jc
20/04/2026
Je ne vois pas du tout les choses comme Blairon.
Pour moi, à la suite de Thom, la division est naturelle car embryologique (la logique naturelle est une embryo-logique, rien à voir avec la rationalité des Lumières).
L'IA "Claude" écrit à propos de PhG : "... là où Hegel voit un progrès dialectique vers la réalisation de l'Esprit, Grasset voit une dérive entropique vers le chaos et l'effondrement. La dynamique du Système n'est pas dialectique, elle est eschatologique."
Pour Thom la logique naturelle ne se limite pas à la biologie. Elle vaut pour tout, les phénomènes naturels, les espèces, les sociétés, le langage, etc.
La citation suivante de PhG, maintes fois faite ici, rentre pour moi dans ce cadre :
« Il suffit d’un mot, d’une phrase, d’une citation à placer en tête, la chose inspiratrice qui ouvre la voie et là-dessus se déroule le texte, à son rythme, entièrement structuré, avec sa signification déjà en forme et en place. Je n’ai rien vu venir et j’ignore où je vais, mais j’ai toujours écrit d’une main ferme et sans hésiter… et toujours, à l’arrivée, il y avait un sens, une forte signification, le texte était devenu être en soi… C’était un instant de bonheur fou. »
.
PhG part d'un germe ( mot, phrase, citation ... ) qui se déploie, dévoile (apocalypse) jusqu'à l'arrêt eschatologique (fin de l'article). Ensuite vient l'enrichissement de la bibliothèque, l'enrichissement culturel (l'enrichissement du génome par analogie biologique).
La grosse différence que je vois entre la production de PhG et celle de bien d'autres, c'est que celui-ci ne perd jamais de vue l'équivalent de la lignée germinale (1) (2) en biologie alors que bien d'autres l'ont égarée en cours de route et sont donc devenus stériles…
La descente vers les eschata est donc naturelle. Ce qui est difficile c'est la remontée !
Thom toujours :
"De même que les cellules sexuées peuvent reconstituer le centre organisateur de l'espèce, le point germinal α (pour en redescendre ensuite les bifurcations somatiques au cours de l'ontogénèse), de même le métaphysicien doit en principe parvenir à ce point originel de l'ontologie, d'où il pourra redescendre par paliers jusqu'à nous, individus d'en bas. Son programme, fort immodeste, est de réitérer le geste du Créateur. Mais très fréquemment, épuisé par l'effort de son ascension dans ces régions arides de l'Être, le métaphysicien s'arrête à mi-hauteur à un centre organisateur partiel, à vocation fonctionnelle. Il produira alors une "idéologie", prégnance efficace, laquelle, en déployant cette fonction, va se multiplier dans les esprits. Dans notre métaphore biologique ce sera précisément cette prolifération incontrôlée qu'est le cancer."
(1) "Expliquons de manière assez élémentaire le mécanisme formel qui, à mes yeux, commande toute morphogénèse, par l'analogie suivante entre le développement d'un embryon d'une part et le développement de Taylor d'une fonction à coefficients indéterminés d'autre part. Le développement d'un embryon peut se décrire grosso modo de la manière suivante : à partir d'un œuf "totipotent" se séparent au cours du temps des masses cellulaires qui acquièrent des spécialisations histologiques irréversibles (en principe), mais il subsiste toujours à l'intérieur de l'animal une lignée de cellules totipotentes, la lignée germinale, qui aboutira à la formation des cellules reproductrices (gamètes) dans l'individu adulte. Or considérons d'autre part une fonction différentiable à coefficients indéterminés (...) L'ensemble de bifurcation K sera l'analogue algébrique de la lignée germinale en embryologie." (Stabilité Structurelle et Morphogénèse, 1968)
(2) "On s'est beaucoup demandé, si, au cours de la formation proto-historique du langage, les mots concrets ont précédé les abstraits ou réciproquement. Il semble à peu près clair que l'abstraction est née du besoin de réduire à l'état de mot un concept concret préexistant comme structure stable autonome du psychisme (comme l'idée de souris dans le psychisme du chat) ; nous avons vu que la figure de régulation d'un concept est une sorte d'animal stylisé ; or, imaginons qu'à la suite d'une invasion du champ cérébral par le champ génétique, cet animal stylisé soit lui aussi apte à se reproduire, et pourvu d'une gonade (glande génitale) ; dans certaines conditions d'excitation, le concept fabriquera un « gamète » porteur du « logos » du concept. Ce gamète n'est autre que le mot, énoncé par le locuteur. Dans l'esprit de l'auditeur, le mot, véritable semence du concept, pourvu qu'il rencontre un contexte approprié, germe et éclate : le « logos » du concept se déploie, et reconstitue la figure de régulation du concept, donc sa signification." (1968, Topologie et signification.)
jc
22/04/2026
Dans le moteur de recherche de Dedefensa le mot "nominalisme" n'apparaît qu'une seule fois : https://www.dedefensa.org/article/du-nominalisme-au-complotisme
Lind y donne la définition suivante :
"les membres de l'establishment sont presque tous nominalistes. C'est-à-dire que s'ils donnent un nom à une chose, celle-ci prend une existence réelle dans leur esprit.",
qui éclaire celle de Wikipédia :
"Le nominalisme est une doctrine d'après laquelle les idées générales, les catégories, les genres et les espèces, les concepts n'ont d'existence que dans les mots servant à les exprimer. Alors que le nominalisme incite à penser que les idées générales ne sont que des mots, le réalisme pense que les idées générales supposent quelque chose de réel."
[ Je rappelle à ce propos que pour René Thom -qui m'a convaincu- les singularités structurellement stables (plis, fronces, etc.) ont une existence réelle, indépendante de celui qui les nomme ainsi. ]
Dans mon précédent commentaire j'ai cité Thom :
"Mais très fréquemment, épuisé par l'effort de son ascension dans ces régions arides de l'Être, le métaphysicien s'arrête à mi-hauteur à un centre organisateur partiel, à vocation fonctionnelle. Il produira alors une "idéologie", prégnance efficace, laquelle, en déployant cette fonction, va se multiplier dans les esprits. Dans notre métaphore biologique ce sera précisément cette prolifération incontrôlée qu'est le cancer."
Je verrais bien l'apparition du nominalisme comme le cancer qui a pris son essor au Moyen-âge de l'Occident et arrive actuellement en phase terminale.
Les articles de PhG et Lind cités plus haut datent de 2021 et concernent l'Afghanistan. Pour moi ils sont plus que jamais d'actualité en 2026 (en remplaçant Afghanistan par Iran).
PS. J'ai appris tout récemment que c'est "Cajetan" Thomas de Vio 1469-1534qui a théorisé les analogies d'Aristote et de Thomas d'Aquin. Thom a proposé sa propre théorie. Le philosophe/métaphysicien Bruno Pinchard a fait sa thèse sur le sujet, thèse intitulée 'La raison dédoublée" publiée en bouquin (1991?) postfacé par "La transcendance démembrée" de René Thom. Le dernier a essayé jusqu'à son dernier souffle de convaincre le premier que sa théorie prolongeait bien celle de Cajetan.
https://www.youtube.com/watch?v=dDnm_sIfK2o (Topologie et contagion) (y remplacer "épidémie" par "cancer")
Ma conclusion.
Il y en a pour tous les goûts, les logocrates transcendants bien entendu, mais aussi les topocrates immanents.
Bruno Pinchard termine https://umr8230.cnrs.fr/wp-content/uploads/2020/04/Tdemembree.pdf par :
"Or sachons-le, quelqu’un parmi nous en a médité la nécessité et y a suspendu une forme [forte?] intelligibilité négligée. C’est l’homme de la Transcendance démembrée : à coups d’homéomère
et d’anhoméomère, il a fini par nous restituer le monde topologique, reconduisant la transcendance à son lieu. Aussi Topos sera-t-il le mot de la fin."
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