Syrie : Kofi Annan entre en scène

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Les Russes n’ont pas été les derniers, tant s’en faut, à saluer la nomination de l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan comme envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue Arabe en Syrie. Un des parlementaires de la Douma russe, président de la commission des affaires étrangères, Alexei Pouchkov, a répercuté ce message de satisfaction de la direction russe dans une conférence de presse (voir Itar-TASS, le 24 février 2012). Il l’a fait en plaçant cette nomination en complet contraste avec le montage du bloc BAO des Friends Of Syria (FOS).

«Russia supports the former UN chief Kofi Annan as the joint United Nations-Arab League envoy for Syrian crisis, the head of the State Duma international affairs committee, Alexei Pushkov, told a news conference on Friday. […] “Moscow supports Kofi Annan,” he said. “The world community is the United Nations and not the so-called Friends of Syria who seek intervention. The U.N. tries to coordinate states’ positions.”»

Le communiqué annonçant la nomination d’Annan est conjointement signé par l’ONU et la Ligue Arabe, ce qui représente, cette conjonction des deux, un fait intéressant. Annan dispose d’un mandat très large, lui permettant une action diplomatique importante : «The Special Envoy will provide good offices aimed at bringing an end to all violence and human rights violations, and promoting a peaceful solution to the Syrian crisis. He will consult broadly and engage with all relevant interlocutors within and outside Syria in order to end the violence and the humanitarian crisis, and facilitate a peaceful Syrian-led and inclusive political solution that meets the democratic aspirations of the Syrian people.»

La nouvelle a également été saluée par un commentateur avisé, M K Bhadrakumar, le 24 février 2012, comme un “rayon de lumière dans un horizon particulièrement sombre” : «The choice of Kofi Annan, former United Nations Secretary-General, to spearhead the search for dialogue in the Syrian crisis comes as silver lining on a dark horizon. Interestingly, this is a common choice made by the UN and the Arab League. Annan will be assisted by an ‘Arab deputy’. […] Annan brings to bear on the Syrian crisis vast experience in conflict management. He knows what bloodbath can happen in a civil war where the UN failed — Rwanda. More important, he also knows the horrific consequences of unilateralist foreign military interventions — marked his distance from the US invasion of Iraq.»

Effectivement, Annan est une personnalité intéressante. Nommé en 1998 contre Boutros Boutros Ghali dont Washington voulait se débarrasser, Annan s’est révélé complètement indépendant des USA, – contrairement aux certitudes américanistes à cet égard, comme d’habitude marquées du sceau faussaire de l’indéfectibilité des psychologies-Système impliquées. Cet homme respectable et respecté, qui n’a jamais perdu la sagesse de ses origines, a été un formidable secrétaire général de l’ONU (de notre point de vue hostile au Système), et un adversaire de facto des entreprises américanistes. Sa nomination est une bonne nouvelle et une surprise d’une certaine façon, sauf si l’in prend en compte les extraordinaires limitations et aveuglements du bloc BAO, USA en tête. Plusieurs points peuvent alors être mis en évidence.

• La nomination d’Annan a été obtenue “par surprise” par rapport au bloc BAO ou, disons, par “inattention” de celui-ci. Les USA et leur bloc sont pour l’instant totalement concentrés sur la foire du groupe FOS, par lequel ils espèrent installer une légitimité de l’intervention en, Syrie. Dans ce cas, la diplomatie US abandonne tous les autres aspects du problème, puisque l’esprit de la chose (la susdite diplomatie) n’est capable de se concentrer que sur un seul aspect d’un problème à la fois. La Russie, qui a beaucoup travaille pour faire nommer Annan, avait donc les mains libres, et elle a su orienter dans sa démarche la bureaucratie de l’ONU, qui voit dans l'initiative un moyen de retrouver un peu de son autorité marginalisée dans l’affaire syrienne. Le prestige d’Annan fait l’affaire. La vraie “surprise”, c’est bien sûr la participation de la Ligue Arabe dans la nomination, ce qui montre que nombre de pays arabes jouent une diplomatie du “deux fers au feu” : la politique dure du bloc BAO et du groupe FOS, et une autre diplomatie plus arrangeante et plus médiatrice, d’inspiration russe. (Il est intéressant de noter que, dans le même article qui salue la nomination d'Annan, M K Bhadrakumar signale que des remous internes en Turquie tendraient à rendre le gouvernement Erdogan de plus en plus prudent à l’égard d’une intervention étrangère en Syrie. Ces remous signalent une opposition politique grandissante à cette idée, dont on se demande ce qu’elle vient faire dans la politique turque de ces deux ou trois dernières années.)

• On ne dit évidemment pas que la nomination d’Annan est une solution ou un renversement décisif de situation, bien loin de là. C’est plutôt un élément de plus dans le désordre syrien, et un élément puissant contre les projets du bloc BAO. Si Annan joue le jeu, – et son acceptation signifierait qu’il entend le faire, – sa voix respectée et puissante constituera un élément important qui a toutes les chances de constituer un obstacle non négligeable sur la route des projets du bloc BAO. On dit effectivement que Kofi Annan, qui suit toujours les affaires internationales, serait singulièrement choqué de la façon dont l’ONU a été marginalisée par l’initiative grotesque des “amis de la Syrie”, et combien il voudrait contrecarrer cette situation. Annan a de bonnes relations avec nombre de pays arabes, y compris avec les dirigeants saoudiens, ce qui ajoute un élément intéressant dans le désordre… “Désordre” qui, pour l’instant, ne peut être qu’une bonne chose, face à l’“ordre” que voudrait instaurer le bloc BAO, on comprend dans quel sens, pour quel dessein et pour quel résultat au bout du compte, – un désordre bien pire que l’actuel “désordre”, comme toujours dans cette sorte de “politique” d’un interventionnisme désormais complètement nihiliste.


Mis en ligne le 25 février 2012 à 09H24