Trump est-il le Daesh du GOP ?

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Trump est-il le Daesh du GOP ?

La ravissante Debbie Wasserman Schultz, présidente du DNC (Democratic National Committee), — disons, présidente du parti démocrate, notamment pour les opérations électorales, – s’est exclamée avec vigueur dans un communiqué, aussitôt connus les résultats de l'élection primaires républicaine dans le Nevada. Trump fait un énorme carton (42% contre 22% à son suivant immédiat, Rubio) ; il se paye même le luxe, lui qui a annoncé haut et fort qu’il fallait ériger un mur entre le Mexique et les USA et interdire l’émigration hispanique, de venir très largement en tête des votants hispaniques (44%) de cette primaire, ce qui implique une progression supplémentaire de sa popularité dans des groupes de la population qu’on jugeait lui être définitivement hostiles. La perspective d’un terrifiant “Super Tuesday” se profile (le “Tsunami de Trump”, comme le baptise Infowar.com) : dans dix des douze États où ont été diffusés des sondages sur les primaires qui y auront lieu le même 1er mars, Trump est second dans trois d’entre eux, et en tête dans sept d’entre eux.

Revenons à Wasserman Schultz, toujours aussi ravissante mais terriblement furieuse. Elle apostrophe le parti républicain (le GOP), effectivement dans un communiqué officiel, dès les premières tendances connues dans le Nevada. C’est un acte complètement inhabituel. Une primaire du GOP, ce n’est pas l’affaire du parti démocrate, et donc les démocrates n’ont aucune raison d’y régir d’une façon si formelle ; mais si, sans aucun doute ils ont pour cette fois des raisons de le faire car une victoire de plus de Trump, et un statut que plus personne ne lui conteste d’hyper-favori sinon de candidat officiel républicain d’ores et déjà presque assuré d’être désigné, cela concerne aussi le parti démocrate, parce que cela concerne certainement l’establishment, parce que cela concerne enfin le Système et tout son équilibre actuellement si précaire. Le feu est à la maison-mère et la réaction de Wasserman Schultz est à la mesure de l’événement qui est en train de se produire aux USA (Washington Examiner, le 24 février 2016).

« Minutes after Donald Trump was projected the winner of Nevada's Republican caucuses, Democratic National Committee Chairwoman Debbie Wasserman Schultz said the billionaire-turned-White House hopeful has put the Republican Party in a precarious position. “Donald Trump's victory tonight means he has won the vast majority of the Republican primary delegates to this point, and is well on his way to winning his party's nomination,” she said in a statement. “After years of pandering to extremists, the Republican Party is now stuck with what it created: a field of extreme candidates with views far out of the mainstream and out of touch with the American people.”

» After blasting South Carolina Republicans for handing Trump his second victory last Saturday, Wasserman Schultz suggested that Trump’s leading opponents  Sens. Ted Cruz, Texas, and Marco Rubio, Fla. — would soon become irrelevant as the New York businessman moves closer to securing the GOP nomination. This time around, she said the two first-term senators are “every bit as extreme” as Trump. “At least with Trump, he’s not shy about exposing what the Republican brand has truly become,” she charged. “Ted Cruz and Marco Rubio are every bit as extreme as their party's front-runner, they just hide it better.” »

Ce communiqué mérite le détour et une lecture attentive... D’abord ceci qu’une déclaration du parti démocrate commence par le constat plaintif, presque comme une catastrophe partagée, que le parti républicain se trouve dans “une situation précaire”. Les démocrates devraient exulter ! Pas du tout, parce qu’il y a vraiment, éclatante dans ce cas, la solidarité-Système : le parti républicain est dans “une position précaire” en tant qu’aile droite du “Parti Unique”, c’est-à-dire du Système, alors que son candidat de plus en plus probable et de plus en plus perçu comme antiSystème est au contraire dans une position de moins en moins précaire, lui. Au reste, les démocrates, avec une Clinton ramant comme une dératée et un Sanders qui la ronge avec entêtement et efficacité, n’est pas tellement mieux lotie.

Lorsqu’elle dit qu’“après des années de viles flatteries des extrémistes, le parti républicain est désormais embourbé dans ce qu’il a créé : un champ de candidats extrémistes avec des conceptions complètement détachées du courant centriste et des conceptions des électeurs”, elle se moque du monde, – car qu’a-t-elle de son côté, sinon la candidate la plus extrémiste par sa corruption et sa politique, et la plus détachée possible de tout ce qui est la vie courante aux USA, Clinton en personne ? Aussi la corrigera-t-on dans le bon sens en gardant une partie de son idée (“après des années de viles flatteries des extrémistes, le parti républicain est désormais embourbé dans ce qu’il a créé ...”), en complétant par l’idée que ce qu’a “créé” le parti républicain, c’est, du point de vue du Système et pourtant conformément à la constante poussée extrémiste du Système, un monstre nommé The Donald qui constitue désormais effectivement un événement monstrueux par la dynamique qu’il suscite, par l’image qu’il véhicule et la communication-panique (du Système) qui se met en place autour de lui, comme une paralysie foudroyée, sans réaction efficace envisagée...

En un sens, le GOP a créé The Donald, milliardaire exemplaire et excentrique, exactement comme les USA ont créé Daesh, – car le Système n’arrête pas de produire des “monstres” qui finissent par se retourner contre lui, d’une façon ou d’une autre. Il n’est pas question de comparer ou de mettre en parallèle Daesh et The Donald dans tout ce qui fait d’habitude une analyse rationnelle, – la psychologie, l’idéologie, le programme, la vision politique, etc., – mais justement par ce qu’on a énuméré plus haut : la dynamique de déstabilisation du Système, l’image qui finit par figurer un phénomène antiSystème d’une façon ou de l’autre même si dans des sens complètement opposés, une communication-panique autour d'eux qui apparaît de plus en plus évidente. Cela montre une fois de plus combien le Système est lui-même producteur d’identité à finalité antiSystème de quelque façon que ce soit, et alors nécessairement antiSystème dans leur simple dynamique, quelque choix qu’ils fassent de la force que leur donne cette position. Certes, à partir de là, The Donald nous emmène dans une direction complètement différente de celle que suit Daesh, parce qu’il joue sur un terrain complètement différent, que tout en lui l’oppose bien entendu à Daesh, parce que, surtout, lui se trouve au cœur du Système et a désormais de fortes chances de se retrouver au sommet de la plus puissante courroies de transmission du Système.

Enfin, et l’on trouve ici le prolongement de ce qui précède immédiatement, Wasserman Schultz a d’autres mots qui, certainement par inadvertance, effleure une vérité-de-situation fondamentale qu’on a déjà vue par ailleurs. Lorsqu’elle dit que tous les candidats républicains sont devenus extrémistes, elle ajoute : “Au moins, Trump ne montre aucune timidité dans l’exposition de ce que les conceptions [extrémistes] des Républicains sont devenues”, et alors elle rend un hommage involontaire à la sincérité du candidat-Trump telle que la ressentent ses électeurs. Ainsi, sans le vouloir, met-elle l’accent sur ce qui constitue la recette principale du succès de Trump...

Sa justesse d’analyse involontaire s’arrête là, parce qu’en fait d’extrémisme, encore une fois, les démocrates n’ont strictement rien à envier aux républicains et que, dans nombre de domaines, et surtout dans celui de la politique extérieure, Trump est sans doute le moins extrémiste des candidats républicains. (Le véritable extrémisme auquel pense Wasserman Schultz, c’est celui qui a constamment poussé les républicains à s’opposer à Obama, notamment au Congrès, et cet extrémisme-là qui est de pur affrontement politicien à l’intérieur de l’establishment, celui-là dont Donald Trump n’a jamais fait partie, par définition. Pour l’essentiel, républicains et démocrates se trouvent dans la même position extrémiste, qui est cette sorte informe d’extrémisme qu’on désignerait comme un “extrémisme-centriste” correspondant à la politique-Système.)

Bien que cette primaire se soit faite discrètement dans sa préparation parce qu’on attend désormais le “Super Tuesday”, elle a néanmoins constitué un coup terrible dans la campagne électorale US en confirmant cette fois d’une façon extrêmement puissante la possibilité devenant-probabilité de la désignation de Trump comme candidat républicain. Il faut ajouter qu’avec la dynamique victorieuse qui l’accompagne, l’intérêt extraordinaire qu’il suscite par sa personnalité pour le moins contrastée et dans tous les cas extravagante, sa position complètement originale en tant qu'étranger à la opolitique, ses postures antiSystème affirmée, Trump, s’il est désigné, sera un formidable candidat, y compris devant Clinton, avec de fortes chances de l’emporter. Pour l’instant, nul ne mesure, et ne peut mesurer d'ailleurs, la formidable importance et les implications extraordinaires de l’événement qui est en train de se développer sous nos yeux.

 

Mis en ligne le 24 février 2016 à 11H34