T.C.-96 : Transmutation opérationnelle de la GCES

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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T.C.-96 : Transmutation opérationnelle de la GCES

29 janvier 2021 – On peut actuellement observer une affirmation éblouissante de puissance de la trajectoire et de la structure des deux grandes crises qu’on a déjà identifiées comme formant les deux composants essentiels de ce que nous avons baptisé Grande Crise de l’Effondrement  du Système (GCES). Il s’agit bien entendu de la crise de la Covid dont le territoire d’activité est global mais dont le centre crisique est dans le cadre de l’UE d’une part ; de la crise du système de l’américanisme, dont le territoire d’activité est d’abord les USA, mais à résonnance et à implication globales, d’autre part. Les deux parviennent à une nouvelle étape de leur maturation.

La crise de la Covid est désormais entrée dans une phase où apparaît concevable la possibilité de sa non-finitude dans les conditions actuelles de son traitement, et alors que le Système s’est décisivement ancré à cette forme de traitement dès l’origine. Il s’agit de la réalisation paradoxale et suggérée ici et là, alors qu’est apparu le vaccin (les vaccins) que l’on jugeait être la clef de la ‘sortie de crise’, qu’il est désormais possible qu’il n’y ait pas de ‘sortie de crise’ dans ces conditions imposées par le Système :

« C’est une idée qui est apparue à mon attention depuis quelques jours, comme je l’ai signalé il y a peu :
» “D’où l’énigme de ce qu’on nomme chez les ‘experts’ la ’sortie de crise’ : quand aura-t-elle lieu, comment aura-t-elle lieu, – aura-t-elle seulement lieu, d’ailleurs ?” »

On voit bien comment la crise de la Covid est complètement intégrée, désormais, dans la crise du Système ; qu’elle est donc désormais, je dirais ‘officiellement’ et à ciel ouvert, effectivement ce qu’on qualifierait d’une façon formelle comme un ‘partenaire institutionnalisé’ de la Crise d’Effondrement du Système, et donc ‘composant institutionnel’ de cette GCES.

Les signes à cet égard ne manquent pas. Le principal “du jour” est l’introduction triomphante, ultra-rapide, d’une myriade de vaccins, suivie de désappointements divers : ultra-lenteur dans la diffusion des vaccins, délais non tenus ; enfin, résultats incertains sinon improbables, jusqu’à de franches déceptions. Il faut avoir à l’esprit que le vaccin est, en Europe, le dernier et suprême argument-barrière pour une ‘sortie de crise’ ; et voilà qu’il n’a prouvé jusqu’ici qu’une chose : que les Britanniques, qui vaccinent à tout-va et défendent leur production, ont bien eu raison de quitter l’UE, tandis que la Commission Européenne a déployé toute son exceptionnelle capacité d’irresponsabilité et d’incompétence dans la façon de traiter ses commandes.

(Autant pour ceux qui se précipitaient pour enfin applaudir “l’Europe, l’Europe !”, au motif que le poids du bloc-UE avait permis d’être servi en priorité dans les commandes de vaccin ; le Diable en rit encore tandis que l’UE retombe dans son marécage d’une réputation d’une bureaucratie, non seulement sans âme mais sans force et dont tout le monde se gausse en la détroussant...)

Le dépit aussitôt survenu du fait de la perception de cette reculade vaccinale, – que ce dépit soit vraiment justifié ou pas nous importe peu, seul compte l’effet, – se traduit par un surgissement d’incivisme jusqu’à la contestation barbare (Hollande, Danemark, Allemagne, France, Italie, UK). En même temps s’installe une nouvelle tension extraordinaire de force, – une surtension électrique, dirait-on, – entre les élites-zombies (sanitaires) et le public, et également à l’intérieur du Système, entre castes et factions impliquées dans la crise-Covid. Les reconfinements généralisés se décident sur un fond de désespoir et de colère, et d’une remarquable Très-Grande Trouille dans les directionsSystème, quand il y en a (cas de l’Italie, où le gouvernement prend ses vacances).

La crise-Covid est donc à un tournant puisque se dessine désormais de façon claire la possibilité d’imaginer une alternative terrifiante : continuer à vivre (?) sans fin dans de si affreuses conditions, ou déclencher une explosion qui touche au cœur du Système. Plus que jamais, la pseudo-‘crise sanitaire’ est politisée à 150%, elle déferle pour apparaître pour ce qu’elle est : une des deux poutres-maîtresses de la GCES. C’est l’Europe, cet acteur fondamental du bloc-BAO qui vit sur l’illusion d’être la réalisation d’une ‘grande Idée’ historique, qui est particulièrement touchée et toute entière emportée par cette crise ; cela se passe sous le regard ironique et énigmatique de Poutine,  qui vient d’absorber son Navalny saisonnier et qui se trouve sans vraiment s’en soucier, proche de sa dose, également saisonnière, de sanctions de l’UE. A côté de ce spectacle, La Nef des Fous originelle fait figure de brochure d’entracte qu’on froisse et jette une fois le spectacle commencé.

Aux USA, où la Covid fait des ravages, la démence a atteint un tel degré qu’on ne se soucie plus guère des milliers de morts et de la détresse sanitaire et hospitalière ajoutée à la pauvreté de l’effondrement économique. Les clowns de ‘D.C.-la-folle’ tiennent le haut du pavé et le devant de la scène, conduit par un personnage extraordinairement ordinaire, bouffon vieillissant, toussant, chevrotant, bégayant et signant les décrets sans y rien comprendre, aux marches de ses 80 ans ; et quelques médiocrités bombastiques, devenus agitatrices révolutionnaires à partir de leurs positions de directions des deux Chambres du solennel Congrès des Etats-Unis d’Amérique : Chuck Schumer, 71 ans, et surtout Nancy Pelosi, 81 ans. La jeunesse révolutionnaires emporte tout sur son passage, comme un Mai68 réincarné pour le XXIème siècle !

L’arrivée de Ol’White Joe paré on ne sait selon quelles références (qui a vraiment mesuré l’envergure de cet affairiste de la politique ?) d’une sorte de sagesse de Grand Manitou, était donc censée apporter un rétablissement de l’ordre et de la puissance dans la Grande République. Quelques imbéciles médiatiques parisiens lui trouvaient même des racines françaises, avec son deuxième nom de ‘Robinet’ ; Macron, l’homme des ‘coups’, a d’ailleurs réussi le coup formidable d’être le premier chef d’État étranger à qui Joe a passé un coup de fil, comme un boxeur amateur satisfait d’en prendre un en pleine poire... Ce n’est pas seulement de la dérision, c’est notre-démence ordinaire.

Pour faire bref, disons que l’entrée en fonction de Biden qui devait tout apaiser en envoyant Trump aux toilettes de l’histoire sans majuscules, a constitué un formidable coup d’accélérateur du désordre mis en place par les quatre années de The-Donald, le “cocktail-Molotov humain”. Rien de moins, beaucoup, beaucoup plus... La façon dont les démocrates développent une sorte d’ordre-bordélique bolchévico-maoïste mâtiné d’anarchie désordonnée et hollywoodienne, qui est d’ailleurs essentiellement communicationnel et suffit largement à bouleverser les psychologies, est absolument stupéfiante. La presseSystème suit, ou plutôt précède : voyez Joe Scarborough, de ‘Morning Joe’ et vedette de MSNBC, complètement dément, entre ayatollah et Goebbels-sur-stéroïdes, au point où l’on se demande s’il ne joue pas un sketch sur ‘la démence de Joe Scarborough’... Ah ah, Société du Spectacle...

Pendant ce temps, on l’a assez dit, se mettent en place les conditions où certains États de l’Union pourraient trouver plus sain et plus productif d’envisager un éloignement du ‘centre’ jusqu’à faire parler de sécession. On sait que le Texas est en première ligne dans cette occurrence, tandis que les innombrables soubresauts de la ‘politique’ révolutionnaire des démocrates, en alimentant et approfondissant la crise du pouvoir washingtonien, a donné aux gouverneurs des États une autorité et une légitimité qu’ils n’ont sans doute jamais connues dans le cadre de l’Union. Ainsi peut-on compléter le champ de ruines que sont devenues les structures de ce gouvernement que Germaine de Staël définissait en 1816 comme « un gouvernement aussi parfait que la raison humaine peut le concevoir ».

(...A condition, cela, que soit réglée la question de l’esclavage. Eh bien, tout se passe comme si rien ne s’était passé en 1863 avec l’Emancipation Act de Lincoln, – ou bien Germaine s’était-elle trompée par affection pour Jefferson puisque ‘Black Lives Matter’ aujourd’hui plus que jamais, notamment grâce aux subventions constantes de George Soros... De fait, personne, aucun personnage historique veux-je dire, n’avait prévu la grandeur et la force du côté bouffe de la tragédie-bouffe que nous montent les USA pour rendre présentable leur suicide.)

Ce que nous avons déroulé, c’est le spectacle de la Grande Crise en cours, la crise du système de l’américanisme en étant la deuxième poutre-maîtresse au côté de la crise-Covid. Tout le reste subsiste, bien entendu, la Russie et la Chine, avec les mauvaises querelles qu’on leur cherche, l’OTAN qui fait du yoga et du sur-place en proclamant son extrême utilité nécessaire, les différentes crises du Moyen-Orient, la question de l’Iran et ainsi de suite. Qui plus est, l’on sait que Biden a formé une équipe, conformément aux consignes que lui susurrerait éventuellement Obama, peuplée des créatures les plus dures de l’équipe Obama, qui fait que l’on parle d’une sorte d’administration Obama-3, que ce serait en plus et selon notre appréciation du va-t-en-guerre potentiel de première intensité.

Mais “tout le reste”, aussi bien que cet “Obama-3 [...] va-t-en-guerre potentiel de première intensité”, ne sont que des considérations accessoires, des accident collatéraux de la Grande Crise bouillonnant en son cœur. Peut-être l’un ou l’autre de ces “accidents collatéraux” fournirait-il une voie de dégagement pour que la Grande Crise trouve enfin le terrain de son explosion finale ; qu’importe même si cela importerait fort en cas de réalisation, l’essentiel reste ce cœur bouillonnant de la Grande Crise, entre les deux axes du bloc-BAO, représentatifs de la civilisation maîtresse du monde comme de la modernité elle-même, et enfin du Système comme clef de voute de l’architecture dantesque et maléfique que nous voyons se dévorer elle-même. La Grande Crise pourrait avoir une ‘aide’ extérieure, un exutoire disons, mais cela n’est nullement nécessaire. Partie comme elle est jusqu’à la finalité de l’effondrement, elle se suffit largement à elle-même ; qui plus est, on apprécie combien son rythme est puissant, extrêmement rapide, extrêmement divers jusqu’à l’imprévisibilité totale (comme on dit “obscurité totale”) comme marque de sa production.

Il en faudrait assez peu pour que nous atteignions le palier crisique et critique d’une désintégration par délitement, épuisement, persistance absolument surhumaine dans l’erreur, voire jemenfoutisme postmoderne et jusqu’auboutisme du type-hybris, jusqu’à nous offrir une sorte d’explosion-lente équivalente à une super-méga-URSS, une URSS dans sa phase gorbatchévienne d’effondrement multipliée par dix.

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