“Maoïsation” de la révolution des femmes

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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“Maoïsation” de la révolution des femmes

23 décembre 2017 – De plus en plus et de plus en plus vite s’impose à mon esprit que le comportement des femmes célèbres, dans le milieu de l’entertainment, aux USA spécifiquement (Hollywood particulièrement), est en train d’acquérir une puissance politique stupéfiante. Bien entendu, c’est complètement mon sentiment qu’il faut percevoir cela dans le sens “révolutionnaire” de la déstructuration, en écartant pour l’instant, selon ma méthodologie d’analyse, tout jugement moral de la chose, en bien ou en mal d’une façon expéditive et conclue, parce que le jugement essentiel concerne les effets de la chose sur le sort du Système qui est ce qui m’importe le plus. Sur ce point, rien ne peut être encore dit, et l’hypothèse que je favorise est même que ces agitations extraordinaires ne cessent de bousculer le Système lui-même, de le déséquilibrer, de l’accabler un peu plus... Donc, m’importe pour l’instant le seul constat de l’événement, avec la mesure du mouvement, son rythme ébouriffant, ses ambitions qui sont hors de toute mesure de référence et sans rapport avec le standard des comportements.

(Une appréciation plus simple et trop rapide dirait “folie” de toute cette agitation ; pour autant, rien ne serait dit ; que m’importe la folie per se, et d’ailleurs qui sait ce que c’est que la folie... Ce qui m’importe, c’est de savoir si cette folie, s’il y a folie, va pour ou contre le Système, et cela n’est pas encore tout à fait déterminé mais je devine vers où ira ma conclusion. Le sort du Système, voilà la mesure de ma propre morale puisque pour moi nul doute n’existe que le Système c’est le Mal, et la raison-subvertie par le Système “la source de tous les maux”. Je dis tout cela avec la plus froide raison, celle qui a écarté le piège de la subversion.)

Bien sûr, je pense d’abord à cette référence de l’article Jolie-Soltenberg dans le Guardian. En “temps normal” (?), bien qu’inhabituel ce texte n’aurait pas une signification considérable ; dans les temps que nous vivons, il est impératif de porter là-dessus un jugement tout à fait différent, c’est-à-dire un jugement de la possibilité de l’hypothèse extrême envisagée (“Angelica Jolie comme SecGen de l’OTAN”). A côté de cela ou plutôt pour substantiver cette attention que je recommande, il y a le spectacle quotidien de l’extension de la crise, du “tourbillon sexuel”, avec un activisme féministe extraordinairement puissant et efficace. Aux USA, – car c’est bien là qu’une fois de plus dans le domaine de la déconstruction tout se passe, – tous les hommes sont symboliquement et médiatiquement en accusation, derrière la corporation des acteurs et vedettes de la communication qui essuient des attaques ad hominem donnant immédiatement des effets importants. (Parmi les célébrités hollywoodiennes, l’acteur Matt Damon est la dernière cible en date, de ces trois derniers jours.)

Il faut encore être plus précis : ce qui m’attache ici, ce n’est en aucune façon, ni le domaine des revendications de femmes, ni la justesse de leurs revendications, etc., mais bien les recommandations “des femmes” (des accusatrices disant parler au nom des victimes) ; c’est-à-dire que je ne veux pas parler de l’instruction du procès, qui semble déjà faite du côté de l’accusation, mais bien de “la peine” qui suit et applique le verdict de culpabilité d’ores et déjà prononcé par nombre d’entre ces accusatrices. J’ai été alerté en cela par une intervention à une télévision US de Jen (Jennifer) Psaki, qui fut d’abord directrice de la communication de la campagne d’Obama de 2012, puis porte-parole du département d’État jusqu’en 2015, puis directrice de la communication de la Maison-Blanche jusqu’en 2017.

Elle était interrogée il y a quelques jours (moins d’une semaine) dans un débat sur les attaques et dénonciations du harcèlement sexuel contre les femmes. La question était “mais pour condamner [de quelque façon que ce soit] les hommes mis en cause, il faut déterminer que les dénonciations sont fondées, sinon prouvées, n'est-ce pas ?” ; sa réponse fut, en substance : “Non, à partir du moment où il y a dénonciation d’un homme par une femme, il faut condamner”. Bref, le procès est inutile et la parole d’une femme, – même paranoïaque, même maniaco-dépressive, même hallucinée, etc., puisque Psaki n’admet aucune enquête à cet égard, – suffit à condamner celui qu’elle désigne et, comme disait Mitterrand à propos de la presse qui avait attaqué Bérégovoy avant son suicide, à “lâcher les chiens” sur lui.

La parole de Psaki semblait comme si tout homme dut être considéré comme coupable de ce qu’il a fait, de ce qu’il aurait pu faire, de ce qu’il pourrait faire, de ce qu’il aurait fait, etc., et même de ce qu’il n’a pas fait et ne fera jamais, cela au nom d’une sorte de culpabilité collective portée comme une sorte de péché originel. L’Adam du récit machiste remis promptement aux normes postmodernes devient également Eve, pomme et serpent à la fois. Personne ne s’exclama devant ces étranges paroles... Je me suis it qu’il s’agissait d’un accident de communication, d’une parole incontrôlée, etc., et tint ce propos pour isolé et d’une signification insuffisante. C’est alors que je tombai, hier, sur un article de Breitbart.News reprenant la substance d’une interview de l’actrice et réalisatrice Jodie Foster àUSA Today. (*)

Foster estime que la plupart “des hommes de plus de trente ans” ont une part de culpabilité dans le scandale Weinstein, dans la mesure où ils fonctionnent tous de la même façon que Weinstein, quelle que soit l’industrie où ils se trouvent, parce qu’ils se trouvent la plupart du temps, chacun à leur niveau, dans une position privilégiée où ils manifestent effectivement cette culpabilité (en exerçant des pressions sur des femmes et en les agressant) ; et, ajoute-t-elle, tout cela même si ces hommes agissent, « j’en suis sûre pour une bonne partie d’entre eux, de façon inconsciente » ; car, en effet, à cet égard les hommes « sont dans une bulle » qui est pour tous celle de leurs privilèges, et “pour une bonne partie d’entre eux” avec leur inconscience en plus. Elle est donc « très intéressé » par ce qui va se passer, c’est-à-dire, le développement du « point de vue des hommes » (elle aurait pu dire : l’aveu de leur culpabilité, même “inconsciente”), et « ce qu’ils envisagent en fait de thérapie [pour se soigner] ».

Elle suggère, – et c’est pourquoi si j’entends bien qu’elle parle des hommes “de plus de 30 ans”, en plus de la nécessité de l’âge pour les “positons privilégiées” acquises, – que chaque homme devrait aller « dans une bonne école » comme celle où vont ses deux fils de 16 et 19 ans. (Bien que lesbienne militante, Foster est une mère attentive et exigeante, en plus de savoir reconnaître quand on enseigne bien l’humanisme et l’intégrité en plus du consentement.) « Ils vont dans une magnifique école qui leur a fait comprendre ce qu’est le consentement, ce qu’est l’humanisme, ce qu’est l’intégrité. J’aurais aimé que ma génération en profite et que tout le monde en profite. »

J’ai eu de la difficulté à accepter l’expression de traduction “leur faire comprendre” pour l’expression originale qui dit « has put them through the wringer » ; une traduction plus juste serait “qui les fait passer dans une essoreuse”, ce qui constitue une autre façon de désigner le “lavage de cerveau” que les moralistes américanistes dénonçaient avec horreur, à propos des militaires US faits prisonniers par les Nord-Coréens, en 1950-1953. Je trouve que, dans cette affaire si symbolique, les mots, les expressions désignées ne sont pas à traiter à la légère, d’autant moins que tout se fait dans le champ de la communication.

... Ils le sont d’autant moins que Foster est un bel esprit, sophistiqué, cultivé, et qu’elle a manifestement dans ses relations, une nuée de psychologues, de sexologues et de sociétologues qui sont les curetons disant la messe de la nouvelle religion postmoderniste. Voilà, on se comprend mieux j’espère, et l’on comprend bien que ce qui fait ici l’objet de mon débat n’est pas le traitement fait aux femmes, les horreurs des prédateurs sexuels comme ils disent, et toute cette sorte d’infâmes comportement, mais bien l’esprit totalitaire qui vient “aux femmes” dans ce moment exceptionnel. (Foster parle de « watershed moment », d’un « interesting time for men ».) Foster n’est pas “les femmes” en général, mais à la lumière de tout ce qui s’est passé et qui continue à se passer en fait de réflexion féministes comme le montre l’incident Psaki (qui n’est certes pas du calibre intellectuel de Foster), dans le cours des évènements diluviens si propices à cela, à la lumière de la notoriété et de la popularité de Foster, on peut la juger comme représentative d’un courant qui a déjà montré sa puissance et son extension affectant une “catégorie sociale”, ou disons “sociétale”, d’une influence considérable, exactement comme elle l’est elle-même, actrice et réalisatrice de son envergure.

... Et alors, il s’avère que l’objet de ma réflexion est l’observation de la naissance d’un monstre fantastique, de ce qui se profile comme l’affirmation d’un totalitarisme féministe d’une extraordinaire facture. Tout y est, de la responsabilité collective et sans appel d’un genre (comme, auparavant, d’une religion, d’une race, d’une classe sociale, etc.), la suggestion de l’autocritique, le conditionnement des cerveaux à l’origine et le “lavage de cerveaux” pour les “hommes de plus de 30 ans” (la thérapie des établissements médicaux de rééducation, par exemple, avec le bon temps revenu de l’opposition traitée comme une maladie psychiatrique qui fonctionnait si bien en URSS). Au bout de cela, l’“Homme Nouveau” nième version, pour le goût des dames.

Ne croyez pas pour autant, pas une seconde s’il vous plaît, que je sois en train de me croiser pour m’en aller contre les infidèles ; que je vais éclater en anathèmes et fureurs vengeresses, dénonçant ce qui pourrait être dénoncé, par exemple et par certains dont je ne suis pas, comme des entreprises subversives selon une vision totalement invertie d’un simulacre du monde. Non-non, croyez-moi, sur le détail et sur le front des opérations, et une fois description faite du phénomène en général, je préfère m’installer dans l’inconnaissance. Je vous laisse à vos folles guerres sociétales, à vos révolutions culturelles à-la-Mao qui vont s’entre-détruire et se détruire elles-mêmes avant de parvenir à esquisser le moindre commencement de réalisation de ce simulacre d’utopie... Au contraire même, oui-oui, continuez comme ça, c’est très bien, car vous déconstruisez-déstructurez un système qui n’est rien d’autre qu’un des nombreux faux-nez du Système, lequel est un monstrueux excrément qu’il importe de renvoyer à ses origines, – cela, sans allusion sexuelle.

Ce qui m’intéresse, comme je l’ai déjà écrit souvent, c’est la confrontation de ces étranges emportements incroyablement extrémistes et pourtant complètement conformistes de divers courants du Système dans sa doctrine de la postmodernité, avec le facteur qui semble les rassembler ; d’un élément l’autre, d’une contradiction à l’autre, et tout cela au détriment du bon ordre dont le Système a tant besoin dans ces temps difficiles contrairement aux théories en vogue sur le chaos (il faut un désordre ordonné au Système, pas le bordel)... Par exemple, qui ne penserait que le discours sur un féminisme “maoïsé” de Jody Foster devrait évidemment convenir et être applaudi par la féministe fervente qu’est l’actrice Meryl Streep qui batailla contre Trump avec un zèle inégalé parmi ces consoeurs ; mais non, pas du tout, la malheureuse Streep est aujourd’hui moins populaire que ce Trump qu’elle attaquait si férocement au nom d’Hillary et des femmes en général parce qu’elle n’a pas paru assez anti-Weinstein quand il fallait l’être absolument au nom de la cause des femmes. Cette sorte de contradictions dans les voies complexes du conformisme de l’excès et de l’extrême ne cesse de me ravir.

Allez, je nous laisse à nos petites affaires, à notre fantastique spasme de bouleversement qui ne cesse de secouer le Système comme il ferait d’un simulacre vide de sens. Chaque incident de cette sorte que je viens de détailler, chaque Jody Foster, chaque femme ou homme si intelligent et sombrant avec empressement dans l’affectivisme racoleur de ces Temps Derniers, donne un tour de verrou de plus pour assurer la pérennité jusqu’à l’effondrement de ce désordre qui semble ne plus avoir de terme. Cela vaut jusqu’au terme car il y en aura un finalement, jusqu’à ce que ledit désordre mène à bien la dissolution complète de ce Système qui, n’ayant d’autre ambition que notre entropisation et pour s’assurer de la bonne marche de la machination, va s’essayer lui-même à se dissoudre dans l’entropisation.

 

Note

(*) Le texte de Breitbart.News du 22 décembre 2017 est ci-dessous. Les déclarations de Foster sont assez complexes à traduire et demandent à être interprétées, ce que j’ai essayé de faire dans le cours du texte pour les points les plus importants.

« Actress Jodie Foster has claimed that “pretty much every man over 30” has to consider their part to play in the recent sexual harassment scandal that has engulfed Hollywood since the emergence of misconduct allegations against Harvey Weinstein.

» In an interview with USA Today, the Oscar-winning actress explains that although a lot of men’s behavior is “unconscious,” many men have been living in a bubble.

»  “We really are at a watershed moment,” Foster said. “This part has been painful: these wonderful, amazing narratives that take into consideration everybody’s part in it. I’m really interested and looking forward to the men’s point of view, and what comes next in terms of therapy.”

» “It’s every industry. It’s not just one socioeconomic bracket or one complexion,” she continued. “Pretty much every man over 30 has to really look and start thinking about their part. And I guarantee, lots of it is unconscious. When you’ve been in a privileged position where you haven’t had to look at your part, you didn’t 100% understand you were in a bubble. It’s an interesting time for men.”

» Foster added that if every man went to a “good school” similar to her teenage sons, then they would be more likely to understand the importance of sexual consent.

»  “I have two sons (ages 16 and 19), and I know their perspective,” she continued. “They go to a great school that has put them through the wringer about what consent is, what is humanism, what’s integrity. I just wish my generation had the benefit of that, and that » everybody had the benefit of that.”

The actress and director, who has worked in the industry since 1976, is best known for her Oscar-winning role in The Silence of the Lambs and most recently directed episodes for popular Netflix series including House of Cards, Orange is the New Black, and Black Mirror. 

» The interview comes as Foster continues to increase her political activism. Last week, Foster reprised her role as FBI agent Clarice Starling in The Silence of the Lambs for a skit on Stephen Colbert’s Late Show, where she attempted to obtain information on possible collusion between President Donald Trump and Russia from an imprisoned Hannibal Lecter, played by Colbert.

» Foster also appeared at an anti-Trump rally in February, declaring that “this is our time to resist.” “It doesn’t matter where you were born, who you voted for,” Foster told the crowd. “All the colors in the identity rainbow — this is our time to resist. It is the time to show up and demand answers. It’s all of us trying to tell our elected officials to do their job.” »

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