BLM à l’ombre de King

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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BLM à l’ombre de King

14 avril 2021 – Aujourd’hui, l’avalanche et le déferlement continues et presque catastrophiques des informations, dont aucune ne peut être assurée comme étant assez stable pour refléter une source sûre, font qu’il faut s’en remettre à l’intuition et à l’expérience. Ainsi la vérité-de-situation se situe dans le “bas-bruit” comme ils disent, – pour une fois, bien trouvé, – de cette avalanche. Quelque part, bien dissimulée, se trouve une vérité-de-situation, et cherchez-là avec votre intuition et toute la prudence de bien interpréter les signes. A partir de ces impératifs si difficiles à respecter, je m’avance jusqu’à vous confier mon jugement selon lequel le caractère ostentatoire, provocant et pourri d’une corruption bien voyante des aventures financières de la co-fondatrice des BLM (‘Black Lives Matter’), Patrisse Kahn-Cullors, a porté un très-rude coup au crédit qu’on peut accorder à la “juste cause” défendue par les BLM.

Cela pour résumer une première impression décisive, préparée par de nombreuses indications “à bas-bruit”.

Là-dessus, je vous emmène à un autre moment, dans la fin de journée d’hier, qui va servir à compléter un jugement général. Allant d’une chaîne à l’autre, je tombe sur la fin d’un documentaire sur l’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968, il y a 53 ans, à Memphis, Tennessee. (Peu importe la chaîne, peu importe le documentaire. Est-ce ‘Mourir à Memphis’ ? Aucune importance.) Je vois deux séquences : le dernier discours de King, le 2 avril, à Memphis justement, puis les dernières séquences sur son assassinat.

• Le discours, le soir du 2 avril. Une séquence bouleversante, sur extraits choisis évidemment, mais incroyablement convaincante. King parle comme s’il était habité, avec toute sa foi, et le thème est dit plusieurs fois : “Je sais que ne vivrai plus longtemps, mais peu importe puisque Dieu m’a aidé à monter au sommet de la montagne. Le mouvement que nous avons lancé a encore de rudes obstacles devant lui mais il triomphera et vous verrez la Terre Promise, même si c’est sans moi.” King pleure en disant tout cela, on le voit dans ses yeux pleins de larmes, sur son visage parcourus d’éclairs de lumières tragiques plongées dans l’ombre de la tragédie, avec l’exaltation, l’émotion, et aussi l’assurance de son destin : cet homme, qui croit en Dieu et ne craint pas la mort, cet homme sait qu’il va mourir et il va à sa mort en martyr.

• Deux jours plus tard, l’assassinat. Film montrant l’arrivée de King au motel où il doit dîner (où il réside lui-même ? Je ne sais pas) ; confusion, enchaînement des images ; l’assassinat accompli, la police partout, le bouclage du quartier, les messages de consigne urgente aux policiers, les nouvelles de l’agonie de King à l’hôpital, la mort enfin. Je ne parle de rien d’autre que ces images que j’ai vues : l’incroyable absence de protection officielle de King dans un lieu minable, ouvert à tous vents, dans une période où assassinats et émeutes se succèdent tandis que la guerre du Vietnam atteint son sommet de violence ; les USA chez eux, au bord de la guerre civile.

• Le contexte fou : 1968 n’est pas que “Mai à Paris” comme le répètent à l’envi nos intellectuels parisiens depuis un demi-siècle, c’est tout le monde occidental et l’équilibre Est-Ouest qui basculent ; aux USA comme on l’a vu, sur fond de cauchemar vietnamien où l’offensive du Tet a signé définitivement l’impossibilité d’une victoire (“Le pays ne soutient plus la guerre” tranche Johnson en écoutant l’icône nationale de l’information Walter Kronkite, retour d’une visite au Vietnam, dire sa conviction que la guerre est perdue, – car si Kronkite le dit le pays suivra) ; en Allemagne où l’on connaît les pires violences depuis le Weimar d’avant-Hitler, avec l’attentat contre Rudi Dutschke le 11 avril ; en Tchécoslovaquie où le “Printemps de Prague” est déjà en pleine floraison et où l’on chuchote déjà à propos d’une possible intervention soviétique ; en Chine, la révolution culturelle...  

Alors, concernant King, me vient la réalisation d’une chronologie que je n’ai jamais relevée bien que déjà journaliste ; et j’ignore si quelqu’un a relevé la chose puisque je vous parle d’un sentiment de cet instant d’aujourd’hui où tout m’est apparu. L’assassinat de King a lieu cinq jours après l’annonce par Johnson qu’il ne se représentera pas et qu’il va arrêter les bombardements du Nord-Vietnam avant d’entamer des négociations avec ce pays pour obtenir un accord de paix. Cela signifie, pour mon compte, que toute l’administration US est soudain paralysée, le parti démocrate en plein désarroi, les bureaucraties brusquement affolées.

En regardant d’une façon plus ouverte à l’intuition ce discours stupéfiant que j’avais pourtant vu plusieurs fois, avec les hypothèses déjà faites tant de fois sur le complot pour éliminer King où trône Hoover bien entendu, apparaît dans la lumière brutale justement de l’intuition impérative une vérité-de-situation absolument tragique. A partir de cet instant, du départ assuré de Johnson, il n’y a plus de directive concernant la sécurité de King, et Edgar J. Hoover et son FBI, avec le soutien de l’establishment affolé, ont les mains libres pour exécuter ce dont ils rêvent : l’élimination de Martin Luther King. Cela s’impose d’autant plus que la décision de Johnson plonge tout le monde dans l’angoisse de l’incertitude, que l’hypothèse de l’élection d’un Robert Kennedy (son assassinat a lieu deux mois plus tard), que Hoover hait presqu’autant que King, prend du corps ; il faut très vite régler tous les comptes possibles... Je complète cette conviction générale par ce point particulier, pour parfaire l’impression que m’a fait le discours de King : je crois qu’il avait été averti qu’il cessait d’être protégé par les services officiels et qu’il savait son sort scellé. Fin de séquence.

Hier soir, regardant ce visage emporté par l’exaltation, la foi, l’angoisse et la légèreté tragique de la mort, ces yeux pleins de larmes et cette voix secouée par les sanglots de Martin Luther King, je songeais à nos sacrément avisées militantes, cheffe-en-cheffe des BLM ! La Patrisse, posant en modèle-Mao, le poing levé, à côté de la superwoman Fonda qui paraît ses 50 ans à 80, grâce à ses droits d’auteur. Combien pour la photo pour Harpers’ Bazar ? Un deal à six chiffres ?

Certes, impossible de faire autrement puisque notre époque si contente d’elle-même se doit de se comparer aux autres pour se faire voir et valoir pour ce qu’elle vaut. Voilà, vous faites la comparaison pour avoir une idée de ce que valent réellement les BLM et toutes leurs ramifications wokenistes, des points de vue de la conviction assumée et de l’absence totale de force tragique du mouvement. La seule conclusion possible est que, depuis King, la direction de tous les mouvements noirs intégrationnistes (les gens de Farrakhan mis à part) a été complètement absorbée par l’establishment dans ses pratiques de corruption absolue et de nihilisme politique. Là-dessus, qu’on adopte la pseudo-cause antiraciste, pourquoi pas et bien entendu, cela donnera à ces messieurs & dames quelques effluves d’héroïsme à deux-balles.

Cela vaut d’autant plus que je crois bien, de conviction assurée, que ce degré de corruption qu’ils atteignent, et qui affecte bien autant la psychologie que le portefeuille, appelle à une exacerbation des idées démagogiques, et plus encore celles qui sont les plus fabriquées. L’idéologisation-maxi, faite pour écarter remords et interrogations possiblement, comme une sorte de Xanax  de la conscience, conduit à très grande vitesse à la pathologie, ce qu’on nomme “démence” après tout, pour nous donner une explication absolument acceptable. A la conviction martyrologique de King et aux aléas tragiques de son aventure correspondent les résidences confortables et les divers $millions, avec les contrats sympathiques et plantureux de Warner Brothers de madame Patrisse Khan-Cullors et de son épouse Janaya Khan, et aussi l’hystérisation permanente des simulacres et la conviction pathologique qu’exigent les campagnes de promotion des grandes marques wokenisées, sous la surveillance des Tweeter’s boys.

Quelle tristesse nous vaut ce constat, quel poids il nous faut porter. Moi qui ai connu ces temps-là, je n’imaginais pas, alors, que je les regretterais pour ce qu’ils avaient de tragique tant ils me paraissaient en être dépourvus. Mais certes, comparés à la néantisation, au Rien, à l’emprisonnement de l’esprit, le moindre souffle humain paraît épique et héroïque ; alors, quand c’est un King, deux jours avant sa mort...

Ne semble-t-il pas qu’il s’agit d’une différence considérable de notre époque misérable, avec celle de l’assassinat de King ? Mais il y a quelque chose d’heureux, et même d’espérance, dans ce constat désespéré. Je crois justement que c’est dans le néant de cette époque cousue de $millions en papier-anal que se situe la limite des espoirs que l’on peut mettre dans le mouvement wokeniste “en marche”, et son extrême vulnérabilité, sa fragilité immonde, – comme d’ailleurs dans bien d’autres entreprises qui se réclament de la modernité, post ou tardive. Aujourd’hui, on n’a plus besoin de flinguer Patrisse, elle fait partie de la maison et elle est aussi folle que le reste de la bande ; elle fait l’importante, la PhD en marxisme-léninisme avec le poing levé, en faisant visiter son domaine où même un petit avion sympa peut atterrir. D’ailleurs, le FBI n’a plus de Hoover disponible pour faire le ménage.

Quant à la gentille Rokhaya Diallo et ses indigénistes si conséquent, – pour parler tout de même de la France puisque France il y a, ô combien diablement, dans cette aventure – elle fait elle aussi partie de la musique. Elle est accueillie avec tendresse dans les colonnes du Washington Post, quotidien de Jeff Bezos sur recommandation friquée ($600 millions) de la CIA. Elle n’est pas la seule d’ailleurs, et l’ami PhG écrit quelque part dans ses futures œuvres, concernant une autre star parisienne : « Nous estimons que l’épisode maniaque a littéralement explosé, et d’une façon symbolique extraordinaire grâce au fantastique rangement de la chronologie, dans cette année 2020-exactement ; avec Covid19, la mort de George Floyd révélant une sorte de ‘Black Lives Matter’ [BLM] globalisée, l’élection du 3 novembre, la photographie de l’activiste-affairiste-indigéniste de couleur [et parisienne] Assa Traoré en ‘Guardian of the Year’ pour faire la couverture délirante du pompeux et emblématique magazine américaniste Time de quelque part en décembre [2020] : une couverture folle pour clore une année folle qui ne faisait qu’entamer le cœur de ce qu’on penserait volontiers être l’ultime paroxysme de l’épisode maniaque. »

Ce n’est vraiment plus l’époque de la tragédie de ‘Memphis Tennessee’, où Chuck Berry arrivait à faire des accords qui ressemblaient à l’angoisse énigmatique de la cithare du Troisième Homme.