RepSat-USA2023 : un sacré drôle de Congrès !

Brèves de crise

   Forum

Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer

 4125

RepSat-USA2023 : un sacré drôle de Congrès !

On ignore sur quelle formule nous pourrions déboucher mais il se trouve que les républicains [le GOP], comme envisagé, ne parviennent pas à réunir la majorité requise pour élire le candidat pour la fonction de ‘Speaker’ [président de la Chambre], Kevin McCarthy, jugé par une partie significative du groupe comme trop acquis au Système et aux RINO (‘Republicans In Name Only’). Ce qui implique la situation suivante :

« En l'absence d'alternative viable [à McCarthy], on ne sait pas combien de tours de scrutin devront être organisés avant qu'un ‘Speaker’ soit choisi. Aucune autre activité de la Chambre ne peut avoir lieu tant qu'un leader n'est pas choisi, ce qui signifie que le Congrès pourrait voir ses travaux bloqués si le GOP ne résout pas les dissensions dans ses rangs. »

C’est une situation extraordinaire puisqu’elle ne s’est produite que 14 fois dans l’histoire des USA, dont treize fois avant la Guerre de Sécession (le plus long blocage étant celui de 1856 où il fallut deux mois avant d’arriver à une élection). La 14ème fois qu’il y eut blocage date exactement d’un siècle, exactement depuis janvier 1923, et alors dans des conditions intérieures beaucoup plus apaisées que celles qui existent aujourd’hui aux USA.

« Si aucun candidat ne parvient à obtenir une majorité, la Chambre continuera à organiser des votes jusqu'à ce qu'un candidat y parvienne ; cela ne s'est produit que 14 fois dans l'histoire de la Chambre, dont 13 avant la guerre civile et la dernière en 1923.

» Pourquoi cela ne s'est-il pas produit plus souvent depuis la guerre civile ? Les partis politiques sont beaucoup plus forts aujourd'hui qu'ils ne l'étaient à l'époque, où les membres de la Chambre étaient souvent plus fidèles à leur région. L'élection de l'orateur est également passée du scrutin secret au viva voce en 1839, ce qui a permis aux chefs de parti de faire plus facilement pression sur les membres pour qu'ils soutiennent des candidats spécifiques.

» “La guerre de Sécession a établi cette norme, – une institution, le cartel partisan, – où les partis acceptaient de laver leur linge sale en caucus, mais ensuite de se coaliser autour du chef de parti, quel que soit celui qui obtenait la majorité en caucus”, a déclaré Charles Stewart, professeur au Massachusetts Institute of Technology, co-auteur du livre ‘Fighting for the Speakership : The House and the Rise of Party Government’. »

C’est ainsi que fonctionne (fonctionnait ?) le système de l’américanisme depuis 1865, c’est-à-dire depuis que les règles dudit système avaient été rigoureusement verrouillées, comme il sied dans une ville devenue “capitale impériale” depuis la reddition de Lee à Appomattox en avril 1865. En 1869, Lee, qui avait conduit l’armée sudiste au nom du droit des États contre le “centre”, et nullement pour l’esclavage bien entendu,  écrivait à un correspondant anglais, Lord Acton :

« Le rassemblement et le resserrement des États en un vaste empire [centralisé à Washington], sûr d'être agressif à l'étranger et despotique à l'intérieur, sera le précurseur certain de la ruine qui accablera tout ce qui a précédé. »

On comprend que ce jugement importe aujourd’hui, au vu du blocage de la Chambre qui a une toute autre signification de celui de 1923 : les USA étaient alors en pleine période de désengagement international (sorte d’isolationnisme rompant avec le wilsonisme de la Grande Guerre) et en pleine montée vers la prospérité hystérique des ‘Années Folles” ; le blocage de la Chambre n’était dû qu’à une querelle interne sans importance qui profitait d’une situation chaotique de la présidence Harding réduite à une suite de scandales de corruption et d’une situation extra-conjugale (type-Mitterrand) sans précédent du président et étalée en public (Harding mourra brusquement le 23 août 1923 dans des conditions extrêmement suspectes où même l’empoisonnement consécutifs à sa situation intime fut envisagé). Le fonctionnement du système de l’américanisme, avec ses corruptions sans nombre mais une ligne politique implacable, n’était nullement mis en cause.

La situation est aujourd’hui toute différente. Les antagonismes entre démocrates et républicains sont d’une force terrible et portent sur la substance unitaire même des USA, tandis que ceux qui apparaissent au sein du parti républicain où l’aile populiste/trumpiste ne cesse de prendre de l’importance, reflètent directement, à leur façon, la même crise existentielle des USA.

La chose ne se résume donc pas à la seule querelle autour de la nomination du ‘Speaker’, comme elle l’était en 1923. Cette crise de la nomination de 2023 n’est pas une cause du blocage mais une conséquence de la crise interne chez les républicains, comme dans tout l’appareil de la direction américaniste. C’est pour cette raison qu’a été évoquée l’hypothèse de la nomination temporaire de Trump, – dont on doute absolument qu’elle puisse se concrétiser, et dont on a peut-être tort d’en “douter absolument”, qui peut le dire... Car ainsi en est-il de la situation à Washington, qui est une bouilloire portée à incandescence, dont le couvercle est maintenu avec bien des difficultés et risque chaque jour de sauter...

Il s’agit d’une situation totalement imprévisible où la discipline des partis au Congrès, qui constitue l’armature de fer du système, est mise en cause de diverses façons. Même l’interventionnisme en Ukraine commence à rencontrer certaines réticences normalement impensables (cf. les nombreux députés républicains absents à la grand’messe Zelenskiste du 23 décembre ou s’abstenant de se lever pour applaudir, – une dérogation au formalisme belliciste qui a une réelle signification). Les échos venus des USA sont aujourd’hui beaucoup moins bruyants qu’il y a deux ans, ils n’en sont pas moins significatifs. La situation aux USA reste plus que jamais un baril de poudre avec plusieurs mèches. On en a brulé deux ou trois jusqu’à friser l’explosion mais il en reste, bien sèches, qui ne demandent qu’à cramer.

Nous pourrions avoir ce soir à la Chambre des Représentants un McCarthy élu ‘Speaker’, ou un McTartempion, – ou un Trump !! Cela serait sans importance puisque ne réglant rien, absolument rien, mais débutant une folle législature 2023-2024 du Congrès dont nul ne sait ce qu’elle donnera, sous les toussotement du président en hyperdementia-senile.

 

Mis en ligne le 4 janvier 2023 à 09H50