Ma schizophrénie tactique

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Ma schizophrénie tactique

24 décembre 2017 – Puisqu’il est quasiment né, le Divin Enfant, il est temps de célébrer l’un de ses fils lointains mais certainement l’un des plus méritants. Le président des États-Unis (POTUS), Donald J. Trump, dans son premier grand cru 2017 qui fut une leçon magnifique, n’a absolument pas déçu notre attente, et particulièrement la mienne. Il est exactement ce qu’il importait qu’il soit avec le jugement qu’on en a, qui ne cesse de s’enrichir dans le sens de l’inconsistance caoutchouteuse et télévisuelle du personnage. Sa politique générale, notamment extérieure, est parfaitement adéquate à ce que nous attendons, à ce que j’attends : une sorte de “massacre à la tronçonneuse” de tous les avantages unilatéraux, de toutes les positions chèrement payées de bombardements et de corruptions diverses, d’entourloupes et de promesses trahies, des États-Unis dans le monde.

Mis là où il se trouve pour accélérer la destruction des Etats-Unis et pour rien d’autre, il s’y emploie avec un zèle et une efficacité stupéfiantes. Il était nécessaire qu’il fût élu et qu’une fois élu il ne réussisse rien de ce qu’il avait promis, et même qu’il allât contre ses promesses. A part son cadeau fait aux grosses fortunes, il a tenu parole, c’est-à-dire qu’il l’a trahie continuellement. La secrète détestation qu’il éprouve pour son prédécesseur ne cesse de le pousser à en rajouter constamment, à faire pire que l’autre qui n’était déjà pas si mal. L’Histoire, la Grande Métahistoire, retiendra ce dream tandem absolument déstructurant : Obama suivi de Trump, la peste après le choléra, la vérole enchaînant sur le bas-clergé, ou Charybde ouvrant la voie à Scylla.

La dernière, la cerise sur le gâteau de Trump-2017, c’est la livraison d’armes “défensives létales” aux clowns de “Kiev-la-folle”. Celle-là aussi, Obama ne nous l’avait pas faite, eh bien Trump nous l’offre sur un plateau comme une allumette de plus jetée dans une flaque de pétrole frelaté, obtenu par des voies douteuses des trafics mafieux de l’or noir ; et cela enchaînant sur la reconnaissance de Jérusalem couronnée par un étourdissant succès à l’ONU où plus de 460 nations sur les 193 membres de l’ONU ont voté pour les USA.

(Voir l’invitation faite par la brillante Haley aux 64 [?!?!] pays qui ne sont pas tombés dans le piège de “l’axe du Mal” bidouilleur des votes de l’Assemblée Générale et jaloux des vertus et de la sagesse extrême de notre Grand-Empire postmoderne. La réception aura lieu le 3 janvier 2018. Je vous confierais volontiers, mes amis, que j’espère au fond de moi recevoir un carton officiel d’invitation. Contempler et côtoyer la superbe et même sublime stupidité absolument crétine et tout à fait abyssale de Nikki Haley, rien que pour cela, vaudrait bien de s’instituer en pays-membre peu connu mais ayant voté de cœur et sans que nul ne le sache pour les USA, – tiens, ce pourrait être DedefensaLand, capitale Jérusalem, dans la partie Sud-Sud-Est, Est-Sud-Est-plein-Est, à gauche-droite vers le Mont des Oliviers, – et ainsi nous-mêmes, avec nos glorieuses phalanges, être invités à la réception et avoir un entretien avec la Nikki...)

Depuis désormais plus d’un an (depuis l’élection), “D.C.-la-folle” vit dans une sorte d’effervescence qu’on pourrait désigner selon la formule fameuse comme une sorte de “coup d’État permanent” à l’américaniste (avec combinaisons diverses : Trump contre le bon peuple abusé, le DeepState contre Trump, etc.). Mais ce n’est pas du Mitterrand, plutôt du Marx-brothers, tant cette puissance paralysée-impuissante, embourbée dans sa propre corruption, semble absolument incapable d’un acte quelconque qui constitue une attaque sérieuse et une volonté opérationnelle de rupture d’une situation figée dans un désert parcouru d’ombres et de zombies historiques ; donc, “coup d’État permanent” en carton-pâte, tout juste bon à alimenter les blockbusters à la moraline de Hollywood-la-progressiste... Qui donc a dit que la catastrophe de l’effondrement du système tardait à venir et même ne viendrait jamais, alors qu’elle se produit là, devant nous, sous nos yeux qui semblent parfois aveugles ?

Pour le commentateur, c’est-à-dire pour le commentateur que je suis puisque dans ce cas je m’exprime vraiment pour mon compte, c’est une étrange situation schizophrénique. Il faut en effet vraiment souhaiter que Trump par instants successifs et marquants se trompe, trahisse ses engagements, se conduise en rustre et en simulacre, parce qu’ainsi ils déroutent ses adversaires en faisant par instants leurs politiques, rend furieux un instant ses partisans, n’obtient rien de structuré mais au contraire réduit en lambeaux ce qui subsistait en fait de structure. Ma réaction dans ces divers cas, ou devrais-je dire mes réactions, est complètement schizophrénique, – mais devrais-je dire, d’un mal nouveau qui est en fait une ruse du commentaire, que je nommerais bien de l’expression “schizophrénie tactique”.

D’abord, au su de la chose telle qu’elle est décidée et actée, je suis profondément déçu furieux, frustré, parce que Trump qui s’affichait ou qu’on interprétait antiSystème, pose et affirme un acte pro-Système ; puis, très vite je me reprends et dois aussitôt changer complètement de démarche, et alors m’exclamer de satisfaction, — et c’est comme j’écrivis hier : « Au contraire même, oui-oui, continuez comme ça, c’est très bien, car vous déconstruisez-déstructurez un système qui n’est rien d’autre qu’un des nombreux faux-nez du Système, lequel est un monstrueux excrément qu’il importe de renvoyer à ses origines... »

En d’autres occasions quand il fait un instant ce qu’il devrait faire tout le temps s’il respectait ses promesses dont nous applaudirent la vigoureuse intention révolutionnaire-atiSystème, inutile de s’attarder à l’enthousiasme, mais plutôt y voir un facteur bienvenu de confusion pour ceux qui le soutiennent, qui le combattent, qui l’applaudissent, qui le haïssent... Là aussi, la schizophrénie tactique de mon commentaire n’est pas loin puisqu’il faut approuver du bout de la plume en annonçant que rien de cela ne tient, bien que cela soit dans un sens souhaité, et que cela n’ira nulle part sinon tourner en rond... Parce que, au bout du compte, cette personnalité incontrôlable, incertaine, aussi insaisissable que l’eau et le sable qui coulent entre vos mains, sensibles à la seule bombastique mise en évidence de soi-même, au bout du compte cet être enfante le désordre comme Ali-Baba les quarante voleurs ! Enfin, je m’en sors indemne en retrouvant la formule venue d’un de ses adversaires jurés qui, finalement, s’impose comme l’explication de tout : cet homme est un “cocktail Molotov humain” jeté par ceux qui l’élurent, ceux-là poussés par une intuition collective et inconsciente qui sacre le désordre comme force ultime contre le Système.  

Oui, certes, le désordre, le désordre, voilà qui m’importe pour tenir le Système sur la Voie Sacrée de son effondrement ! America, America, chacun son Verdun ! Mais toi, malheureuse et invertie au contraire de ceux de Verdun, tu te bats avec vaillance pour “qu’il passe”, le désordre...

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