Notes sur le tsunami-USS Titanic

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Notes sur le tsunami-USS Titanic

10 juillet 2016 – Même si l’on nous pardonnait d’avoir “militarisé” l’image, le Titanic devrait être plutôt HMS (Her Majesty’s Ship) que USS (United States Ship), – cela pour nous expliquer du titre... Mais l’on comprend bien que les USA sont prêts à aller jusqu’à confisquer à leurs “cousins” (ils n’en sont pas à ça près, depuis 1918-1945) le symbole le plus célèbre d’un naufrage catastrophique, pour mieux caractériser leur situation. En effet le “USS Titanic” prend eau de toutes parts ; pire encore, la voie d’eau qui est en train de prendre l’allure d’un déferlement inarrêtable, sorte de tsunami calibré pour pulvériser l’anglosphère, a ceci de particulier, de singulier, de gravissime, qu’elle touche le domaine sacré de la situation intérieure des USA.

Ce qui s’est déroulé très vite et sans crier gare en une année, c’est que la crise endémique des USA (les USA sont une crise depuis l’origine), passée à un niveau super-actif (surpuissance) le 11 septembre 2001 mais en ne s’exerçant que dans le domaine extérieur principalement, est passée au niveau intérieur. Deux évènements écrasent la scène, la transforment en une sorte de bacchanale sinistre, dissipant les illusions de Hollywood à Wall Street... Le système du Système (le processus électoral présidentiel) est frappé de plein fouet, non seulement par la présence de l’éléphantesque Trump (éléphant dans un magasin de porcelaine, avec trompe out of control) mais par la transmutation extraordinaire, yeux hallucinés et braillements de poissarde, d’Hillary Clinton qui parvient à faire pire que Lady McBeth. Le phantasme de l’American Dream postmoderne, qui est le multiculturalisme et l’intégration arc-en-ciel au sein d’une Nation Américaniste qui n’a jamais existé, vole en éclat sous les rafales de fusils d’assaut que se sont échangés les cops racistes (dixit l’opportun Obama) et les Africains-Américains qui veulent “tuer des Blancs, si possible des cops blancs”.

Bien entendu, nous n’excluons ni la manœuvre, ni la manipulation, ni les complots (pluriel obligatoire), surtout pour la fusillade de Dallas & le reste. Au contraire, tout cela nous paraît nécessaire pour “assurer le désordre” qui n’aurait même pas l’élégance de devenir “chaos” : lorsqu’on sait que les complots US en Syrie, après cinq années d’exercice assidu, aboutissent à ce que des insurgés équipés, entraînés et armés par le Pentagone affrontent “des insurgés équipés, entraînés et armés par” la CIA, et cela depuis plusieurs mois sans que personne ne puisse faire cesser le gâchis, on mesure l’absolue nécessité des complots pour empêcher le complot de réussir.

Par conséquent, place au désordre, –What a fucking mess, man”...

L’avis du Sheriff Clarke, de Milwaukee...

... Cet avis-là ne nous est pas indifférent. Clarke est Africain-Américain, il a le verbe dru et il passe à la moulinette d’un seul souffle Obama et Clinton, en s’affirmant au passage comme un inconditionnel de Donald J. Trump. A part cela, il est démocrate, achevant ainsi un raccourci de la confusion régnant aujourd’hui aux USA, et indiquant que les polices locales et régionales sont susceptibles d’entrer dans le combat politique de communication, sans plus prêter attention à un hypothétique “devoir de réserve”. (Le jugement du Sheriff de Milwaukee sur le président des États-Unis nous signale qu’effectivement, l’implicite “devoir de réserve”, sinon l’esprit hiérarchique, n’existe plus guère avec les évènements courants ; cela, d’autant plus notable, bien entendu, que Clarke est Africain-Américain ; et cela, d’autant plus compréhensible qu’un Sheriff est d’abord un élu, c’est-à-dire dans le principe non soumis stricto sensu à un “devoir de réserve” par rapport à une institution puisque expression de la volonté populaire.)

Un point intéressant est la présence importante d’Africains Américains dans les polices locales et régionales. Clarke, chef élu de la police du comté de Milwaukee, exprime ainsi un avis discordant par rapport à la narrative-Système de type Clinton-Soros avec appui de plus en plus marqué d’Obama, opérationnalisée dans des outils de déstabilisation comme l’association BlackLivesMatter (BLM), – dont Clarke donne une appréciation critique confirmant les tendances organisationnelles anti-Trump et certains objectifs complotistes de déstabilisation type-affrontements ethniques. (La Fédération de Russie est en train d’étudier le cas de BLM et de son identification officielle comme “organisation terroriste”.)

D’autre part, si cette position de Clarke est considérée comme assez représentative de certaines polices locales et régionales US, elle rend très complexe la thèse d’une Amérique devenant ou pouvant devenir “État-policier”, cela impliquant une correspondance de comportement entre les polices et le pouvoir-Système qui n’est manifestement pas évidente, jusqu’à se trouver être le contraire... Là aussi, la complexité règne, c’est-à-dire le désordre. (Clarke est interviewé par Fox.News, repris par Infowars.com le 8 juillet. Il parle après que des incidents contre la police aient eu lieu en Louisiane et dans le Minnesota, après Dallas.)

« Both President Obama and Hillary Clinton are fueling the ‘war on cops’ to divide the country and exploit the hysteria for political gain, Milwaukee Co. Sheriff Clarke pointed out. “The Commander-in-Chief [Obama] opens his mouth and sticks his foot in it… exploiting things that don’t exist,” he told Fox News Friday. “…He didn’t cause this, but you know what, he fuels this sort of anger, this ‘misplaced anger’ about things going on that were thousands of miles away.” “The [shootings in Louisiana and Minnesota] didn’t happen anywhere near Dallas.”

» And Hillary Clinton acted no differently, Sheriff Clarke added. “We’ve heard from Mrs. Bill Clinton who threw up the hashtag #BlackLivesMatter yesterday and exploited the situation – two situations, one in Louisiana and the other in Minnesota,” he continued. “…[And] President Obama, it’s kinda interesting he said ‘the facts aren’t in’ [because] he’s usually popping off at the mouth before he’s been briefed or before he knows any of the facts, like he did yesterday without any foundation.”

» “He talked about racism, disparate treatment, people of color… all this nonsense [accusations before the facts] like I said. He’s armed with powerful words and he uses those words irresponsibly to fuel this sort of anger toward the American police officer and I wish he’d just knock it off.” As to Jesse Jackson’s claim that Donald Trump was “responsible” for the Dallas massacre, Sheriff Clarke said Jackson was a “blowhard” trying to stay relevant after his time had passed.

» “I’ll tell you right now: nobody in the country… has stood behind the American law enforcement officer like Donald Trump,” Clark stated. “I cannot wait until January when President Obama leaves the White House for the last time and my hope – I pray that Donald J. Trump becomes the next Commander-and-Chief because we need a president who’s going to stand beside us and support us – all across the country, unambiguously, by the way, we know we’re not going to get that from Mrs. Bill Clinton.” “The saddest day for law enforcement will be the day she becomes President of the United States.” »

La valse Système-antiSystème

En fait, il y a longtemps que les problèmes ont perdu leur pureté et leur vérité politique. La période actuelle renvoie en partie à la période 1968-1972 (les deux élections de Nixon), lorsque la guerre du Vietnam commençait à perdre sa place de référence essentielle de la contestation qui, entre 1965 et 1968, avait abouti à la désintégration du président Johnson et au passage à la recherche d’un désengagement du Vietnam, même au prix d’épisodes extrêmement sanglants. On vit alors un chassé-croisé remarquable entre Système et antiSystème, avec des positions se définissant d’une manière souvent indirecte et contradictoire.

Durant cette période, Nixon réussit à faire l’union des États sudistes traditionnellement démocrates et des classes populaires du Nord contre le désordre contestataire (gauchistes, droits civiques et étudiants), se plaçant ainsi en défenseur du Système. A l’inverse, sa position de sécurité nationale (retrait du Vietnam, détente avec l’URSS, désarmement) en fit une cible privilégiée pour le complexe militaro-industriel (CMI), qui réussit à fomenter les conditions qui aboutirent au Watergate : dans ce cas, Nixon était antiSystème. Les mouvements noirs extrémistes type-Black Panthers, eux, affrontaient à partir d’une opposition antiSystème le FBI de J. Edgar Hoover et de ses successeurs à partir de sa mort en 1971, lequel FBI contribuait au côté du CMI à la chute de Nixon (Deep Throat, la “source” de Bob Woodward, venu du SR de l’US Navy au Washington Post où il mena l’enquête sur le Watergate, s’avéra être le n°2 du FBI).

Aujourd’hui, on retrouve, en beaucoup plus accentué, cet grand désordre ; en beaucoup plus accentué, devenu immense complexité-désordre, parce que cette fois le Système est vraiment en train de se fracturer radicalement par le biais de l’affrontement entre certains de ses composants. C’est bien entendu la conséquence de l’irruption de Trump dans la course présidentielle. Trump l’antiSystème a suscité contre lui la mobilisation ou la manipulation de structures qui devraient normalement prétendre à être antiSystème. Il est vrai, et bien entendu évident, que la brutalité policière aux USA s’est souvent manifestée contre les Africains-Américains, avec également une situation carcérale (système judiciaire mais aussi intérêts privés puisque les prisons sont privatisées) qui frappe de façon forcenée cette communauté. A ce point constitutif de la situation, on peut considérer que c’est le Système qui s’oppose aux Africains-Américains.

Mais cette situation évolue fondamentalement dès lors que l’antiSystème Trump entre dans le jeu et conduit ses adversaires à des manipulations, notamment une manipulation anti-Trump mais aussi anti-policière type-BLM, dont on s’aperçoit qu’elle est le fait des forces du Système, et notamment des commanditaires type-Wall Street (Clinton avec Soros, avec Obama désormais, qui met sa nonchalance au service d’un “antiracisme” qui fait l’affaire de Wall Street puisqu’il permet d’attaquer Trump). Dès lors, nombre de forces policières deviennent antiSystème, comme le Sheriff Clarke. Si l’on comprend bien, le ou les sniper(s) qui voulai(en)t “tuer des Blancs” avai(en)t sans doute, s’il(s) n’étai(en)t pas manipulé(s) et d’ailleurs même s’il(s) l’étai(ent)t, la conviction d’attaquer le Système en tuant les cops de Dallas alors qu’ils faisaient le service de l’association Clinton-Soros-Obama-Wall Street.

(Ou encore, dans le même genre de la complication, cette révélation outrée et furieuse, en mars dernier, de RAWStory [tendance progressiste-libérale destinée à être gobée par une Clinton-Wall Street, accompagnée d’Elisabeth Warren], que le chef de Nation of Islam, Louis Farrakhan, “se range au côté du Ku Klux Klan”, – “mais pas que...”, – derrière Trump parce que Trump résiste au lobby juif de Washington [depuis lors, il est apparu que les Israéliens s’avèrent de plus en plus favorables à Trump]... Tout cela n’empêche pas des sites qui ont notoirement pris une violente position anti-BLM et donc se sont trouvés du côté de la police de Dallas, de continuer à publier des textes hostiles au renforcement des forces de police comme instrument de coercition du pouvoir central. On peut lire de tels textes sur Infowars.com, le 9 juillet, reprise d’un texte de 2014 des libertariens de LewRockwell.com.)

On n’en finirait pas de développer les situations contradictoires et paradoxales, dont l’apparition doit être mise au crédit de Trump, et paradoxalement en deuxième rideau à celui des Clinton-Soros-Wall Street qui réagissent comme au ping-pong alors qu’on joue au billard à plusieurs bandes. Le résultat concret, fondamental, – et très simple, lui, au contraire de la complexité qu’on tente de décrire, – c’est la mise en évidence des formidables divisions radicales et incohérentes qui morcellent les USA, de la formidable fragilité, de la formidable vulnérabilité psychologique, sociale et sociétale, des États-Unis. Aujourd’hui, plus aucune digue, plus aucune narrative, plus aucune force ni autorité n’empêchent le déferlement de se constituer, lorsque l’occasion se présentera, en grandiose tsunami en prenant toute sa force et toute sa vitesse.

...Or, nous sommes dans une période électorale, et pas qu’un peu.

La montée à l’extrême d’Hillary-la-raciste

Un phénomène singulier s’est développé ces deux dernières semaines : la grande vedette de la course présidentielle, Trump, s’est trouvée dépassée en bruits et en agitations, par celle qu’il poursuit de sa vindicte depuis le début des primaires. Tout cela n’est pas nécessairement à l’avantage de Clinton, – la personne qui a relégué Trump à une sorte de discrétion inattendue, – car ce que l’on voit chez elle est une sorte de montée en puissance vers l’extrême de la rhétorique, jusqu’à s’interroger à la fois sur son équilibre et sur sa maîtrise d’elle-même.

C’est certainement Clinton, et nulle autre, qui a lié d’une façon décisive la fusillade de Dallas et les manifestations de BlackLiveMatter d’une part, la campagne présidentielle d’autre part. Elle l’a fait au cours de plusieurs interventions, avec une violence extrême du sens, impliquant une responsabilité collective sans appel de la population blanche vis-à-vis des Noirs, – y compris elle-même, Clinton, si nécessaire, – c’est-à-dire montant à l’extrême d’une rhétorique qui est l’impasse de l’extrême de l’argumentation, là où plus aucune argumentation justement n’est possible puisqu’est posé l’absolu d’une responsabilité collective précisément mesurée à un invariant inébranlable, biologique, qui est la couleur de la peau. (C’est l’“hystérie” intellectuelle surexcitée par une psychologie épuisée dont parle plus haut le Sheriff Clarke … hystérie excitée “pour des avantages électoraux”, dit-il, et sans doute est-ce en partie le cas, mais en partie seulement car notre impression est bien qu’il y a là une évolution caractéristique de la psychologie clintonienne elle-même, exacerbée jusqu’à l’hystérie.)  Ainsi Clinton a-t-elle dit notamment sur CNN, le 8 juillet :

« “I will call for white people, like myself, to put ourselves in the shoes of those African-American  families who fear every time their children go somewhere, who have to have ‘The Talk,’ about, you now, how to really protect themselves [from police], when they’re the ones who should be expecting protection from encounters with police,” Clinton told CNN’s Wolf Blitzer. “I’m going to be talking to white people, we’re the ones who have to start listening to the legitimate cries coming from our African-American fellow citizens,” she said

» “We’ve got to figure out what is happening when routine traffic stops, when routine arrests, escalate into killings … Clearly, there seems to be a terrible disconnect between many police departments and officers and the people they have sworn to protect,” she said. [...] Clinton suggested that people who disagree with her agenda are racists. »

Joel Pollak, du site Breitbarg.com, analyse, le même 8 juillet, cette intervention de Clinton et deux autres du même type, en constatant que Clinton a complètement versé dans une rhétorique raciste. (Peu nous importe ici, volontairement et d’une façon catégorique, la couleur de la peau, puisque ce qui nous intéresse est l’évolution psychologique du personnage bien plus que le constat qui réactualise une conception aussi vieille que les USA, selon une situation qui est constitutive des USA. Il reste alors qu’il s’agit d’une rhétorique collectiviste, impliquant une responsabilité collective que tout possesseur de la couleur de peau en question partage sans appel, quoi qu’il ait fait et qu’il pense, effectivement comme un absolu. A la limite, comme elle le dit elle-même dans un élan de sincérité hallucinée, Clinton est aussi responsable que les autres de la même couleur de peau, et l’on peut alors juger que c’est un argument qu’elle se donnerait à elle-même, si elle était logique, pour se juger moralement, – puisque chez elle la biologie comme le reste, comme la corruption, se transforme en morale et que la morale est sans aucun doute son fond de commerce, – moralement inapte à la fonction présidentielle.)

Ainsi Pollak peut-il aisément avancer que face à Trump qui est supposé être le raciste de la bande selon le discours “moralement correct” (au bout du compte et désormais plus juste que “politiquement correct”), c’est effectivement Clinton qui se découvre comme telle : « Donald Trump was supposed to be the racist. Yet his response to the murders of five police officers in Dallas was measured and sensitive, emphasizing his support for law enforcement while acknowledging the concerns of the black community. In contrast, Hillary Clinton made Dallas about “systemic racism” and the collective guilt of white people — deeply offensive in the context of an attack where white officers had been targeted, and the very opposite of what a president is supposed to do. [...]

» “Systemic racism” is, on the one hand, an easy cop-out for virtue-signaling white liberals, because if the “system” is racist, then no individual is to blame. On the other hand, if the “system” is racist, no one can be free from guilt. And so “systemic racism” is held over our heads like an anvil, compelling political conformity. The media spent the past week parsing a tweet by Donald Trump to find evidence of a “dog whistle” to the extremists who, we are told, are his political base. And yet here is Hillary Clinton, responding explicitly to Dallas in a way that makes sense only to the radical left.

» Dilbert‘s Scott Adams quipped this week that Trump should attack Clinton for having “a race-first view of the world that is corrosive to society.” It was unclear, until now, how he could do that.

» Clinton has done it for him. »

Il n’est pas évident, loin de là, que cette évolution qui la met tant en vedette constitue un avantage pour Clinton dans la course présidentielle. On en distingue évidemment les travers et, effectivement, les avantages qu’en peut tirer Trump, comme Pollak le suggère. Cette remarque vaut d’autant plus, bien entendu, qu’il y a une autre face de Clinton, qu’on connaît bien, et qui a fait l’objet également d’une partie de l’agitation de cette semaine.

Hillary contre le FBI

Certains jugent et jurent, l’inévitable et pétulant Alex Jones en tête, que cette situation va conduire à la suspension de l’élection présidentielle (état de siège, etc.). On ne peut ni juger ni jurer de rien, même pas que cela ne se produira pas. En attendant, on peut continuer à faire l’état des lieux, particulièrement mouvants, après cette semaine si bruyante d’Hillary Clinton, – d’ores et déjà avant la fusillade de Dallas, alors qu’elle tenait déjà la vedette. La grande nouvelle est que la course présidentielle s’est enrichie d’acteurs inattendus : essentiellement, le FBI et le Congrès dans son rôle habituel d’inquisiteur.

Nous en revenons à l’emailgate, car la vertueuse imprécatrice du racisme collectif et sans retour où sa propre responsabilité est affirmée dans un cadre collectif, est par ailleurs une manipulatrice irresponsable, “pas assez sophistiquée” (selon le directeur du FBI Comey), c’est-à-dire fort peu consciente si pas du tout des responsabilités de sa charge comme elle l’a montré en tant que secrétaire d’État... Responsable absolue ici, irresponsable médiocre là, – Hillary Clinton n’a pas fini de nous étonner par l’extraordinaire dévoration d’elle-même par son ambition jusqu’à l’hystérie, puisqu’en vérité et pour redevenir sérieux, tout se ramène à cela, – à son ambition dévorante et nécessairement diabolique.

Dans l’emailgate, Clinton est autant sur la défensive, mais là aussi sur une défensive hystérique, qu’elle est offensive hystériquement dans la question du racisme. Elle est donc désormais engagée dans une joute pinailleuse et furieuse sur la question de “qu’est-ce que c’est qu’un document classified”, attaquant le directeur du FBI pour avoir fait de pures “spéculations” des jugements objectifs sur son incompétence, ou disons sa piètre “sophistication”, alors pourtant que ce même Comey s’est refusé à l’inculper pour ne pas la disqualifier dans l’élection présidentielle et ainsi répondre aux consignes de l’administration dont il dépend. Nous observons qu’il y a évidemment, là aussi, de l’hystérie chez Clinton car il n’y a rien de plus hystérique que la vanité blessée, ou l’hybris ridiculisée, quand l’un et l’autre sont pathologiques. C’est bien cela que Comey a fait lors de son intervention devant le Congrès, en mettant en cause sa “sophistication”, – blesser sa vanité et ridiculiser son hybris.

Par ailleurs, il n’est pas assuré que Clinton ait tactiquement bien joué en attaquant Comey comme elle le fait. Après tout c’est lui, en tant que directeur du FBI, qui est chargé d’une seconde enquête décidée par le Congrès inquisiteur lors de l’audition de jeudi dernier : Hillary Clinton a-t-elle menti au Congrès, après avoir prêté serment, lorsqu’elle a affirmé, il y a un an, qu’elle n’avait jamais manié de documents classified dans ses e-mails à ciel ouvert ? La saga emailgate est loin d’être terminée...

Sûrement pas de “Back to the Sixties

Éloignons-nous maintenant des personnages de circonstance et des circonstances de fortune pour en venir à notre constat fondamental, déjà évoqué plus haut. Il s’agit d’un tournant radical dans la localisation de ce que nous nommons de façon systématique la “crise des USA”, au moins depuis le 11 septembre 2001, et qui s’était jusqu’alors manifestée essentiellement sur les théâtres extérieurs, par l’interventionnisme humanitaire et le l’expansionnisme démocratico-belliciste. Ce tournant, qui s’est achevé la semaine dernière, transporte massivement la “crise des USA” sur le front intérieur.

Clinton est le personnage emblématique de ce tournant, – personnage absolu dans ce cas, le mot vaut citation, et non plus de circonstance, – parce qu’elle est elle-même le symbole total, absolu de la “crise des USA”. Elle est “Miss crise USA” à vie... On doit très bien comprendre que sa psychologie énervée jusqu’à l’hystérie qui lui fait prendre des positions si extrêmes après l’affaire de Dallas, renvoie comme un double mimétique à la même hystérie affectiviste qu’elle a mise dans ses projets de “guerre humanitaire” en Libye, et Syrie, etc. Dans ce dernier cas, le racisme laisse la place au totalitarisme humanitaire, et peu importe qu’on voue aux gémonies des “frappes chirurgicales” des personnages à la peau brune du moment qu’ils sont marqués du même signe de l’infamie qu’Hillary applique à tous les personnages de couleur blanche des États-Unis. La philosophe humaniste ne mégote pas sur l’absolu répandu à la louche, on peut même dire qu’elle en fait usage massif comme l’US Air Force en fait du carpet bombing... Les bons esprits du temps ne rechignent pas au quantitatif pour se distinguer.

Quoi qu’il en soit, effectivement les aventures extérieures ont laissé la place aux tourments intérieurs pour figurer l’incarnation de la crise des USA, l’existence retrouvant ainsi l’essence de la chose. C’est un tournant capital, un fait essentiel, car ni Katrina en 2005 (trop local), ni l’effondrement des banques en 2008 (trop globalisé) n’avaient réussi à vraiment déplacer la “crise des USA” dans sa véritable dimension des USA, tous les USA et rien que les USA. C’est fait désormais, avec le puissant moteur des élections présidentielles, qui fournit le carburant d’un crescendo incessant sur plusieurs mois, où vont se mêler les deux piliers de notre crise civilisationnelle : la corruption endémique et catastrophique du Système, la dissolution principielle des identités et des souverainetés par les attaques sociétales, culturelles, psychologiques.

D’ores et déjà, des évènements ponctuels s’annoncent très dangereux et porteurs de nouvelles brutales aggravations, notamment la convention républicaine de Cleveland, dans deux semaines, où l’on trouvera sûrement les troupes de BlackLivesMatter et où on l’on risque de très sévères affrontements. D’autre part, certains problèmes ne sont pas réglés ou n’ont pas fait sentir toute leur gravité, notamment l’effondrement de la gauche progressiste démocrate, avec la ralliement d’Elisabeth Warren à Hillary Clinton, et le possible ralliement de Sanders qui terminerait ainsi fort piètrement son aventure des primaires. (A moins que Sanders ait soudain de l’audace, qu’il tourne le dos aux démocrates complètement corrompus par Clinton et qu’il réponde aux sollicitations du Green Party [environnementalistes] et de Jill Stein, candidate présomptive qui serait prête à lui céder sa place. Dans tous les cas, Stein remarque que de nombreux supporteurs de Sanders sont prêts à voter pour le Green Party plutôt que pour le parti-Clinton.)

De Varsovie où il assistait au sommet de l’OTAN qui fut une démonstration de plus de l’intense rationalité de la politique-Système du bloc-BAO, Obama a sentencieusement affirmé que nous ne sommes pas dans “un retour aux années 1960”, où l’Amérique était si furieusement divisée. C’est effectivement le cas, puisque la situation est bien pire, puisque le chaos et l’insaisissabilité d’une situation où les références tiennent comme du sable entre les doigts ont remplacé la division et l’identification nettes des enjeux (et encore, jusqu’en 1968, selon notre appréciation qu’on a vue plus haut). Bien entendu, la situation actuelle, partout dans le monde, mais cette fois au cœur des USA également, n’est identifiable par aucun précédent stable, ni rationalisable par aucune référence fixe. Nous sommes dans la terra incognita, sur la terre même qui constitue la matrice du Système, The Land of the Free s’étant désormais affichée pour ce qu’on sait qu’elle est vraiment : The Land of the System.

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