Une destitution Rock’n Roll

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Une destitution Rock’n Roll

Le cas de la mise en accusation et de la destitution du président Trump est devenu un paroxysme-structuré de la crise américaniste de “D.C.-la-folle” en cours de croisière accélérée et en aggravation constante depuis les présidentielles USA-2016. Au départ de la réflexion, on pourrait croire à un épisode compréhensible rationnellement, tel qu’il est résumé, selon ses avatars éditoriaux par rapport à ses lecteurs, de la sorte par James Howard Kunstler : « Beaucoup de lecteurs (dont certains sont désormais d'anciens lecteurs) m’ont violemment malmené par courriel pour avoir suivi avec attention l’effort de ces trois dernières années de “La Résistance” pour délégitimer les élections de 2016. Je n'ai pas voté pour M. Trump (ou Mme Clinton), mais je n'apprécie pas le coup d’État tramé pour le renverser. »

Au départ seulement...

Certes, il n’en est plus rien, il n’y a plus rien du tout d’un “épisode compréhensible rationnellement”. La mise en accusation décidée par les démocrates de la Chambre a donné une structure institutionnelle à cette formidable entreprise de déstructuration marquée par l’irrationalité d’une haine hystérique sans aucune mesure et appuyée sur un délire idéologique de même facture. Ainsi peut-on dire, d’une manière différente mais significative et dans tours les cas paradoxale parce que totalement dans l’inversion, que, parvenue à ce stade de l’institutionnalisation qui est effectivement un développement de structuration incontestable, cette crise de la déstructuration absolue du pouvoir américaniste est entrée dans une phase de structuration explosive, en atteignant sa séquence paroxystique.

Il s’agit d’un cas qui restera d’école et archétypique du caractère fondamental de la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES) : l’inversion imposant une structure institutionnelle à une crise qui est celle de la déstructuration absolue, pour faciliter décisivement l'explosion de toutes ses structures.

Nous sommes entrés dans une séquence de dynamique de déstructuration maximale, dans le cadre d’une structuration qui est comme une prison empêchant les promoteurs et acteurs de la chose de sortir de cette dynamique, encore moins de la stopper. On ajoute à cette situation déjà admirable d’inversion le fait que l’objet de tout cette agitation compulsive et sans le moindre frein possible du fait de l’excitation exacerbée des psychologies n’est rien de moins que le pouvoir de l’américanisme, la forme même, – comme une essence (simulacre d’essence) de l’inversion, – du bras armé du Système, car ce pouvoir de l’américanisme est effectivement ce qui fait que le Système peut opérationnaliser sa puissance.

Tout cela s’est mis en place et a enclenché les mouvements dynamiques à une exceptionnelle vitesse. Comme il n’y a pas de porte de sortie puisque les deux parties s’affrontant sont également des entités de blocages, criblées de corruptions diverses et dont le but général n’est pas d’abattre le Système mais de rester dans son cadre, donc de rester dans la prison, la scène du type hyper-“tourbillon crisique” est devenue un manège fou, une hyper-tragédiebouffe (en un mot-composé pour cette fois) dont le caractère immensément tragique est pourtant constamment dépassé par le caractère bouffe : ils ont beau faire, ils ne parviennent pas eux-mêmes à se faire prendre au tragique par eux-mêmes, ce qui les prive de toute grandeur et de ces traits de lumière de l’esprit qui parviennent parfois à trancher le nœud gordien de la folie de l’histoire lorsqu’elle se réduit à la seule folie des hommes (et des femmes, corrigent les LGTBQistes). Dans ce tourbillon crisique tournant comme un manège, parce qu’il est par sa nature le maître du désordre, Trump se révèle toujours plus et ne cesse de s’affirmer comme un acteur-créateur direct ou indirect de désordre d’une exceptionnelle “productivité”. On sent qu’il est à cet égard l’essence même, à très haut degré d’octane, du capitalisme-blingbling dans toutes ses défécations en plaqué-or.

Ainsi peut-on parler d’une “destitution rock’n’roll”. J’emploie cette expression très “tendance” (“dans le vent”, disait-on in illo tempore) à dessein, dans un but d’inversion vertueuse ; cette expression postmoderne relevant de la technique de communication également postmoderne d’endoctrinement par l’entertainment, les automatismes de mode, la “philosophie” pavlovienne de l’optimisme et l’emprisonnement du langage prisonnier du rythme obsédant et répétitif, comme moyen dialectique d’inversion vertueuse dans le but de réduction à la dérision et de reductio ad absurdum de l’objet considéré, – désigné comme le serait une tragédie du XVIIème siècle devenue tragédiebouffe du XXIème siècle, – j’ai nommé “La destitution du président Donald Trump”.

C’est dire enfin que les avis, les perspectives et les prospectives ; les jugements à terme de 24 heures ou 48 heures, sinon les jugements immédiats, pour l’heure courante ; les évaluations, les certitudes de l’instant désintégrées l’instant d’après, ne cessent de se succéder dans une sarabande infernale, c’est-à-dire infernale-bouffe. Le Diable qui ne cesse d’“en rire encore” selon l’expression consacrée, a-t-il trouvé son maître en présidant d’une façon aussi ostentatoire, lui-même naturellement, à ce désordre qui devient un objet de dérision de lui-même ? Bonne question.

Pour conclure cette vaticination autour du destin de cette étrange affaire si illustrative de notre “étrange époque”, l’auteur s’autorisera au risque de se répéter à réaffirmer et à confirmer la sottise sans fin ni bornes, ni limites, ni rien du tout, de l’intelligentsia si-intelligente des élites parisiennes, constamment nourries au petit lait sucré de l’américanisme ; pour redire et redire encore une fois qu’elles ne voient rien, “absolumentissimement” rien de tout cela. (Pour l’occasion, pour saluer l’abyssal colosse de Rien qu’est cette sottise parisienne, je me suis permis fabriquer de bric et de broc un néologisme à la manière de l’“abracadabrantesque” de Rimbaud-Chirac.)