entreprises noires sur lesquelles elle comptait pour son soutien. La Maison Blanche pensait être en sécurité en faisant des claquettes sur le rythme du “c’est raciste”, mais elle voit maintenant que ses paroles se transforment en actions avec des effets essentiellement négatifs.
» La Major League Baseball a suivi Biden et s’est retirée d’Atlanta. Cette décision prive la ville d’un événement-MLB annuel de $100 millions alors que le président et les démocrates prétendaient soutenir les citoyens. La MLB a choisi une ville de remplacement : Denver, dans le Colorado. C'est un État qui exige AUSSI une pièce d'identité pour voter, et deux jours de vote anticipé de moins que l’État (la Géorgie) dont on prétend qu’il a rendu les choses plus difficiles pour les électeurs noirs. Puis on s’est rendu compte qu’Atlanta est une ville qui compte 50 % de citoyens de couleur et 30 % d'entreprises appartenant à des Noirs, au profit de Denver, qui compte 80 % de Blancs.
» La situation ne pouvait être pire pour les personnes acteurs de cette affaire, sans en plus impliquer une ville d’une communauté fermée et qui n’organise pas comme le faisait Atlanta les manifestations MLB importantes.
» Par ailleurs, Biden subit d’autres conséquences accablantes. L’une des réactions courantes à l’opposition de la MLB aux prétendues violations des droits de vote en Géorgie est de se demander comment la Ligue peut avoir une opinion aussi tranchée sur la question, alors qu’elle a organisé des matchs à Cuba, pays que l’on sait peu favorables aux votes.
» De la même manière, si l'administration est si outrée par des rencontres sportives organisées dans un État où les règles de vote sont très strictes, il convient de se poser la question suivante : qu’en est-il de la Chine ? Nous voyons là un pays qui a des attitudes sur les problèmes de vote bien pires à l’encontre de ses citoyens. Avec le président faisant des déclarations si audacieuses sur ces droits, cela signifie qu’il doit maintenant durcir l’approche contre ceux qui ont des restrictions plus strictes.
» En conséquence, l’administration a déclaré qu’elle examinait la possibilité d’une nouvelle décision [d’un éventuel boycott des JO de Pékin en 2022]. [...]
» L’administration doit adopter cette position car elle a diabolisé un des États de l’Union à point tel qu’il faut viser un État communiste qui impose des restrictions de vote plus sévères.
» C'est une position similaire à celle de nombreuses entreprises. Les PDG qui dénigrent la Géorgie à cause de ses “violations des droits de l'homme” ont conclu des accords bien plus lucratifs avec des nations hostiles. Le PDG de Coke s’est indigné de la loi, mais il fabrique son produit en Chine, sans être inquiété. Hollywood s’est indigné des lois sur l'avortement en Géorgie mais ne s’est pas interdit de conclure de nouveaux accords en Arabie saoudite, où les femmes subissent le traitement qu’on sait. »
 

L’affaire est significative de la véritable situation du pouvoir aux USA. A côté des problèmes personnels des uns et des autres, – et ceux de Biden jouent évidemment un grand rôle, – l’état d’esprit des démocrates et de leurs soutiens gauchistes du Corporate Power devenant Woke-Capitalisme est une situation de complet simulacre, enfermé dans une bulle qui serait déposée au Capitole dont on aurait égaré la clef. Le rôle de la presseSystème enfermée dans son soutien aveugle et quasiment nihiliste à Biden a été mis en évidence dans des conditions du ridicule le plus complet, avec CNN (essentiellement son présentateur Don Lennon) échangeant une version (évidemment fausse) de sauvegarde de Biden expliquant qu’il n’avait pas dit ce qu’il a dit, tandis que la porte-parole du mégalomane président continuait à affirmer que Biden avait bien dit ce qu’il a dit, qu’il le répétait, et qu’il avait raison.

On se trouve dans l’occurrence extrêmement rare de voir le très respectable Jonathan Turley, pourtant démocrate et le constitutionnaliste le plus prestigieux du pays, publier sur le même sujet deux commentaires de suite, les 6 avril et 7 avril, où il exécute avec une précision redoutable CNN et Biden, avec une telle précision que le ridicule prend des allures structurelles, constitutionnelles, et finalement met cet épisode à sa place de démonstration de l’incompétence mensongère et de l’idéologisation pathologique de l’actuel pouvoir démocrate. Ce qui n’était qu’un épisode sans importance spécifique considérable devient un événement crisique important tant sont grandes la crise du pouvoir et la paradoxale faiblesse de ceux qui tentent de l’assumer en le déformant irrémédiablement.

Mais avec le Woke-Capitalisme, il s’agit d’un événement crisique plus important, beaucoup plus important encore...

Le Woke-Capitalisme sort du bois

C’est sans doute l’effet le plus inattendu et le plus important de cet incident de routine devenu événement crisique, – justement à cause des machinations démocrates désormais devenues mode de fonctionnement de ce parti ; c’est-à-dire qu’il est entraîné dans ses simulacres producteurs de narrative auxquelles il faut ensuite se tenir selon le phénomène que nous avons désigné “déterminisme-narrativiste”. De nombreuses sociétés déjà engagées, mais en ordre dispersé, dans le soutien du mouvement wokeniste, ont estimé que l’intervention de Joe Biden autour de la “loi raciste” SB-202 de Géorgie ouvrait la voie à une structuration de leur comportement communicationnel, de type idéologique ou économico-idéologique si l’on y inclut le but recherché. Ces comportements sont devenus un engagement idéologique, l’idéologie remplaçant en première position sinon en position de conviction déterminant le reste les aspects économiques et commerciaux.  Même si ce sont eux qui évidemment justifient à l’origine, en les renforçant depuis, tous ces efforts, les aspects économiques et commerciaux sont repoussés au second plan.

L’ensemble tend alors à former une nouvelle sorte de capitalisme, où nous placerions l’idéologie au-dessus du facteur économique et commercial, ce qui se reflète dans l’expression “Woke-Capitalisme”. Nous savons bien que proposer une telle hypothèse implique une extrême rapidité de la perception, mais c’est bien la marque de l’époque courante, au propre et au figuré. Le cas est si assuré, nous dirions presque “si asséné”, que les plus durs RINO-crocodiles de la politique washingtonienne, comme McConnell, s’y laissent prendre, avec sa dénonciation dans des termes rarement employés.

Ainsi McConnell parle-t-il d’un « gouvernement parallèle-“woke” », dont l’objet serait à la fois d’être « un véhicule pour les forces d’extrême gauche » et de « détourner notre pays de l’ordre constitutionnel ». Ce ne sont pas des mots ni des idées sans signification, puisqu’ils véhiculent l’idée d’une véritable conspiration pour renverser l’ordre fondamental des États-Unis d’Amérique, donc pour assurer un “coup de force” ayant pour but de détruire “l’ordre constitutionnel” qui est à la base de l’existence de ce pays. Cela vaut bien l’“attaque insurrectionnelle” du Capitole le 6 janvier

On observerait que tout cela est dans l’ordre de l’excès qu’assure la communication ; mais nous répondrions que toute cette époque est fondée sur l’excès, – et sur la communication, certes, – et que, par conséquent, il n’y a aucune raison de ne pas prendre au sérieux cette passe d’armes ; dans cette occurrence, l’excès lui-même crée l’événement, il l’assure, il l’impose... Il n’y a aucune raison de ne pas penser ni croire que nombre de dirigeants, comme on en connaît déjà un certain nombre, cultivent certainement ces convictions wokenistes d’une façon idéologique très ferme. Nous sommes alors bien au-delà du simple raisonnement économique (par exemple, le soutien aux migrations massives, favorites du wokenisme, pour obtenir de la main d’œuvre à bon marché), qui devient un facteur secondaire dans une organisation générale évidente du Woke-Capitalisme où l’idéologie occupe sans aucun doute la première place.

Nous pensons que de plus en plus d’observateurs raisonnent dans le même sens, qu’ils soient des partisans ou des adversaires de cette dynamique, donc que cette dynamique devient bel et bien un événement crisique et déstructurant majeur. A cet égard, l’apparition de l’“Alliance Civique”, avec le site CivicAlliance.com qui opérationnalise l’opération, en désigne nommément les participants, en détaille les buts et les engagements idéologiques, constituent un formidable accélérateur de cette dynamique.

Bien entendu, “tout le monde sait” que le capitalisme a toujours eu des ambitions considérables, et donc qu’il secrétait lui-même une sorte d’idéologie. Ce “tout le monde sait” signifie, dans notre esprit, que cela est une évidence pour tous les grands et beaux esprits, mais cela n’a jamais été acté d’une façon aussi claire, dans un mode aussi opérationnel, selon des buts aussi avoués, en fonction d’une idéologie aussi détaillée, radicale et déjà opérationnelle.

Du coup, l’émergence de cette “Alliance Civique” devient un événement considérable, et il donne par effet-miroir une importance aussi grande à l’événement crisique de la loi SB-202 de Géorgie, mais aussi à l’administration Biden, à Biden lui-même, à la presseSystème et ainsi de suite ; et il donne à tous ceux qui veulent se regrouper contre cette dynamique, une cible parfaitement claire, une référence complètement irrécusable, une “vérité-de-situation” à laquelle plus personne ne peut se soustraire. Du coup apparaît un facteur de plus, et de quel poids, pour nous faire penser et croire qu’un formidable courant révolutionnaire traverse aujourd’hui les Etats-Unis, déclenchant une opposition d’une dynamique similaire..

Nous ne disons pas que les jeux sont faits, que la bataille est livrée, que l’événement est positif ou négatif, – même si nous pensons qu’à se découvrir ainsi, le Woke-Capitalisme prend un risque considérable et, en fait, nous offre un parfait exemple de la surpuissance se transmutant en autodestruction. Nous disons simplement, revenant à une idée fondamentale chez nous depuis quelques mois, que le wokenisme est, lui, un événement absolument considérable, propre à accélérer d’une manière vertigineuse la dynamique crisique en cours.