Racines tranchées, arrachées, dispersées

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Racines tranchées, arrachées, dispersées

9 septembre 2020 – Arrêtons-nous un peu, voulez-vous ? J’ai l’âge de proposer une de ces lubies du grand âge, d’autant que je traîne le poids de sept vies. Je suis un de ces migrants dont nul ne sait la cause, ni l’infinie souffrance : un migrant qui est aussi un déraciné dont les racines ont été tranchées comme la guillotine abrège les choses, ou bien arrachées je ne sais, mais je suis sûr que cela est sans espoir de retour car leurs dépouilles sont dispersées à jamais. La vérité est que, dans mon cas où l’histoire a statué et ordonné, je ne suis pas un migrant car je suis un errant.

J’ai appris à ne pas geindre de cette condition et je n’ai que mépris pour cette époque notamment dite-‘victimaire’, d’inversion et de détestation de soi, de culpabilisation, de prostitution de souffrances qui vous ont été données en legs, que vous n’avez pas subies mais que vous faites fructifier comme un bon placement en bourse. J’admire le zèle friqué de tous ces humanoïdes de l’humanisme, qui affirment leur mépris vis-à-vis du capitalisme tout en en profitant grandement, qui transforment en un beau portefeuille d’actions boursières leur vertu révolutionnaire, humaniste, voire ‘racisée’ pour qui hume de loin comme ils font avec leur nez fin, La couleur de l’argent.

Je suis un migrant sans passé et condamné à errer, sans narrative du moindre intérêt pour les associations subventionnée et les plateaux des talk-shows. Mes racines ont été sectionnées net par l’histoire, ce qui m’a poussé à me réfugier un peu plus haut, question d’air pur, dans l’Histoire (la métaHistoire). Ce sont des mots et des choix qu’on ne comprend plus ni n’entend pas plus d’ailleurs, – je parle de cet aujourd’hui, – parce que le bruit qui domine est celui des geignements agressifs de leur effondrement. Sachez bien qu’à propos de cet effondrement, j’éprouve une triste satisfaction, une ironique lassitude et un mépris indifférent et fatigué. Voyez-vous, ce qui me fait encore vivre, c’est la vivacité des souffrances de ces racines séparées et qui ne cessent de saigner de leur mort pourtant accomplie ; ce qui me fait encore vivre, c’est ce qu’ils ont tué en moi.

(Mais j’ai des accointances avec l’éternité et l’Éternité, moi. On le sait depuis un certain temps, presque une éternité.)

Peut-être tout ce discours, c’est parler par énigmes pour beaucoup. Dans ce cas des possibilités, et pour mieux éclairer mon propos mais aussi rappeler ce qui tient encore vivace la blessure mortelle de mon âme poétique, je vais reprendre un texte qui m’est resté chaud au cœur, du 19 janvier 2013, de la série aujourd’hui abandonnée des Chroniques du 19 courant. Je la reprends in extenso ci-après ; ceux qui ne veulent pas lire, trop longue la lecture pour ces temps qui vont vite, n’ont qu’à passer outre ou s’en aller... Une Passion en Hiver, ainsi est le titre et il est vrai que j’ai songé en le composant à celui du livre de Blondin : Un singe en hiver, après tout c’est le même destin car l’hiver est une saison qui ne finit jamais, comme la mort elle-même...

 

« Chronique du 19 courant… Une Passion en hiver

» 19 janvier 2013… Il y a un peu plus d’une dizaine d’années, ce devait être en 2002, me vint le projet grandiose d’écrire des mémoires. J’étais inconnu, en général auteur prolifique et complètement impublié ou tout comme, accumulant les inédits que la postérité elle-même ratera, sans fonction ou position qui impliquât une vie officielle qui vous permet de fabriquer des souvenirs historiques, sans rien de son temps, etc. Alors, des mémoires ! Et encore, que dire de cette ambition lorsqu’elle vous vient à la lecture des Mémoires d’Outre-Tombe, dont je trouvais la forme même, à côté des vertus gigantesques qu’on connaît de cette œuvre, pleine de vivacité, d’audace et de feu… Mais qu’importe ; le secret d’une ambition, c’est de ne pas s’attacher, ni à la réputation, ni aux normes des choses faites, c’est d’être une proposition faite de soi-même à soi-même, sans enjeu extérieur, sans mesure de la rumeur publique, – en fait, sans ambition déplacée, dans le sens grossier du terme.

» Eh bien, je tins parole, du moins pour l’entame de la chose, qui est la chose impubliée... J’ai écrit considérablement dans ce cadre des mémoires, j’ai trouvé à dire beaucoup. (On en retrouve quelques traces, ici et , dans les Archives PhG)… Mais j’arrête là, ou plutôt je m’arrête au titre qui est finalement le cœur du propos dans son introduction : Mémoires du dehors. Ce titre a une explication, qui est des plus simples, qui est qu’elle est écrite par un Français “du dehors”, qui a pour son pays des sentiments singuliers et peut-être même certains d’une force considérable et dans tous les sens, mais qui est né hors de lui, qui a passé l’essentiel de son existence hors de lui… Les Mémoires du dehors commencent par le début, qui est celui de mon enfance et de mon adolescence, qui se passèrent au Sud, dans l’Algérie de la France.

» (Il me brûle depuis longtemps de dire quelques mots, quelques lignes, quelques pages sur l’Algérie. Les occasions ne manquent pas sur ce site où je ne m’interdis rien, ni des méditations, ni des réflexions. Mais le sujet est d’un poids qui me brûle, à la confluence des sentiments du passé, de la nostalgie d’être, de l’histoire violente comme berceau de l’existence, de la pérennité qu’il importe de montrer sur le long terme. Le vrai est que, dans cette chronique même, j’avais préparé le deuxième texte sur ce sujet, avec ce titre : Le Sud… Depuis, chaque mois je le repousse d’un mois. Il faudra bien que je m’y arrête enfin, quand le temps sera venu.)

» “Rentré” en France en 1962, moi qui n’en étais jamais “parti” puisque je n’en avait jamais été, j’en “repartis” à nouveau, après cinq années de Paris ; “parti” sans intention réelle, sans mesurer la signification de la chose, dans les hasards d’une fin de jeunesse qui cherche sa voie. Le berceau de ma vie n’existait plus, ma famille était éclatée, alors “partir” n’était qu’un acquiescement à un vent portant qui s’offrait à un carrefour d’une existence où il importait d’agir, – sans plus. Je ne savais qu’une chose, que je n’avais qu’une religion, qu’une seule passion depuis ma lointaine enfance, qui se nommait écrire, et tout le reste sans guère d’importance ; et le vent en question m’offrait cette opportunité qui était de faire ma place dans un journal ; il n’y avait rien qui vaille que je lui résistasse. A cette époque, il me semble, la France m’était assez indifférente, après que je l’eusse vénérée par la fascination qu’elle exerçait sur moi dans ma tendre jeunesse, puis détestée dans les tourments de la fin de l’Algérie de la France.

» En “partant” à nouveau, en 1967, j’avais incubé toutes les maladies de la jeunesse. (Certaines sont délicieuses et d’autres détestables, dans ces maladie, mais elles participent toutes de ce socle d’expériences primaires et premières à la fois, à partir duquel on doit entreprendre de se construire et se former un esprit qui soit le sien, qui conduira l’attitude qu’il faut tenir face au destin.) C’est alors que j’entrai silencieusement et presque froidement dirais-je paradoxalement, en état de passion pour la France. A la fois près et loin d’elle, avec beaucoup à lui reprocher, avec des arguments sans fin, jamais content, toujours critique, mais au-dessus de cela un sentiment puissant fait de raison et d’intuition, d’affection intellectuelle, surtout d’une sorte d’étrange spiritualité charnelle qui m’enveloppait décisivement et semblait être le sang de ma pensée. Ma passion était née. Elle constituerait désormais une des références essentielles de ma perception du monde, de son histoire qui m’éblouit, de son mystère qui est l’objet de toutes mes interrogations. La France avait pour moi cette sorte de magie puissante, de force intellectuelle qui permettent justement de balancer une passion, avec cet aspect charnel qui tient presque au corps, et l’aspect spirituel qui ouvre à l’intelligence les voies de l’intuition et la force de la conviction. Je ne dis pas que la France était tout pour moi, car rien de ce qui n’est qu’une partie du tout ne peut jamais prétendre être tout dans cette exploration du Mystère du monde que doit être une vie ; mais une référence certes, une certitude puissante, une affection émouvante, une estime malgré tant d’avatars et de blessures, une matière solide élevée par l’esprit sur laquelle on s’appuie en toute confiance dans les orages les plus terribles et face aux énigmes les plus fermées, une partie essentielle de mon identité et de ce qui fait que je suis ce que je suis. On n’imagine pas l’extrême nécessité de la chose, cette passion tranquille, pour soi-même, lorsqu’on est, comme moi, comme je l’ai expliqué plus haut, “du dehors”, et que cet “en-dehors” a la puissance comptable, avec l’esprit à mesure (5 ans de ma vie passée en France, sur une vie de 68 ans) : vous êtes “du dehors” certes, mais vous réussissez à n’être pas en exil grâce à cette référence et votre esprit triomphe régulièrement de cette absence que vous imposent les vicissitudes de l’existence, et en ressort plus fort, accoutumé à la solitude et utilisant la solitude comme arme contre l’exil.

» Ainsi passa une partie essentielle de ma vie d’homme. Pour concrétiser cette odyssée personnelle, je dirais que je m’accoutumai de l’essentiel des hommes qui représentaient mon pays. J’acceptais Pompidou parce que je sentais de la solidité en lui ; je n’aimais pas Giscard, mais je savais bien que sa frivolité, sa puérile vanité et l’arrogance involontaire qui va avec faisaient de lui une personnalité faible et lui interdisaient de compromettre irrémédiablement la référence qui m’était nécessaire. Je me méfiais horriblement de Mitterrand chez qui je distinguais aisément, en-dedans lui et malgré lui, toutes les machinations qui semblaient constituer cette part d’ombre à laquelle il cédait irrésistiblement ; mais je voyais bien, chez lui également, ces éclairs de la conscience de la grandeur qu’il se devait de représenter en tant que ce qu’il était, et qu’il représentait dans ces instants, atteignant alors lui-même à une réelle grandeur. J’eus du mal à prendre Chirac au sérieux, tant était grande son inconstance, fantasque son intelligence, réelle sa vulnérabilité à certaines modes malgré la rugosité de caractère qu’il semblait leur opposer ; mais là encore, et peut-être pour des raisons qui ne sont pas les miennes, il sut, lors de l’occasion royale des prémisses de la guerre en Irak, ressusciter la référence française et éclairer sa fin de règne ensommeillée de la grande lumière de la légitimité. Tant bien que mal, je distinguais autour de ces hommes, qu’ils le voulussent ou pas, qu’ils en fussent disposés et indisposés ou non, la grande ombre de De Gaulle qui constituait le symbole de cette référence suprême qu’était devenue pour moi, “du dehors”, la France. Moi-même, qui avais été naturellement mais contre ma nature profonde un adversaire acharné de De Gaulle jusqu’en 1968-69, je fus gagné, à partir de sa mort, par la grandeur qu’il avait incarnée et qui ne fut jamais aussi grande que lors de ses équipées solitaires, après sa démission, sur les plages désolées d’Irlande, drapé dans son imperméable noir… Dès cet instant, j’étais assuré qu’il était nécessairement une part essentielle de cette référence essentielle qu’était pour moi la France, et il avait pris sa place légitime dans ma passion.

» Ma passion française ne s’éteignait donc pas, malgré tant de vicissitudes, la médiocrité puis l’incohérence des temps. Puis ma passion changea… Ma passion devint une Passion, si l’on comprend ce que je veux dire, et, sans jamais mourir, elle entra dans son hiver. Certes, l’on comprend ce que je veux dire.

» C’est donc à partir de 2007-2008 que ma passion devint Passion et pénétra dans son hiver. La correspondance de date est importante. Je situe effectivement dans ces années, et surtout avec la crise de l’automne 2008, une nouvelle « époque » au sens maistrien, où ce que je nomme le Système submergea tout. De même, les pays de ce qu’on était accoutumé à nommer “civilisation occidentale”, devenue “contre-civilisation” pour moi, se fondirent dans un amalgame de désordre, perdant leurs identités, fondus dans la même dictature du Système, entrés dans une bouillie pour les chats parcourue d’automatismes conformistes, d’aveuglements hallucinés, d’inversions inconscientes et de subversions d’eux-mêmes. La France n’a pas échappé à ce destin commun et elle a trouvé les hommes pour cela. Inutile de les nommer et, certes, ce ne sont pas de mauvaises personnes ; d’ailleurs, l’on sait que je ne crois pas que l’homme soit mauvais ; trop faible, trop mol de caractère et de colonne vertébrale, trop vite réfugié dans l’automatisme des formules à la mode, trop tout cela… Ce ne sont pas de mauvaises personnes, ce sont des exécutants hallucinés d’un destin auquel ils ne comprennent rien parce qu’ils ne peuvent rien comprendre. Avec eux, la France est entrée en hibernation. Elle est inexistante, médiocre, insensée en singeant la raison, bouffie de formules vides et accablée de prétentions exceptionnelles au cœur du troupeau dont elle est le mouton le plus zélé. Restent les Français courants, Français devenus quelque chose comme des “citoyens du monde”, inconstants, insupportables, pathétiques dans leur malheur et dans leurs illusions à la fois, jouant à l’ironie qui tourne au vain sarcasme, à l’émotion qui se révèle comme du sentimentalisme de midinette, ces Français devenus totalement inconsistants et vides, ces Français sans la France. Pour rester de France aujourd’hui, un Français se doit ne plus prétendre l’être à l’image de ce qu’ils en ont fait, de ce que le Système en a fait.

» Je ne me sens plus vraiment Français parce que, aujourd’hui, être Français n’a guère de sens. Je subis silencieusement l’hibernation de la France et je suis dans l’hiver de ma passion devenue Passion. Je me tiens à quelques références surgies de l’Histoire (Verdun, par exemple), qui me disent que je ne me suis pas trompé, et que je dois simplement accepter de subir les froidures de la chose, et la paralysie qu’elles entraînent pour cette référence de ma vie qu’est la France. Je me passe de cette référence pour le courant, “je fais avec” comme on dit, – qui devrait plutôt être, dans cette occurrence : “je fais sans…” Ce n’est pas cette circonstance tragique qui m’arrêtera et j’ai l’habitude des blessures, dont nulle n’est mortelle avant que la mort ne dispose de vous. Et même, on le sent, je la retrouverai comme il se doit, cette référence, avec estime et chaleur, et même avec reconnaissance, lorsqu’elle sera sortie de son hiver, dans un autre temps, dans une autre « époque ». En attendant, je ne lui passe rien, dans l’état que le destin de notre crise ultime en a fait. Qui aime bien châtie bien… Cela n’empêche nullement une secrète et profonde tristesse, mais aussi quelque chose comme le sens du tragique et de la grandeur.

» C’est comme cela : on est “du dehors” mais votre passion, même au fond de son hiver, ne vous quitte pas. “Du dehors” même, vous êtes encore mieux armé pour ne rien céder. Votre passion devenue Passion, vous savez bien qu’elle fait partie de l’élan vital de votre destin. Il faut tenir. La France, plus tard, vous en sera reconnaissante. Revenue à elle, elle reconnaîtra les siens. « Mère, voici vos fils qui se sont tant battus… », lui disait Péguy, comme l’on fait une prière qui est une offrande. »

 

 

9 septembre 2020 (Suite) – ...Je vais reprendre ce quatrain de Péguy, dont l’histoire est si étrange, comme si quelque chose de supérieur avait arrangé ces lignes situées d’une façon disparate dans un immense poème de 1913 alors que le quatrain ainsi ‘cannibalisé’ apparaît comme la sanctification de Verdun, comme s’il avait été écrit pour Verdun, à Verdun, sur la ligne de Verdun, par un Péguy pourtant tué d’une balle en plein front en septembre 1914... Ainsi, cette citation sera comme un pardon et une reconnaissance que je demanderais à cette terre que “j’ai tant aimée” d’abord sans l’avoir connue, mais qui m’a “tant perdu” jusqu’à ce que je ne la reconnaisse plus terrestrement.

« Mère, voici vos fils qui se sont tant battus,
» Qu’ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.
» Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre
» Qui les a tant perdus et qu'ils ont tant aimée.»

C’est dire combien ce sentiment exprimé il y a sept-8 ans n’a fait que grandir, s’affirmer et se confirmer, à mesure de l’avancement de l’effondrement dont ce pays fait partie, jusqu’à prétendre être ma patrie. J’ai de terribles pensées à cet égard, que balancent et suscitent à la fois la grandeur harmonieuse, la beauté sublime et la solidité structurelle, tout cela nimbé de passions discrètes et si intenses, de mes années de ma si profonde jeunesse, où que je fusse, sur telle ou telle autre rive de la Méditerranée. Je vous parle d’un autre temps où l’on était encore assez libre pour décider de son destin, se lancer dans un combat désespéré ou bien s’abstenir sans avoir à rougir dans un miroir. 

Comme je l’ai longuement expliqué dans le début du Tome-III de La Grâce, je ne pense pas que la sélectivité de la mémoire, et ce qui nous semble sa tendance à changer ou à enjoliver les choses, soit un processus de nature qui nous sépare de la vérité une fois celle-ci accomplie comme si elle passait, mais plutôt une grâce du Temps qui nous restitue la vérité de notre vie, ce qu’il y a d’éternel en elle, de vérité dans cette vie, tandis que ‘la vie’ telle que nous la vécûmes fut un mélange de simulacres et d’illusions, entrecoupé d’éclairs d’une vérité que nous ne vîmes pas sur l’instant parce qu’aveuglés par la lumière.

Il est vrai que tout est sens dessus-dessous, dix fois, vingt fois. Je m’en rends bien compte en relisant ce texte, vieux de sept-8 ans, où je croyais avoir fixé des sentiments durables, qui changeraient avec le temps ; mais le temps, le temps, le temps va si vite ! Tous ces sentiments sont déjà dépassés, il faut songer à les réformer, à les refonder, à les grandir, à les porter au rouge par rapport à ce qu’ils furent. Mon désespoir français est aujourd’hui bien plus grand, d’une nature plus profonde qu’il ne fut ; mais il est bien plus noyé, fondu, intégré, dans un désespoir de civilisation, voire un désespoir de l’espèce elle-même telle qu’elle a enrobé l’être dans sa malédiction,.

Je ressens bien plus fortement, comme un fer rouge porté sur une blessure vive, les lavages forcés des esprits et des mémoires à la poudre à lessiver PC-garantie, le Politiquement-Correct qui “lave plus blanc que blanc”, de leur blanc puant, de ce blanc que nos pauvres indigénistes et décoloniaux BLM-formatés croient clouer au pilori et dans les rangs desquels, bien au contraire, ils rentrent, et se roulent, cela dans la moraline-PC comme dans la vase gluante à l’eau de Cologne de synthèse. Ces pauvres victimes de nos passés retravaillés aux exigences postmodernes, viennent « jusque dans nos campagnes », comme dit l’autre, croyant faire la leçon et prendre les bonnes places & privilèges, abandonnant leurs traditions et leurs coutumes pour devenir des décivilisés comme nous, décadents pires que nous, en sauvages et “ensauvagés” comme nous nous sommes appris à l’être. (Je sais, moi, ce que c’est que l’“ensauvagement” de la mère-patrie accueillant ses enfants d’outre-mer dont je fus, chassés par les tempêtes, ces mêmes enfants qui étaient venus sauver cette mère-patrie abîmés dans les délices collabos.)

Relisant ce texte d’il y a sept-8 ans, je me dis que le crépuscule n’a cessé d’étendre son ombre déjà épaisse sur la pensée, sur la liberté du monde, sur son ordre et son harmonie, que l’effondrement, la désintégration, la dévoration par nos termites intérieures, ont absolument fait progresser la déstructuration maudite. Plus que jamais me reviennent les rares images sublimes de mon passé que l’éternité a accordées à ma mémoire. En ce temps-là de ce texte que j’ai ressorti de son hiver, je croyais que nous étions au bord du gouffre ; aujourd’hui, je sais que nous roulons au fond du gouffre, et je sais encore, et même plus que jamais, que cette épreuve est absolument nécessaire, complètement inévitable, comme une initiation qui vous sortirait de l’enfer.

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