Vacciner la pseudo-géopolitique

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Vacciner la pseudo-géopolitique

Depuis nos développements des années 2005-2007 à partir de l’incroyable développement de la communication opérationnelle pour construire des simulacres, commençant avec les guerres du Golfe (1990-1991) et du Kosovo (1999), nous tenons l’opérationnalité de la géopolitique au sens le plus large et même le plus scientifique du concept comme étant en complet déclin sinon en état objectif de disparition par absorption par la communication pour servir aux pathologies de la psychologie maniaque. Cela a conduit à notre concept de « l’ère psychopolitique » empiétant de plus en plus puis absorbant/remplaçant la géopolitique à partir de 2005-2007 pour notre perception. Le Glossaire.dde du 12 octobre 2013 tentait de mettre en forme tout cela. Aujourd’hui, il faudrait réactualiser ce Glossaire.dde pour décrire les divers rites et formes des nombreuses funérailles de la géopolitique, à chaque fois qu’une circonstance prétend la ressusciter.

Dans l’article du Wiki (ah la bonne source) sur Sa Majesté ‘Vaccin’, la seule référence que l’on peut envisager comme une référence au reste assez vague à une ‘géopolitique du vaccin’, jusqu’à l’aventure du Covid19, est celle-ci : « La seconde génération de vaccins a été introduite dans les années 1880 par Louis Pasteur qui a développé des vaccins contre le choléra et contre l'anthrax du poulet. À partir de la fin du XIXe siècle, les vaccins étaient considérés comme une question de prestige national et des lois sur la vaccination obligatoire ont été adoptées. »

(Complètement inculte, et entendant chaque jour célébrer Pasteur comme l’inventeur du vaccin, et l’’invention du vaccin’ comme la ‘plus grande date de l’histoire de l’humanité’, – que ne l’a-t-on dit ces dernières semaines, – nous disons notre surprise très humble et ingénue de voir Pasteur classé comme  développeur de la “seconde génération des vaccins”. Sans diminuer une seconde ce que valait l’homme, sa stature aux dimensions de l’Histoire du vrai-intuitif, on nous permettra d’observer que cette description tranche moins net que ‘la plus grande date de l’histoire de l’humanité’ comme on qualifie habituellement l’aventure de Louis Pasteur. [D’autres mauvais esprits vous chuchoteront comme siffle le serpent que l’invention de Pasteur est sans aucun doute l’une des 150 ou 200 uniques ‘plus grande date de l’histoire de l’humanité’, – avec l’imprimerie, le moteur à vapeur, la FakeNews et sa-censure, l’aéroplane, la cybernétique, l’atome, le viseur Norden pour bombarder à notre aise les grandes villes allemandes, le radar, la poudre à canon, l’alphabet, la parole, la respiration, la création de l’univers avant le Big Bang, Dieu Soi-même, l’idée de l’invention de l’idée du jugement de la seule et unique ‘plus grande date de l’histoire de l’humanité’...]. La crise Covid19 exalte bien des lieux communs dits par des personnages de haute volée, alias ‘sachants-connaissants’ très communicationnellement-correct.)

La notion de “prestige national”, qu’on devrait rapprocher de l’‘urgence nationale’ et de la nécessité sanitaire d’une défense collective devant l’épidémie, est fort éloignée des arguments chaudement débattus de ‘souveraineté sanitaire’ et, au-delà, de ‘géopolitique du vaccin’ comme phénomène s’inscrivant normalement dans le grand courant de la géopolitique. En d’autres termes, “prestige national”, qui est une formulation d’un Wiki influencé par les événements d’aujourd’hui pour caractériser les événements d’hier, concerne une réaction sanitaire nullement ou très faiblement politisée, comme c’était le cas hier, alors qu’elle est absolument politisée jusqu’à n’être plus que politique (pseudo-géopolitique), comme c’est le cas aujourd’hui. On peut être dès lors assurés que les ouvrages historique de révision historique, faisant remonter la ‘géopolitique du vaccin’ au XVIème siècle, vont désormais foisonner, puisqu’en toutes choses notre tâche sacrée est de récrire l’histoire au dépens de la métahistoire, pour justifier notre époque présente qui ne cesse de proclamer l’état de ‘morte-et-enterrée’ de la métahistoire.

N’ayant enfin aucune connaissance particulière en matière de vaccins, nous passons à autre chose qui est le constat que mesurer fort justement l’apparition puissante et circonstanciée de la “géopolitique du vaccin” semble ne prouver rien d’autre que la géopolitique, pour encore exister en est conduite à prétendre prendre sous son aile des domaines qui ne sont absolument pas géopolitiques dans l’acception habituelle, et normale autant qu’impérative, du terme. La géopolitique poussée à ce terme, on peut continuer à la nommer “géopolitique” si l’on veut, ou plus justement pseudo-géopolitique, mais le sujet ici considéré (la floraison des vaccins) ressemble plus à une exploitation de communication d’intérêts divers, nationaux évidemment puisque l’argument est ‘porteur’ pour le bon peuple, de situations de désordre considérable, d’affrontements hypertrophiés pour tenter d’étouffer les effets des crises et des incompétences devant les crises ; bref, désordre-communication plus que géopolitique qui est presque une science, demandant des calculs, des appréciations rationnelles, des références historiques, des appréciations des rapports de force.

Le cas à notre avis le plus exemplaire de la disparition en déroute de la géopolitique classique est bien entendu celui de l’américanisme, qui déploie ses forces partout dans le monde. Dans l’un des cas les plus brûlants, qui est celui de l’Iran, on voit que l’encerclement de ce pays par une sorte d'élégant collier de pêrles super-armées, une abondance de bases US conduit le Pentagone à envisager de morceler (!) ses bases de crainte de frappes iraniennes sur ses concentrations de forces. Le rapport de forces, domaine sacré de la géopolitique classique où les USA qui sont les maîtres de la projection de forces dominent absolument l’Iran, bascule en faveur du plus faible du fait d’une communication échevelée qui met en évidence la couardise des plus forts et les paralyse dans des décisions de repli et de morcellement qui les exposent d’ailleurs beaucoup plus. La géopolitique de force est complètement balayée par la communication ; la géopolitique est absorbée, digérée par la puissance de la communication, et on la nomme pseudo-géopolitique pour lui mettre du baume à l'âme. Le cas iranien est exemplaire, mais partout les USA sont exposés à cette paradoxale impuissance de la puissance du fait de la communication.

On ne voit ici, aujourd’hui et en fait de géopolitique, que foire d’empoigne de plus des incompétences appliquées dans ce cas à, la question sanitaire, réduite aux apparences hollywoodiennes et aux contradictions des ignorances ; foire des trahisons d’humeur et de communicants sur les vestiges des simulacres de gloire nationale ; foire des souverainetés risibles et réaffirmée avec une force vocale et incantatoire aussi vaine que son contenu est vide (épisode maniaque classique) ; foire des légitimités réduites aux acquêts de la prostitution de la politique dans la corruption ; enfin foire des vanités et des hybris réduites à la mesure de l’abyssale médiocrité démocratique (‘l’insondable médiocrité blanchisée et racisée’ des démocraties blanches et néoracistes diraient les braves scouts néo-antiracistes). Churchill, anticipant l’état démocratique-postmoderne à la stature de la réductio ad corruptum avait raison lorsqu’il disait fameusement comme chacun ne s’en souvient pas : “La démocratie est le pire de tous les régime parce que, n’importe quel autre comme tous les autres sont meilleurs”. Sans doute plaisantait-il, car c’est bien là le propre de Churchill ; homme d’un autre temps non adoubé par la vertu wokeniste et déjà l’objet du type cancel-to-woke, – et les censeurs n’auront certainement pas l’humanité d’en tenir compte car ils n’ont pas de temps à perdre.

Quoi qu’il en soit, et cela considéré pour ce qu’il reste de la géopolitique classique devenue pseudo-géopolitique du fait de l’insondable médiocrité des acteurs, nous présentons ici un texte sur la « géopolitique des vaccins », qui met avec talent en évidence les manœuvres diverses autour de la floraison spontanée d’autant de vaccins qu’il y a d’influences concurrentes. Karine Béchet-Golovko en fait une analyse qui s’inspire effectivement d’une logique géopolitique mais qui restitue essentiellement les oppositions de communication et des différents effets de l’épisode maniaque caractérisant ce qu’on a coutume de nommer encore “politique” ou “relations internationales”, ces effets qui naissent de l’amoncellement de narrative et des hoquets de l’hystérisation maniaque dominante. L’exemple le plus couru et le plus “tendance” de ces agitations à la fois pathologiques et psychologique est l’absurde antirussisme, posture largement éprouvée depuis des décennies et sans cesse en hystérisation grandissante, et qui donne tous ses effets furieux et pleins d’anathèmes, autour, ou plutôt contre le vaccin russe, essentiellement dans les pays du bloc-BAO où l’hystérisation maniaque règne sans partage.

Le texte de Karine Béchet-Golovko, est sur RT-français, du 25 décembre 2020.

dedefensa.org

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La géopolitique du vaccin

Pour Karine Béchet-Golovko, professeur invité à l’Université d’Etat de Moscou, la concurrence dans le développement des vaccins contre le Covid-19 ainsi que les commandes de vaccins par les gouvernements recoupent les clivages géopolitiques actuels.

Si le développement massif des vaccins au XXe siècle a permis de faire reculer des virus particulièrement mortels, comme ceux de la peste ou de la variole, si la vaccination est depuis banalisée et accompagne notre vie, ainsi allongée, de la maternité à la maison de retraite, ce que l’on observe autour de la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus n’a rien de comparable, comme tout ce qui accompagne ce virus. En effet, dès qu’il a pris toute son ampleur politique, les laboratoires et les puissances se sont lancés dans une course effrénée et la top liste des cinq premiers vaccins s’est constituée autour de AstraZeneca/Oxford, Novavax, Sanofi/GSK, de Gamaleya et de Pfizer-BioNTech.

Cette concurrence, sans règle ni loi, a finalement retracé les contours géopolitiques de notre monde : le clan Atlantiste focalisé autour de l’alliance américano-germanique des groupes Pfizer-BioNTech, qui utilise dans son vaccin la technologie de l’ARN messager et est diffusé dans les pays satellites (Union Européenne, Japon, Grande-Bretagne ...) ; la Russie, qui a enregistré le premier des vaccins, Spoutnik V, mis au point par le centre Gamaleya. C’est alors que la communication s’est dirigée contre lui, présenté comme inefficace après avoir été déclaré du bout des lèvres comme un fake.

Il est surprenant de voir avec quelle hargne les médias mainstream et leurs «experts» ont immédiatement dénigré ce qui potentiellement était pourtant un moyen de réguler la gravité montrée comme exceptionnelle du nouveau virus-roi du storytelling. Quelle place y a-t-il pour les intrigues politico-commerciales si la santé publique de rien moins que l’humanité toute entière, comme l’on ne cesse de nous le répéter dans toutes les langues et sur tous les tons, est en jeu ? Rappelons comment les Etats-Unis et l’URSS ont collaboré ensemble dans le cadre de l’OMS pendant des années pour lutter contre le virus de la variole, dont le danger pour l’humanité était réel – 300 millions de personnes en sont mortes rien qu’au XXe siècle.

Rien de tel aujourd’hui avec le coronavirus, la proposition de collaboration faite par la Russie a été immédiatement rejetée, ce qui soulève beaucoup de questions. En effet, soit le virus est réellement dangereux, mais cyniquement les intérêts politico-commerciaux sont plus importants que la vie des gens ; soit le coronavirus est un virus parmi d’autres, et ce qui se développe autour de lui n’a que peu de rapport avec les enjeux de santé publique.

Le vaccin contre le Covid est donc bien devenu un instrument de puissance. Dans ce contexte, puisque la Russie se revendique comme pays souverain, elle ne pouvait se permettre de dépendre d’un vaccin étranger et ainsi faire allégeance. Sur le plan sanitaire, chaque pays doit pouvoir être autonome pour soigner sa population et maîtriser la composition des substances qui sont administrées. Les nombreuses réactions allergiques suite à l’injection du vaccin Pfizer-BioNTech en Occident rappellent l’importance de la souveraineté sanitaire des pays. De son côté, la Russie va pouvoir exporter son vaccin, notamment au Brésil, en Biélorussie, etc. la carte des alliances géopolitiques correspond bien à la carte de la provenance des vaccins.

Si le vaccin est devenu un enjeu géopolitique, ce qui est compréhensible dans un contexte international en pleine crise, il a également pris une dimension idéologique, ce qui est particulièrement regrettable. Car, lorsqu’un vaccin ou un traitement devient un élément de régulation sociale, c’est-à-dire contribue à l’organisation des rapports sociaux et de la détermination des droits et des libertés, il perd sa neutralité sanitaire et scientifique pour prendre une ampleur idéologique. Idéologique, dans la mesure où il contribue à la mise en place de la vision d’un monde et d’un homme précis dans ce monde.

C’est exactement de ce que l’on voit apparaître avec le projet de loi déposé en France par le Premier ministre Jean Castex sur la pérennisation du régime de gestion des urgences sanitaires. La formulation est surprenante, car soit il y a une urgence (et par définition elle ne peut être pérenne) qu'il est possible temporairement de traiter de manière exceptionnelle et proportionnée, soit il n'y a pas d'urgence et rien ne justifie la normalisation d'un régime d'exception. Puisque l’argument politique soutenant ces mesures exceptionnelles était que le coronavirus est un virus exceptionnel, pas comme les autres. Alors pourquoi chercher à appliquer un régime spécial et temporaire mis en place pour «un virus pas comme les autres» justement aux autres... car l’intérêt de l'argument sanitaire pour restreindre les libertés est qu'il y aura toujours un virus, donc toujours un fondement, si volonté il y a, pour recourir à l’urgence. La dimension idéologique perce dans ce projet par la vision de la société qui en est induite : les individus «sains» sont libres, car soumis, puisque la présomption de contamination oblige à présenter un document attestant du contraire. Ainsi, pour pouvoir circuler, travailler, c’est-à-dire être un citoyen à part entière pouvant utiliser les droits et libertés qui lui sont octroyés dès la naissance, il peut être demandé, selon la volonté toute puissante du Gouvernement, de fournir la preuve de sa bonne santé par un test, par le suivi d’un traitement ou par la vaccination. Se soigner, se faire vacciner, n’est plus un droit, mais une obligation déterminée par le gouvernement dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, au nom de ce qui n’est rien d’autre qu’une dictature sanitaire. Car, sans montrer une patte désinfectée, l’accès aux transports, l'exercice d'une activité professionnelle, bref les activités de la vie sociale, peuvent être limités. Dans le cas contraire, tant que la présomption n’a pas été renversée, l’isolement social est envisageable.

En ce sens, le vaccin, en l’occurrence celui contre le coronavirus aujourd’hui, mais tout autre à l’avenir, devient un élément de régulation sociale. Formellement, il n’est pas obligatoire. Mais si vous ne voulez pas être un paria, vous devez vous soumettre. Vous avez le choix, entre la soumission ou l’isolement.

Cette dérive, présente en France, mais également dans les pays, comme Israël, qui mettent en place ce qui en Novlangue est appelé un «passeport sanitaire», autrement dit un document donnant le droit à une vie sociale, ouvre la voie à tous les excès liberticides que l’on a connus, principalement, lors des périodes d’occupation. Et le parallèle, aussi choquant soit-il, prend en fait tout sont sens, car la France, l’Europe, l’Occident qui se revendiquent de l’idéologie libérale, mettent en place un arsenal législatif, légalisant des pratiques déjà existantes, absolument incompatible avec le libéralisme. Si la France ne revient pas vers sa culture libérale, respectant les libertés individuelles, la liberté d’entreprendre, acceptant la possibilité de restrictions proportionnelles au danger réel collectif, soit elle renonce à ses fondements idéologiques, soit elle est idéologiquement occupée. La Russie, qui s’est tournée toute entière vers le libéralisme à la chute des années 90, a plus de réticence à rendre le vaccin – formellement – obligatoire, la dimension commerciale rejoint ici la dimension idéologique : la Russie cherche toujours ce libéralisme, mythe pour lequel elle a détruit l’URSS et renoncé avec excès au socialisme, un libéralisme qui in fine n’existe plus et n’a peut-être jamais existé ailleurs que dans la propagande exportée, avec succès, vers l’est. Sa réticence est, en tout cas, très saine, car quel serait l’intérêt de défendre sa souveraineté, si cela revenait à faire de ses propres mains (avec son propre vaccin) ce que le clan globaliste atlantiste n’arrive pas à faire de l’extérieur ?

Karine Béchet-Golovko