SWIFT et pétrole : la crise iranienne devenant “crise haute”

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Deux mesures précisées hier et entrées dans une phase décisive devraient contribuer puissamment à poursuivre la transformation de la crise iranienne dans ce que nous nommons la “crise haute” (voir le 3 février 2012). Ces deux mesures concernent l’embargo pétrolier, ou “contre-embargo préventif“ de l’Iran contre l’UE, et l’expulsion des banques et établissements financiers iraniens du réseau international de transferts bancaire SWIFT.

• Dans le premier cas, PressTV.com annonce, le 15 février 2012, que l’Iran interrompt ses livraisons de pétrole à six pays de l’UE (l’Espagne, la France, la Grèce, la Hollande, l’Italie et le Portugal). On trouve, dans ces six pays, les quatre les plus économiquement affaiblis (Espagne, Grèce, Italie, Portugal) et certains très dépendants du pétrole iranien, et deux des pays les plus en pointe dans l’imposition de l’embargo européen sur le pétrole iranien. La mesure iranienne est accompagnée de l’annonce que le pétrole iranien continuera à être livré aux pays européens qui garantissent leur paiement selon des contrats à long terme, – exigence qui impliquerait un renoncement à l’embargo européen contre le pétrole iranien. (Le flou accompagne largement ces diverses mesures, concernant le fait même de leur opérationnalité autant que, pour aller à un cas plus spécifique, concernant l’accueil fait par l’Iran à des demandes secrètes de certains pays est européens. Reste acquis l'impact psychologique et politique des perspectives ouvertes par ces mesures.)

• Dans le second cas, il s’agit de l’annonce que les USA et l’UE travaillent à l’exclusion des établissements bancaires iraniens du réseau SWIFT, réseau international de transactions bancaires établi en Belgique et regroupant plus de 10.000 établissements bancaires de 210 opays. Cette mesure sera imposée à SWIFT par une régulation de l’UE, laquelle poursuit et complète des pressions US dans ce sens, selon notamment le Wall Street Journal

«[A]formal ruling by EU financial regulators on SWIFT is expected by late February or early March, and the SWIFT's board is expected to comply. “Yes, [it's a] done deal… [It] should be explicitly confirmed by the end of February, or early March,” said a European official. Earlier this month, SWIFT released a statement saying, “We are working with US and EU authorities…to find the right multilateral legal framework which will enable SWIFT to address the issues.”»

Un auteur US, Charles Gray, s’attachant au seul aspect US de la question (une loi préparée par le Sénat) d’ores et déjà largement réglée par la décision européenne, explique comment cette décision va déstructurer le système financier international de transaction, essentiellement aux dépens de l'efficacité et de la rapidité du système financier global sur lequel repose le système liberal, et le Système en général… En d'autres mots, le but de la “déglobalisation” (ou, plus improprement, “démondialisation”) recherché par des hommes politiques tels que que Arnaud Montebourg, ne nécessite aucune politique particulière ; il suffit de laisser faire le Système. (Charles Gray, le 15 février 2012, pour Global Times.)

«A bill recently prepared by the US Senate that intends to force the Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT) to expel Iranian banks and financial institutions from the organization has dramatically expanded already unprecedented moves to isolate the Iranian regime. While the US hopes that expanded sanctions will force Iran to abandon its suspected nuclear ambitions, the ultimate outcome of this move may be more damaging to the global economic order than the US expects… […]

»However, by blocking Iranian access to SWIFT, the US will drastically widen the scope of these sanctions, not simply in Iran, but all over the world. Nations that do not agree with the US position or sanctions will find this move making it difficult or impossible for their own businesses to effectively deal with Iran.

»In effect, if this becomes reality, the economic and foreign policy of nearly every nation on the planet may find itself hijacked by US demands. For many nations, this will appear to be an intolerable infringement upon their sovereignty. The most important long-term consequence of these sanctions may be the damage done to the international banking system. SWIFT provides a vital service, essentially serving as the circulatory system for international banking and financial systems. […]

»If SWIFT is used against Iran today, there is nothing to prevent it from being used against other nations tomorrow. Certainly, there are those in the US Congress who would not mind striking at Cuba's or Venezuela's banking systems via SWIFT. This keystone of international commerce could find itself pushed this way and that, as nation after nation attempts to force it to support their own political campaigns and sanctions.

»For private companies, the specter of suddenly finding themselves unable to do business or retrieve savings and investments in other nations, should the political wind blow against them, would certainly result in increased financial uncertainty. The ultimate outcome might be a complete fragmentation of the international financial order, as nations develop their own replacements for SWIFT.

»This would make the smooth conduct of international business vastly more difficult and expensive to carry out, and would create yet another drag on an already weak world economy. It would also create a powerful disincentive for businesses or banks to take part in multi-national financial ventures, drastically reducing the capital available for investment or development.

»This unilateral decision by the US creates a dangerous precedent, not simply for Iran, but for any nation that depends on international commerce. Ironically, it is the US that potentially has the most to lose from the fragmentation of the SWIFT network, which makes this move by Congress all the more foolish. Yet US politicians continue to push the idea, oblivious to the threat their actions are posing, not simply to Iran, but to the entire world…»

Ces diverses mesures et leur incontestable aspect transnational et globalisé selon les structures opérationnelles mêmes imposées par le Système, confirment la rapidité de la transformation de la crise iranienne, qui devient de plus en plus tributaire de guillemets (“crise iranienne”), en une crise générale qui embrase le Système dans son ensemble et tend à se transformer en ce que nous nommons crise haute. Nous donnions, le 3 février 2012, une définition opérationnelle de ce concept de “crise haute” ; bien sûr, les derniers évènements mentionnés ici constituent des réalités opérationnelles nouvelles dans le sens du processus que nous mentionnons, avec leurs conséquences attendues et surtout inattendues (dans le sens de non recherchées, mais néanmoins prévisibles et dans tous les cas inéluctables).

«Dans la nouvelle dimension qu’elle a acquise depuis novembre dernier […] , la crise iranienne s’impose désormais comme un contrepoids puissant et inattendu à la démarche négationniste. Elle tend systématiquement à s’intégrer dans la crise générale du Système, par les multiples ramifications qu’elle lance, par les multiples domaines qu’elle embrasse ; elle a un effet direct sur la crise des relations israélo-américanistes et sur la crise générale du Moyen-Orient, sur la crise intérieure du pouvoir aux USA, avec la position particulière de Ron Paul sur la question et l’écho qu’il en reçoit, sur la crise européenne au travers des effets de l’embargo, sur la crise du dollar et, plus généralement, des transactions internationales au travers du choix des monnaies d’échange, sur la crise de l’hégémonie américaniste et sur la crise des moyens militaires US dans cette crise, etc. Ainsi, elle tend à servir d’expression temporelle essentielle à ce qui serait l’unicité fondamentale de la crise générale du Système, en liant entre elles toutes ces crises sectorielles, en donnant à cette crise générale unique un aspect d’expression “opérationnelle” qui mobiliserait dans ce sens le système de la communication. La crise iranienne suscite alors dans cette transmutation, par effet contradictoire pourrait-on dire, la recherche et la mise en évidence d’une cause unique de la crise générale (le Système dans son entièreté, notre contre-civilisation) ; elle suggère implicitement la recherche d’une issue à la crise dans une conception unique, totalement renouvelée, du monde. Il s’agit là de la définition fondamentale de ce que nous nommons “crise haute”…»

La confirmation ne cesse de se renforcer chaque jour de cette marche vers un paroxysme supplémentaire apporté à la crise générale par la “crise iranienne” et les mesures qui l’accompagnent, donc dans la formation de la crise haute qui est notre caractérisation nouvelle de la situation d'effondrement, marquée par des ouvertures fondamentales pour l’époque post-Système, – après que le Système se sera effondré. C’est en effet dans ce sens (l’effondrement du Système) qu’évoluent ces mesures, plus intéressantes dans leurs effets non recherchés en chaîne, que par leurs effets voulus. Le Système est entré dans une phase accélérée, presque en mode automatique, d’autodestruction, avec les directions politiques complètement soumises à ses pressions et complètement aveugles aux conséquences des mesures qu’elles prennent. C’est l’accomplissement presque sublime de la transformation qu’on jugerait désormais achevée de la dynamique de surpuissance du Système en dynamique d’autodestruction.


Mis en ligne le 16 février 2012 à 04H46