RapSit-USA2020 : Itinéraire de la folie

Brèves de crise

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RapSit-USA2020 : Itinéraire de la folie

Notre appréciation est que le débat Biden-Trump, – dont on ne sait s’il sera suivi des deux autres, – a ouvert une vanne de plus au déferlement de la folie qui engloutit les USA et dévaste leurs structures à la vitesse d’un ouragan. Nous ne parlons pas de la substance du débat, dont le susdit fut d’ailleurs privé au profit d’une forme particulièrement vive d’échange d’insultes et du reste ; nous parlons de la perception qu’on eut de ce débat, et des réactions extrêmes qui suivent. Il faut observer que les deux côtés tendent à être d’ailleurs d’accord sur la tension et le caractère de fureur de cette rencontre, chacun se contentant comme d’habitude d’en attribuer la responsabilité à l’autre camp. En fait, on se trouve dans la situation décrite par James Howard Kunstler, dans une tribune prophétique (du 26 septembre), – mais sans grand risque puisqu’à propos de la folie qui défile à une si grande vitesse et ne cache plus rien de ce qu’elle est, la prévision hyper-superlative est nécessairement prophétique : « Le pays a maintenant perdu la raison... Comme un écho de la France de 1793... Plus comme une rime que comme une reprise à l’identique. »

Kunstler :

« L’Amérique a une nouvelle crise en cours de fabrication, ElectionGate, comme si toutes les autres qui s’accumulent comme des dépressions tropicales défilant sur les mers du mois de septembre ne suffisaient pas.
» L’Amérique a besoin d’une crise constitutionnelle comme d’un trou dans la tête, et c’est exactement ce que les gens intelligents des services juridiques du parti démocrate sont en train de nous concocter pour les fêtes de fin d’année. [...]
» L’orgie d’hystérie politique, de folie et de violence est une réaction psychotique à l’effondrement de l’économie techno-industrielle, – une caractéristique de celle-ci, en fait. »

Les signe de cette folie qui est désormais en état d’accélération-turbo et évidemment exponentielle se lisent et se décrivent partout, que ce soit dans les réactions du jour ou dans les réflexions venues d’un terme moins court. Tout le pays, l’immense superpuissance, semble pris dans un colossal incendie, un incendie californien par crise d’une infinie sècheresse, qui embrase les esprits. On doit avoir en mémoire, pour bien mesurer cet embrasement et les extraordinaire chevauchées des flammes de l’enfer, les considérations sur l’incendie de la folie des esprits, liée à la religion de la démocratie et à l’exaltation de la liberté jusqu’à l’intolérance totale et la fermeture à double tour des esprits par une clef nommée ‘exceptionnalisme américaniste’. Le visionnaire Dostoïevski fut convoqué manu militari, en passant par l’Irak, par GW Bush dans son discours de 2005 qui exhumait déjà cette folie, si bien décrite à l’époque par Raimondo, et que Martin Sieff transcrit de cette façon, rappelant Les Possédés de Dostoïevski :
« Et comme si cela ne suffisait pas, nous voyons maintenant la société américaine être déchiquetée en deux factions antagonistes, les ultra-libéraux et les conservateurs caricaturaux, qui se haïssent les uns les autres et refusent de même chercher un terrain d'entente. »

Il y a longtemps qu’on ne peut plus suivre une ligne clairement tracée dans ce chaos, bien que la perception selon laquelle il existe deux simulacres parallèles, deux réalités différentes où évoluent les deux camps, soit partagée par la plupart des observateurs. On veut dire simplement que, malgré ce verrouillage, des ‘dérapages’ se font, qui induisent des situations parfois plus bouffes que tragiques tant tout cela est parcouru par les éclairs de folie, et même les domaines les plus futiles rendent compte de cette évolution.

• Ainsi en est-il de cette curieuse anecdote exotique, où l’on voit le New York Times (NYT) suivre évidemment à coup de tweet le débat Biden-Trump, et s’emparer d’une affirmation de Biden pour la sanctionner d’un « It’s false », suivie d’une affirmation soutenant Trump sur cette question. RT.com, profitant de l’occasion comme on le comprend décidemment, en a fait un article structuré de tweets divers :

« Le tweet [du NYT] contient une capture d'écran de sa couverture de la vérification des faits, qui comprend une citation de Joe Biden démentie. “Nous avons laissé [à Trump] une économie en plein essor. Et il a causé la récession.” [...]
» La vérification des faits saisis sur l’écran se poursuit en détaillant comment l'économie n'était pas “en plein essor” pendant la dernière année de l'administration Obama, sous la surveillance de Biden en tant que vice-président. [Le NYT] va même jusqu’à défendre Trump, affirmant qu'il n'avait pas “causé” la récession pandémique... »

Suit une avalanche de tweets de lecteurs du NYT, dénonçant l’intervention du journal, sur un rythme et dans des termes impressionnants, accompagnés d’annonce de suppression d’abonnements au NYT :

« And THIS is the image you choose to include?!?!?!?!?Cancelling my subscription tomorrow. I'm done with you. This is ridiculous. Ludicrous. Shameful. » (John ’33 Days’ Wright)
« OK, after decades of being a subscriber I'm going to have to cancel my subscription. Because the NY Times continues to enable trump's fascism. » (Doris O)
« So glad I cancelled my subscription to your rag. Cannot believe you would choose a BIDEN quote after trump just lied for 90 minutes! » (KG)

• ... Car la folie touche aussi bien des affaires dérisoires que des structures considérables, voire des politiques aux niveaux les plus essentiels. Ainsi en est-il de cet autre cas, qui nous a arrêtés, qui dépasse très largement l’actualité mais qui, dans la circonstance, s’inscrit parfaitement dans la description que nous faisons ici. Il s’agit d’un extrait de l’article de Robert Bridge, ce 1er octobre 2020 sur RT.com à nouveau, permettant diverses réflexions sur les enjeux géopolitiques de la politique extérieure des USA...

« Grâce à la croyance inébranlable de l’Amérique dans son caractère ‘exceptionnel’, elle se considère comme l’arbitre des valeurs auxquelles le monde devrait être attaché, la démocratie dût-elle en périr. L’année dernière, par exemple, pour tenter de gagner les faveurs de la gauche radicale au sein du parti démocrate, Joe Biden, qui pourrait devenir le prochain président des États-Unis, a déclaré qu'il “réduirait l’aide étrangère aux pays” qui ne défendent pas les valeurs de la communauté LGBTQ, et ce, même si ces valeurs s’opposent aux traditions et croyances du pays en question. L’ancien vice-président aurait également déclaré qu’il établirait un bureau au département d’État, chargé de promouvoir les droits des LGBTQ dans le monde entier.
» Ce type de politique étrangère fondée sur la ‘diversité’ sexuelle n’est pas le fait du seul parti démocrate. En avril, Richard Grenell, l'ancien directeur intérimaire du renseignement national du gouvernement Trump, a déclaré que les États-Unis envisageraient la possibilité de ne pas partager leurs renseignements avec les pays qui discriminent les modes de vie des gays, lesbiennes, bisexuels et transgenres. Non seulement il s’agit d’une ingérence obscène dans les affaires des États étrangers qui frise le chantage, mais de plus cette mesure pourrait établir une règle potentiellement catastrophique dans le monde du renseignement. »

Bien entendu, il ne s’agit pas d’exposer, au travers de tel ou tel cas, d’ailleurs sans tenir compte des nécessités chronologiques, l’avancement d’une politique ou l’évolution d’une position, mais bien de rendre compte d’un climat, d’une humeur, d’une psychologie collective contrainte par le conformisme-PC mais de plus en plus déchaînée elle-même, finissant par accepter les contraintes de cette folie comme des avantages, sinon des vertus irrésistibles. C’est un phénomène étrange, qui devrait prendre de plus en plus d’importance, avec chacun des deux camps touchés par sa propre folie, dans sa bulle ou son simulacre, et les orientations des deux comptant de moins en moins dans les effets qu’on produit aussi bien que dans les jugements qu’on porte sur eux. (Voir dans C dans l’Air, citée par ailleurs, comment les connaisseurs français des USA, au départ tous antiTrump, raisonne aujourd’hui selon l’observation qu’il y a quelque chose de général, « des gens qui n’arrivent même plus à discuter, qui sont dans leur tunnel, qui ne parlent qu’à des gens qui les aiment [...] qui ne cherchent plus à convaincre les autres, chacun étant dans une bulle cognitive... » [Thomas Snegaroff, 03’45”].)

Loin de se combattre et de se détruire possiblement, ces deux fermetures à double tour qui ne se parlent plus et s’ignorent, se rejoignent paradoxalement et s’additionnent pour renforcer sans cesse la fantastique puissance de l’ouragan crisique qui est en train de déstructurer, de déconstruire, de ‘déconstructurer’ l’Amérique.

Dans ce contexte de la folie qui balaie l’Amérique, le débat Biden-Trump s’impose comme une borne signalisatrice et symbolique d’une formidable puissance. Le paradoxe est que ces gens, ces deux personnes fort âgées et hors de leurs gonds, qui s’insultent et désormais prétendent s’ignorer et ne se plus parler sinon pour s’insulter, en fait finissent par ‘aller très bien ensemble’, – comme dit la chanson « Marions-les, marions-les, ils vont très bien ensemble » [de Juliette Gréco, paix à son âme]. Ils vont ‘très bien ensemble’, finalement, pour déconstructurer l’Amérique avec une alacrité, avec un allant qui laissent bouche bée.

Quoi qu’il en soit et pour faire une chute, il faudra tout de même reconnaître une certaine graduation dans les mérites, et proposer, fermement cette fois, le Prix Nobel pour le président Donald Trump : Prix Nobel du Chaos. Philip Wegman de RealClearPolitics, repris par ZeroHedge.com, nous rappelle à qui nous devons ce surnom prophétique : « Donald Trump n’a jamais aimé ce surnom.  À l’époque où il était encore New-Yorkais et un candidat républicain fraîchement déclaré, et généralement considéré comme une curiosité exotico-politique, Jeb Bush l’avait baptisé en direct à la télévision. Selon l’ancien gouverneur de Floride, Trump était “le candidat du chaos”. »

 

Mis en ligne le 1er octobre 2020 à 18H45

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