Sous le regard et la poigne impitoyables de l’antiSystème

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Sous le regard et la poigne impitoyables de l’antiSystème

Qui dirige quoi ? Qui contrôle ce qui doit être contrôlé pour que le Système ne soit pas trop embarrassé d’obstacles agaçants sur sa route alors qu’il rencontre des obstacles proches d’être insurmontables ? L’impunité des élites-Système pour conduire leur action a-t-elle encore un sens, quand on mesure les effets de la façon si stupide dont elles en usent, obtenant le résultat inverse à celui que devraient leur offrir ces privilèges ? L’imprudence qui caractérise leurs actes, parce qu’elles se croient, ces élites-Système, à l’abri de tout danger dans leur “bulle-Système”, ne constitue-t-elle pas le piège le plus terrible que leur réserve le système de la communication si manifestement séduit et investi par l’antiSystème ? Tout ce qui a circulé de rumeurs et d’hypothèses avant et durant les primaires sur les vilenies et les infamies du DNC (Democratic National Committe, – direction nationale du parti démocrate), pour Clinton et contre Sanders, dans la manipulation des médias, dans la coordination et l’organisation des protestations “populaires et spontanées” anti-Trump, – tout, absolument tout se trouve confirmé, avec divers détails croustillants et récits in vivo/via e-mails pour nous donner une lecture agréable et aussi fun qu’elle est instructive. En un sens, c’est comme si nous nous disions à nous-mêmes : “Allez-y, imaginez tout ce que vous pouvez dans le champ des manigances et puis décrivez leurs complots, dénoncez-les, accusez-les, clouez-les au pilori ! De toutes les façons, vous tapez juste, et vous aurez votre livraison d’e-mails dans un an, dans un mois, la semaine prochaine, qui le prouvera au centuple, et encore serez-vous en-dessous de leur vérité-de-situation.”

Ainsi en est-il avec cette cargaison de la vingtaine de milliers d’e-mails jetés sur le marché par l’attaque antiSystème contre le Système, puisque ce qui représente le mieux le Système dans l’occurrence  de ces présidentielles-2016, USA, ce sont le parti démocrate et Clinton. (Soyons précis : en fait, 19.252 e-mails et 8.034 “pièces jointes”.) Tout est donc démonté et les objurgations à la démission lancés faiblement, pendant la campagne des primaires, par le pauvre Bernie Sanders à la pétillante mais implacable Debbie Wasserman Schultz (DWS), députée démocrate de la Floride et président du DNC, étaient absolument justifiées. Le constat, pétillant et implacable lui aussi, est bien que ce que Sanders n’avait pas obtenu, l’attaque antiSystème l’a obtenu puisque, à la veille de l’ouverture de la convention démocrate, DWS a été obligée de donner sa démission, plongeant cette convention démocrate dans un désordre et un désarroi que tout le monde, experts, pundits et commentateurs syndiqués du Système, s’entendait à prévoir pour la convention républicaine qui, au contraire, a été complètement prise en main et maîtrisée par Donald Trump. La chose (la démission) n’en a pas moins en partie été désavouée par Hillary Clinton, qui a félicité DWS pour son comportement durant les primaires et, pour la consoler d’un sort si injuste, lui a proposé de devenir présidente honoraire de sa propre campagne présidentielle. Que vont faire et penser de ces révélations et des suites, notamment de la réaction d’Hillary, les partisans de Sanders, à la Convention Nationale Démocrate qui commence aujourd’hui à Philadelphie, alors que 56% d’entre eux disent d'ores et déjà qu’ils ne voteront pas pour Hillary ? Applaudir au sens de la chronologie de WikiLeaks/Assange, qui jettent ce pavé dans la mare boueuse et glauque, au moment qu’il faut ?

• Parmi les diverses sources disponibles pour évaluer le contenu de la livraison WikiLeaks/Assange du 22 juillet, on mentionnera le texte de ZeoHedge.com du 24 juillet, qui est assez complet et comprend une analyse fouillée, avec citations, de nombreux messages ainsi dévoilés publiquement ... (ZeroHedge.com a particulièrement bien suivi cette crise du parti démocrate et a fourni d’excellents textes qui en décrivent les phases successives.)

« There are three key findings to emerge from yesterday's dump of leaked DNC emails released by Wikileaks:

» • There had been a plot designed to smear Bernie Sanders and to hand the Democratic nomination to Hillary on a silver platter.

» • There has been repeated collusion between the DNC and the media.

» • There has been questionable fundraising for both Hillary Clinton and the DNC.

» First, a quick recap for those who missed the original report [4], yesterday Wikileaks released over 19,000 emails and more than 8,000 attachments from the Democratic National Committee. This is what the whistleblower organization reported: WikiLeaks releases 19,252 emails and 8,034 attachments from the top of the US Democratic National Committee -- part one of our new Hillary Leaks series. The leaks come from the accounts of seven key figures in the DNC: Communications Director Luis Miranda (10770 emails), National Finance Director Jordon Kaplan (3797 emails), Finance Chief of Staff Scott Comer (3095 emails), Finanace Director of Data & Strategic Initiatives Daniel Parrish (1472 emails), Finance Director Allen Zachary (1611 emails), Senior Advisor Andrew Wright (938 emails) and Northern California Finance Director Robert (Erik) Stowe (751 emails). The emails cover the period from January last year until 25 May this year. Subsequently, the Romanian hacker known as Guccifer 2.0 (who has denied he works with the Russian government), who has already released hundreds of hacked DNC emails previously, told The Hill he leaked the documents to Wikileaks.

» An initial read of the thousands of emails in the data dump reveals top officials at the Democratic National Committee privately plotting to undermine Bernie Sanders’s presidential campaign, confirming a long-running allegation by the Sanders campaign who has claimed that the DNC and Chairwoman Debbie Wasserman Schultz had tipped the scales in favor of Hillary Clinton during the party’s presidential primary. They also reveal instances of media collusion as well as various questionable instances of fundraising. »

A ce point, où n’était pas encore connues les péripéties majeures qui suivirent (démission de DWS), ZeroHedge.com terminait ce texte  en énonçant l’évidence qui caractérise la chronologie de l’action de WikiLeaks/Assange, c’est-à-dire l’effet de la “fuite” sur la convention démocrate... « With the leaks coming just days before the Democratic National Convention in Philadelphia it may reignite controversy over the DNC's handling of Sanders as well as media “objectivity” and Democrat fundraising, three of the most sensitive issue plaguing the Democratic party, and could potentially lead to an exodus of disappointed Bernie supporters into Trump's camp. »

• Ce à quoi, les démocrates, en Panic Mode d’une façon générale, en un premier temps et sous l’initiative furieuse d’Hillary, répondirent à l’attaque WikiLeaks/Assange que tout cela était un coup monté des Russes, c’est-à-dire de Poutine, c’est-à-dire de Trump puisque le candidat républicain est, c’est bien connu, un quasi-agent du KGB, un Manchurian Candidate... Il s’agissait clairement d’une initiative d’Hillary, et le texte de ZeroHedge.com, qui tente de démêler l’imbroglio des divers hacker type-Guccifer relayée par WikiLeaks, en rend compte en rappelant que le camp qui a de véritables liens avec la Russie, notamment avec la finance russe (investissement de la Clinton Foundation dans la banque russe Renaissance Capital), est bien le camp Clinton, au point que Poutine l’en “remercia personnellement” en 2010, lorsque se fit la transaction, comme Bill l’annonça lui-même publiquement à l’époque. Bref, la narrative du “complot Poutine/Trump-WikiLeaks/Assange”, c’était vraiment du très-très lourd (l’emploi du passé nous paraîtrait nécessaire car il semble bien qu’on n’en parle plus guère).  

« In the aftermath of the fallout from the DNC server hack, the Democrats have been scrambling how to redirect public anger (especially among Bernie Sanders supporters) from the revelations that not only did the Democratic party try everything in its power to sabotage Bernie Sanders presidential bid, but also colluded with various "impartial" media outlets as well as breach fundraising rules in the process.

» And, as of this [Sunday] morning, it appears that the solution they have decided upon is not to explain or even justify the scandalous actions, but to simply blame Russia for the hack. Moments ago Hillary's campaign manager, Robby Mook, appeared on CNN and as David Axelrod pointed out, suggested that Russians are behind the DNC hacking. “What is disturbing to us is that experts are telling us that Russians broke into the DNC, stole these emails and other experts are now saying that the Russians are now releasing these emails for the purpose of actually helping Donald Trump. I don't think it's coincidental that these emails were released on the eve of our convention here and that's disturbing.” [...]

» We wonder if the press (at least those who do not need DNC pre-clearance what to write about as “per the agreement”) will inquire about the factual transcript of what Bill Clinton said, that he got a “personal thank you” from Putin in 2010? We doubt it - far more likely is that instead of focusing on the real implications of the DNC hacking scandal, namely the corruption and collusion revealed inside the Democratic party, a far more important “story” will be what is emerging as a “vast left-wing conspiracy”, namely how Putin will annex the US if and when Trump, who “experts” will soon elevate to status of KGB spy to spike the narrative, becomes president. »

• ... Manifestement, la riposte clintonienne n’a pas suffi, elle a même dû remplir de stupeur terrorisée la direction du parti devant le risque ainsi suggéré de laisser DWS en place alors que toutes ces révélations sur son rôle explosaient au grand jour. Il y eut donc rapidement, d’abord l’annonce que DWS ne parlerait pas à la Convention comme prévu, puis quasiment dans la foulée, le temps que les pressions colossales et paniquées de cette même direction fassent leur effet, l’annonce de sa démission, soulignée a contrario et d’une façon qui met dramatiquement en lumière l’atmosphère surréaliste qui règne au sein de l'équipe de la campagne Clinton à l’image du comportement de plus en plus illuminé de l'intérieur de la candidate, par l’annonce que DWS deviendrait présidente honoraire de cette campagne ; comme dans la Mafia/Cosa Nostra, les gredins ont entre eux un code d’honneur qui fait la part belle aux fidélités dans les manigances... Au reste, DWS-démissionnaire entend bien, aux dernières nouvelles qui peuvent encore changer, parler à la Convention Nationale Démocrate pour se féliciter du travail accompli par son équipe, comme si la vertu découverte pour ce qu’elle est, c’est-à-dire l’exact et putride contraire, entendait continuer à s’affirmer comme vertu.

ZeroHedge.com poursuit donc le récit de ce dimanche épique pour le parti démocrate, qui devait montrer sa puissante unité derrière sa candidate, face à un parti républicain qui devait avoir exposé sa totale désintégration sous les coups du poutinien antiSystème Trump. Entretemps, certes, l’antiSystème a frappé...

« The Democratic party was in turmoil on Sunday afternoon, when just hours ahead of the Democratic National Convention which begins on Monday on Philadelphia, the chair of the Party – DNC Chairwoman Debbie Wasserman Schultz – resigned amid a furor over the humiliating Wikileaks email release, hoping to head off a growing rebellion by Bernie Sanders.

» In a statement, DNC Chairwoman Debbie Wasserman Schultz said the best way for the party to accomplish its goal of putting Clinton in the White House was for her to step down. Sanders had demanded earlier in the day that Wasserman Schultz resign. “Going forward, the best way for me to accomplish those goals is to step down as Party Chair at the end of this convention,” Wasserman Schultz said in a lengthy statement Sunday announcing her resignation. "I will open and close the Convention and I will address our delegates about the stakes involved in this election not only for Democrats, but for all Americans." [...]

» Wasserman Schultz had became toxic to supporters of Bernie Sanders, who accused her rigging the Democratic presidential nominating process in favor of Clinton. But many Democrats had privately lost confidence in her leadership as well. Emails posted online by Wikileaks and apparently stolen by hackers allegedly working for the Russian government (who as we noted earlier thoroughly denied such allegations) showed a plot by Democratic officials to damage Sanders.

» The furor was a blow to a party keen on projecting stability in contrast to the volatility of the Republican National Convention. According to some, the DNC is now on pace to be far more scandalous than anything the republicans could have come up with, while the number of Bernie Sanders protesters overshadows the protesters that had attended the RNC in Cleveland .

» And in a shocking ‘beyond caring what the average joe thinks’ move, Hillary Clinton announced that Debbie Wasserman Schultz will serve as an honorary chair on Clinton's campaign, almost as if she is doing her best to provoke Bernie Sanders fans. Hillary Clinton thanked her "longtime friend" Debbie Wasserman Schultz... [...] “I am grateful to Debbie for getting the Democratic Party to this year's historic convention in Philadelphia, and I know that this week's events will be a success thanks to her hard work and leadership,” she said. “There’s simply no one better at taking the fight to the Republicans than Debbie —which is why I am glad that she has agreed to serve as honorary chair of my campaign's 50-state program to gain ground and elect Democrats in every part of the country, and will continue to serve as a surrogate for my campaign nationally, in Florida, and in other key states.”  [...]

 » ... [A]lthough we doubt his supporters will be delighted that DWS is about to remain in Hillary's pocket as the “honorary chair” on her committee. So, “Putin wins”... if only according to the failed attempt to redirect the narrative to the “Russian hack” of the DNC Servers. »

 • ... Il n’en reste pas moins, hors de toute polémique partisane et de commentaires des tentatives extraordinaires pour sauver les meubles et la candidature d’Hillary, que la postmodernité nous enseigne que le passé n’existe plus et effectivement tous ces zombies-Système agissent comme si les traces du passé n’existaient pas plus que les scrupules d’une conscience débarrassée du fardeau de la mémoire ; mais ce que nous voyons, nous, avec notre regard éclairé par l’antiSystème, ce sont ces traces réapparaître si rapidement, indubitables comme sont les e-mails, à la surface glauque et boueuse de leur tambouille. Cette séquence  ultra-rapide ressemble à l’occurrence type-Mafia/Cosa Nostra d’un cadavre dont les pieds sont lestés d’un bloc de ciment pour disparaître au fond de l’eau, et qui se décompose, et dont les restes accusateurs remontent à la surface ; mais avec quelle rapidité stupéfiante, du fait de l’action de l’antiSystème, la décomposition se fait-elle pour permettre aux restes accusateurs de faire leur travail en ressuscitant aussitôt le passé qu’on jugeait avoir liquidé... Comme le fond de l’eau, comme la décomposition des chairs, comme le hacking systématique de leurs e-mails, il se trouve que le passé existe toujours et que leurs manigances laissent des traces qui apparaissent au grand jour, effectivement à une stupéfiante vitesse, comme si le passé excédé par l’impudence postmoderniste, avait décidé qu’il ne laisserait plus aucune paix à leur “présent éternel”, leur “Big Now” censé permettre aux susdites manigances d’être faites sans laisser de trace.

Nous devons nous mettre à leur place, à ceux du Système, pour réaliser quelle tension doit les habiter à “travailler” dans ces conditions, chacun soupçonnant son voisin, et tous songeant à ce hacker, – par exemple ce mystérieux Guccifer 2.0, qui est sans doute Roumain et qui affirme ne pas travailler avec les Russes, et qu’il ne faut pas confondre avec Guccifer tout court, qui est peut-être Roumain et qui travaille peut-être avec les Russe, – ou bien qui sait, un autre, un émule, et puis en bout de course, l’increvable WikiLeaks avec son chef historique, Julian Assange, toujours coincé dans l’ambassade de l'Equateur (*), et qui passe sa misérable existence de cloitré, transformé en moine antiSystème. (On ajoutera, pour faire monter la sauce, des déclarations que des observateurs officieux et bin intentionnés attribuent à Poutine, selon lesquelles les Russes détiendraient tous les e-mails de Clinton de son temps au département d’État, et notamment les 50.000 que le FBI n’a pas...) Car ainsi se pose la question du regard qui voit vraiment les choses... Qui est sous l’œil de qui ? Depuis qu’on nous annonce cet État-policier mondial, cette NSA qui voit tout et qui sait tout, ce 1984 postmoderne, – depuis le Patriot Act de l’automne 2001 qui scellait notre destin disait-on, – depuis tout ce temps, et voici le résultat au rythme des “fuites” diverses où chaque fois le Système laisse des plumes peu reluisantes mais précieuses sinon vitales que l’antiSystème lui arrache à belles dents, avec une belle alacrité et sans perdre une minute.

Non seulement ils n’ont pas détruit le passé mais ils l’ont rendu bien plus dangereux pour eux en n’y croyant plus, en bons postmodernes qui jugent que plus rien n’encombre leur destin qui ne soit sous leur contrôle du temps présent, tandis que l’antiSystème s’active ainsi à exploiter le champ libre. Cette maîtrise du temps présent qu’ils imaginent détenir (Patriot Act, NSA, etc.) et à laquelle tant d’esprits antiSystème croient comme à la fable du grand méchant loup, ajoutée à leur déni du passé exposant une hybris surréaliste qui laisse Dieu Lui-même pantois (puisque nous détenons le temps présent, nous n’autorisons plus l’existence d’un passé auquel nous devrions rendre des comptes), cette pseudo-maîtrise du temps présent leur donne un sentiment d’impunité complètement faussaire. Ils prennent dans ce présent-qui-leur-appartient des risques affreux et terribles qui mettent dans un danger épouvantable toutes leurs armées et leur surpuissance poussée à l’extrême de l’autodestruction. Ils se font prendre de plus en plus souvent, en flagrant délit, par le passé-qui-n’existe-plus mais qui ressurgit si vite, et leurs privilèges se transformant ainsi en autant de pièges, en autant de boomerang ou de “coups de fouet en retour” comme l’on dit. Ils souffrent affreusement, aveuglément, impitoyablement, car le suicide par autodestruction annoncé par le visionnaire-Lincoln, émancipateur avant l’heure, bien au-delà de sa Guerre de Sécession, de l’esclavage du Système, n’est pas une chose anodine.

 

Mis en ligne le 25 juillet 2016 à 08H04

 

(*) Mise à jour du 31 juillet 2016 : une lectrice nous ayant aimablement signalé l'erreur funeste dont nous demandons qu'on nous excuse, l'ambassade où réside Assange a été rendue à son légitime représentant, — l'Equateur et non la Colombie. 

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