Russiagate, simulacre extrême

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Russiagate, simulacre extrême

22 mai 2017 – L’affaire est désormais nommée Russiagate selon un rite désormais bien établi : tout scandale d’une certain “poids” en termes de volume et de puissance de la communication, c’est-à-dire considéré du point de vue de la communication, reçoit un surnom terminé par le gate du Watergate, surnom originel emprunté au nom de l’immeuble où eut lieu le cambriolage initial d’où naquit le scandale. Le Watergate est “le père de tous les scandales” dans l’époque commençante de la postmodernité. Vieux maintenant de dix mois, le Russiagate est désormais un membre très sérieux de la confrérie. C’est tout dire : on parle désormais de destitution du président. Mais cela ne s’arrête pas là, loin s’en faut et tant s’en faut : il s’agit d’un Watergate d’une facture infiniment étrange, un néo-Watergate absolument postmoderne.

(Certains imaginent la variante plus ouverte de Trumpgate, et l’on pourrait aussi bien dire Russiagate-Trumpgate. Mais la chose est trop large, même si elle nous ouvre des horions pleins de brio. Pour notre cas, c’est bien de Russiagate spécifiquement dont nous voulons parler.)

Pour nous, si Watergate est “le père de tous les scandales” dans l’époque commençante de la postmodernité, Russiagate est “l’archétype de tous les scandales” dans l’époque en pleine surpuissance de la postmodernité ; c’est-à-dire qu’il est simulacre achevé et le modèle achevé du simulacre du scandale, selon une expression dont on verra qu’elle est paradoxale parce qu’elle désigne un phénomène contradictoire, et qui est aussi bien suicidaire que meurtrier.

Pour bien structurer notre propos, nous rappelons en quelques mots son origine en restant au plus simple. (La chose devient horriblement complexe lorsqu’on veut aller aux détails comme le montre ce texte de Rolling Stone/ZeroHedge.com du 21 mai 2017 décrivant une chronologie détaillée du scandale.) Entré dans la dernière décade de juillet 2016, on prépare la convention démocrate qui doit sacrer Hillary Clinton, dans la foulée de la convention républicaine qui vient, – l’horreur est consommée, – de nommer comme son candidat officiel Donald J. Trump. C’est alors que commence une livraison massive et coordonnée de fuites-WikiLeaks portant sur le matériel de communication (essentiellement e-mails) de la campagne Clinton et du DNC (Democratic National Committe). Les premiers éléments mettent en évidence une opération générale du DNC pour saboter la candidature Sanders, au point où la présidente du DNC, Debbie Wasserman Schultz, doit immédiatement démissionner. La défense pour sauver la convention et la candidature Clinton est aussitôt organisée en catastrophe selon l’idée que, pour détourner l’attention il faut la dés-orienter, du contenu du message vers le “messager” qui devra être assez extraordinaire et scandaleux pour justifier largement un tel détournement, aux yeux de ceux qui n’attendent qu’un signal à cet égard, et même rendre ce détournement très juteux du point de vue de la communication. En conséquence, le “messager” est aussitôt identifié conformément à l’hystérie de l’antirussisme qui baigne Washington D.C. depuis trois ans : c’est la Russie-Poutine qui manipule... Il n’y a rien, aucun signe, aucune preuve, etc., sinon l’urgence de la manœuvre dans laquelle s’engouffre aussitôt la presseSystème, soulagée en un seul soupir d’avoir quelque chose de très-consistant à se mettre sous la plume.

La tactique accouchant de la stratégie comme c’est la coutume dans l’époque postmoderne de l’inversion, il apparaît très vite que la défense tactique qui marche bien peut parfaitement se muer en une attaque stratégique qui sera irrésistible. La narrative devient quasi-instantanément que la Russie a attaqué Hillary et la DNC non pour le fait lui-même mais beaucoup plus fondamentalement parce qu’elle (la Russie) veut faire faire gagner Trump, parce que Trump est “son” candidat, son “agent”, son sous-marin en immersion, le traître-en-soi, The Siberian Candidate comme le baptisera le Prix Nobel d’Economie Paul Krugman en pleine crise d’“hystérie rationnelle”, en référence au mythe hystérique de la Guerre Froide du Manchurian Candidate. C’est-à-dire que l’on est passé de la question des documents “fuités” concernant Hillary et le DNC, au comportement général du candidat Trump, puis du président Trump. C’est fait : Russiagate est né et l’on n’en démordra plus car il est né comme simulacre complètement postmoderne, en tranchant net tout ce qui liait la situation de Washington D.C. quelque vérité que ce soit.

Il y a un texte excellent dans The National Interest, le 19 mai 2017, de Jim Geraghty, un conservateur républicain qui fut constamment anti-Trump (le groupe NeverTrump) durant la campagne, texte que signalait The Daily Caller le même 19 mai 2017. Ce texte permet de comprendre le caractère à la fois extraordinaire et inédit de Russiagate, antipodes du Watergate pour cela : l’absence totale de preuves, d’indices, de signes, etc., pour étayer l’accusation, en fait l’absence de crime dans un montage réalisé pour dénoncer le crime. Russiagate dure depuis dix mois, et depuis dix mois l’opérationnalité du “scandale” se poursuit parallèlement (puisqu’il s’agit de l’accusation d’un candidat devenu président d’agir constamment pour les intérêts russes, sous l’influence des Russes, donc nécessairement en communication avec les Russes pour recevoir les consignes afférant à sa mission) ; pendant toute cette période, par conséquent, toute la puissance de l’IC (Intelligence Community), le FBI, la NSA, la CIA, etc., a été et est orientée vers la recherche de preuves, d’indices, de signes, etc. ; et rien, absolument rien depuis neuf mois.

« Thursday night, White House communications officials were eager to spotlight these comments from legislators, admitting or confirming, that they had, so far, seen no evidence of collusion between the Trump campaign and Russia.

» Sam Stein, Huffington Post: “But just to be clear, there has been no actual evidence yet.”

» Rep Maxine Waters (D-CA): “No, it has not been.”

» Keep in mind, this is “Mad Maxine” Waters, who begins that interview by contending, “Lock her up, lock her up, all of that, I think that was developed strategically with people from the Kremlin, with Putin.”

» Right, right, there’s no way the Trump campaign could have possibly thought of that rallying cry on their own. That’s gotta be the work of Russian intelligence right there – you’ve cracked the case, Congresswoman!

» Then there’s a Republican senator who hasn’t been a consistent Trump ally with the same assessment.

» Sen. Lindsey Graham of South Carolina: “There is no evidence of collusion between the Trump campaign and the Russians as of this date. I do not believe the president himself is a target or subject of any criminal investigation as of right now. So that’s what I know right now, and where this goes, I don’t know. Follow the facts where they lead.”

» Perhaps the most significant comes from Sen. Dianne Feinstein of California:

» Wolf Blitzer, CNN: “The last time we spoke, Senator, I asked you if you had actually seen evidence of collusion between the Trump campaign and the Russians, and you said to me — and I’m quoting you now — you said, ‘not at this time.’ Has anything changed since we spoke last?”

» Senator Dianne Feinstein (D-CA): “Well, not– no, it hasn’t.”  [...]

» Wolf Blitzer, CNN: “But I just want to be precise, Senator. In all of the—you’ve had access from the intelligence committee, from the Judiciary committee, all of the access you’ve had to very sensitive information, so far you’ve not seen any evidence of collusion, is that right?”

» Senator Dianne Feinstein (D-CA): “Well, evidence that would establish that there’s collusion. There are all kinds of rumors around. There are newspaper stories, but that’s not necessarily evidence.”

» Feinstein is the most intriguing, because think about how easily she could have fudged her answer: “I’ve seen things that trouble me, Wolf” or “I’ve seen things that raise serious questions” or some other word salad that avoid the word “no.”

» And then there was this Reuters article, reporting that Michael Flynn and other advisers to Donald Trump’s campaign were in contact with Russian officials and others with Kremlin ties in at least 18 calls and emails during the last seven months of the 2016 presidential race,

» The people who described the contacts to Reuters said they had seen no evidence of wrongdoing or collusion between the campaign and Russia in the communications reviewed so far. But the disclosure could increase the pressure on Trump and his aides to provide the FBI and Congress with a full account of interactions with Russian officials and others with links to the Kremlin during and immediately after the 2016 election.

» (The Reuters story cites “current and former U.S. officials” as sources. Every time we see the words “former U.S. officials” we should keep in mind there’s a good chance the source would be more accurately characterized as a “former Obama administration official.” This doesn’t mean that former official is automatically lying, just that they have a particular agenda for leaking this information, and one that is being effectively withheld from readers.)... »

... Ainsi s’impose de plus en plus le poids de cette situation de l’absence de preuve, d’indication, de signe, etc. l’impression est résumée par ces deux paragraphes dans le texte de Geraghty, présentés comme résumant le mieux l’aspect le plus déconcertant, le plus irritant, pas loin d’être insupportable de ce “scandale”. (Il faut garder à l’esprit que Jim Geraghty n’est pas du tout un ami de Trump : ce dont il s’irrite, c’est bien de l’espèce d’hystérie qui fait qu’on ne cesse de crier au scandale, de dénoncer me scandale comme la plus formidable évidence du siècle, sans rien montrer de probant à cet égard, en promettant pour plus tard ; etc.)

« “Are any Democratic lawmakers starting to fear that they’re not going to find that evidence? The intelligence community is presumably always watching the Russian government as closely as they can. The FBI counterintelligence guys presumably track Russian agents on our soil as much as possible. You figure the NSA can track just about any electronic communication between Russians and figures in the Trump campaign. If there was something sinister and illegal going on between the Trump campaign and the Russian government, the U.S. government as a whole had every incentive in the world to expose that as quickly as possible.

» “They didn’t expose it before Election Day, they didn’t expose it before the Electoral College voted, they didn’t expose it before Inauguration Day … How many months have the best investigators in the United States been digging into this?”... »

Certains jugent que des preuves décisives pourraient être apportées, contre la thèse du Russiagate dans son entièreté, simplement en dévoilant la véritable origine des fuites concernant Hillary et le DNC. Par exemple, Alexander Mercouris et Finian Cunningham se tournent vers Julian Assange qui se trouve actuellement dans une situation nouvelle quoique toujours incertaine, déchargé des poursuites de la part de la justice suédoise mais pas pour autant au bout de ses ennuis. Ils le pressent de donner le nom de la source qui a communiqué le matériel Hillary/DNC à WikiLeaks, en ne doutant pas un seul instant (sans grand risque selon nous, tant la ficelle tenant l’entonnoir est énorme) que ce ne sera pas les Russes, et en se doutant bien, avec assez d’éléments, qu’il devrait évidemment s’agir de Seth Rich, employé du DNC et partisan de Sanders, mystérieusement assassiné le 10 juillet 2016 à Washington alors qu'il avait quitté les bureaux du DNC pour rentrer chez lui, dans des conditions et selon une chronologie qui correspondent à merveille au montage du “scandale” ; on a récemment reparlé de seth Rich, et d'ne façon notablement révélatrice...

Cette orientation d'un Assange révélant des éléments décisifs conduirait-elle à l’explosion en plein vol de Russiagate ? La simple et bonne raison répond positivement, et nous sommes conduits, nous, à répondre négativement. Ce qui anime Russiagate, c’est l’outil de l’antirussisme installé au cœur d’un formidable simulacre. Il nous paraît évident que toute tentative d’incursion d’une vérité-de-situation est vouée à l’échec selon les normes en application : soit on ridiculisera les affirmations d’Assange, et particulièrement les preuves irréfutables qu’il pourrait donner, parce que Russiagate fonctionne non seulement sans nécessité de preuves mais en régime de totale abhorration de la notion de “preuves” ; soit on ignorera les affirmations d’Assange, pour ce qui est de la presseSystème et de la pensée-simulacre autorisée par le système pour ce cas... Bref, on aura un mixage des deux, car l’on ne peut détruire un simulacre en le forçant à admettre qu’il est simulacre ; il faut attendre, et presser dans ce sens, qu’il se détruise lui-même, par ses exigences insupportables au regard des vérités-de-situation. (Pour autant, une incursion d'Assange serait une excellente chose en ajoutant une dose de désordre au désordre d'ores et déjà régnant.)

... Ainsi serait-il tout indiqué de nous intéresser à cette fonction de simulacre.

Un “simulacre de conquête”, un “simulacre trop loin”

Sur la fin de son texte, Geraghty qui a pourtant figuré comme un conservateur anti-Trump (NeverTrump) observe les démocrates, et en général tous ceux qui se classent dans le camp des progressistes-sociétaux, d’une façon telle qu’il distingue chez eux des comportements, des perceptions et des jugements qui sortent du champ de la raison et de la politique pour entrer dans celui de la croyance hystérique. Il les observe comme s’il s’agissait, par exemple, d’une secte jugeant que les grandes règles du fonctionnement de l’univers seraient effectivement faussées pour leur plus grand déplaisir si l'on ne convient pas de l'évidente félonie de Trump, comme si eux-mêmes souffraient ainsi, dans l'état où l'unanimité n'est pas acquise, d’une trahison par rapport à ce qu’ils savent et disent de la vérité du monde :

« ...If you talk to Democrats lately, they speak not as if the voters merely made a mistake, but that somehow history itself has gone wrong. They speak we’re living in an alternate timeline, experiencing events that “weren’t supposed” to happen. In their eyes, Hillary Clinton was obviously so much more appealing that Trump. She led in the polls! She had so many more campaign offices! She spent so much more money! She ran so many more ads! Surely, a result like this must be the result of someone cheating.

» Because so many Democrats associate Trump with apocalyptic threats – global warming, the sudden establishment of a repressive theocracy like the Handmaid’s Tale, nuclear confrontation, race wars – they all see themselves as their own personal Kyle Reeses, on a mission to save the future. With this desperate, all-or-nothing mindset, they will always insist that the evidence to take down Trump is waiting to be found, just around the next corner… »

Cette perception qui nous apparaît évidente nous a fait classer intuitivement le Russiagate, non comme un scandale, non comme un montage, etc., mais bien comme un “simulacre” édifié d’une façon extrêmement puissante et énigmatique quant à l’identification de ses véritables concepteurs ; cela, ce classement, dans notre texte du 20 mai 2017, où nous mettions sur un même plan Russiagate et la diabolisation de Le Pen ; mais nous n’ajoutions pas ni ne précisions cette évidence importante pour notre propos que Russiagate est une situation opérationnelle active jusqu’à être structurelle et hors de tout contrôle à Washington D.C. tandis que la “diabolisation” de Le Pen reste un élément de convenance de nature conjoncturelle, qu’on active (donc qu’on contrôle en bonne partie) avec plus ou moins de succès selon les circonstances, et qu’on conserve “dormant” quand les circonstances se normalisent : « Nous vivons, dans le champ déterminé par le Système, dans une situation générale de simulacre, où n’existe plus aucune ontologie selon le classement établi par Platon : le Russiagate est un simulacre, comme l’est la “menace-Le Pen” au deuxième tour. »

La définition et la situation du simulacre, terme extrêmement utilisé et propre aux déconstructeurs, et donc que l’on dirait paradoxalement fondateur de la modernité (paradoxalement puisqu’il s’agit d’un fondement qui est non-fondement par définition, puisque dépourvu de toute ontologie), sont ainsi données par Jean-François Mattei (L’homme dévoyé, p.149) à partir de la perspective de Platon que nous citions nous-mêmes avec Mattei à l’esprit. L’extrait ci-dessous suit une approche théorique où ce qui est nommé “réalité” se réfère aussi bien à l’ontologie qu’à la Vérité, et par conséquent échappe totalement à une situation, celle que nous constatons, où la “réalité” a été complètement fracassée :

« Si l’on entend par le terme “réalité” tout ce qui nous apparaît dans une expérience physique ou mentale, nous sommes conduits à distinguer plusieurs niveaux d’édification de la réalité. Le premier niveau, qui a été théorisé par Platon, est celui de la modélisation. Il consiste à construire un modèle théorique à partir d’une idée directrice... [...] Ce modèle est susceptible d’engendrer la réalisation d’un nombre considérable d’œuvres scientifiques, techniques, artistiques et littéraires dont la nature est architectonique puisqu’elles sont construites sur un fondement rationnel, arché. Ces œuvres obéissent à une opération de représentation qui reste fidèle au modèle original. La copie-icône rend présente l’idée-modèle absente dans la mesure où la reconnaissance de la copie dépend de la connaissance de l’idée. Au troisième niveau de réalité, on constate une rupture : la simulation se substitue à la modélisation et à la représentation. Le simulacre, en tant que résultat de cette opération, possède un pouvoir de déréalisation des précédents niveaux de réalité en raison de son procès de virtualisation. »

La spécificité du Russiagate est double, ce qui en fait un simulacre que nous qualifierions d’extrême, échappant à tout contrôle, à toute aide et incitation venues des capacités électroniques, informatiques de simulation, des jeux électroniques, des représentations de spectacle (par exemple, les films Tron, Minority Report, ou la série des Matrix, auxquels Mattei fait allusion). Le Russiagate est construit essentiellement sinon exclusivement sur des éléments humains de la psychologie, et il est si extrême justement que les moyens électroniques et informatiques n’y ont aucune part sinon par la situation étrange de leur échec à renforcer le simulacre (non-production de preuves, de communications Trump-Russie, etc.). Il n’y a que la conviction hystérique, la puissance paradoxale d’une psychologie trop affaiblie pour résister à des pressions extérieures que permet sa pathologie, – pressions qui viennent à notre sens de ce que nous nommons “des forces obscures“ dont nous jugeons catégoriquement qu’elles sont hors du champ des manigances et manipulations humaines.

Le résultat est un amas de contradictions auxquelles personnes dans la “secte” progressiste-sociétale ne veut donner ni foi ni crédit, puisque si on le fait le simulacre s’écroule. Le poids de ces contradictions constitue le caractère le plus extraordinaire, et le plus chargé de potentialités catastrophiques, conjoncturellement pour Trump mais, — et c’est évidemment de loin le plus important, – structurellement et essentiellement pour le pouvoir de l’américanisme et le Système par conséquent. (Scott Adams, le créateur de Dilbert que nous avons déjà souvent cité, qui écrit le 18 mai 2017 ... : « C’est un assassinat [psychologique du Président Trump]. Je pense également que nous sommes en train d’assister avec les fuites récentes à la première phase de la Destruction Mutuelle Assurée de notre gouvernement. Les fuites vont détruire Trump si elles continuent. Mais si cela survient, aucun démocrate et aucun républicain anti-Trump ne sera jamais capable de gouverner dans le futur... [...] Le prochain président sera “fuité” au point de l’impotence complète. Et c’est ainsi que meurt la République... »)

• La première contradiction est la plus brutale, la plus primaire ; elle est dans ce fait que l’absence totale de preuve de collusion et l’affirmation catastrophique d’une collusion obligent à des raisonnements complètement insensés. Personne ne les relève dans la presseSystème, mais un tel étalage de bêtise hystérique constitue un poids terrible pour la psychologie. Ainsi de Maxine Walters, la députée surnommée bien entendu Mad Maxine, et qui nous a déjà averti qu’il fallait que Poutine retire ses troupes de Corée du Nord, et qui avance comme preuve de la collusion puisqu’il n’y a pas de preuve, suggérant implicitement cette absurdité que les stratèges de Trump et Trump lui-même n’ont pas pu élaborer seuls de tels mots d’ordre que ceux qui ont marqué l’action de communication de la campagne-Trump durant USA-2016 : « Emprisonnez-là [Hillary], emprisonnez-là, tous [ces mots d’ordre] ont été stratégiquement développés depuis le Kremlin, sous la direction de Poutine [n’ont pu être stratégiquement développés que depuis le Kremlin, sous la direction de Poutine]... »

• D’une façon plus générale, le fait que rien n’a pu donner l’indication d’une collusion malgré la capacité d’écoute et de renseignement de l’IC, par rapport à la description de la puissance de cette collusion, investit les Russes mais également Trump d’une extraordinaire puissance, à mesure, dans le champ de la capacité à dissimuler la collusion.

• D’où la contradiction extrêmement lourde à porter... L’attaque contre Trump, pour demander la destitution, suit deux axes : 1) la collusion avec les Russes, et 2) son incompétence totale, si l’on veut sa stupidité (certains jugent qu’il a l’intelligence d’un enfant). Comment concilier cette extraordinaire stupidité avec cette extraordinaire capacité à dissimuler une collusion aussi colossale ? D’un côté, l’homme est un idiot congénital, de l’autre un génie (“génie du Mal” certes, selon le simulacre, mais que nous importe dans ce cas : le génie reste un génie).

Ces différentes fluctuations viennent du fait que Russiagate est effectivement un simulacre extrême, c’est-à-dire un simulacre qui s’est installé sans aménager ni maîtriser à son image les événements en cours et qu’il s’est pourtant installé au cœur de ces événements. Ce n’est pas un simulacre par ruse, par habileté, par “consentement mutuel“, par séduction, par faiblesse, par abandon, par lâcheté, etc. ; et surtout ce n’est pas un simulacre installé par les instruments technologiques (simulation) de la postmodernité alors qu’il utilise à fond la communication de la postmodernité, ainsi mettant en opposition les deux forces de la postmodernité, technologisme et communication... Non, c’est un simulacre de conquête qui dépend du seul hybris des psychologies malades, un simulacre qui veut détruire tout le reste, et notamment les diverses vérités-de-situation qu’on peut trouver ici et là, éparses mais puissamment vibrantes, si l’enquêteur a du flair.

... Or ce n’est pas de cette façon que doit procéder le simulacre pour s’imposer. Le simulacre procède d’actions souterraines, d’une déconstruction furtive sinon invisible (stealthy) des ontologies impliquant parallèlement une dissolution. Il doit fasciner, séduire, conforter et apaiser, il doit susciter le consensus dont on comprendra qu’il s’agit bien entendu d’un “consensus mou” ; il doit être construit sur une logique psychologique de l’apaisement, sinon de l’endormissement, comme un stupéfiant. On est, avec le Russiagate, dans un cas quasiment contraire, avec une ou des psychologies exacerbées, un consensus chaotique, violent ou disparate, qui s’exerce au milieu de criailleries et de contestations qui se font entendre de-ci de-là, y compris de l’intérieur du Système mais aussi bien sûr autour de lui avec les pressions de l’antiSystème ; et tout cela formant un “bruit de fond” qui interfère sur les croyances, qui fait douter ou hésiter, etc.

Face à ce simulacre qui s’est ainsi formé d’une façon si audacieuse et surtout extrêmement risquée, on ne doit pas attendre de l’antiSystème qu’il contre-attaque et l’emporte, mais qu’il joue son rôle de tourmenteur parce que sa fonction est finalement de faire pression sur le Système pour le pousser à exercer sa surpuissance jusqu’à la faute qui l’obligera à développer son penchant irrésistible pour l’autodestruction, comme les déconstructeurs sont déconstructeurs d’eux-mêmes. (Mattei nous parle d’une « “époque de l’être en déconstruction” » selon Derrida, « de telle sorte que l’on ne peut échapper à cette fatalité qui frappe même le terme de déconstruction qui doit, à son tour, être déconstruit... ») L’antiSystème sous toutes ses formes, y compris avec le rappel aisé des vérités-de-situation sans nombre qui gravitent autour du Russiagate et sont régulièrement repérées, contribue largement à empêcher toute forme d’apaisement de ce simulacre. Il contribue au contraire à nourrir l’hystérisation des psychologies et à mettre en évidence que le simulacre est bien un simulacre, même si ceux qui ont cette sensation n’ont pas immédiatement la capacité de démontrer pourquoi ce “simulacre est bien un simulacre”.

Chaque jour qui passe sous l’empire de Russiagate fait penser que le simulacre extrême qu’est ce scandale est une sorte de “un simulacre trop loin” (comme l’on disait “Un pont trop loin” selon le titre du livre de Cornelius Ryan à propos de la déroute d'Arnhem en septembre 1944, au terme de l’opération Market Garden lancée par Montgomery). Les “simulateurs” eux-mêmes, ceux qui ont construit et qui soutiennent ce simulacre, sont aisément identifiés comme étant plutôt ses prisonniers. Ils n’en peuvent pas sortir, emportés par le déterminisme-narrativiste qui ne cesse d’exiger et torture l’esprit, obligés de soutenir des postures et des affirmations qui heurtent grossièrement tant de vérités-de-situation, croyant à la réalité du simulacre mais infligeant chaque jour davantage à leurs psychologies le poids de cette posture faussaire.

Il reste à l’antiSystème à pousser et à pousser sans cesse, pour que Russiagate ne cesse de s’affirmer comme une maladie s’aggrave, pour empêcher le moindre recul et le moindre repli. A quoi bon ? interroge souvent quelque antiSystème fatigué, montrant par là qu’il n’a rien compris à sa propre fonction qui n’est certes pas d’attendre et d’espérer les récompenses et autres prix d’honneur du Système qu’on attribue aux “gagnants”. Si Scott Adams a raison (« Je pense également que nous sommes en train d’assister avec les fuites récentes à la première phase de la Destruction Mutuelle Assurée de notre gouvernement. »), – et nous pensons qu’il a raison puisque nous affirmons nous-mêmes depuis plusieurs mois que ce qui est en train de se faire autour et à propos de Trump, c’est la destruction du principe, ou simulacre de principe de la fonction et donc du pouvoir washingtonien, – s’il a raison alors l’antiSystème n’a pas besoin d’un dessin pour comprendre à quoi il sert. Et nous serons alors édifié sur l’extraordinaire capacité d’autodestruction de la thèse et du concept que soutient le simulacre, en se formant tel qu’il s’est fait, – extrême” et “un pont trop loin”, dans le cas du Russiagate. Par conséquent, continuez Russiagate, et valsez saucisses !

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